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Histoire de l'art > La peinture
L'histoire de la peinture
La peinture en Allemagne
en Autriche et en Suisse
Aperçu Les écoles gothiques La Renaissance
L'école néo-classique La peinture au XIXe siècle : en Allemagne, en Autriche et en Suisse
La peinture fut cultiv√©e de bonne heure en Allemagne. II ne reste rien des peintures murales dont Charlemagne avait fait d√©corer son palais d'Aix-la-Chapelle. A la fin du IXe si√®cle, Raban Maur, abb√© de Fulda, donna les dessins d'apr√®s lesquels furent ex√©cut√©es, les peintures de l'√©glise de Mayence. Au si√®cle suivant, on repr√©senta dans les palais de Mersebourg et de Magdebourg les victoires de Henri l'Oiseleur et d'Othon le Grand sur les Hongrois: Les eccl√©siastiques √©taient alors les principaux protecteurs de l'art; Bernard, √©v√™que d'Hildesheim, emmenait dans ses voyages plusieurs artistes, pour copier les oeuvres remarquables; Meinwerk, √©v√™que de Paderborn, attachait √† son √©glise une √©cole de peinture. Pendant les XIe et XIIIe si√®cles, les √©glises et les palais furent d√©cor√©s de peintures, qui sans doute n'√©taient que des √©bauches grossi√®res, mais dont le nombre atteste du moins combien le go√Ľt des arts √©tait r√©pandu. De tous ces anciens travaux rien n'a surv√©cu; on poss√®de seulement quelques manuscrits enlumin√©s, que conservent les biblioth√®ques de Munich et de Bamberg

Il y eut aux XIIIe et XIVe si√®cles, dans la ville de Cologne, une √©cole c√©l√®bre, o√Ļ l'on suivait les principes de l'art byzantin : ce sont, en effet, les m√™mes fonds d'or, la m√™me raideur des poses et des draperies, la m√™me absence de perspective. Toutefois, on remarque dans cette √©cole, dont quelques oeuvres existent √† la galerie de Munich et dans les √©glises des bords du Rhin, la tendance √† s'√©loigner du caract√®re typique imprim√© √† la peinture par les Byzantins, et √† substituer le g√©nie individuel de l'artiste √† la r√®gle liturgique. D√©j√† l'√©cole allemande prend un cachet particulier; elle imite la nature, mais sans la po√©tiser; priv√©e des ouvrages de l'Antiquit√© qui eussent pu diriger son go√Ľt, moins port√©e que les √©coles italiennes vers la beaut√© des formes, elle imprimera √† ses oeuvres un caract√®re plus simple qu'id√©al, plus na√Įf qu'h√©ro√Įque. La Boh√®me avait, au XIVe si√®cle, son √©cole distincte, que repr√©sentent Nicolas Wurmser, Kunze et Th√©odoric de Prague, et dont les oeuvres principales sont au ch√Ęteau de Karlstein, pr√®s de Prague, et √† la galerie de Vienne : on y dessinait moins exactement que dans l'√©cole de Cologne, o√Ļ brillaient Wilhelm et Stephan. Les arch√©ologues reconnaissent aussi une √©cole westphalienne, √† laquelle appartient sans doute le Christ entour√© de quatre saints, qui d√©corait jadis le clo√ģtre de Saint-Walbourg √† Soest, et qu'on voit aujourd'hui √† Munster; et une √©cole bavaroise, dont un bon nombre d'ouvrages ornent les √©glises Saint-S√©bald et Saint-Laurent √† Nuremberg.

Dans l'art byzantin, la mosa√Įque √©tait sp√©cialement employ√©e √† la d√©coration des monuments. Avec l'architecture ogivale, la peinture sur vitraux prit naissance. D√®s le XIe si√®cle, une verrerie √©tait install√©e au monast√®re de Tegernesee. Les plus beaux produits de la peinture sur verre jusqu'au XVe si√®cle furent les vitraux des cath√©drales de Strasbourg, de Fribourg, d'Augsbourg, de Francfort, d'Ulm et de Nuremberg, de l'√©glise Sainte-√Člisabeth √† Marbourg. Parmi les artistes on cite : St Jean l'Allemand, qui orna de ses oeuvres plusieurs √©glises d'Italie; Paul et Christophe, qui all√®rent travailler √† la cath√©drale de Tol√®de; Jean de Kirchheim, auteur des vitraux de Strasbourg; Judmann d'Augsbourg, Pierre Baker de Nordlingen, Volckhamer, Hirschvogel de Nuremberg, Jean Wild, Jean Cramer de Munich, etc.

La peinture gothique

Jusqu'au XVe si√®cle, les peintres s'√©taient servis de couleurs √† la d√©trempe, avec lesquelles ils peignaient sur les murs, sur des panneaux de bois, ou sur des toiles enduites de pl√Ętre. La d√©couverte de la peinture √† l'huile, perfectionn√©e par Van Eyck (L'√©cole de Bruges), acc√©l√©ra la marche de l'art, et les Allemands, abandonnant enti√®rement le style byzantin, se mirent √† imiter l'√©cole Flamande. Alors parurent Isaac de Meckenen, Fr√©d√©ric Herlin de Nordlingen, Martin Schoen, sup√©rieurs √† tous les autres peintres du m√™me temps. Plus d'originalit√© existe chez Michael Wolgemut de Nuremberg, Martin Zagel et Jacob Walch.
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Wolgemut : Portrait d'Ursula Tucher.
Lochner : Martyre de saint Jean.
Portrait d'Ursula Tucher (1478),
par Michael Wolgemut.
Le Martyre de saint Jean (1440),
par Stefan Lochner.

Les origines des écoles allemandes.
De la Flandre √† l'Allemagne, la transition est facile; entre les deux pays se sont √©tablies d'√©troites relations artistiques. La fid√©lit√© y est grande aux traditions gothiques; longtemps elles se maintiennent, sans qu'on surprenne la pr√©occupation marqu√©e de l'Antiquit√© ou de l'Italie; mais dans tous les arts plastiques s'accentue la tendance au r√©alisme. Elle est visible chez les sculpteurs, dont plusieurs, Adam Krafft, Pierre Vischer, Veit Stoss, qui tous trois ont travaill√© √† Nuremberg, montrent beaucoup de v√©rit√© et de vie : le tombeau de S. Sebald √† Nuremberg, que P. Vischer ex√©cuta de 1508 √† 1510, est l'oeuvre ma√ģtresse de la sculpture allemande √† cette √©poque. Cependant la peinture devient l'art par excellence. 

D√®s le XIVe si√®cle, des √©coles fleurissent √† Prague, √† Nuremberg, √† Cologne surtout. L'√©cole de Cologne a produit des oeuvres d'une candeur d'expression et d'une fra√ģcheur de coloris exquises. Stephan Lochner (mort en 1452) en fut le ma√ģtre par excellence (ses oeuvres se trouvent √† la cath√©drale et dans les mus√©es de Cologne). Ces m√™mes qualit√©s, avec un remarquable don d'expression dramatique, se retrouvent chez un peintre qui travailla √† Hambourg, dans la premi√®re moiti√© du XVe si√®cle, ma√ģtre Francke (ses oeuvres sont √† la Kunsthalle de Hambourg). Martin Schongauer ou Schoen, de Colmar (vers 1450-1491), peut-√™tre √©l√®ve de Van der Weyden, outre quelques tableaux, a laiss√© de nombreuses gravures burin√©es avec fermet√© et souplesse. L'Allemagne a disput√©, non sans raison, √† l'Italie l'honneur d'avoir pratiqu√© la premi√®re la gravure sur cuivre; des artistes habiles en ce genre avaient m√™me pr√©c√©d√© Martin Schoen.

La Renaissance

Le commencement au XVIe si√®cle vit fleurir les principaux ma√ģtres de l'art allemand. Ce fut alors qu'Albrecht D√ľrer personnifia dans sa plus grande originalit√© la peinture en allemagne pour le pittoresque,  et son penchant vers le fantastique : peintre assez f√©cond pour que toutes les galeries importantes aient pu poss√©der plusieurs de ses tableaux, coloriste plein de fantaisie dans le jeu de la lumi√®re et des ombres, graveur inventif et d'une rare finesse, D√ľrer introduisit dans l'√©cole allemande une mani√®re plus franche et plus libre, et exer√ßa sur les pays voisins une grande influence, dont les Italiens Jean Bellini, Andr√© del Sarto, Pontormo, etc., ne cherch√®rent pas √† s'affranchir. Sur ses traces march√®rent Jean de Kulmbach, Scheuffelin, Aldegrever, Altdorfer, Beham, Pens, Grunewald de Nuremberg, Gutlinger et Burgmaier d'Augsbourg. A la m√™me √©poque, Lucas Cranach √©tait le chef d'une √©cole rivale en Saxe. Dans la haute Allemagne, √† Ulm, une autre √©cole encore avait pour repr√©sentants Zeitblom et Martin Schaffner. Enfin, Hans Holbein, d'Augsbourg, avant d'aller se fixer en Angleterre, forma √† B√Ęle une √©cole qui a illustr√© la Suisse, et qui compte parmi ses ma√ģtres Asper, Amberger, Stimmer, Amman, Meyer, les F√ľssli, etc.
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Altdorfer : Saint-JťrŰme.
Saint-J√©r√īme (d√©tail d'un diptyque), par A. Altdorfer (1507).

Albrecht D√ľrer.
C'est chez A. D√ľrer (1471-1528) que l'originalit√© de la peinture germanique du XVIe si√®cle se manifeste avec le plus de force et d'originalit√©. Il est n√© √† Nuremberg, si pittoresque encore aujourd'hui, et qui √©tait alors une des villes les plus prosp√®res de l'Allemagne. Il √©tudia dans l'atelier de Wolgemut, √† la fois peintre et sculpteur. A cette √©poque l'√©cole de peinture de Nuremberg se transformait sous l'influence des Pays-Bas : elle devenait plus √©nergique, plus r√©aliste. Son apprentissage termin√©, D√ľrer voyage quatre ans en Allemagne, peut-√™tre m√™me visite-t-il d√©j√† Venise. En tout cas, si d√®s lors il conna√ģt les gravures de Mantegna, s'il fait des emprunts aux ma√ģtres d'au del√† des Alpes, l'art italien n'exerce aucune influence profonde sur son talent d√©j√† form√©.

A partir de 1494, sa vie s'√©coule presque enti√®re √† Nuremberg. Longtemps on a r√©p√©t√© que l'humeur d√©sagr√©able et cupide de sa femme, Agn√®s Frey, avait troubl√© son existence; mais des recherches consciencieuses ont prouv√© qu'A. D√ľrer n'avait pas √©t√© si malheureux qu'on se l'imaginait. Deux voyages qu'il fit, l'un √† Venise (1505-1507), l'autre aux Pays-Bas (1520-1521), sont connus par ses lettres et son journal. Sa renomm√©e l'y avait pr√©c√©d√©, ses estampes √©taient recherch√©es √† Venise, et Marc-Antoine lui-m√™me les contrefaisait. Giovanni Bellini lui t√©moignait beaucoup d'amiti√©, Rapha√ęl fut en relations avec lui, et la jalousie d'autres artistes, dont il se plaint, est une preuve m√™me de la r√©putation qu'il avait conquise √† l'√©tranger. En Allemagne, l'empereur Maximilien le chargeait de nombreuses commandes, assez mal pay√©es, il est vrai, et notamment de dessins pour des arcs de triomphe, des cort√®ges. Il adh√©ra √† la R√©forme d√®s ses d√©buts et fut en rapports avec Luther, Melanchthon, Zwingle.
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DŁrer : Melancholia.
La M√©lancolie, par Albrecht D√ľrer (1513). Une gravure au burin qui symbolise
d'une fa√ßon  puissante et originale le n√©ant de la science humaine.

A. D√ľrer a ex√©cut√© un assez grand nombre de tableaux. Parmi les meilleurs, on peut citer : l'Adoration des Mages, de 1504 (Florence, mus√©e des Offices), la Crucifxion, de 1506 (mus√©e de Dresde), la Madone, de 1516, la Trinit√© ador√©e par tous les saints (Vienne, Belv√©d√®re), les Quatre Ap√ītres (mus√©e de Munich); mais ses dessins et ses gravures le font mieux conna√ģtre. Allemand par la pens√©e et par la forme, son imagination est puissante, mais sombre et fantasque; il se pla√ģt aux sujets douloureux, aux conceptions √©tranges (M√©lancolie, le Chevalier et la Mort, l'Apocalypse, etc.). D'autre part, l'expression est chez lui d'un r√©alisme que rien n'arr√™te : il introduit dans ses compositions les types les moins nobles, les d√©tails les plus familiers, mais pour en tirer des effets impr√©vus de grandeur et de pittoresque. 

Si ses oeuvres peuvent para√ģtre parfois rudes et sans harmonie, elles sont toujours pleines de vigueur et de s√®ve. Quand il traite des sujets chr√©tiens (Passion du
Christ, Sc√®nes de la vie de la Vierge), il leur donne un caract√®re local : types, costumes, moeurs, paysages, tout y rappelle l'Allemagne, mais il y m√™le une po√©sie intime qui transforme la composition et la marque d'un caract√®re religieux. Ce sont bien les personnages de l'√Čvangile, mais sous les formes r√©elles et concr√®tes que leur pr√™tait l'imagination populaire. De m√™me que Luther traduit la Bible dans la langue commune, A. D√ľrer traduit les croyances chr√©tiennes dans un art que, tous peuvent comprendre. Au point de vue technique, c'est encore un grand ma√ģtre. Dans ses gravures, il proc√®de avec une s√Ľret√© et une vigueur extraordinaires, en m√™me temps qu'il sait s'attacher aux moindres d√©tails, quelquefois m√™me avec une trop minutieuse complaisance.

Hans Holbein.
A. D√ľrer est le chef de l'√©cole de Franconie, l'√©cole souabe, d'o√Ļ sortent les Holbein, est moins indiff√©rente aux pr√©occupations de beaut√© et d'√©l√©gance. Ces tendances s'accentuent chez son fils, et, s'il reste bien Allemand, il subit plus que D√ľrer l'influence de l'Italie; elle est sensible notamment dans l'architecture et dans les encadrements. N√© en 1497 √† Augsbourg, d√®s 1515 il est √©tabli √† B√Ęle. Les anecdotes qu'on a fait courir sur sa paresse et son ivrognerie sont des l√©gendes. De 1526 √† 1528, il tente une premi√®re fois fortune en Angleterre, il y retourne en 1532, et, sauf un court voyage √† B√Ęle en 1538, il y reste jusqu'√† sa mort (1543), fort appr√©ci√© et, √† partir de 1536, employ√© par Henri VIII. Portraitiste, il est d'une sinc√©rit√© et d'une pr√©cision incomparables (plusieurs portraits au mus√©e de B√Ęle, portraits d'√Črasme, d'Anne de Cl√®ves, au Louvre, etc.). 
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Le Ma√ģtre d'√©cole (miniature), par Holbein le Jeune (1517).

Peintre religieux, il a ex√©cut√© de nombreuses madones; parmi les plus belles est celle de Darmstadt. Son Christ mort du mus√©e de B√Ęle (1521), oeuvre r√©aliste, o√Ļ le dessin et la couleur conspirent √† accuser les horreurs du cadavre, est effrayant de v√©rit√©. Mais, en m√™me temps, l'expression qu'ont gard√© les traits du Christ au moment de la mort est d'une beaut√© tragique. Tout s'y lit, les ardeurs pass√©es, les luttes douloureuses, la foi dans l'oeuvre, les angoisses de l'agonie morale : la bouche est entrouverte comme pour un dernier cri, derni√®re adjuration. Cette inspiration se retrouve dans d'autres oeuvres, et notamment dans les dix dessins de la Passion (mus√©e de B√Ęle), o√Ļ toutes les souffrances du Christ sont rendues d'une fa√ßon poignante. 

Ces dessins sont certainement ce qu'il a fait de plus puissant comme composition. Ses portraits au crayon et √† la plume, l√©g√®rement relev√©s de tons de chair, sont merveilleux de pr√©cision, de souplesse et de vie; jamais la physionomie n'a √©t√© saisie avec plus de simplicit√© et de naturel. Il avait abord√© aussi la grande d√©coration et les sujets antiques dans ses peintures murales de la salle du Conseil √† B√Ęle, qui, par malheur, ont presque enti√®rement disparu. Enfin Holbein a compos√© de nombreux dessins pour la gravure : les 83 dessins pour l'√Čloge de la Folie d'√Črasme, l'Alphabet de la Mort, les Simulacres de la Mort, o√Ļ il retrace avec une verve in√©puisable et une ironie lugubre les triomphes de la Mort sur la puissance et la beaut√© comme sur la mis√®re.
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Holbein : le Duc de Norfolk.
Cranach : le Vieil amoureux.
Portrait du Duc de Norfolk (1539),
par Hans Holbein.
Le Vieil amoureux,
par Lucas Cranach.

Lucas Cranach.
Parmi les contemporains d'A. D√ľrer et d'Holbein, Lucas Cranach (1472-1553), sans les √©galer, poss√®de un talent original. Ses madones sont de jeunes Allemandes, fra√ģches et fines, dont le visage s√©duit par un m√©lange de candeur et de mi√®vrerie. En outre, il aime √† peindre le nu (plusieurs figures d'Adam et d'√ąve) et emprunte des sujets √† la mythologie pa√Įenne (V√©nus, au Louvre); mais, par la conception comme par le style, il est √©tranger √† l'art antique; ses figures, aux formes souvent pauvres et trop longues, sont pos√©es avec une √©l√©gance mani√©r√©e.

Une influence de la Réforme?
On a discut√© l'influence qu'exer√ßa la R√©forme sur les arts. Sans doute les id√©es nouvelles ont parfois d√©cha√ģn√© contre les anciens monuments religieux des bandes d'iconoclastes; cependant Luther ne proscrivait pas les arts; A. D√ľrer, Holbein, Cranach √©taient protestants et ne renonc√®rent ni √† la peinture ni aux sujets sacr√©s. Peut-√™tre les doctrines qu'ils adopt√®rent contribu√®rent-elles √† les affranchir du respect des traditions et d√©velopp√®rent-elles chez eux la tendance √† donner √† l'art chr√©tien une forme populaire; mais, avant Luther d√©j√†, c'√©tait de ce c√īt√© que se dirigeait l'√©cole allemande.

Le XVIIe et le XVIIIe siècle

La peinture en Allemagne, d√®s la seconde moiti√© du au XVIe si√®cle. Ce d√©clin s'accentura encore au au XVIIe si√®cle  : Schwartz, Goltzius, Rottenhammer, Heinz, Elzheimer, Sandrart, Screta, Kupetski, Joseph Werner, Brandel, Pierre de Strudel, se propos√®rent les Italiens pour mod√®les. Zingelbach, Kneller, Poelenburg, Mignon, Dietrich, s'attach√®rent de pr√©f√©rence aux ma√ģtres flamands et hollandais. Puis l'√©cole fran√ßaise du temps de Louis XIV trouva aussi des imitateurs, Brandmuller, Rugendas, Huber, etc.

L'école néo-classique.
Au XVIIIe si√®cle, deux artistes, d'un go√Ľt tr√®s diff√©rent, voient le jour en Allemagne. Le premier, Chodowieki (1726-1801), m√©diocre peintre d'histoire, se montre fin observateur et quelque peu ironiste dans les sujets de genre, dont s'emparent les graveurs; l'autre, Rapha√ęl Mengs (1728-1779), imbu des id√©es de Winckelmann, son ami, est l'un des champions de la renaissance n√©o-classique, dont le succ√®s s'affirme dans les divers pays durant la seconde moiti√© du XVIIIe si√®cle. Pris au s√©rieux pour un temps, et √† Rome m√™me o√Ļ il d√©cora la villa Albani et dota de fresques la biblioth√®que du Vatican, Mengs a vu sa r√©putation d√©cro√ģtre avec les ann√©es, son art √©tant rejet√© comme convaincu d'aridit√© acad√©mique.
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Mengs : le Jugement de P‚ris.
Le Jugement de P√Ęris, par Rapha√ęl Mengs (1757).

On cite encore J.-A. Tischbein (1722-1789), ralli√© aux m√™mes principes, et dont le mus√©e de Kassel conserve un caract√©ristique Ecce homo. Bref, si l'Allemagne, en ce si√®cle de gr√Ęce et de spirituelle observation, veut participer √† un art de s√©duction, force lui est de demander la collaboration d'artistes √©trangers, fran√ßais comme A. Pesne (1683-1757) et Ch.-A.-Ph. Van Loo (1719-1795), ou italiens comme Canaletto et J.-B. Tiepolo, d√©corateur prestigieux du ch√Ęteau de Wurtzbourg.

Le XIXe siècle

Les Nazaréens.
Sous l'influence du romantisme grandissant, au XIXe si√®cle, le Viennois Moritz von Schwind (1804-1871) fut le premier √† traiter des √©pisodes du Moyen √Ęge. Mais la principale r√©action partit, vers 1810, d'un groupe d'artistes, catholiques ardents, surnomm√©s les Nazar√©ens, qui vivaient √† Rome : Overbeck (1789-1869), Cornelius (1783-1867), F√ľrich (1800-1876), Schnorr von Carosfeld (1794-1879), travailleurs et instruits, mais au talent limit√©. Overbeck n'a ex√©cut√© que des pastiches maladroits de primitifs italiens. Cornelius et Kaulbach ont peint √† Berlin et √† Munich des cycles d'oeuvres √† tendances philosophiques, lourdes de pens√©es et d'intentions.
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Kaulbach : la Bataille de Salamine.
La Bataille de Salamine, par Wilhelm von Kaulbach (1868).

Des Nazar√©ens prirent la t√™te des deux grands centres artistiques allemands : Munich et Dusseldorf. L'√©cole de Munich fut fond√©e par Cornelius, qui en fut avec Kaulbach (1805-1874) le principal protagoniste. Ils servirent les desseins de Louis Ier qui les avait appel√©s, car il voulait faire de sa capitale une Ath√®nes allemande, b√Ętie avec des copies de temples grecs et de palais florentins. 

A la g√©n√©ration suivante, cette √©cole se continue par des peintres d'histoire tels que Piloty (1826-1886), inf√©od√© aux Fran√ßais et √† Delaroche, et Makart (1840-1884), virtuose imitateur des V√©nitiens qui joua plus tard un grand r√īle √† Vienne. Ensuite, elle subit une √©clipse. Un autre Nazar√©en avait fond√©, en 1826, l'√©cole de Dusseldorf, impr√©gn√©e de romantisme rh√©nan, de vieilles l√©gendes que traduisent Hildebrandt (1804-1874), Sohn (1805-1867), Steinbr√ľck. Ils avaient √©t√© pr√©c√©d√©s dans ce genre par Rethel (1816-1859), auteur de la Salle imp√©riale √† Aix-la-Chapelle, et par Moritz von Schwind, d√©j√† cit√©, qui avait trait√© des sujets romantiques √† Stuttgart, Munich et Vienne

C.-D. Friedrich.
Caspar David Friedrich, souvent rattach√© au romantisme, mais qui occupe une place singuli√®re, est un peintre paysagiste allemand. Il est n√© √† Greifswalde le 5 septembre 1774 mort √† Dresde le 7 mai 1842. Il √©tudia √† Copenhague sous Ouisdorf. Ses ouvrages les plus connus sont deux toiles au ch√Ęteau de Berlin, d'autres au ch√Ęteau de Tetschen en Boh√®me et surtout le Wanderer √ľber dem Nebelmeer (ou le Promeneur au-dessus de la mer de nuages). Il fut nomm√© professeur √† l'Acad√©mie de Dresde en 1807 et en 1840 membre de l'Acad√©mie de Berlin. Il a aussi grav√© sur cuivre.
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Friedrich : Der Wanderer Łber dem Nebelmeer
Le Promeneur au-dessus d'une mer de nuages,
par Caspar David Friedrich (1818).

Naturalisme et réalisme.
Ensuite, le centre artistique de l'Allemagne du Nord se déplaça. Berlin voulut être une capitale de l'art. C'est dans le milieu berlinois plus précis et moins rêveur que s'élabora la réforme réaliste de Menzel (1815-1905); il rompt avec ses prédécesseurs par ses tableaux de genre qui l'apparentent à Meissonier et par ses scènes de la vie contemporaine. Il a pour lieutenants Werner (né en 1843), Gussow et Max Michel. Après Menzel, le chef du réalisme dans l'Allemagne du Nord sera Max Liebermann (1849-1935). Cependant, Munich redevient la capitale de l'art. Ses deux sociétés aux nombreux membres. ses expositions, les plus célèbres de toute l'Allemagne, lui assurent de nouveau l'hégémonie artistique. Un groupe d'artistes, les élèves d'Arthur de Ramberg, au premier rang desquels se place Leibl (1844-1900), le champion du réalisme en Allemagne, reçoit triomphalement Courbet. De même, en 1879, c'est Munich qui révèle les impressionnistes à l'Allemagne.

Apr√®s Leibl, Lenbach (1836-1904) est √† Munich le principal repr√©sentant du r√©alisme. Intelligent et √©rudit, ce serait uniquement un virtuose ayant su analyser et s'approprier les mani√®res de plusieurs grands ma√ģtres, si ses portraits, notamment ceux de plusieurs c√©l√©brit√©s de I'Allemagne contemporaine, Bismarck, Moltke, etc., n'√©taient remarquables par leur acuit√© psychologique. Cependant l'id√©alisme reprend ses droits. 

Retour à l'idéalisme.
C'est Munich qui lance le B√Ęlois Boecklin (1827-1899), inventeur d'un nouvel art aux yeux des Allemands, sur qui il exer√ßa une profonde attraction non point tant par ses paysages que par ses mythologies pesantes au trait alourdi, parfaitement germaniques d'inspiration. Hans von Mar√©es (1837-1887) est, avant tout, un d√©corateur dont les compositions, notamment ses fresques √† l'Aquarium de Naples, montrent des recherches originales, quoique desservies par un dessin sans force et un coloris sombre et terne. Le sculpteur Klinger se montre, dans ses tableaux, raffin√© et po√©tique. Hans Thoma (1839-1924) interpr√®te de vieux contes dans une mani√®re na√Įve calqu√©e sur les primitifs allemands. Plus jeune, Fritz von Uhde (1848-1911 ) m√™le le r√©alisme √† l'id√©alisme dans des sc√®nes √©vang√©liques √† costumes modernes. Franz Stuck (n√© en 1863), chef de la jeune √©cole munichoise, proc√®de de Boecklin (B√∂cklin) avec un style plus synth√©tique. 
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Stuck : le Pťchť.
Le Péché, par Franz Stuck (1893).

Les Sécessions et les autres groupes.
Avec Tr√ľbner, Uhde et Stuck fondent, √† Munich, en 1892, le mouvement et la revue S√©cession en r√©action contre l'art acad√©mique du moment. Munich verra aussi na√ģtre quelques ann√©es plus tard (1901), le groupe die Phalanx ( = la Phalange),  initi√© par Kandinsky, d'o√Ļ sortira la Nouvelle Association des Artistes (Neue K√ľnstlervereinigung), plus connue sous le nom de Cavalier Bleu (der Blaue Reiter). De son c√īt√©,  Gustav Klimt cr√©e √† Vienne une autre S√©cession, orient√©e vers l'Art Nouveau en 1897. Enfin, une S√©cession berlinoise se cr√©e en 1899, √† l'initiative de Lieberman, de laquelle na√ģtra une Nouvelle S√©cession (expressionniste), en 1910. Parmi les autres mouvements n√©s de cette effervescence, on doit aussi nommer, dans les premi√®res ann√©es du XXe si√®cle, le groupe die Br√ľcke ( = le Pont), constitu√© en 1905 par E.-L. Kirchner, E. Heckel, F. Bleyl, K. Schmidt-Rottluf, et qui a certaines affinit√©s avec les Fauvisme, tout en constituant, avec le Cavalier Bleu, l'un des jalons de l'Expressionnisme.

Ailleurs, dans l'espace germanophone.
Terminons en disant deux mots des autres pays de langue allemande. Outre Boecklin, la Suisse allemande a donn√© Hodler (1853-1918), de Zurich, qui a surtout √©voqu√© l'histoire de Suisse en des compositions au dessin tr√®s appuy√© et aux couleurs extr√™mement vives. Quant √† l'activit√© de I'Autriche, on l'a vu d√©j√† avec la S√©cession viennoise, elle se confond en partie avec celle de l'Allemagne. C'est l√† que sont n√©s Moritz von Schwind, Makart, Gabriel Max. Il faudrait aussi nommer Ferdinand Georg Waldm√ľller ou Friedrich von Amerling, parmi beaucoup d'autres. C'est chez Piloty que se forma le Hongrois Munkacsy (1844-1900), auteur du Christ devant Pilate, qui connut en son temps, √† Paris, un triomphe √©clatant suivi de d√©faveur. Son compatriote Lazlo (n√© en 1869) a fait son √©ducation √† Paris. (B. / HGP).

La peinture en Allemagne, en Autriche et en Suisse depuis 1900 

Allemagne.
L'Expressionnisme (1905-1920) est repr√©sent√© par Die Br√ľcke (1905-1913), un groupe d'artistes , bas√© √† Dresde et fond√© par Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff et Fritz Bleyl. Les oeuvres de Die Br√ľcke se caract√©risent  par leurs couleurs vives et leurs repr√©sentations d√©form√©es. Der Blaue Reiter (1911-1914) est un autre mouvement expressionniste. Il a √©t√© fond√© √† Munich par Wassily Kandinsky et Franz Marc et est tourn√© vers l'abstraction et la spiritualit√© dans l'art.

La Nouvelle objectivité (1920-1933) est un courant représenté par Otto Dix et George Grosz. Ces artistes critiquent la société de Weimar avec un réalisme incisif, mettant en lumière les problèmes sociaux et les horreurs de la guerre.

L'art moderne est qualifié d'art dégénéré (Entartete Kunst) par le régime nazi (1933-1945). De nombreux artistes sont persécutés ou contraints de fuir.

Dans la seconde moiti√© du XXe si√®cle, Joseph Beuys (1921-1986) est une figure majeure de l'art conceptuel et performatif. Il aborde des th√®mes de gu√©rison et de transformation sociale. Gerhard Richter (n√© en 1932) se signale par sa polyvalence stylistique, et sa mani√®re de m√™ler l'abstraction et le r√©alisme. Plus r√©cemment, Neo Rauch (n√© en 1960), repr√©sentant de la Nouvelle √Čcole de Leipzig, peint des oeuvres surr√©alistes et narratives.

Autriche.
La S√©cession viennoise continue son chemin au d√©but du XXe si√®cle, toujours Gustav Klimt (1862-1918) comme chef de file. Egon Schiele (1890-1918), prot√©g√© de Klimt, est connu pour ses dessins et peintures audacieuses, souvent de nature √©rotique. L'Expressionnisme est repr√©sent√© par Oskar Kokoschka (1886-1980), dont les portraits et les paysages saisissent des √©motions intenses. Vient ensuite Actionnisme viennois des ann√©es 1960 et 1970, qui est un mouvement radical de performance art, avec des artistes comme Hermann Nitsch et G√ľnter Brus, qui bousculent les limites du corps et de l'art. De nos jours, on doit nommer Erwin Wurm (n√© en 1954), connu pour ses One Minute Sculptures et ses oeuvres humoristiques et conceptuelles, et  Valie Export (n√©e en 1940), arrtiste f√©ministe et performeuse, qui aborde les th√®mes de l'identit√© et du corps.

Suisse.
Le cabaret Voltaire √† Zurich, fond√© par Hugo Ball, est le berceau du mouvement Dada  (1916-1920), une r√©action contre la guerre et la culture bourgeoise, repr√©sent√© par des √©crivains et des po√®tes, mais aussi par des peintres comme Jean Arp (1886-1966) et Marcel Janco (1895-1984). L'Art concret  vient ensuite et est repr√©sent√© notamment par Max Bill (1908-1994), architecte, peintre et sculpteur, qui se concentre sur la puret√© des formes g√©om√©triques. Jean Tinguely (1925-1991), repr√©sentant du Constructivisme, est connu pour ses sculptures m√©caniques et cin√©tiques, interrogeant le mouvement et le hasard. Parmi les contemporains, citons : Pipilotti Rist (n√©e en 1962), vid√©aste et artiste multim√©dia, qui se signale par ses installations immersives et psych√©d√©liques, et Fischli & Weiss (Peter Fischli et David Weiss), un duo d'artistes c√©l√®bres pour leurs oeuvres humoristiques et conceptuelles, notamment le film exp√©rimental  Der Lauf der Dinge (Le Cours des choses, 1987).

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