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Léthé
Le LĂ©thĂ© (en grec ancien Λήθη  = oubli), dans la mythologie grecque, est Ă  la fois un fleuve et une entitĂ© symbolique majeure liĂ©e au monde des morts. Il s'Ă©coule dans les profondeurs des Enfers, le royaume gouvernĂ© par Hadès, et constitue l'un des cinq fleuves infernaux avec le Styx, l'AchĂ©ron, le Cocyte et le PhlĂ©gĂ©thon. Sa fonction essentielle est d'effacer la mĂ©moire des âmes des dĂ©funts : celles qui boivent de ses eaux perdent tout souvenir de leur vie terrestre, sombrant dans un oubli total avant une Ă©ventuelle rĂ©incarnation ou leur installation dĂ©finitive dans l'au-delĂ .

Le Léthé est étroitement lié à la notion d'oubli comme condition nécessaire au passage entre les états d'existence. Dans certaines traditions philosophiques et religieuses, notamment les courants orphiques et pythagoriciens, l'âme est supposée boire les eaux du Léthé avant de se réincarner, afin d'oublier ses vies antérieures. Cependant, des tablettes funéraires retrouvées dans le monde grec indiquent que les initiés de ces cultes cherchaient au contraire à éviter cette eau, préférant boire à une autre source, celle de Mnémosyne ( = la Mémoire), pour conserver la connaissance acquise et échapper au cycle des renaissances.

Dans les récits mythologiques et littéraires grecs, le Léthé apparaît comme un élément structurant du paysage infernal. Chez Homère, bien que le fleuve ne soit pas encore pleinement développé en tant qu'entité distincte, l'idée d'un oubli associé à la mort est déjà présente. C'est surtout chez des auteurs postérieurs, comme Hésiode ou les écrivains de l'époque classique et hellénistique, que le Léthé prend une forme plus précise. Dans la littérature latine, notamment chez Virgile dans l'Énéide, le fleuve joue un rôle central : les âmes destinées à renaître sur Terre doivent boire ses eaux pour effacer le souvenir de leurs existences passées avant de retourner dans le monde des vivants.

Le Léthé possède également une dimension allégorique et philosophique importante. Il incarne l'oubli nécessaire mais aussi dangereux, car il prive l'individu de son identité et de son expérience. Dans la pensée grecque, la mémoire (mnémè) est étroitement liée à la connaissance et à la vérité, ce qui fait du Léthé une force opposée à la sagesse et qui s'incarne dans la figure de Léthé fille de d'Eris (= la Discorde) et mère des Charites. Cette opposition se retrouve dans avec Mnémosyne, mère des Muses, qui représente au contraire la mémoire créatrice et la transmission du savoir.

Sur le plan symbolique, le LĂ©thĂ© dĂ©passe largement le cadre de la mythologie pour devenir un motif rĂ©current dans la philosophie, la poĂ©sie et la littĂ©rature occidentales. Il est souvent utilisĂ© pour Ă©voquer l'oubli, le passage du temps, ou encore la tentation d'Ă©chapper Ă  la souffrance par l'effacement des souvenirs. 

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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