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| Chambord
est une commune du département du Loir-et-Cher,
arrondissement de Blois, canton de Bracieux,
sur le Cosson; 160 habitants. La commune de Chambord offre cette particularité,
sans doute unique en France Dès le XIIe siècle, les comtes de Blois avaient sur ce territoire, perdu au coeur de la forêt de Boulogne, une sorte de manoir ou de rendez-vous de chasse sur lequel on connaît plus de légendes que de faits réellement historiques. Bien que le lieu fût éloigné de toute ville et privé de voies de communication, ou peut-être à cause de ces raisons, François Ier le choisit pour y faire construire un des édifices les plus magnifiques que l'on pût concevoir à une époque où le luxe architectural ne connaissait pas de limites. On a vainement cherché, jusqu'ici, les motifs de cette préférence : qu'il s'agisse d'un pavillon de chasse ou d'une intrigue amoureuse, il est difficile d'admettre que François Ier ait patienté douze ans pour satisfaire la fantaisie qu'il avait rêvée, et l'on doit croire que la construction de Chambord fut simplement pour le vainqueur de Marignan un de ces caprices ruineux auxquels il ne résista jamais. Dix-huit cents ouvriers y travaillèrent, sous la conduite de deux maîtres des oeuvres (on appelait encore ainsi les architectes) dont les noms ont été retrouvés : c'étaient Pierre Nepveu, dit Trinqueau, et Jacques Coqueau ou Coquereau, noms bien français et qui permettraient d'affirmer que l'art italien n'est pour rien dans la construction de Chambord si l'on était assuré que ces deux maîtres des oeuvres ont eux-mêmes dessiné les plans du château; mais cette certitude n'existe pas. Les historiens de Chambord, entraînés par le désir de voir dans ce château une oeuvre exclusivement nationale, s'en sont tenus aux noms que l'on vient de lire : s'ils avaient poussé plus loin leurs investigations, ils eussent trouvé dans un extrait de comptes de bâtiments publiés par L. de Laborde (Les comptes des bâtiments du roi, Il, 504) la mention d'une somme de 900 livres allouée en 1530 à Dominique de Cortone dit le Boccador, pour ses plans des villes et châteaux de Tournay, Ardies et Chanbord. Il est donc vraisemblable que l'architecte
de l'ancien HĂ´tel de ville de Paris
a au moins collaboré à celui du château de Chambord. Cette quasi-certitude
n'infirme pas, au reste, la constatation, facile Ă faire, que Chambord
reste différent, dans son architecture, des édifices élevés dans le
goût de la Renaissance
Le Château de Chambord. Ce plan est, en effet, un parallélogramme dont les quatre angles sont flanqués de tours rondes et sur l'un des côtés duquel s'adosse une construction, également rectangulaire, flanquée elle aussi de quatre tours rondes et dont la masse constitue le donjon des anciennes forteresses. Ce donjon est en réalité la partie principale du monument, celle à laquelle l'architecte a donné le plus de soins et de luxe. Un escalier monumental en occupe le centre et dessert les quatre corps de logis que séparent quatre grandes salles de gardes se coupant en croix. L'escalier est construit de telle façon que deux personnes peuvent le gravir ou le descendre simultanément sans se rencontrer : il se compose, en effet, de deux rampes superposées en hélice au-dessus l'une de l'autre. Une pareille disposition aurait suffi à rendre le château célèbre et beaucoup de connaisseurs, à la vérité, l'apprécient surtout pour cela : il est juste pourtant de ne pas attribuer à l'architecte de Chambord le mérite de l'invention : nous avons signalé ailleurs (Entre Loir-et-Cher, 1884) l'existence à Paris dès le XVe siècle de deux escaliers construits de même façon. L'escalier de Chambord a un autre mérite : il est surmonté d'un édifice pyramidal, haut de trente-deux mètres et que couronne une fleur de lys en pierre. On accède presque, jusqu'au sommet par un escalier en simple vis et c'est du haut de ce belvédère que l'on peut contempler l'ensemble des bâtiments du château et la belle forêt au fond de laquelle il semble qu'on ait voulu le cacher. Le corps de logis principal que nous venons de décrire est enveloppé sur trois côtés par des constructions qui, à l'origines n'étaient uniformément élevées qu'à un étage, mais qu'on a surmontées de mansardes au XVIIe siècle. Cette disposition a le défaut de masquer les façades et de ne laisser apercevoir, du dehors, que les campaniles des escaliers. De la Saussaye, qui a écrit une excellente notice sur Chambord, a compté quatre cent quarante pièces dans le château, toutes pourvues de cheminées, et treize grands escaliers, de fond en comble. Aucune de ces pièces ne fut jamais meublée, suivant l'usage constant de l'ancien temps; quand le roi devait venir passer quelques jours au château, il se faisait précéder d'une équipe de tapissiers qui, en toute hâte, aménageaient les appartements indispensables de meubles, qui de là , étaient transportés dans une autre résidence. François Ier
vint souvent à Chambord; en 1539, il y reçut Charles-Quint
qui, dit-on, l'admira « comme un abrégé de ce que peut effectuer l'industrie
humaine ». Henri Il fit continuer les travaux du château, ainsi que l'attestent
sa devise et son chiffre qui y sont çà et là sculptés, mais ni lui,
ni ses successeurs immédiats ne l'achevèrent. Les Guerres
de religion les retinrent ailleurs, puis Henri
IV préféra résider à Paris ou à Saint-Germain.
Louis XIII y vint parfois et c'est Ă Chambord
qu'aurait eu lieu, si elle était vraie, cette scène ridicule où le roi
prit des pincettes pour retirer du corsage de Mlle de Hautefort une lettre
qu'elle y avait caché; mais il y a longtemps qu'on a fait justice de l'anecdote.
Une autre vue du château de Chambord. Il faut arriver à Louis XIV pour trouver le seul chapitre important des annales de Chambord, important moins par la présence du roi que par deux premières représentations célèbres qu'y donnèrent Molière et sa troupe : Monsieur de Pourceaugnac en septembre 1669, et le Bourgeois gentilhomme en octobre 1670. Les deux comédies les plus gaies de Molière eurent ainsi pour premier théâtre le lieu le plus triste et le plus mélancolique qui put être. Louis XIV fit travailler Mansard à Chambord : c'est cet architecte qui nous a valu la façade qui masque si malheureusement l'entrée du château, et aussi, dit-on, le premier essai des toits en mansardes, substitution également malheureuse à la couverture en terrasse. Les travaux ainsi exécutés ne coûtèrent pas moins de 1 225 701 livres. Au XVIIIe
siècle, Chambord fut successivement l'apanage du roi de Pologne,
Stanislas Leczinski et du maréchal de Saxe. La Révolution
en fit un domaine national et lui chercha, sans en trouver, un acquéreur.
En 1809, Napoléon Ier
le donna Ă Berthier, prince de Wagram,
avec une dotation de 500 000 francs de rente. Louis XVIII ayant supprimé
cette dotation, la veuve de Berthier sollicita comme une faveur de vendre
un domaine dont la possession devenait si onéreuse. C'est alors, en 1820,
qu'Adrien de Calonne eut la déplorable idée de proposer une souscription
nationale permettant d'offrir Chambord au fils du duc de Berry, le duc
de Bordeaux, qui venait de naître. En dépit
des protestations qui, de bien des côtés, s'élevèrent contre cette
idée, en dépit surtout du célèbre pamphlet de Courier,
connu de tous, la souscription produisit 1 542 008 francs qui furent jugés
suffisants pour la rachat. Chambord appartint dès lors à celui qui fut
pendant plus d'un demi-siècle le représentant de la légitimité. A peine
y vint-il deux fois et y fit-il faire les plus indispensables travaux de
consolidation. A sa mort, en 1883, il l'a légué à deux princes étrangers
appartenant Ă la maison de Bourbon, le prince de Parme et le duc de Bardi.
Le château redeviendra propriété de l'Etat
en 1932 et est aujourd'hui un des hauts-lieu du tourisme.
(Fernand Bournon).
Cheminées, lucarnes, flèches, clochetons sculptés du château de Chambord. Photos : © Serge Jodra, 2010.
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