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Marthe
Condat
est une femme médecin née le 19 juillet 1886 à Graulhet, dans le Tarn,
et morte à Toulouse le 24 octobre 1939.
Elle est issue d'un
milieu modeste mais cultivé, qui l'encourage très tôt dans ses ambitions
intellectuelles. Elle s'illustre par une remarquable précocité : reçue
avec mention à ses deux baccalauréats (lettres et mathématiques), elle
entre en 1905 dans une filière scientifique préparatoire à la médecine,
remportant les premiers prix grâce à ce que ses professeurs décrivent
comme « une haute intelligence et un travail assidu-».
Dès 1906, elle entame
ses études de médecine à Toulouse, avant
de rejoindre la faculté de Paris. Là , elle devient la 12e
femme reçue au concours de l'internat, un exploit à une époque où
la pratique hospitalière demeure un bastion masculin. De 1910 à 1914,
elle exerce comme interne dans les plus grands hôpitaux parisiens, se
spécialisant peu à peu en pédiatrie. Elle y développe une approche
clinique rigoureuse, fondée sur l'observation, l'expérimentation
et une attention fine aux signes précoces de pathologies infantiles.
Durant la Première
Guerre mondiale, elle choisit de rester en poste à l'hôpital des
enfants malades, assurant bénévolement des soins pendant cinq années
pour pallier la mobilisation masculine. Ce dévouement sans faille ne lui
vaudra pourtant aucune reconnaissance officielle à l'époque. Comme
le souligne un de ses confrères dans une nécrologie parue en 1940 : «
Elle incarna cette génération de femmes de science que l'institution
toléra sans jamais vraiment la saluer. »
En 1916, elle soutient
une thèse remarquée, Leucocytolyse et fragilité leucocytaire,
qui témoigne d'un intérêt pionnier pour l'immunologie naissante.
De retour à Toulouse en 1920, elle devient chef de laboratoire dans le
service des enfants malades. Trois ans plus tard, en 1923, elle franchit
un seuil historique : elle devient la première femme agrégée de médecine
en France. Cet événement, salué par la presse régionale et nationale,
marque une avancée majeure pour l'intégration des femmes dans l'enseignement
supérieur médical.
Marthe Condat enseigne
dès lors la pathologie médicale, tout en poursuivant une activité clinique
et de recherche. Elle insiste sur l'importance d'une médecine pédiatrique
« enracinée dans l'observation du quotidien de l'enfant, de sa nourriture
à ses réactions émotionnelles », anticipant par là les dimensions
psycho-sociales de la pédiatrie moderne. Elle écrit dans l'un de ses
articles :
« L'enfant
n'est pas un petit adulte. Il est un monde à découvrir, à comprendre,
à soigner dans son entier. »
En 1932, elle devient
la première femme titulaire d'une chaire de médecine en France, occupant
celle de thérapeutique à la faculté de Toulouse. En 1936, elle hérite
de la chaire de clinique infantile et de puériculture, après la mort
du professeur Baylac. Tout en enseignant, elle publie de nombreux travaux
sur les soins aux nourrissons, l'hygiène infantile et les effets thérapeutiques
des climats et eaux thermales, témoignant d'un intérêt pour la géomédecine
alors en plein essor.
Elle meurt prématurément
en 1939, à l'âge de 53 ans, d'une hémoptysie due à une tuberculose
pulmonaire. À sa mort, la communauté médicale, d'abord discrète,
lui rend finalement un hommage appuyé. Le pédiatre Jules Comby écrit
dans Les Archives de médecine infantile :
« Condat
fut une pionnière, une savante, mais aussi une âme généreuse, qui ouvrit
la voie aux femmes en blouse blanche. »
Son nom reste longtemps
méconnu, mais à partir des années 2010, il renaît dans la mémoire
collective. En 2016, l'université Toulouse-III-Paul-Sabatier baptise
un grand auditorium à son nom. En 2023, la ville de Paris lui consacre
une voie dans le XIIe arrondissement. Sa
figure s'impose alors comme l'emblème d'une médecine scientifique
au féminin, rigoureuse et humaniste, dont elle pose les premiers jalons
dans un siècle en pleine mutation. |
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