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Guernica
est un village d'Espagne ,
dans la province basque de Biscaye,
à 21 kilomètres à l'Est-Nord-Est de Bilbao,
à 48 kilomètres par la route qui suit la côte,
à 10 kilomètres de la mer. Elle s'étend dans une petite plaine, bordée
par des collines verdoyantes, non loin de l'estuaire d'Urdabai, une zone
classée Réserve de biosphère par l'Unesco où le fleuve Oca se jette
dans la mer Cantabrique. Cette position, légèrement en retrait de la
côte mais accessible, lui a conféré dès ses origines une importance
stratégique comme lieu de rassemblement et de communication au sein de
la Biscaye intérieure.
L'histoire de Guernica
est profondément liée à cette géographie et à l'identité basque.
Fondée officiellement en 1366 par le comte Don Tello de Biscaye, la ville
n'a pas été érigée comme une place forte militaire ou un port majeur,
mais comme un centre administratif et politique essentiel. C'est ici, en
effet, que se dressait déjà un chêne ancestral, l'Arbre de Guernica
(Gernikako Arbola), sous lequel les seigneurs de Biscaye prêtaient
serment de respecter les fors (fueros), les lois et libertés traditionnelles
du peuple basque. L'arbre est devenu le symbole vivant de l'autonomie et
de l'identité basque, et les Assemblées générales de Biscaye (Juntes
générales) se tenaient à proximité, dans la Casa de Juntas. Ainsi,
bien avant d'être connue pour ses malheurs, Guernica était déjà un
lieu emblématique, le coeur battant des libertés basques.
Cette importance
symbolique allait paradoxalement la marquer à jamais. Lors de la Guerre
Civile espagnole, le lundi 26 avril 1937, jour de marché où la ville
était particulièrement animée et peuplée, Guernica fut la cible d'un
bombardement d'une violence inouïe. L'aviation de la Légion Condor allemande
et l'Aviazione Legionaria italienne, agissant pour le compte des forces
nationalistes du Général Franco, déversèrent
pendant plus de trois heures des bombes explosives et incendiaires sur
cette petite ville ouverte, qui ne présentait pas d'intérêt militaire
majeur apparent au-delà d'un pont ferroviaire et d'une usine d'armes légèrement
à l'écart. Le but était manifestement de terroriser la population civile
et de briser la résistance basque. Le bilan fut lourd, des centaines de
morts parmi les civils, et la quasi-totalité du centre-ville fut réduit
en cendres.
Ce bombardement fut
l'un des premiers exemples à grande échelle de destruction aérienne
visant délibérément une population civile, et il provoqua une onde de
choc internationale. L'écho de cette tragédie fut amplifié par des témoignages
de journalistes et surtout par l'oeuvre monumentale de Pablo Picasso, Guernica,
qui fixa l'horreur et la souffrance dans la conscience universelle.
Après la guerre,
Guernica fut lentement reconstruite. Le nouvel arbre, descendant de l'original
(qui a été remplacé plusieurs fois au fil des siècles, mais dont un
rejeton perpétue la lignée), et la Casa de Juntas furent épargnés par
les flammes, ou reconstruits, symbolisant la persistance de l'identité
basque malgré la répression franquiste.
Aujourd'hui, Guernica
est une ville résiliente, moderne dans son apparence suite à la reconstruction,
mais profondément marquée par son histoire. Elle est devenue un symbole
de la paix, un mémorial des horreurs de la guerre, tout en restant le
centre politique et culturel de la Biscaye, où l'Arbre de Guernica et
la Casa de Juntas continuent de témoigner de l'héritage et des aspirations
du peuple basque. Les visiteurs viennent autant pour comprendre l'ancienne
tradition des fors que pour se recueillir face à l'histoire tragique du
bombardement, faisant de cette petite ville basque un lieu d'une portée
universelle. |
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