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Madeleine
Brès
(née Gebelin) est une femme médecin née le 26 novembre en 1842 à Bouillargues,
près de Nîmes, et morte à Montrouge le 30 novembre 1921. Dès l'enfance,
elle est initiée à la médecine par son père, tonnelier et infirmier
bénévole, qui l'emmène parfois dans les hôpitaux où il offre son
aide. Cette familiarité précoce avec les soins, conjuguée à une intelligence
vive et une détermination peu commune, forge une vocation qui ne se démentira
jamais.
En 1866, elle obtient
l'autorisation exceptionnelle du doyen Charles Adolphe Wurtz pour s'inscrire
à la faculté de médecine de Paris, après avoir convaincu Napoléon
III lui-même de sa détermination. Elle devient ainsi la première
femme française à être officiellement admise dans cette institution.
Elle écrit, à propos de cette période :
« Il ne
s'agit pas seulement de soigner, mais de conquérir le droit de soigner.
»
Cette phrase résume
avec acuité l'un des combats les plus fondateurs de sa vie : la légitimation
du savoir féminin dans les sphères de la connaissance médicale.
Madeleine Brès soutient
sa thèse en 1875, intitulée De la mère et de l'enfant dans les
deux premières années de la vie, où elle défend une approche préventive
et humaniste de la médecine pédiatrique et maternelle. Elle y développe
une vision progressiste de la santé publique, ancrée dans l'éducation
sanitaire des mères, la nutrition infantile, l'hygiène et la vaccination.
Pour elle, soigner ne suffit pas : il faut comprendre, expliquer, enseigner.
Elle écrit dans son mémoire :
« La science
n'a de valeur que si elle descend dans la rue, dans la famille, dans
la crèche. »
Elle consacre l'essentiel
de sa carrière à la pédiatrie, aux soins des femmes et des enfants,
domaines encore jugés secondaires par la médecine universitaire de son
temps. Elle participe à la création de plusieurs dispensaires et crèches
dans les quartiers populaires de Paris, notamment à l'initiative d'associations
philanthropiques féminines. En cela, elle incarne une médecine de terrain,
attentive aux réalités sociales et à la condition des plus vulnérables.
Elle insiste :
« Il faut
soigner les enfants pauvres comme les autres, car leur avenir est celui
de la nation. »
Malgré les obstacles
institutionnels, elle ne cesse de publier, d'écrire et de défendre
une médecine à la fois rigoureuse et sociale. Son oeuvre s'inscrit
dans une logique d'émancipation, non seulement des femmes médecins,
mais aussi des patientes elles-mêmes. À travers ses articles dans la
presse médicale, elle plaide pour un enseignement d'hygiène dès l'école,
une réforme des soins maternels, une reconnaissance des femmes soignantes.
Dans une lettre conservée à la Bibliothèque interuniversitaire de médecine,
elle écrit :
« Ce que
j’ai voulu, c'est montrer que le savoir médical ne dépend ni du sexe,
ni de la fortune, mais de la volonté. »
Bien qu'elle n'ait
jamais été nommée dans les grands corps hospitaliers — interdits aux
femmes jusqu'au XXe siècle — elle
laisse une trace profonde dans l'histoire de la médecine française.
Elle forme plusieurs générations d'infirmières, de sages-femmes, d'assistantes
sociales. Son action anticipatrice contribue aux politiques de santé publique
qui se développeront sous la Troisième République. Elle meurt en 1921,
dans une France marquée par la guerre, mais aussi par les prémices du
suffrage féminin. Elle n'aura pas vu l'égalité légale des sexes
dans la médecine, mais elle en aura jeté les fondations. |
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