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Cius
(ou Cionte, Kios ou Kion) était une ville qui se
situait sur la côte sud de la Propontide, au fond du golfe d'Astacos,
dans la région correspondant à la frontière entre la Mysie
et la Bithynie, en Asie Mineure. Elle occupait
un emplacement stratégique : elle contrôlait un petit port naturel bien
abrité, ouvert sur les routes maritimes reliant le Bosphore à la mer
Égée. À l'arrière-pays, la plaine fertile était irriguée par de
petits cours d'eau descendant des contreforts du mont Olympe de Bithynie
(UludaÄŸ), ce qui favorisait l'agriculture (vignes, oliviers, cultures
céréalières) et constituait un passage pratique vers Nicée et les plateaux
intérieurs. Le site combinait donc accès maritime, ressources agricoles
et position charnière sur les itinéraires terrestres, ce qui expliquait
son rôle commercial ancien.
Selon la tradition
grecque, Cius aurait été fondée par des colons ioniens ou milésiens,
et son nom aurait été associé au héros Cios, compagnon d'Héraclès.
Dès l'époque archaïque, la ville devint un petit centre marchand inscrit
dans les réseaux de la Propontide, fréquenté par les navigateurs grecs
et par les cités voisines d'Asie Mineure. Sous l'empire perse achéménide,
elle conserva une autonomie relative, parfois sous la tutelle des dynastes
locaux.
Au début du IVe
siècle av. JC, Cius entra dans la sphère d'influence d'Alexandre
le Grand. Après sa mort, la cité fut ravagée par les galates puis
reconstruite par les rois bithyniens. Prusias Ier
de Bithynie annexa la ville et lui donna son propre nom : Prusias ad
Mare. Cette refondation s'accompagna d'une réorganisation urbaine,
d'un nouvel essor portuaire et d'une mise en valeur du territoire environnant.
Pendant la période
hellénistique tardive, Cius/Prusias ad Mare demeura un centre de commerce
et de transit important pour les produits de la Propontide et de Bithynie.
Au Ier siècle av. JC, elle passa sous
contrôle romain avec le reste de la région. Sous Rome
puis Byzance, la ville conserva un rôle
local notable : port de cabotage, marché régional, siège épiscopal
dès l'Antiquité tardive. Sa situation sur la côte en fit un point
d'étape pour les navires reliant Constantinople
aux cités anatoliennes.
À l'époque byzantine,
l'importance politique de la ville diminua mais son nom ancien continua
d'être utilisé dans les textes ecclésiastiques et géographiques.
La région fut ensuite intégrée progressivement dans les territoires
contrôlés par les Turcs seldjoukides
puis ottomans. Le nom antique finit par
disparaître au profit des appellations médiévales et ottomanes, et la
ville ne conserva qu'une mémoire dispersée dans les traditions locales
et les références érudites. |
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