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Robert
d'Auxerre (Robertus Autissiodorensis), est un clerc de l'ordre des
Prémontrés et chroniqueur français actif à la charnière des XIIe
et XIIIe siècles. Né à une date inconnue,
probablement dans la seconde moitié du XIIe
siècle, il est étroitement lié à la ville d'Auxerre
et à son milieu ecclésiastique, où il passa l'essentiel de sa vie et
de sa carrière intellectuelle. Sa notoriété repose presque exclusivement
sur son oeuvre historique, qui constitue une source précieuse pour la
connaissance de l'histoire politique et ecclésiastique de son temps.
Robert fut chanoine
de la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre, institution qui disposait d'un
chapitre cultivé et d'une tradition historiographique ancienne. Cette
position lui assurait une formation solide en théologie, en grammaire
latine et en histoire sacrée, ainsi qu'un accès privilégié aux archives
et aux bibliothèques ecclésiastiques. Il s'inscrit dans un milieu où
l'écriture de l'histoire n'était pas conçue comme une discipline autonome,
mais comme un prolongement du savoir théologique et moral, destiné Ã
manifester l'action de la Providence dans le cours des événements humains.
Son oeuvre principale
est une chronique universelle, connue sous le titre de Chronicon
(ou Chronologia.... ab orbis origine ad annum Christi 1212, cum Appendice
ad annum 1223, Troyes, 1608) , qui prolonge et actualise des chroniques
antérieures, notamment celle d'Hugues de Saint-Victor et, plus indirectement,
la tradition issue de Sigebert de Gembloux. Robert ne se contente pas de
compiler : il réorganise, corrige et enrichit ses sources, en y ajoutant
des informations contemporaines et des observations personnelles. Sa chronique
couvre l'histoire du monde depuis la naissance de Jésus jusqu'aux premières
années du XIIIe siècle, avec une attention
croissante aux événements proches de son époque.
Pour les périodes
anciennes, Robert s'appuie largement sur des autorités reconnues, tant
bibliques que patristiques ou médiévales. En revanche, pour les décennies
finales du XIIe siècle et le début du
XIIIe, son témoignage devient plus original
et plus détaillé. Il décrit avec précision les règnes des rois capétiens,
en particulier Philippe Auguste, les
conflits entre la monarchie française et la puissance anglo-normande,
ainsi que les relations complexes entre le pouvoir royal et l'Église.
Son récit de la bataille de Bouvines, bien
que rédigé sans en connaître encore toutes les conséquences, s'inscrit
dans un contexte où l'affirmation de la royauté capétienne est perçue
comme un signe d'ordre et de stabilité voulus par Dieu.
Robert d'Auxerre
accorde également une place importante à l'histoire ecclésiastique.
Il rapporte les élections épiscopales, les conciles, les querelles de
juridiction et les réformes disciplinaires, en adoptant le point de vue
d'un chanoine soucieux de l'autonomie et de la dignité de l'Église. Il
s'intéresse aux figures pontificales majeures de son temps, notamment
Innocent
III, dont il souligne l'autorité morale et politique, tout en notant
les tensions que l'affirmation de la papauté peut susciter dans les royaumes
chrétiens.
Son style est sobre,
clair et relativement dépourvu d'effets rhétoriques. Il privilégie l'exactitude
chronologique et la lisibilité du récit, même si certaines datations
restent approximatives, comme c'est fréquemment le cas dans l'historiographie
médiévale. Robert manifeste un souci moral constant : les événements
sont interprétés à la lumière de la justice divine, les succès récompensant
la vertu et les revers sanctionnant l'orgueil ou l'impiété. Cette lecture
providentialiste n'exclut toutefois pas une réelle attention aux causes
politiques et humaines des faits rapportés.
Robert d'Auxerre
mourut en 1212, date à laquelle sa chronique s'interrompt. Sa mort passa
sans doute relativement inaperçue hors des cercles savants et ecclésiastiques,
mais son oeuvre connut une diffusion durable grâce aux copies manuscrites
et à son intégration dans des compilations historiques ultérieures.
Pour les historiens modernes, il constitue un témoin essentiel de la transition
entre le XIIe et le XIIIe
siècle. |
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