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En Italie ,
le nom de baroque qui convient aussi bien Ã
la sculpture qu'Ã l'architecture du
XVIIe siècle
et du XVIIIe
siècle ne saurait être donné à la
peinture ;
les excès n'y sont pas aussi grands, et, tandis qu'architectes et sculpteurs
semblent faire effort pour rompre avec la tradition des maîtres, et s'écarter
même de la vraisemblance, les peintres s'appliquent à l'étude et Ã
l'imitation des oeuvres désormais classiques du XVIe
siècle, et à l'observation de la nature
vivante; ilsse rangent dans deux écoles, celle des éclectiques et celle
des naturalistes, dont la division était déjà reconnue de leur temps.
Le centre de la première est à Bologne ,
celui de la seconde à Naples. Toutes deux
ont compté quelques maîtres de la plus souveraine habileté, auxquels
il n'a manqué que la sérénité et la simplicité réservées aux époques
où l'énergie est entière, la spontanéité et le naturel qui ne
peuvent plus se retrouver dans un pays épuisé par sa fécondité même.
Le premier effort
tenté pour donner aux peintres une discipline capable de réagir contre
le déclin fut la transformation de l'université de Saint-Luc en académie,
c.-à -d. en école des beaux-arts, promulguée en 1577
par bulle de Grégoire XIII; mais l'enseignement
qui y fut donné ne devait jamais produire d'effets appréciables sur le
développement de l'art.
Tout autrement féconde
fut la création à Bologne
de la fameuse académie des Incaminati ou des « progressistes »
: c'est qu'elle ne fut pas seulement un centre d'enseignement théorique,
mais un atelier, comme ceux du XVe
et du XVIe
siècle, et l'atelier de peintres très
savants et très bien doués, les trois Carracci
(Carrache). Lodovico (1555-1619)
avait fondé l'école à force d'énergie et de persévérance; l'aîné
de ses neveux, Agostino (1558-1601),
y répandit par ses gravures d'excellentes
copies des maîtres, enfin le second, Annibale (1560-1609),
donna l'exemple d'un chef-d'oeuvre accompli dans ses fresques
mythologiques du palais Farnèse. On peut voir dans cet ensemble magnifique
quel était, parmi les maîtres dont les Carrache prétendaient s'assimiler
les qualités diverses, leur favori : c'est Corrège
avec son dessin hardi et sa couleur blonde.
Au palais Farnèse, Annibale anima ces imitations d'un souffle de volupté
qui s'harmonise avec la grandeur épique des groupes, comme, vers le même
temps, s'harmonise, dans le poème du Tasse, la
langueur des belles amours avec l'énergie des nobles exploits.
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La
Mort de Saint Pierre le Martyr, par Le Dominiquin, 1626.
Les oeuvres des Carrache
font la richesse de la Pinacothèque de Bologne ,
où l'on pourrait les étudier complètement : l'ordonnance est très noble,
le dessin énergique, le coloris doux et franc. Que manque-t-il, enfin,
dans la Nativité de saint Jean-Baptiste par Lodovico, la Vierge
avec des Saints d'Annibale, la Communion de saint Jérôme,
par Agostino, sinon l'accent d'une émotion d'homme ou même d'un enthousiasme
de peintre, qui anime cette technique parfaite et froide? Deux élèves
des Carrache ont produit chacun une oeuvre où revit encore la grande tradition
du XVIe
siècle : Domenico Zampieri (1591-1641),
il Domenichino (Le Dominiquin), a peint la Communion de saint Jérôme
(1614),
à la Pinacothèque du Vatican, variante
bien plus énergique et plus dramatique du tableau d'Agostino Carracci
: l'enfant de choeur du premier plan est beau comme un jeune homme de Raphaël,
et le vieillard, avec son corps puissant et raviné, et sa tête copiée
d'un modèle vivant quelconque, mais éclairée par l'extase, est sans
pareil dans l'histoire de l'art italien. Guido Reni
(1574-1642)
a peint le Char de l'Aurore, au palais Rospigliosi, où le mouvement
un peu guindé des groupes et la grâce un peu ronde du dessin sont dignes
au moins d'un Jules Romain.
Le Dominiquin se
soutint toujours par sa correction et sa gravité; mais on sait comment
Guido
Reni commença la décadence de l'école des Carrache
par la répétition fatigante de ses femmes extatiques et fardées qui
étalent dans tous les musées d'Europe
leurs formes grasses, leur expression de théâtre et leurs draperies d'un
bleu criard. Après lui Sassoferrato (1605-1685),
élève du Dominiquin, s'appliqua surtout à donner à ses Vierges
et à ses Saints des types et des manières aristocratiques. Le
dernier des maîtres Bolonais fut Francesco
Albani (1578-1660)
qui représenta des nymphes et des amours trop arrondis et trop nacrés
dans des paysages profonds et sombres, presque
vénitiens.
Son élève Andrea Sacchi, qui eut un talent assez grave, alla former Ã
Rome une école dont sortit le peintre
maniéré entre tous, Carlo Maratta (1625-1713).
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La
Pénitence de Marie Madeleine, par Guido Reni, 1635.
Deux écoles indépendantes
s'étaient constituées à la fin du XVIe
siècle en dehors de Bologne ;
l'une à Milan avec les Procaccini et Daniele
Crespi, qui suivent les traditions de pompe et d'enflure des derniers imitateurs
de Michel-Ange; l'autre à Florence,
avec des artistes qui firent de leur côté une tentative analogue à celle
des Carrache, comme Bernardino Poccetti, en
prenant pour modèle Andrea del Sarto, le
Corrège
de Florence, ou comme Cristofano Allori, le neveu
de Bronzino, dans sa fameuse Judith du palais Pitti, en faisant
d'un tableau, quel qu'en fût le sujet, le prétexte d'une vigoureuse étude
d'après nature. D'ailleurs, l'influence bolonaise domina bientôt, Ã
Florence même, Giovanni da San Giovanni, Lodovico Cigoli et tant d'autres,
et suscita dans Carlo Dolci (1616-1686)
un rival de Guido Reni qui força les mines violentes
et fades du maître, et aigrit encore la crudité de son bleu. Enfin l'école
bolonaise et l'école florentine confondues atteignirent avec le trop habile
Pietro
da Cortona (1596-1669)
la dernière négligence de l'improvisation et la dernière pauvreté de
l'expression.
Une école bien
autrement énergique s'était formée à Naples,
dans un milieu d'artistes, moitié peintres, moitié spadassins, qui reproduisirent
avec une force farouche les scènes brutales et vulgaires dont ils étaient
les témoins. Des Italiens se remettaient
à imiter la vie telle qu'ils la voyaient au temps où les Hollandais
commençaient à peindre leurs scènes d'intérieur et de cabaret ; la
coïncidence était la même que celle qui s'était produite au début
du XVe
siècle entre les progrès du réalisme
en Flandre
et en Italie
: elle est de même difficile à expliquer par des raisons historiques.
Le maître de l'école napolitaine fut Michelangelo
da Caravaggio (1569-1609);
pour lui la Descente de croix (Pinacothèque du Vatican) est un
groupe d'hommes et de femmes du peuple, tout comme une scène de tripot
ou de mauvais lieu; il la peint avec les mêmes corps robustes et laids,
les mêmes visages communs, la même lumière enfumée et sinistre de bouge;
mais, au moins, les gestes, sans noblesse, sont pris sur le vif et les
visages populaires sont pleins d'une douleur qui n'est pas jouée. Cette
sincérité, pour être brutale, était forte et aurait pu être féconde.
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La
décollation de Saint Jean-Baptiste, par Caravage, 1608.
Mais Caravage
ne trouva que deux hommes capables d'égaler son énergie et son indépendance,
parce que leur vie et leur caractère les rapprochaient de lui. C'étaient
des étrangers, des bohémiens de la peinture ,
l'Espagnol Josepe Ribeira (1588-1656)
et le Français Valentin (1591-1634)
qui travaillèrent l'un à Naples, l'autre à Rome.
Le premier exagéra encore, surtout dans ses têtes et ses corps de vieillards,
la recherche du détail vulgaire et presque repoussant; il aima les scènes
de martyre et en fit des boucheries atroces ; enfin il répandit sur ses
toiles une lumière livide et des ombres infernales; Valentin, plus modéré,
n'eut pas cette sorte de poésie picaresque
et satanique; il peignit simplement et fortement des scènes de la vie
populaire et des académies d'un dessin implacable, comme le Martyre
de saint Procès et saint Martinien (Pinacothèque du Vatican). Après
eux l'école naturaliste de Naples produit un peintre de batailles furieuses
et de paysages fantastiques, Salvatore Rosa
(1615-1673);
son exemple mit en vogue la peinture de batailles,
où s'illustra le Français Jacques Courtois,
dit Bourguignon. Les derniers artistes napolitains, Luca Giordano,
le légendaire Fa Presto, Conca, Solimena, abandonnent entièrement la
tradition de Caravage pour se mettre à l'école de Pietro da Cortona et
rivaliser avec lui d'improvisations audacieuses et négligées.
Mais si des Napolitains
passaient au camp des Bolonais, le
contraire arriva également: l'école naturaliste pénétra profondément
l'école éclectique, et ce mélange bizarre de tradition noble et de réalisme
vulgaire produisit les dernières oeuvres des écoles bolonaise et florentine,
les innombrables productions des Carlo Cignani, des Capacci, des Sirani,
des Tiarini, où dans les scènes bibliques et légendaires la vulgarité
côtoie l'affectation fatigante, où les apôtres et le Christ ont l'allure
de paysans grossiers, la Vierge d'une fille de hobereau prétentieuse,
et les Anges, pour emprunter le mot au grave Burckhardt, de laquais bien
stylés. Francesco Barbieri, dit le Guerchin, gaspilla son admirable talent
de dessinateur dans des besognes de ce genre. (E. Bertaux). |
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