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Le Voyage d'Uraniborg
Jean Picard, 1680 

Table des matières
Article I - On peut dire que l'astronomie a pour objet ce qu'il y a de plus grand dans l'univers : aussi a-t-elle eu toujours l'avantage de trouver accès auprès des plus grands monarques;et sa majesté a bien voulu faire voire le soin particulier qu'elle prend pour l'avancement de cette noble science, en faisant bâtir un observatoire, qui parmi les arcs de triomphe et les trophées demeurera comme une marque éternelle du règne heureux de Louis le grand.

Article II - Durant le séjour que je fis à Copenhague, ma première curiosité fut de voir la tour que le roi Christian IV y avait fait bâtir à la sollicitation de Longomontanus son mathématicien, pour y servir aux observations astronomiques, après qu'Uraniborg eut été détruit comme nous dirons ensuite.

Article III - Entre les personnes savantes et de grand mérite que je trouvai à Copenhague, celui avec qui j'eus une liaison plus particulière fut M. Erasme Bartholin, professeur de mathématiques et de médecine, assez connu par ses ouvrages, qui pendant tout le temps que je fus en Danemark, me rendit des offices très considérables. Il avait travaillé à faire mettre au net les observations de Tycho, dont les véritables originaux lui avaient été mis entre les mains par le feu roi de Danemark, à dessein de les faire imprimer.

Article IV - L'Île de Huene est fort haute et escarpée, principalement au côté méridional où nous abordâmes. Elle est presque toute rase et unie, s'élevant tant soit peu vers le milieu. J'avais beau jeter les yeux de tous côtés, je n'apercevais dans cette île qu'une vieille église A, quelques habitations de paysans B, et une ferme C, sans qu'il parût rien de l'ancien Uraniborg D. Ce fameux observatoire  achevé de bâtir vers la fin de l'année 1580, n'avait subsisté dans son entier qu'environ 20 ans.

Article V - Avant que de venir à Uraniborg, M. Bartholin m'avait fait voir dans les manuscrits de Tycho plusieurs observations qui n'ont  point été imprimées, parmi lesquelles étaient les angles de position de plusieurs lieux remarquables vus du centre d'Uraniborg

Article VI - Dans notre solitude d'Uraniborg nous fumes souvent visités non seulement par M. Bartholin dont j'ai parlé ci-dessus, mais encore par

M. Spole l'un des professeurs de mathématiques à Lunde, qui tous deux nous aidèrent à plusieurs observations, et avec lesquels nous mesurames actuellement au côté oriental de l'île, une base de 1063 toises de Paris, par le moyen de laquelle nous trouvâmes les distances de Landscrone, de Helsemborg, et de Helseneur, à l'égard du milieu d'Uraniborg, mais principalement celle de Landscrone, d'où je prétendais conclure celle de la tour astronomique de Copenhague pour l'usage que l'on verra ci-après.

Article VII - J'avais fait planter au centre d'Uraniborg une marque que l'on pouvait voir de la Tour astronomique de Copenhague, et qui servit à diverses observations.

Article VIII - Tycho eut de la peine à se satisfaire sur le sujet de la hauteur du pôle d'Uraniborg, laquelle, selon lui, fut premièrement de 55°54'30", puis de 55°54'40", et enfin de 55°54'45"; mais il ne s'en faut pas étonner; car outre que sans le secours des lunettes d'approche appliquées aux instruments de la manière qui est présentement en usage, il était bien difficile d'en venir à une entière précision : outre cela, dis-je, il y a un obstacle de la part de l'étoile Polaire, laquelle d'une saison à l'autre souffre certaines variations que Tycho n'avait pas remarquées, et que j'observe depuis environ dix ans

Article IX - Lorsqu'on veut déterminer exactement la différence de longitude qu'il y a entre les méridiens de deux lieux éloignés, tels que Paris et Uraniborg, il est nécessaire en cette occasion, que le ciel fournisse à deux observateurs quelque spectacle subit qui leur serve comme de signal, au moment duquel chacun d'eux remarque précisément l'heure du lieu où il est : ce qui se doit entendre ou de l'heure du Soleil, ou bien de celle de quelque étoile fixe dont on serait convenu.

Article X - Comme la ville de Lunde en Schonen était un lieu assez considérable où il y avait une école de mathématique, je crus devoir en établir la hauteur du pôle et la différence de longitude à l'égard d'Uraniborg, d'autant plus que je n'avais pas besoin pour cela d'y aller faire des observations, parce que ce lieu-là est vu d'Uraniborg et de la Tour de Copenhague. Voici les calculs que nous fîmes pour ce sujet.

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