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Norouz ou
Nowrouz
(mot persan formé de deux racines persanes
: now = nouveau et rouz = jour) marque le début du printemps
et le premier jour de l'année dans le calendrier
solaire persan. Quoique les Iraniens soient musulmans
et qu'ils aient adopté l'usage de l'année lunaire avec les autres
coutumes de l'islam, ils continuent à célébrer la fête du Norouz, instituée,
dit-on, par Djemschid, ancien roi persan (interdite depuis la révolution
islamique, sa célébration est devenue une forme de protestation contre
le régime des de la République islamique).
Quelquefois,
on distingue deux norouz : le Norouzi Hamal, le norouz du Bélier, jour
où le soleil entre dans le signe du Bélier, et le Norouz Mizan ou norouz
de la Balance, jour où le Soleil entre dans le signe de la Balance. Le
Norouzi Hamal (norouz proprement dit) correspond à l'équinoxe de printemps,
et le Norouzi Mizan à l'équinoxe d'automne. On ajoutera qu'il existe
deux norouz du printemps, l'un adopté par le vulgaire et tombant le premier
du mois de fervardin, et le norouz réel ou astronomique (Norouzi Soulthani),
se décalant progressivement, puisque le calendrier persan n'a pas d'années
bissextiles.
Cette fête, vieille
de plus de 3000 ans, trouve ses racines dans le zoroastrisme,
l'une des plus anciennes religions monothéistes du monde, et est célébrée
avec ferveur en Iran, en Afghanistan,
au Tadjikistan, en Azerbaïdjan,
ainsi que dans les communautés kurdes
et d'Asie centrale. Elle coïncide avec l'équinoxe de printemps, un moment
d'équilibre parfait entre le jour et la nuit, symbolisant le renouveau
de la nature et la victoire de la lumière sur les ténèbres, un thème
central de son origine zoroastrienne où la résurrection de la terre est
célébrée.
Les préparatifs
de Norouz commencent plusieurs semaines à l'avance et s'articulent autour
d'un rituel essentiel appelé khaneh tekouni, qui signifie secouer
la maison. Il s'agit d'un grand nettoyage de printemps où chaque recoin
de la demeure est frotté, purifié et débarrassé des objets inutiles.
Cet acte va bien au-delà de la simple propreté-:
il représente une purification religieuse, une manière de chasser les
énergies négatives de l'année écoulée pour faire place nette et accueillir
la nouvelle année et ses promesses de renouveau. Parallèlement, on achète
de nouveaux vêtements, souvent pour les enfants, et on fait provision
de fleurs, notamment de jacinthes et de tulipes, dont la floraison annonce
le printemps.
La pièce maîtresse
des célébrations est sans conteste la table de Haft-sin. Littéralement,
cela signifie les sept S, car chaque élément exposé commence par la
lettre س (sin) de l'alphabet persan. Cette table est dressée avec un
soin méticuleux dans chaque foyer et demeure en place pendant les jours
de fête. Les sept éléments sont tous porteurs de symboles forts : le
sabzeh
(blé, orge ou lentille germés dans une assiette) pour la renaissance;
le samanou (un pudding sucré à base de germe de blé) pour la
puissance et la force de la vie; le senjed (fruit sec du jujubier)
pour l'amour; le seer (ail) pour la médecine et la santé; le serkeh
(vinaigre) pour la patience et la sagesse; le seeb (pomme) pour
la santé et la beauté; et le somaq (sumac, une épice) pour la
couleur de l'aube et la victoire du bien sur le mal. À ces sept éléments
essentiels s'ajoutent d'autres objets symboliques : un miroir pour la réflexion
et la pureté, un aquarium avec des poissons rouges pour la vie et le mouvement,
des bougies allumées pour la lumière et le feu,
des oeufs peints pour la fertilité, un livre sacré (comme le
Coran
ou le Divan de Hafez) ou un recueil de poésie,
et parfois des pièces de monnaie pour la prospérité.
Le moment le plus
central de Norouz est le Tahvil-e Sal, l'instant exact de l'équinoxe,
calculé avec précision par les astronomes. À la seconde où la nouvelle
année commence, la famille se réunit autour de la table de Haft-sin.
C'est un moment de recueillement, d'échanges de voeux et d'embrassades.
On se souhaite Norouzetan mobarak ou Eid-e shoma mobarak,
qui signifie Que votre Norouz soit béni. On croit qu'à ce moment précis,
les esprits des ancêtres (les Fravashi) visitent les vivants, et la maison
doit donc être propre, lumineuse et remplie de bonnes odeurs pour les
accueillir dignement.
Les festivités se
poursuivent pendant douze à treize jours. C'est une période de visites
sociales intenses, un devoir de rendre visite à ses aînés, à sa famille
élargie, à ses amis et même à ses voisins. On rend ces visites par
ordre d'ancienneté et de proximité. Recevoir des invités est tout aussi
important. On offre et on reçoit des cadeaux, souvent de l'argent glissé
dans les livres pour les enfants, ou des fleurs et des pâtisseries. La
nourriture joue un rôle important : on prépare des plats de fête,
on sert des pâtisseries comme les baklava ou les naan berenji,
et on déguste des fruits secs et des noix. La tradition veut que l'on
goûte au sabzeh germé, symbole de la nouvelle vie que l'on incorpore
en soi.
Le treizième et
dernier jour, appelé Sizdah Bedar, est un jour de plein air. On quitte
la maison pour passer la journée dans la nature, dans les parcs, les jardins
ou à la campagne, afin de conjurer la malchance associée au chiffre treize
et de célébrer le renouveau printanier en communion avec elle. C'est
une journée de pique-nique, de jeux et de joie. Un rituel essentiel de
cette journée est de jeter le sabzeh, les herbes germées de la
table de Haft-sin, dans une rivière ou un cours d'eau. Ce geste symbolise
le fait de se débarrasser des maux, des maladies et des mauvais sorts
accumulés pendant l'année, en les confiant à l'eau qui les emporte.
On dit aussi que c'est une journée propice pour les jeunes filles à marier,
qui peuvent faire un voeu en nouant les brins d'herbe avant de les jeter
à l'eau, espérant trouver un bon parti dans l'année. |
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