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Les
Cultistes, également appelés Gongoristes ou Cultéranistes
(Culteranos), sont un groupe d'écrivains
espagnols du XVIIe siècle qui ont
adhéré à l'esthétique littéraire et au style poétique développé
par Luis de Góngora. Le terme Cultistes vient
de estilo culte ( = style cultivé ou raffiné), qui est la caractéristique
principale de leur écriture. Ces écrivains appartiennent à l'époque
du Baroque espagnol, également connu sous le nom de Siècle d'Or.
L'estilo culte
se distingue par :
• La
complexité et l'obscurité. - Le but était de créer une poésie
difficile à comprendre pour le lecteur non averti, nécessitant une culture
classique et une certaine érudition.
• L'utilisation
abondante de latinismes et d'hellénismes. - Ils empruntaient du vocabulaire
et des constructions syntaxiques au latin et au grec pour enrichir et complexifier
la langue espagnole.
• Des métaphores
audacieuses et complexes. - Les images sont souvent très recherchées,
alambiquées et parfois obscures, nécessitant un effort d'interprétation.
• L'hyperbate.
- Ils utilisaient l'inversion de l'ordre naturel des mots dans la phrase
(comme en latin) pour créer des effets stylistiques et rendre le texte
plus sophistiqué.
• Des allusions
mythologiques et classiques. - La poésie cultiste est truffée de
références à la mythologie grecque et romaine, à l'histoire antique
et à la littérature classique.
• Une recherche
de la beauté formelle avant tout. - L'esthétique et la musicalité
du langage étaient privilégiées, parfois au détriment de la clarté
du message ou de la profondeur du contenu.
Le but des Cultistes
était double. D'une part, il s'agissait pour eux d'élever la langue espagnole.
Ils souhaitaient enrichir et raffiner la langue littéraire espagnole en
la rendant plus complexe, plus savante et plus proche des langues classiques.
D'autre part, ils souhaitaient créer une poésie aristocratique et élitiste.
L'obscurité et la complexité de leur style étaient une manière de distinguer
une élite cultivée du reste de la population. C'était une forme de snobisme
littéraire et de distinction sociale.
Le style cultiste
a suscité de vives réactions. Il a été à la fois admiré pour sa beauté
et son raffinement, mais aussi critiqué pour son obscurité, son artificialité
et son manque de clarté. Des écrivains comme Quevedo
ont été de fervents critiques du Gongorisme, le dénonçant comme un
style vide et prétentieux. Le débat entre Cultistes et Anti-Cultistes
a été une des grandes querelles littéraires du Siècle d'Or espagnol.
L'oeuvre de Gongora,
notamment ses poèmes Polifemo y Galatea et Soledades, est
considérée comme le sommet de ce style. En dehors de Góngora, bien que
personne n'ait atteint son niveau de maîtrise et de renommée dans le
Culteranisme, on peut mentionner parmi les Cultistes :
• Le
Comte de Villamediana (Juan de Tassis y Peralta). - Poète satirique
et galant, il a utilisé le Culteranisme, notamment dans sa poésie amoureuse
et ses critiques sociales. Son style est souvent plus léger et moins obscur
que celui de Góngora, mais il partage l'ornementation et la complexité.
• Pedro Soto
de Rojas. - Considéré comme un des premiers disciples de Góngora,
il a cultivé un style culteraniste dans sa poésie, notamment dans son
oeuvre pastorale Los Rayos de Faetón. Il est moins connu que Góngora,
mais important dans la diffusion précoce du style.
• Anastasio
Pantaleón de Ribera. - Poète qui a suivi les traces de Góngora,
adoptant le Culteranisme dans ses poèmes lyriques et religieux. Son style
est parfois considéré comme une imitation moins inspirée de Góngora.
On remarquera par ailleurs
que certains aspects de l'oeuvre de Lope de Vega,
bien que celui-ci soit principalement associé au Conceptisme (un autre
style baroque opposé au Culteranismo, axé sur le jeu de mots et la concision),
présentent des éléments culteranistes dans certaines de ses oeuvres
poétiques, notamment dans ses poèmes lyriques et certaines parties de
ses pièces de théâtre. Cependant, il n'est pas considéré comme un
véritable Cultiste, car son style est plus varié et moins exclusivement
axé sur la complexité formelle. |
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