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Les îles africaines |
| Les
îles et archipels de l'Afrique connaissent des histoires profondément
différentes selon leur position, leur taille et leur éloignement des
continents. Certaines, comme Madagascar et les Comores, se peuplent très
tôt grâce à des navigateurs venus d'Asie du Sud-Est et d'Afrique, tandis
que d'autres, comme les Canaries, les Seychelles ou les Mascareignes, restent
vides d'habitants jusqu'à une époque récente ou ne reçoivent que des
visites épisodiques.
Ainsi, à la veille de l'arrivée des Européens, le paysage insulaire de l'Afrique orientale est très contrasté. Les Canaries vivent dans un isolement relatif, peuplées de paysans et d'éleveurs berbères. Le Cap-Vert est vide, tout comme les Seychelles et les Mascareignes. Les Comores et Madagascar, en revanche, sont des foyers de civilisation ancienne et originale, profondément intégrés aux réseaux de l'océan Indien. Les navigateurs, les marchands, les migrants et les esclaves ont tissé entre ces îles et les côtes africaines et asiatiques des liens durables, faits d'échanges, de conflits et de métissages. À partir du XVIe siècle, les îles entrent dans une période de bouleversements profonds, marquée par l'expansion européenne, le commerce atlantique et indien, l'esclavage et la colonisation. Chaque archipel suit une trajectoire particulière, selon sa position géographique, mais à la fin du XIXe siècle, toutes les îles et archipels de l'Afrique sont donc passés sous domination européenne, à l'exception de quelques sultanats comoriens nominalement indépendants , bien que sous influence française. Les Canaries appartiennent à l'Espagne, le Cap-Vert au Portugal, les Mascareignes sont partagées entre la France et la Grande-Bretagne, les Seychelles sont britanniques, les Comores tombent progressivement sous contrôle français et Madagascar est colonie française. Les populations insulaires ont été profondément transformées par l'esclavage, l'engagisme, le métissage, les migrations, les maladies et les cultures imposées. Les langues créoles, les religions, les cuisines et les structures sociales portent la trace de ces siècles violents. Au les situations restente extrêmement diverses. Les Canaries, autonomes et européennes, vivent du tourisme et des transferts publics espagnols, mais subissent une pression migratoire venue d'Afrique de l'Ouest et du Sahel. Le Cap-Vert se distingue par sa stabilité démocratique et son développement humain, malgré la sécheresse et l'émigration. Madagascar et les Comores peinent à sortir de la pauvreté et de l'instabilité politique, tandis que Mayotte, département français, attire des migrants comoriens et malgaches dans des conditions souvent précaires. Les Seychelles et Maurice affichent des niveaux de vie élevés et des économies diversifiées, mais restent dépendantes du tourisme et de la finance internationale. La Réunion demeure une société créole inégalitaire, intégrée à la France et à l'Union européenne, avec des tensions sociales et identitaires persistantes. Partout, les questions de mémoire, d'identité, de migration et de développement durable dominent les débats, dans des îles où l'histoire coloniale, les brassages de populations et la mondialisation ont produit des cultures originales et des sociétés complexes. Îles de l'océan AtlantiqueLes îles Canaries.Les îles Canaries, au large du Maroc actuel, ont été peuplées très tôt par des populations berbères venues d'Afrique du Nord. Ces premiers habitants, appelés plus tard Guanches, arrivent probablement en plusieurs vagues entre le premier millénaire avant notre ère et les premiers siècles de notre ère. Ils élèvent des chèvres, des moutons et des porcs, cultivent l'orge et le blé sur certaines îles, et vivent dans des habitats troglodytiques ou des maisons de pierre sèche. Chaque île développe une culture distincte, avec des dialectes, des rituels et des organisations sociales particulières. À Tenerife, la momification des morts et le culte d'un dieu suprême frapperont les premiers visiteurs européens. Les Canariens ne possèdent pas de métallurgie et ignorent la navigation hauturière, ce qui isole progressivement chaque île des autres. Leur société reste néolithique, fondée sur l'élevage, l'agriculture et la cueillette, jusqu'à l'arrivée des Européens au XIVe siècle. La conquête des îles par la couronne de Castille tout au long du XVe siècle s'achève en 1496 avec la soumission de Tenerife. La population guanche, affaiblie par les combats, les raids esclavagistes et les maladies importées, est progressivement assimilée, réduite en servitude ou exterminée. Les colons espagnols s'installent, fondent des villes comme Las Palmas et Santa Cruz de Tenerife, et développent la culture de la canne à sucre, de la vigne et plus tard de la banane. Les Canaries deviennent une escale essentielle sur la route des Amériques, un point de ravitaillement pour les flottes espagnoles et un laboratoire des méthodes coloniales appliquées ensuite au Nouveau Monde. L'Église catholique s'implante solidement, et l'archipel s'hispanise entièrement, sa population se mêlant aux colons, aux esclaves africains et aux marchands européens. Espagnoles depuis cette époque, les Canaries, vivent encore au début du XXe siècle dans une pauvreté rurale profonde. La terre appartient à une minorité de propriétaires, tandis que les journaliers agricoles, les métayers et les pêcheurs survivent difficilement. La culture de la banane, de la tomate et de la pomme de terre se développe pour l'exportation vers l'Europe, surtout vers la Grande-Bretagne et l'Espagne continentale. Les ports de Las Palmas et de Santa Cruz de Tenerife connaissent une activité croissante grâce au charbonnage des navires et au commerce atlantique. Pour fuir la misère, des milliers de Canariens émigrent vers Cuba, le Venezuela et plus tard l'Espagne. Sous la dictature de Primo de Rivera puis sous la Seconde République espagnole, les Canaries connaissent des tensions politiques, des grèves ouvrières et des revendications autonomistes. En 1936, le général Franco, alors commandant militaire aux Canaries, part de Tenerife pour rejoindre le Maroc et déclencher la guerre civile espagnole. L'archipel reste aux mains des nationalistes pendant toute la guerre. Sous le franquisme, les Canaries demeurent pauvres et marginalisées, mais le tourisme commence à se développer à partir des années 1960. Au fil des années, il transforme profondément l'économie et le paysage des îles. Après la mort de Franco en 1975 et le retour de la démocratie, les Canaries obtiennent en 1982 un statut d'autonomie au sein de l'Espagne, avec un parlement et un gouvernement propres. Le tourisme de masse, venu surtout d'Europe du Nord, fait des Canaries l'une des premières destinations mondiales, mais crée aussi des déséquilibres écologiques, une dépendance économique et une pression démographique forte. Îles du cap-Vert.
L'archipel devient un centre du commerce des esclaves, un entrepôt pour les marchandises et une base pour les navires qui traversent l'Atlantique. La société cap-verdienne se créolise : le portugais se mêle aux langues africaines pour donner naissance au créole du Cap-Vert, et une culture originale se forge autour du catholicisme, de la musique, de la cuisine et des liens familiaux. Les sécheresses récurrentes provoquent des famines meurtrières, et beaucoup de Cap-Verdiens émigrent vers l'Afrique de l'Ouest, le Brésil ou les Antilles. L'archipel reste portugais, mais son économie décline quand la traite atlantique se déplace vers d'autres ports. Le Cap-Vert, colonie portugaise, va traversee le XXe siècle dans une grande pauvreté, aggravée par des sécheresses récurrentes et des famines, comme celle de 1947, qui tue des dizaines de milliers de personnes. Les Cap-Verdiens émigrent massivement vers le Sénégal, les États-Unis, le Portugal, les Pays-Bas et plus tard la France, et les transferts d'argent des émigrés deviennent une ressource vitale. Sous la dictature de Salazar, le Cap-Vert sert de base pour l'administration coloniale portugaise et pour le commerce entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques. Le nationalisme cap-verdien se structure dans les années 1950 et 1960, généralement en lien avec la Guinée-Bissau voisine, au sein du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, fondé par Amílcar Cabral. Après la révolution des Oeillets au Portugal en 1974, le Cap-Vert accède à l'indépendance le 5 juillet 1975, avec Aristides Pereira comme président. Le pays, pauvre en ressources naturelles, mise sur l'éducation, la santé, la stabilité politique et les services, devenant progressivement une démocratie stable et un exemple de bonne gouvernance en Afrique. Le tourisme, les investissements étrangers et la diaspora soutiennent une croissance régulière, malgré la sécheresse et la dépendance alimentaire. Îles de l'océan IndienMadagascar.Les premières traces certaines d'occupation humaine de Madagascar remontent aux premiers siècles de notre ère, bien que des indices suggèrent des présences plus anciennes. Les navigateurs austronésiens, venus de Bornéo, de Sumatra ou d'autres îles de l'Asie du Sud-Est, traversent l'océan Indien sur des pirogues à balancier ou des voiliers, apportant avec eux le riz, le taro, la banane, la musique et des traits linguistiques qui donnent naissance au malgache, langue apparentée aux langues de Bornéo. Ces premiers Austronésiens s'installent d'abord sur les côtes, puis progressent vers les hautes terres centrales, où ils défrichent les forêts, aménagent des rizières en terrasses et fondent des villages fortifiés. Parallèlement, des navigateurs bantous venus de la côte est-africaine, des Comores et du Mozambique atteignent Madagascar et se mêlent aux populations austronésiennes. Ils apportent l'élevage du zébu, la métallurgie du fer, de nouvelles plantes et des pratiques politiques liées aux chefferies africaines. De ces échanges naît une civilisation malgache originale, où les traits asiatiques et africains se combinent dans la langue, les croyances, l'agriculture et l'organisation sociale. Les anciens Malgaches vénèrent les ancêtres, pratiquent des rituels de possession, construisent des tombeaux monumentaux et développent des systèmes de castes et de royautés sacrées. Dès le premier millénaire, les côtes de Madagascar participent aux réseaux commerciaux de l'océan Indien. Les ports malgaches échangent du riz, des esclaves, de l'écaille de tortue, de l'ambre gris et de l'or contre des perles, des céramiques, des tissus et des objets de fer venus d'Arabie, de Perse, d'Inde et de Chine. Les navigateurs arabes et swahilis fréquentent la côte nord-ouest et les îles voisines, introduisant l'islam dans certaines communautés côtières. Des comptoirs et des villages de pêcheurs se développent, notamment dans la région de Mahilaka, dont les ruines témoignent d'une cité prospère entre le IXe et le XIVe siècle. Les marchands malgaches servent d'intermédiaires entre l'intérieur des terres et les réseaux maritimes, exportant des produits agricoles et des esclaves vers les Comores, la côte swahilie et l'Arabie. Dans l'intérieur de Madagascar, des royaumes et des chefferies se forment à partir du XIVe ou XVe siècle. Les traditions orales évoquent des dynasties fondées par des étrangers venus de la mer, des héros civilisateurs et des alliances entre clans. Les Merina, les Betsileo, les Sakalava, les Betsimisaraka et d'autres groupes construisent des États plus ou moins centralisés, avec des rois sacrés, des conseils d'anciens, des armées et des cultes rendus aux ancêtres royaux. Les rizières irriguées, les zébus et le fer jouent un rôle central dans l'économie et le prestige. Les tombeaux et les palais en bois sculpté témoignent d'une architecture raffinée, tandis que les poèmes, les chants et les généalogies conservent la mémoire des migrations et des conquêtes. Madagascar connaît au XVIe et au XVIIe siècle un morcellement politique et une intégration croissante dans les réseaux de l'océan Indien. Les navigateurs portugais, hollandais, anglais et français reconnaissent les côtes, cherchent des épices, de l'or et des esclaves, et fondent des comptoirs temporaires. Les royaumes de l'intérieur, comme celui des Merina sur les hautes terres, restent longtemps à l'écart de ces contacts directs, mais les côtes voient se développer des cités marchandes et des chefferies tournées vers le commerce maritime. Les Sakalava, sur la côte ouest, forment des royaumes puissants à partir du XVIIe siècle, contrôlant les ports, le commerce de l'ivoire, des esclaves et du riz. Ils entretiennent des relations avec les Comores, les Swahilis, les Arabes et les Européens. ils importent des armes à feu et exportent des captifs vers les Mascareignes et l'Arabie. Au XIXe siècle,l'île se transforme sous l'impulsion du royaume merina. À partir de 1810, le roi Radama Ier, aidé par les Britanniques, unifie une grande partie de l'île, modernise l'armée, encourage l'alphabétisation et signe des traités avec les puissances européennes. Sa veuve, la reine Ranavalona Ire, mène à partir de 1828 une politique plus isolationniste. Elle expulse les missionnaires, persécute les chrétiens et limite les contacts avec l'étranger. Elle maintient néanmoins un État centralisé, avec des corvées royales, des monopoles commerciaux et une armée puissante. Après sa mort en 1861, son fils Radama II rouvre le pays aux Européens, mais il est assassiné lors d'un complot de cour. Les reines Rasoherina, Ranavalona II et Ranavalona III gouvernent sous l'influence des Premiers ministres, qui modernisent l'administration, signent des traités avec les puissances et convertissent la cour au protestantisme. La France, présente dans les îles voisines et à la Réunion, cherche à contrôler Madagascar. En 1883, une première guerre franco-malgache aboutit à des concessions malgaches, puis en 1895, une expédition militaire française débarque à Majunga, marche sur Tananarive et impose un protectorat. La reine Ranavalona III est exilée en 1897, et Madagascar devient une colonie française. La colonisation s'accompagne de réquisitions de terres, de travail forcé, d'impôts et de répressions sanglantes, notamment contre les mouvements de résistance comme les Menalamba. Les missionnaires catholiques et protestants s'implantent, les écoles se multiplient et l'économie se tourne vers l'exportation du café, de la vanille, du riz et des bois précieux. Madagascar vit au début du XXe siècle sous un régime colonial dur. Les Français s'approprient de vastes terres, imposent l'impôt, le travail forcé et les cultures obligatoires comme le café, la vanille et le sisal. Des révoltes éclatent, comme celle des Vy Vato Sakelika en 1915-1916, durement réprimée. Pendant la Première Guerre mondiale, des milliers de Malgaches sont enrôlés comme soldats ou travailleurs, et beaucoup meurent en Europe. En 1947, une insurrection nationaliste éclate dans l'est et le sud de l'île, menée par le Mouvement démocratique de la rénovation malgache. La répression française est terrible : des dizaines de milliers de morts, des villages incendiés et des dirigeants exécutés ou emprisonnés. Malgré cette violence, le mouvement national continue, et Madagascar obtient son indépendance le 26 juin 1960, avec Philibert Tsiranana comme premier président. Le régime de Tsiranana, proche de la France, devient de plus en plus autoritaire et contesté. En 1972, des manifestations étudiantes et ouvrières le renversent, et le pouvoir passe à Didier Ratsiraka en 1975. Ratsiraka impose un socialisme révolutionnaire, nationalise les banques et les grandes entreprises, rompt partiellement avec la France et se rapproche des pays de l'Est. L'économie s'effondre, la corruption se généralise et la pauvreté explose. En 1991, des mouvements populaires forcent Ratsiraka à accepter une transition démocratique, et Albert Zafy devient président en 1993. Le pays alterne ensuite entre crises politiques, élections contestées et tentatives de redressement. En 2009, un coup d'État porte Andry Rajoelina au pouvoir, puis Hery Rajaonarimampianina en 2013, et de nouveau Rajoelina en 2019. Madagascar reste l'un des pays les plus pauvres du monde, malgré ses richesses naturelles, sa biodiversité exceptionnelle et son potentiel agricole. Comores.
Au XIXe siècle, les Comores connaissent une période de rivalités entre sultanats et d'intervention croissante des puissances européennes, surtout de la France. Les îles de Mayotte, d'Anjouan, de Mohéli et de Grande Comore sont dirigées par des sultans locaux, souvent en conflit pour le contrôle des terres, des ports et du commerce. Les planteurs français, venus de La Réunion et de Maurice, s'installent à Mayotte, y développent la culture de la canne à sucre et des plantes à parfum, et utilisent une main-d'oeuvre servile et engagée. En 1841, le sultan de Mayotte cède l'île à la France, qui en fait une colonie sucrière puis une base navale. Les autres îles restent nominalement indépendantes, mais les Français y exercent une influence grandissante, signant des traités avec les sultans et s'ingérant dans les querelles dynastiques. Les Comores deviennent un point d'appui pour le commerce entre Madagascar, la côte africaine et les Mascareignes. Les Comores, dont la colonisation par la France finit par être effective à la fin du XIXe siècle, sont rattachées administrativement à Madagascar à partir de 1912. L'économie repose sur la vanille, le girofle, l'ylang-ylang et le coprah, produits par de petits planteurs et des sociétés coloniales. Les Comoriens subissent le travail forcé, les impôts et les réquisitions pendant les deux guerres mondiales. Après 1945, les mouvements politiques se développent, qui réclament plus d'autonomie puis l'indépendance. En 1974, un référendum organisé par la France donne une majorité pour l'indépendance dans trois îles, mais Mayotte vote pour rester française. Le 6 juillet 1975, les Comores proclament unilatéralement leur indépendance, avec Ahmed Abdallah comme président. La France reconnaît l'indépendance des trois îles mais conserve Mayotte, malgré les protestations comoriennes et internationales. Les Comores indépendantes traversent ensuite une période d'instabilité extrême, ponctuée par des coups d'État, des mercenaires, des sécessions et des crises économiques. Bob Denard, mercenaire français, joue un rôle trouble dans la vie politique comorienne pendant des décennies. En 1997, l'île d'Anjouan proclame son indépendance, puis des accords de réconciliation aboutissent à une nouvelle constitution fédérale en 2001. L'instabilité persiste, avec des interventions militaires, des élections contestées et une pauvreté massive. Mayotte, restée française, devient un département d'outre-mer en 2011, et attire des migrants comoriens malgré des conditions difficiles. Seychelles.
Au début du XXe siècle, l'archipel, pauvre et isolé, dépend du coprah, de la cannelle et de la pêche. Les Britanniques y exilent des opposants politiques, comme le roi du Buganda et plus tard des nationalistes chypriotes. En 1976, les Seychelles accèdent à l'indépendance avec James Mancham comme président et France-Albert René comme Premier ministre. En 1977, un coup d'État sans effusion de sang porte René au pouvoir, qui instaure un régime socialiste à parti unique. Le pays se rapproche de l'Union soviétique, de Cuba et de la Tanzanie, et survit à plusieurs tentatives de coup d'État, dont une menée par des mercenaires sud-africains en 1981. Sous René, les Seychelles développent l'éducation, la santé et le tourisme, devenant l'un des pays les plus prospères d'Afrique par habitant. En 1991, René accepte le multipartisme, et il quitte le pouvoir en 2004, remplacé par James Michel. Les Seychelles restent une démocratie stable, avec une économie fondée sur le tourisme de luxe, la pêche thonière et les services financiers. Mascareignes.
Au XVIIIe siècle, ces îles prennent une importance nouvelle. Les Français s'installent à Bourbon, aujourd'hui La Réunion, à partir des années 1660, puis à l'île de France, aujourd'hui Maurice, en 1715. Ils y développent d'abord une économie fondée sur la culture du café, puis sur celle de la canne à sucre, en important massivement des esclaves d'Afrique orientale, de Madagascar et d'Inde. Les plantations sucrières transforment ces îles en sociétés esclavagistes dures, où les colons blancs dominent une population servile d'origine africaine et malgache, bientôt rejoints par des engagés indiens. Port-Louis et Saint-Denis deviennent des ports actifs, reliés à l'Inde, à la Chine, à l'Afrique et à l'Europe. Les corsaires français, comme Robert Surcouf, attaquent les navires anglais depuis ces bases, et les Mascareignes servent de plaque tournante pour le commerce illégal des esclaves après les premières abolitions. La Révolution française et les guerres napoléoniennes changent le destin des Mascareignes. Les Anglais s'emparent de l'île de France en 1810 et la rebaptisent Maurice. La Réunion redevient française après 1815. À Maurice, les Britanniques abolissent l'esclavage en 1835, ce qui pousse les planteurs à recruter des travailleurs engagés venus massivement d'Inde. La population mauricienne devient majoritairement d'origine indienne, et l'île se couvre de champs de canne à sucre. À La Réunion, l'esclavage est aboli en 1848, et là aussi des engagés indiens, africains, chinois et malgaches remplacent les esclaves dans les plantations. Les deux îles conservent une société inégalitaire, où l'élite blanche possède les terres et les usines sucrières, tandis que les descendants d'esclaves et d'engagés restent souvent pauvres. Maurice, colonie britannique depuis 1810, connaît au XXe siècle une transformation majeure. L'économie sucrière domine, avec de grandes propriétés appartenant à une minorité franco-mauricienne, tandis que les descendants d'esclaves africains et malgaches, les travailleurs engagés indiens et leurs descendants, et une petite communauté chinoise forment une société multiculturelle et inégalitaire. Les mouvements ouvriers et politiques se développent dans les années 1930 et 1940, menés par des syndicalistes et des leaders comme Seewoosagur Ramgoolam. En 1968, Maurice accède à l'indépendance, avec Ramgoolam comme Premier ministre. Le pays se diversifie économiquement, développant les zones franches textiles, le tourisme, les services financiers et plus tard les technologies de l'information. Maurice devient une démocratie stable et prospère, bien que les inégalités ethniques et sociales persistent. La Réunion, restée française, devient un département d'outre-mer en 1946. L'économie repose sur la canne à sucre, puis se diversifie vers le tourisme, les services et les aides sociales de l'État français. La société réunionnaise, créole et multiculturelle, est marquée par un fort taux de chômage, des inégalités sociales et des revendications identitaires, mais aussi par une vitalité culturelle remarquable. |
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