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Marthe Gautier

Marthe Gautier est une pĂ©diatre et chercheuse en gĂ©nĂ©tique nĂ©e Ă  Montenils (Seine-et-Marne) le le 10 septembre 1925, et morte Ă  Meaux le 30 avril 2022. Ses travaux ont jouĂ© un rĂ´le dĂ©terminant dans la dĂ©couverte de l'anomalie chromosomique Ă  l'origine du syndrome de Down, la trisomie 21. Au dĂ©but des annĂ©es 1950, elle fut la première Ă  mettre en culture des cellules de patients atteints de ce syndrome et Ă  identifier la prĂ©sence d'un chromosome supplĂ©mentaire. Bien que la reconnaissance de cette dĂ©couverte ait fait l'objet de controverses, Marthe Gautier a toujours revendiquĂ© son rĂ´le essentiel dans cette avancĂ©e majeure pour la gĂ©nĂ©tique mĂ©dicale. Elle incarne une figure singulière : celle de la chercheuse intègre, patiente, persĂ©vĂ©rante, dont la rigueur intellectuelle n'a jamais Ă©tĂ© entamĂ©e par les injustices subies. Sa parole, longtemps contenue, a fini par se faire entendre comme un appel Ă  une science plus Ă©thique, plus juste, plus fidèle Ă  celles et ceux qui la font rĂ©ellement avancer.  Son cas est aujourd'hui emblĂ©matique des luttes pour la reconnaissance des femmes dans la science.

Dès son plus jeune âge, elle développe un goût prononcé pour les sciences naturelles et décide de se consacrer à la médecine. Elle entre à la faculté de médecine de Paris et se spécialise en pédiatrie, domaine qui lui permet de concilier recherche clinique et préoccupations sociales.

Son parcours scientifique prend une tournure dĂ©cisive lorsqu'elle se forme Ă  la culture cellulaire Ă  l'universitĂ© de Harvard (Cambridge, Massachusetts), dans les annĂ©es 1950. Elle y dĂ©couvre des techniques de pointe en cytogĂ©nĂ©tique, discipline encore balbutiante en France. Elle revient des États-Unis avec des compĂ©tences rares en culture cellulaire, qu'elle met au service du laboratoire du professeur Raymond Turpin Ă  l'hĂ´pital Trousseau, oĂą travaille aussi JĂ©rĂ´me Lejeune. Elle  commence Ă  cultiver des cellules humaines pour les observer au microscope, cherchant Ă  comprendre les origines chromosomiques des pathologies pĂ©diatriques. C'est elle qui, la première, identifie en 1958 la prĂ©sence d’un chromosome surnumĂ©raire sur la 21e paire chez des enfants atteints de ce que l'on appelle alors le "mongolisme", Ă©tablissant ainsi pour la première fois la cause chromosomique de la trisomie 21. Elle confie plus tard : 

« Quand j’ai vu les chromosomes au microscope, j’ai su que nous avions entre les mains quelque chose de fondamental. »
Elle dĂ©crit aussi dans des tĂ©moignages postĂ©rieurs avoir rĂ©alisĂ© ces observations dans des conditions prĂ©caires, sur une vieille paillasse, avec un microscope empruntĂ©, dans une pièce sans ventilation. Elle identifie et consigne avec prĂ©cision l'anomalie chromosomique : il s'agit bien d’une trisomie sur la 21e paire. Ce rĂ©sultat, qu'elle partage au sein du laboratoire, est ensuite communiquĂ© Ă  l'Ă©tranger par JĂ©rĂ´me Lejeune, qui publie l'annonce officielle dans une revue mĂ©dicale en janvier 1959, en signant seul ou en première position les articles fondamentaux qui suivent. Marthe Gautier n'est citĂ©e qu'en second ou parfois mĂŞme oubliĂ©e dans les communications majeures. Elle restera longtemps Ă  l'Ă©cart de la reconnaissance officielle, et Ă©crira plus tard, avec pudeur mais fermetĂ© : 
« On a volé mon microscope et ma découverte. »
Cette marginalisation de sa contribution est facilitée par les dynamiques d’autorité masculine du laboratoire, par l'absence de reconnaissance des techniciennes et jeunes chercheuses, mais aussi par les jeux de pouvoir au sein de la médecine hospitalo-universitaire française. Lejeune, devenu figure publique de la recherche génétique et opposant à l'avortement, construit sa carrière sur cette découverte, défendue avec force dans les sphères catholiques conservatrices, ce qui politise davantage encore la question de l'attribution.

Cette invisibilisation, typique des dynamiques d’effacement des femmes scientifiques, ne l'Ă©loigne pas de la recherche. Elle poursuit sa carrière, toujours au service de la pĂ©diatrie et de la recherche mĂ©dicale, notamment dans les troubles du dĂ©veloppement. 

Il faut attendre les années 2000, puis surtout la conférence de 2009 à l'Académie des sciences, pour que le rôle de Marthe Gautier soit publiquement réaffirmé. Une tentative d’intervention en son nom lors de cette cérémonie est même interrompue, ce qui suscite une vive indignation dans la presse scientifique et féministe. Cette scène cristallise une double injustice : celle de la négation d’une découverte majeure, et celle du refus institutionnel d’en rétablir l'histoire. Dans ses mots, Gautier déclare :

« Je n'ai jamais voulu la gloire, seulement que la vérité scientifique soit respectée. »
La controverse est désormais documentée dans de nombreuses analyses historico-scientifiques et devient un cas d’école dans les réflexions sur l'éthique de la recherche, la place des femmes dans la science, et la notion d’autorité scientifique. Aujourd’hui, de nombreuses voix s'élèvent pour considérer Marthe Gautier comme la véritable découvreuse de la trisomie 21, et non comme une assistante oubliée de l'histoire.
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Dictionnaire biographique
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