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| Les
plantes et les humains
La domestication des plantes |
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domestication
des plantes est l'un des tournants les plus profonds de l'histoire
humaine. Elle ne s'est pas produite en un seul lieu ni en un seul moment,
mais a émergé indépendamment en plusieurs points du globe sur une période
de plusieurs millénaires, transformant peu à peu des espèces sauvages
en organismes entièrement façonnés par la main humaine.
Tout commence dans les derniers temps du Pléistocène, vers 12 000 avant notre ère, lorsque le climat se réchauffe à la suite du dernier maximum glaciaire. Cette stabilisation climatique crée des conditions favorables à la sédentarisation progressive de certains groupes humains qui, depuis des centaines de milliers d'années, vivaient exclusivement de la chasse et de la cueillette. C'est dans ce contexte que les premières expériences de gestion intentionnelle des végétaux commencent à apparaître. Le processus de domestication lui-même recouvre des mécanismes évolutifs complexes qui ont mis des décennies à être compris par les généticiens. Les plantes domestiquées présentent presque toujours un ensemble de traits connus sous le nom de "syndrome de domestication" : graines plus grosses, perte de dormance, réduction des mécanismes de dispersion des graines, port moins buissonnant, cycle végétatif plus court ou synchronisé, réduction des défenses chimiques. Ces changements, souvent contrôlés par un nombre restreint de gènes à fort effet, se produisent sous une sélection humaine intense mais inconsciente. L'agriculteur néolithique ne cherche pas à modifier l'évolution de la plante; il cherche simplement à nourrir sa famille. Mais en replantant systématiquement les graines des individus les plus productifs, les plus faciles à récolter et les moins amers, il modifie irréversiblement le pool génétique. Un phénomène génétique majeur accompagne souvent la domestication : l'effondrement de la diversité génétique. La population domestiquée, issue d'un nombre restreint d'individus fondateurs soumis à une sélection intense, perd une part considérable de la variabilité présente dans l'espèce sauvage. Cette réduction (appelée goulet d'étranglement fondateur) aura des conséquences majeures des millénaires plus tard, lorsque des maladies comme le mildiou du maïs ou la rouille du blé dévasteront des cultures génétiquement homogènes. Dès le XIXe siècle, des botanistes comme Nikolaï Vavilov, qui cartographiera les centres d'origine des plantes cultivées dans les années 1920 et 1930, comprendront que la diversité génétique des parents sauvages est un trésor inestimable à préserver. La diffusion des plantes domestiquées à travers le monde constitue une autre dimension de cette histoire. Le blé et l'orge, nés au Proche-Orient, atteignent l'Europe centrale vers 6 000 avant notre ère en suivant le Danube et les côtes méditerranéennes, portés par des agriculteurs qui migrent avec leurs semences. Ils arrivent en Grande-Bretagne vers 4000 avant notre ère. En sens inverse, les plantes américaines (maïs, pomme de terre, tomate, cacao, poivron, haricot) n'atteignent l'Ancien Monde qu'après 1492, lors de ce que l'historien Alfred Crosby a appelé l'échange colombien. En quelques décennies, la tomate bouleverse la cuisine italienne, la pomme de terre devient le pilier alimentaire de l'Irlande, du nord de l'Europe et des hautes terres andines en Europe orientale, et le piment transforme radicalement les cuisines indienne, coréenne, thaïlandaise et éthiopienne. Le maïs, lui, devient la principale céréale de larges parties de l'Afrique sub-saharienne. La révolution de la génomique moderne, à partir des années 2000, a permis de relire toute cette histoire avec une précision inédite. Des projets comme le séquençage complet du génome du riz, du maïs, de la tomate ou de la pomme de terre ont révélé les gènes précis impliqués dans chaque trait de domestication. Le gène tb1, responsable de l'architecture buissonnante de la téosinte par rapport au port colonnaire du maïs, est l'un des exemples les plus célèbres. La comparaison des génomes de variétés domestiquées et de leurs parents sauvages permet désormais de dater les domestications avec une précision croissante, de retracer les routes de diffusion et d'identifier les croisements ultérieurs entre plantes domestiquées et populations sauvages locales. Aujourd'hui, l'humanité se nourrit principalement d'un nombre étonnamment restreint d'espèces. Le blé, le riz et le maïs représentent à eux seuls plus de la moitié des calories végétales consommées dans le monde. Cette concentration extrême est le résultat de dix mille ans de sélection cumulative, d'industrialisation agricole et de mondialisation économique. Elle soulève des questions urgentes sur la résilience alimentaire de notre civilisation face aux chocs climatiques et aux nouvelles maladies végétales. La réponse que cherchent aujourd'hui les agronomes (dans les banques de semences de Svalbard, dans les champs des agriculteurs traditionnels qui maintiennent des milliers de variétés locales, dans les génomes des plantes sauvages encore non exploitées) est la même que celle que l'humanité a construite, brin d'herbe après brin d'herbe, depuis le Natoufien : comment vivre avec les plantes, et comment les faire vivre avec nous. Les plantes cultivées et leur région d'origineLe Croissant fertile.Le premier foyer de domestication identifié avec certitude est le Croissant fertile, cette vaste région qui s'étend de la Jordanie actuelle jusqu'à l'Irak occidental en passant par la Syrie et l'Anatolie du sud-est. Les populations natoufiennes, puis les premiers agriculteurs du Néolithique précéramique, commencent dès 10 500 avant notre ère à cultiver des céréales sauvages comme l'engrain et l'amidonnier, deux formes ancestrales du blé. L'orge est domestiquée dans la même région à peu près à la même époque. Ce qui distingue ces plantes domestiquées de leurs ancêtres sauvages, c'est d'abord un caractère morphologique crucial : la perte de la déhiscence. Dans leur forme sauvage, les graminées dispersent spontanément leurs graines à maturité grâce à un mécanisme fragile. Les plantes mutantes dont les graines restaient fixées à l'épi étaient biologiquement désavantagées dans la nature, mais elles étaient précisément les seules que les humains pouvaient récolter efficacement avec des outils. En les sélectionnant de manière répétée, les premiers agriculteurs ont, sans le savoir, exercé une pression évolutive intense qui allait transformer irrémédiablement ces espèces. Simultanément, dans cette même région du Proche-Orient, la lentille, le pois chiche, le pois et le lin entrent dans le cercle de la domestication. Ces légumineuses complètent les céréales de façon nutritionnelle remarquable, en apportant les protéines que les graminées ne fournissent qu'en quantité insuffisante. Le lin, quant à lui, est exploité à la fois pour ses graines riches en huile et pour ses fibres, qui permettront de tisser les premières étoffes végétales. La diversité de ce paquet agricole proche-oriental est frappante : en quelques siècles, une poignée de plantes couvrent l'essentiel des besoins nutritifs d'une population sédentaire. La Chine.
La Mésoamérique.
L'Amérique du
Sud.
L'Afrique sub-saharienne.
La Nouvelle Guinée.
Le sous-continent
indien.
La Méditerranée.
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