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Sigurd Munn

Sigurd Munn ( = Sigurd la Bouche,  Sigurd au Verbe), parfois aussi désigné sous le nom de Sigurd II, est l'un des nombreux rois norvégiens ayant régné durant la période dite des « guerres civiles norvégiennes », une ère de fragmentation politique, de rivalités dynastiques et de conflits armés quasi continus qui s'étend approximativement de 1130 à 1240. Né vers 1133, il est le fils illégitime de Harald IV Gille, lui-même roi de Norvège de 1130 à 1136, et d'une certaine Thora, dont on sait peu de chose, si ce n'est qu'elle n'appartenait pas à la noblesse scandinave traditionnelle, ce qui plaçait Sigurd dans une position ambiguë à l'égard de la légitimité successorale. Le surnom de Munn,  que les sources médiévales comme la Heimskringla de Snorri Sturluson attribuent à son éloquence, à sa facilité de parole ou à un certain talent oratoire, contraste avec ceux de ses frères et rivaux, souvent liés à des traits physiques ou guerriers (comme Inge Haugabrjót, « le Briseur de collines », ou Øystein Haraldsson), et pourrait suggérer que Sigurd se distinguait moins par la force des armes que par la diplomatie, la ruse ou la capacité à rallier des partisans par la persuasion. 

Sa vie s'inscrit dans le cadre instable qui suit l'assassinat de son père Harald Gille en 1136, tué par Sigurd Slembe, un autre prétendant au trône qui prétendait aussi être un fils illégitime du roi précédent, Magnus Barfod (Nu-pieds). Après ce meurtre, le royaume est partagé entre plusieurs prétendants, dont les jeunes fils de Harald Gille (Sigurd, Øystein et Inge)  qui, encore enfants, sont proclamés co-rois sous la régence de leurs mères respectives et de puissants chefs régionaux. Ce système de co-règne, fréquent à l'époque en Norvège, ne vise pas tant à assurer une gouvernance harmonieuse qu'à éviter l'éclatement total du royaume en factions irréconciliables, tout en maintenant un équilibre fragile entre les intérêts des grands lignages, notamment les puissantes familles de Trøndelag, de Vestlandet et de l'Østlandet. Sigurd Munn est couronné vers 1136, à peine âgé de trois ans, et partage le pouvoir avec ses frères cadets, bien que l'autorité effective soit exercée par des jarls, des évêques et des conseillers appartenant aux factions qui soutiennent chacun des jeunes rois. 

Lorsque Sigurd atteint l'âge adulte, vers les années 1140 - 1150, les tensions entre les frères s'exacerbent, malgré des périodes de collaboration contre des ennemis communs comme Sigurd Slembe, vaincu et exécuté en 1139. La rupture majeure survient vers 1155, alors que les rivalités entre Sigurd et Inge, ce dernier soutenu par le puissant jarl Ingebjørg et par l'Église, qui commence à s'affirmer comme acteur politique majeur, dégénèrent en conflit ouvert. Snorri rapporte que les deux frères tentent d'abord de négocier un nouveau partage du royaume, mais que des soupçons de trahison, des manÅ“uvres de courtisans et des incidents mineurs (comme une altercation entre leurs hommes à Bergen) précipitent l'affrontement. En 1155, Sigurd et Inge se rencontrent à Bergen dans une ambiance tendue, sous prétexte de réconciliation. Pendant une assemblée, une escarmouche éclate entre leurs gardes respectives; Sigurd, voyant qu'il est en infériorité numérique, tente de fuir, mais est rattrapé et tué dans une maison où il s'était réfugié. Sa mort est décrite comme particulièrement brutale : selon la Heimskringla, il est abattu à coups de hache, et son corps est ensuite traîné dans la rue, déshonoré, avant d'être enterré sommairement. Son frère Øystein, qui n'était pas présent, reprend alors le combat contre Inge, mais sera lui aussi vaincu et tué deux ans plus tard, en 1157. 

Le règne de Sigurd III, bien qu'interrompu prématurément, ne fut pas dépourvu d'initiatives. Des sources postérieures, notamment des sagas locales et des registres ecclésiastiques, indiquent qu'il aurait soutenu la fondation ou la dotation de plusieurs églises, notamment dans la région de Viken, et qu'il entretenait des relations complexes avec l'archevêché de Lund (alors métropole ecclésiastique de la Scandinavie), oscillant entre coopération et résistance face aux exigences croissantes de l'Église en matière de légitimité dynastique et de contrôle moral des souverains. Contrairement à certains de ses prédécesseurs ou contemporains, Sigurd Munn n'aurait pas mené d'expéditions militaires en dehors de Norvège (pas de raids en Angleterre, en Irlande ou dans les Hébrides), ce qui suggère que son règne fut presque entièrement consacré à la consolidation interne (ou plutôt à la survie) dans un royaume déchiré par des prétentions concurrentes. Son surnom, s'il évoque l'éloquence, pourrait aussi, dans une lecture plus critique, renvoyer à une propension à faire des promesses qu'il ne pouvait tenir, ou à user de paroles pour dissimuler des intentions guerrières, une interprétation que les partisans de ses rivaux auraient pu favoriser après sa mort. 

Du point de vue de la légitimité dynastique, Sigurd Munn incarne les ambiguïtés de l'époque : fils d'un roi reconnu, mais né hors mariage, il ne bénéficie pas pleinement du principe de succession héréditaire encore flou en Norvège, où le hird (l'entourage armé du roi) et les thing (assemblées locales) jouent un rôle décisif dans l'acclamation d'un souverain. Son existence même, comme celle de ses frères, illustre la prolifération des prétendants royaux issus de liaisons multiples,  une stratégie de reproduction politique courante, mais qui devient explosive dès lors que l'autorité centrale faiblit. La postérité de Sigurd est mince, mais significative : il laisse un fils illégitime, HÃ¥kon Sigurdsson, qui sera brièvement érigé en roi fantoche par le jarl Erling Skakke vers 1160, avant d'être écarté au profit de Magnus, fils d'Erling et de Kristin, la fille légitime de Sigurd Jorsalfare, ce qui marque un tournant vers une conception plus strictement légitimiste du pouvoir royal, soutenue par l'Église. 

Sigurd Munn disparaît donc dans la tourmente des guerres civiles, sans laisser de monument, de loi ou de réforme durable. Sa figure demeure cependant présente dans la mémoire historique scandinave comme celle d'un roi tragique, pris dans les rouages d'un système où la parenté, la parole et la violence sont inextricablement liées. Les sagas, bien que partiales et souvent rédigées des décennies après les événements, lui accordent une certaine dignité dans la mort, soulignant qu'il mourut courageusement, sans supplier, et qu'il avait été, de son vivant, « généreux, brave, et aimé de ses hommes ». Son règne, comme celui de tant d'autres rois de cette époque, rappelle que la royauté norvienne du XIIe siècle n'était pas encore une institution stable, mais une fonction précaire, constamment remise en jeu sur les champs de bataille, dans les assemblées et jusque dans les couloirs des maisons de bois fumantes des cités côtières,  un pouvoir sans couronne fixe, sans capitale permanente, sans loi suprême autre que la force, l'alliance, et parfois, simplement, un mot bien choisi, prononcé au bon moment, avant que la hache ne tombe. 

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Dictionnaire biographique
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