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Frédéric VI

Frédéric VI est un roi du Danemark, né à Copenhague le 28 janvier 1768, mort le 3 décembre 1839. Il  gouverna au nom de son père Christian VII à partir du 14 avril 1784 et comme roi à partir du 13 mars 1808. Mais à cause de la guerre qui le retenait sur la frontière méridionale, d'ordinaire à Kiel, il ne fut couronné à Frederiksborg que le 31 juillet 1815.
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Frédéric VI, roi du Danemark.
Frédéric VI du Danemark (1768-1839)

Fils aîné de Christian VII et de Caroline-Mathilde, dont l'un tomba en démence et dont l'autre fut reléguée à Celle, il se trouva, dès l'âge de quatre ans, séparé de ses parents et fut tenu à l'écart par ordre de la reine douairière Julienne-Marie et du ministre O.-H. Guldberg; mais, dès 1782, il se concerta secrètement avec A.-P. Bernstorff et d'autres personnages, même avec deux ministres en exercice, Schack-Rathlou et O. Thott, pour faire valoir ses droits de primogéniture. Conformément au § VIII de la Lex regia de 1665, sa minorité aurait dû cesser à la fin de sa treizième année, or il avait seize ans faits lorsque, le 14 avril 1784, dix jours après sa confirmation, il fit signer au roi dément la révocation du ministère Guldberg qu'il remplaça par ses trois affidés susnommés et auxquels il adjoignit F.-C. Rosenkrantz, Huth et H. Stampe. 

Ces amis du progrès, assistés du comte C.-D.-F. Reventlow, de Chr. Colbjoernsen et, à partir de 1786, de la Grande Commission agricole, s'appliquèrent à améliorer la situation de la classe rurale. D'importantes réformes furent complétées par l'ordonnance du 20 juin 1788, qui abolit le lien domiciliaire (Stavnsbaand) : les propriétaires n'eurent plus à répondre des miliciens nés sur leurs terres, et ceux-ci ne furent plus astreints à résider au lieu de leur naissance entre quatorze et trente-six ans.

A part une guerre de peu de durée et sans résultat, que le Danemark dut faire à la Suède en 1788, par suite d'un engagement pris avec la Russie en 1773, la paix fut maintenue, malgré la conflagration générale, jusqu'à la fin du siècle. L'agriculture prospéra, la navigation et le commerce fleurirent également, grâce surtout au traité de neutralité armée qui fut conclu avec la Suède en 1792. 

Malheureusement le ministre des affaires étrangères, A.-P. Bernstorff, mourut en 1797, dans un temps où toute son habileté aurait à peine suffi à écarter les dangers. L'Angleterre, qui s'arrogeait le droit de visiter les navires des neutres, enjoignit au Danemark (29 août 1800) de s'abstenir de faire convoyer ses bâtiments de commerce et, le 14 janvier 1804, deux jours avant que Frédéric n'accédât à la ligue des neutres formée par la Russie, la Suède et la Prusse, elle ouvrit les hostilités; elle envoya dans le Sund une escadre qui attaqua dans le port de Copenhague (2 avril) la flotte danoise, bien inférieure en nombre, mais vaillamment défendue par O. Fischer, Braun, Lemming, Lassen, Risbrich, Villemoes. Nelson était sur le point d'abandonner la lutte lorsque le prince héritier, mal informé de la situa- . tion, conclut une trêve, bientôt convertie en un traité de paix, à la faveur duquel le Danemark, resté neutre, redevint un des principaux approvisionneurs de l'Europe. 

A la dissolution de l'empire germanique, le duché de Holstein fut incorporé dans la monarchie danoise (9 septembre 1806). L'année suivante, l'Angleterre, renouvelant ses actes de piraterie, captura des navires danois et la puissante escadre de l'amiral Gambier alla sommer le prince Frédéric de lui livrer toute sa flotte. Sur le refus de celui-ci, qui alla chercher des troupes dans le Holstein pour défendre sa capitale absolument sans défense, 30,000 Anglais débarqués à Vedbek eurent facilement raison de quelques miliciens levés à la hâte; ils investirent Copenhague (18 août 1807), bombardèrent cette ville pendant trois jours, et ils allaient donner l'assaut lorsque le général Peymann, par la capitulation du 7 septembre, livra 18 vaisseaux de ligne, 17 frégates et 43 autres bâtiments avec tout l'arsenal.

Ainsi poussé dans l'alliance française, le prince héritier, qui peu après devint roi (13 mars 1808), prit part à la guerre contre la Suède. 19,000 auxiliaires, Français et Hollandais, et 14,000 Espagnols, sous les ordres de Bernadotte, furent cantonnés dans la Péninsule nordolbingienne et dans l'archipel des Belts (1808), en attendant le moment d'envahir la Skanie, mais les Espagnols s'embarquèrent sur des vaisseaux anglais pour regagner leur pays révolté contre les Français, et, en 1809, les autres auxiliaires furent retirés sans avoir rien tenté.

 En Norvège, le prince Christian-Auguste d'Augustenborg, commandant en chef et président de la commission gouvernementale, négligea de pousser vigoureusement les hostilités pendant que les troupes suédoises étaient occupées en Finlande et en Poméranie; il entra même en pourparlers avec les généraux insurgés et il fut désigné (juillet 1809) comme héritier présomptif du nouveau roi Charles XIII, de préférence à Frédéric VI, qui n'avait pas voulu promettre une constitution libérale pour ses Etats; bien plus, après sa mort (28 mai 1810), la candidature du roi de Danemark échoua une seconde fois, quoique la paix avec la Suède eût été conclue (10 décembre 1809) à Joenkoeping sur les bases du statu quo ante. 

Cependant l'Angleterre continuait de détruire la marine danoise en partie reconstituée par des dons volontaires et d'occuper les colonies danoises des deux Indes, tandis qu'un aventurier, J. Jürgensen se proclamait roi d'Islande (1809). La détresse devint si grande que l'Etat fit banqueroute (5 janvier 1813). D'autre part, la Russie, qui avait besoin du concours de la Suède, mais qui ne voulait pas lui rendre la Finlande, proposait de l'indemniser en l'aidant à conquérir la Norvège (avril 1812). Frédéric VI offrit vainement aux alliés de se joindre à eux contre Napoléon; ne pouvant rien obtenir, il dut continuer de faire cause commune avec la France; 10,000 Danois, sous la conduite de Frédéric de Hesse, beau-frère du roi, furent incorporés dans l'armée de Davout; lorsque celui-ci fut assiégé dans la ville de Hambourg, ils eurent à tenir tête à 50,000 Russes, Allemands, Suédois, conduits au Nord de l'Elbe par Bernadotte (1813), tandis que 30,000 Danois restaient inactifs dans les îles. C'est en vain que le prince de Hesse remporta l'avantage au combat de Sehested (10 décembre 1813); il fallut traiter à des conditions onéreuses : Frédéric VI dut céder l'île d'Heligoland à l'Angleterre par le traité de Kiel (14 janvier 1814), en ne conservant que trois dépendances de ce royaume : les Faeröer, l'Islande et le Groenland; il n'obtint en retour que l'île de Rügen et la Poméranie suédoise, qu'il échangea avec la Prusse contre le Lauenbourg (4 juin 1815).

Ce pays et le Holstein étant entrés dans la Confédération germanique (14 juillet 1815) devaient être pourvus d'Etats provinciaux; une commission chargée de préparer un projet de constitution (1816) n'avait encore rien fait lorsque éclata la révolution de 1830. Quoique jaloux de ses privilèges, le roi dut alors s'exécuter : le 28 mai 1831, il promit d'instituer, non seulement dans ces duchés, mais encore dans les autres parties de la monarchie danoise, des Etats dont les attributions furent discutées à huis clos par une unique assemblée d'hommes éclairés (1831), réunis au palais de Christiansborg, et par l'ordonnance du 15 mai 1834, quatre diètes furent créées, pour les îles, pour le Nordjutland, pour le Sudjutland ou duché de Slesvig et pour les deux duchés allemands. Malheureusement, les trois duchés, divisés au point de vue législatif, furent réunis, aux points de vue administratif et judiciaire, sous un seul gouverneur général et une seule cour d'appel. 

Séparer ainsi de la mère patrie le Slesvig, ancien fief danois, pour le rattacher à des pays allemands, c'était faire le jeu des Slesvig-Holsteinois, qui commençaient à manifester leurs visées. Mais cette faute et beaucoup d'autres furent pardonnées à Frédéric VI, parce qu'il était bien intentionné, affable, dévoué, laborieux; parce qu'il avait complété l'affranchissement du peuple et lui avait rendu une certaine liberté politique; parce que les lettres, les sciences, les arts s'épanouirent de son temps de manière à placer le Danemark, si éprouvé d'ailleurs, au premier rang des nations avancées. Il eut pour successeur son cousin Christian VIII.

 Il est resté populaire : en 1845, on lui éleva un monument au château de Skanderborg et, en 1858, sa statue en bronze fut érigée dans le parc de Frederiksberg, où il aimait à se mêler à la foule. II avait épousé, en 1790, sa cousine Marie-Sophie-Frédérique (1767-1852), fille du landgrave Charles de Hesse-Cassel, qui était érudite et qui publia des Suppléments aux tables généalogiques I-VI de J. Hübner (Copenhague, 1822-1824); elle lui donna huit enfants, qui tous moururent en bas âge, à l'exception de deux filles : Caroline (1793-1881), mariée (1829) à Frédéric-Ferdinand, frère de Christian VIII, et Vilhelmine-Marie (1808-1891), mariée de 1828 à 1837 à Frédéric (VII). Il eut, en outre, d'une fille du peuple, Beata Rafsted (1790-1862), quatre enfants qui furent anoblis (1829) sous le nom de Dannemand, et l'aîné des deux fils fut comtifié en 1839. En 1820, un sellier de Holbaek, Jacob-Gotfred Poulsen, qui ressemblait au roi, se donna pour l'aîné de ses fils légitimes qui était mort peu après sa naissance (1791). II fut envoyé dans la colonie danoise de Guinée, devint capitaine et secrétaire du gouvernement, mais rentra à Copenhague (1825) où il mourut à l'hôpital (1826). (Beauvois).

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Dictionnaire biographique
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