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| On
a donné la désignation de calculatrices de la Nasa principalement
aux femmes (il y avait aussi des hommes), qui ont effectué des calculs
mathématiques complexes à la main ou avec l'aide de machines mécaniques,
avant l'ère des ordinateurs électroniques modernes, des trajectoires
des fusées, des orbites, des temps de vol, des angles de rentrée atmosphérique
et d'autres données critiques pour le succès des premiers programmes
spatiaux de la Nasa (comme Mercury, Gemini et Apollo).
Leur histoire est celle d'une intelligence remarquable, sous-estimée et confrontée à des obstacles sociaux et professionnels. Elles ne sont pas les ingénieures qui conçoivent les fusées, mais elles fournissent les chiffres qui rendent la conception possible et le vol sûr. Elles sont les garantes mathématiques de la réussite des premiers pas de l'Amérique dans l'espace. Sans la rigueur de leurs calculs, sans leur capacité à résoudre des problèmes complexes avec acharnement, les icônes de l'ère spatiale ne seraient jamais sorties de l'atmosphère terrestre. Leur contribution, longtemps méconnue du grand public, est aujourd'hui reconnue comme l'une des pierres angulaires des premiers succès de la NASA, une preuve éclatante que le talent et la compétence n'ont pas de genre ni de couleur de peau. Elles ont ouvert la voie, calcul après calcul, pour les générations futures de femmes en science, en technologie, en ingénierie et en mathématiques. Les plus célèbres sont un groupe de femmes afro-américaines (Katherine Johnson, Dorothy Vaughan, Mary Jackson, etc.) qui travaillaient au Langley Memorial Aeronautical Laboratory, dont l'histoire a été popularisée par le livre et le film Les Figures de l'ombre (Hidden Figures). Longtemps avant que les ordinateurs électroniques ne deviennent omniprésents, le travail crucial de calcul nécessaire aux avancées aéronautiques puis spatiales repose sur des esprits humains. À la NACA (National Advisory Committee for Aeronautics, l'ancêtre de la NASA) et plus particulièrement au centre de recherche de Langley, en Virginie, une armée discrète de femmes accomplit ces tâches complexes. On les appelle des "calculatrices", des ordinateurs humains. Elles arrivent souvent avec des diplômes en mathématiques ou sont d'anciennes enseignantes, attirées par les opportunités d'emploi offertes pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Elles sont méticuleuses, fiables, et capables d'effectuer des calculs longs et répétitifs avec une grande précision. Installées dans de grandes salles, souvent équipées de règles à calcul, de calculateurs mécaniques bruyants et de piles de papier, elles traduisent les théories complexes des ingénieurs en chiffres exploitables. Elles calculent l'aérodynamique des ailes, la résistance des matériaux, les efforts structurels, les données de soufflerie, réduisent les données des essais en vol. C'est un travail fondamental qui permet aux avions de devenir plus rapides, plus sûrs et plus efficaces. Lorsque l'Amérique se lance dans la course à l'espace, après le lancement de Spoutnik par l'Union Soviétique, la NACA se transforme en NASA (National Aeronautics and Space Administration). Les exigences en matière de calcul explosent. Il ne s'agit plus seulement de faire voler des avions dans l'atmosphère, mais d'envoyer des engins, puis des hommes, dans l'espace. Les calculs nécessaires pour déterminer les trajectoires des fusées, les orbites des capsules spatiales, les angles de rentrée atmosphérique et les points d'atterrissage précis sont d'une complexité vertigineuse. Une petite erreur peut avoir des conséquences catastrophiques. Au coeur de ces calculs pour le programme spatial naissant, notamment le Projet Mercury, on trouve toujours ces femmes. Elles deviennent essentielles pour la réussite des missions. Elles travaillent en étroite collaboration avec les ingénieurs, mais leur contribution reste souvent dans l'ombre. Parmi elles, certaines figures émergent et jouent des rôles déterminants. Il y a Dorothy Vaughan, mathématicienne et superviseuse, qui dirige le groupe des calculatrices de l'Ouest (West Area Computing), un groupe composé exclusivement de femmes afro-américaines, dans un contexte de ségrégation raciste encore très présente en Virginie. Elle se bat pour la reconnaissance de son groupe et, avec une remarquable prescience, pousse ses calculatrices à apprendre le langage de programmation FORTRAN lorsque les premiers ordinateurs électroniques commencent à faire leur apparition. Elle comprend que leur rôle doit évoluer pour rester pertinent. Mary Jackson, une autre mathématicienne du groupe de l'Ouest, poursuit des études pour devenir ingénieure, un chemin semé d'embûches pour une femme afro-américaine à cette époque et dans ce lieu. Elle doit obtenir une permission spéciale d'un tribunal pour suivre des cours dans une école secondaire réservée aux Blancs. Elle réussit et devient l'une des premières femmes ingénieures noires de la NASA, contribuant directement à l'amélioration des conditions de travail et des opportunités pour les femmes et les minorités. Et il y a Katherine Johnson, dont le travail devient synonyme de précision et de confiance pour les missions spatiales habitées. Mathématicienne brillante, elle excelle dans l'analyse des trajectoires. Son travail est littéralement vital. Lorsque l'ordinateur électronique IBM 7090 est mis en service pour calculer la trajectoire du vol historique de John Glenn, le premier Américain à orbiter autour de la Terre en 1962, l'astronaute lui-même, qui fait une confiance immense aux capacités de Katherine Johnson, exige qu'elle vérifie à la main les calculs de la machine avant son départ. Elle effectue ces calculs manuels, une tâche monumentale, confirmant l'exactitude des données fournies par l'ordinateur. Sa vérification donne le feu vert final pour le lancement de Friendship 7. C'est son travail qui garantit que Glenn atteindra son orbite prévue et, plus important encore, qu'il rentrera sain et sauf sur Terre au bon endroit. Ces femmes calculatrices sont le coeur battant des opérations de calcul. Leurs compétences, leur dévouement et leur précision sont la base sur laquelle reposent les fusées et les capsules spatiales. Elles calculent les paramètres de lancement, suivent les orbites en temps réel, prédisent les points de rentrée et d'amerrissage. Elles le font avec des outils rudimentaires au début, puis s'adaptent aux nouvelles technologies, certaines devenant elles-mêmes des pionnières de la programmation informatique. |
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