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La littérature suédoise
La littérature suédoise se divise assez naturellement en cinq périodes principales, qui correspondent sans trop d'écart à chaque siècle, à partir du XVIe siècle.

P√©riode pa√Įenne et catholique (Moyen √Ęge  jusqu'en 1521).
Les historiens de la litt√©rature su√©doise d√©butent volontiers par une √©tude sur les Eddas et sur les Sagas. Leur raison est que ces oeuvres, de forme islandaise, appartiennent par la mati√®re, en partie au moins, au fonds commun scandinave. Les premiers textes proprement su√©dois sont, √† c√īt√© d'inscriptions runiques de valeur linguistique plut√īt que litt√©raire ou historique, des recueils de lois fort importants, transmis oralement pendant des si√®cles et transcrits au cours des XIIIe et XIVe si√®cles : Westg√∂talagen, √Ėstg√∂talagen, Upplandslagen, etc. Un autre document remarquable de la m√™me √©poque est le Gouvernement des rois, compos√© d'apr√®s un mod√®le √©tranger et donnant sur les id√©es politiques ayant cours alors de pr√©cieux renseignements. Le premier √©crivain de valeur dont le nom nous soit parvenu est Petrus de Dacia (1240?- 1289), qui √©crivit en latin une Vie de sainte Christine de Stumbelen et fit des traductions en su√©dois. Apr√®s lui, le magister Mattias (mort en 1350) traduisit les livres de Mo√Įse (Le Pentateuque). Sainte Birgitte (ou Brigitte, 1303?-1373) est son √©l√®ve : elle r√©digea des R√©v√©lations d'un mysticisme exalt√© qui, aussit√īt traduites en latin, se r√©pandirent dans toute l'Europe chr√©tienne. Du clo√ģtre qu'elle avait fond√© √† Vadstena sont sorties de nombreuses traductions d'ouvrages sacr√©s et toute une litt√©rature religieuse : sermons, hom√©lies, l√©gendes pieuses, psaumes, etc. 

La littérature profane est moins riche. Elle nous offre, outre la Cronica regni Gothorum d'Ericus Olai (mort 1486), écrite en latin, des chroniques suédoises rimées : Chronique d'Erik (1319), Chronique de Charles (1389-1452), etc. les Chants de la reine Eufémie (début du XIVe siècle), qui relatent les aventures d'Iwein Coeur de Lion, du duc Frédéric de Normandie et de Flore et Blancheflor, une excellente traduction rimée de la Légende du roi Alexandre, quelques autres oeuvres de même nature, de nombreuses et souvent exquises chansons populaires, et trois poésies tout à fait supérieures attribuées à l'évêque de Strengnaes, Thomas Simonsson (mort en 1443) : le Chant d'Engelbrekt, la Liberté, la Fidélité.

P√©riode de la R√©forme (XVIe si√®cle jusqu'en 1611). 
Gr√Ęce au z√®le infatigable des deux r√©formateurs, Olaus Petri (1493-1552) et Laurentius Petri (1499-1573), traducteurs √©m√©rites de la Bible, pr√©dicateurs √©loquents, po√®tes et, le premier surtout, pol√©mistes pleins de verve, le protestantisme - soutenu d'autre part fortement par Gustave Vasa (1490-1563), qui √©tait lui-m√™me un orateur d'une sobri√©t√© singuli√®rement vigoureuse - fit en Su√®de de rapides progr√®s et ne rencontra bient√īt plus aucune opposition s√©rieuse dans le royaume. L'a√ģn√© des deux fr√®res Petri n'√©tait pas seulement un √©crivain religieux f√©cond, il se r√©v√®le encore historien de premier ordre dans sa Chronique su√©doise, qui va jusqu'au r√®gne de Gustave Vasa et est tr√®s sup√©rieure √† l'histoire latine traitant la m√™me p√©riode de l'archev√™que Johannes Magnus (mort en 1544). Olaus Petri domine toute son √©poque, mais il serait injuste de ne pas nommer aupr√®s de lui un de ses principaux collaborateurs, Laurentius Andreae (mort en 1552), qui fut un certain temps chancelier du roi, et l'historien m√™me du roi : l'√©v√™que Peder Svart (mort en 1562). Apr√®s eux, faisant transition avec la p√©riode suivante, nous rencontrons Johannes Messenius (1579-1636), auteur r√©put√© de la Scandia illustrata et de trag√©dies patriotiques su√©doises, qu'il opposait aux drames latins de son rival, le c√©l√®bre professeur d'Upsala et √©v√™que de Vesteras, Johannes Rudbeckius (mort en 1646). Un autre po√®te dramatique √©crivant vers le m√™me temps est Magnus Olaus Asterophorus (mort en 1647), dont la pi√®ce, Une joyeuse com√©die du nom de Tisbe, est la plus spirituelle, malgr√© ses lourdeurs, de celles qui nous restent de l'ancienne litt√©rature su√©doise. Du XIVe si√®cle datent aussi quelques-unes des chansons populaires les plus r√©pandues : Axel et Valborg, la Petite Karin, etc., et la traduction de po√®mes √©trangers : Reineke Vos et autres.

P√©riode de la grandeur su√©doise (XVIIe si√®cle jusqu'en 1718). 
Le XVIIe si√®cle est l'√©poque la plus glorieuse de la Su√®de politique. Elle prend une part tr√®s active √† la guerre de Trente Ans, et l'on recherche son alliance. Pour en avoir fait une puissance militaire de premier ordre, Gustave-Adolphe, qui √©tait lui-m√™me un historien et un orateur remarquable, ne n√©glige ni les sciences, ni les lettres. Sous son r√®gne, ainsi que sous celui de ses successeurs, Christine entre autres, les universit√©s et √©coles sup√©rieures sont r√©organis√©es, et l'on institue de nombreuses √©coles secondaires et primaires. Certes, l'esprit qui anime ces √©tablissements n'est pas celui de la libert√© : il √©tait dangereux de s'√©carter alors de l'orthodoxie luth√©rienne la plus rigoureuse. N√©anmoins les sciences font de grands progr√®s. Descartes et d'autres savants √©trangers sont attir√©s en Su√®de et le fait d'√™tre cart√©sien n'emp√™che pas Anders Rydelius (1671-1738) d'√™tre nomm√© √©v√™que. Dans la po√©sie, on s'inspire volontiers des mod√®les allemands, italiens ou hollandais; le sil√©sien Opitz fait autorit√©. Vers la fin du si√®cle, l'influence, fran√ßaise, celle de Boileau surtout, semble l'emporter sur toute autre. 

Le plus grand √©crivain da l'√©poque, et celui qui chez beaucoup d'historiens donne son nom √† cette p√©riode, est Georges Stiernhielm (1598-1672), polygraphe √©tonnamment f√©cond - naturaliste, math√©maticien, jurisconsulte, philologue, arch√©ologue, et avec cela po√®te d'assez haut rang pour qu'on ait pu le qualifier de ¬ę p√®re de la po√©sie su√©doise¬Ľ, non tant, il est vrai, √† cause de son imagination po√©tique, qu'√† cause des r√©formes qu'il introduisit dans la versification. Ses disciples, ses contemporains, ses adversaires parfois, mais jamais ses rivaux tant il semble au-dessus deux, sont Lars Wivallius (1605-1669), po√®te original et irr√©gulier, qui compose alternativement et avec une √©gale conviction des psaumes et des chansons d'amour; Gustaf Rosenhane (1619-1684), sonnettiste spirituel de l'√©cole de Ronsard; Lucidor le Malheureux (pseudonyme de Lasse-Johansson, 1640?-1674), qui doit son surnom aux tristesses que lui attire l'irr√©gularit√© de sa conduite, plein de talent d'ailleurs dans ses chansons bachiques on ses chants pieux; Samuel Columbus (1642-1679)) po√®te religieux, le plus intime ami de Stiernhielm; Peter Lagerl√∂f (1648-1699), psalmiste, orateur et humaniste tr√®s distingu√©; Urban Hj√§rne (1641-1724), m√©decin c√©l√®bre par ses d√©couvertes en histoire naturelle, po√®te tragique dans sa jeunesse et pol√©miste vigoureux, qu'il s'en prenne aux proc√®s faits aux sorci√®res ou aux r√©formateurs de la langue et de l'orthographe, tels que Jesper Svedberg (1653-1735), grammairien et auteur de chants sacr√©s; Hakan Spegel (1645-1714), archev√™que √† Upsala, grand orateur et po√®te religieux; Johan Runius (1679-1713), qu'on avait surnomm√© le prince des po√®tes, mort trop jeune pour avoir rempli toutes les promesses d'un talent aimable et tr√®s fin; Sofia Elisabet Bremer (1639-1730), excellente dans la po√©sie didactique et √©crivant une langue particuli√®rement pure; Gunno Dahlstierna (1658-1709), grand admirateur de Ronsard et des Italiens, dont il copie les formes po√©tiques, po√®te au style souvent ampoul√©, et ardent patriote; Samuel Trievald (1688-1743), disciple de Boileau dans ses satires, et Jakob Frese (1790-1729), qu'inspire une profonde foi chr√©tienne. Olof Rudbeck l'Ancien (1630-1702) , fils de Johannes Rudbeckius, le rival de Mess√©nius, beaucoup plus √Ęg√© que les √©crivains cit√©s en dernier lieu, est un auteur tout √† fait √† part et dont les travaux rappellent ceux des encyclop√©distes du si√®cle pr√©c√©dent; malgr√© les erreurs de son Atland, c'est un homme plein de savoir, dont l'activit√© fait grand honneur √† la Su√®de du XVIIe si√®cle.

P√©riode de ¬ę libert√© ¬Ľ et p√©riode Gustavienne (XVIIIe si√®cle jusqu'en 1809). 
A l'√©poque de grandeur militaire et politique de la Su√®de, qui va de  Gustave-Adolphe √† Charles XII, succ√®de une √©poque moins brillante pour les armes et l'influence su√©doises, moins autoritaire aussi dans le gouvernement int√©rieur - d'o√Ļ son surnom de ¬ę libert√© ¬Ľ - et d'autant plus brillante pour les lettres, les arts et surtout les sciences naturelles. Les √©coles fond√©es au si√®cle pr√©c√©dent portent leurs fruits, et les savants sont assez nombreux et assez distingu√©s pour constituer des soci√©t√©s scientifiques et des acad√©mies litt√©raires ou artistiques : Acad√©mie de peinture et de sculpture (1735), Acad√©mie des sciences (1739), Acad√©mie des belles-lettres (1753), Acad√©mie de musique (1772), Acad√©mie su√©doise (1773), th√©√Ętre su√©dois (1773), etc. C'est le go√Ľt fran√ßais qui pr√©domine : en litt√©rature d'un bout du si√®cle √† l'autre : l'esprit des classes cultiv√©es √©tant tout impr√©gn√© du classicisme des Corneille, Racine et Moli√®re jusqu'au r√®gne de Gustave III, tout impr√©gn√© ensuite, pendant la p√©riode dite gustavienne, des id√©es philosophiques, lib√©rales et humanitaires des Voltaire et Rousseau. Ceux qui - sans exclure la France - recherchent chez les Anglais, les Allemands ou les Danois, mod√®les ou inspiration, forment une minorit√©, mais ne sont pas les moins consid√©rables. L'un de ceux-ci est Olof Dalin (1708-1763), le ¬ę fondateur de la prose su√©doise ¬Ľ, √©diteur de la revue hebdomadaire, l'Argus su√©dois, o√Ļ Addison lui sert de guide, auteur dramatique plus heureux dans la com√©die que dans la trag√©die, assez bon po√®te lyrique toujours, mais plus int√©ressant dans ses chansons populaires on plaisantes que dans la ¬ę grande ¬Ľ po√©sie, historien digne d'√©loges, moins par la conscience de ses recherches que par l'art de la composition et la perfection du style. Hedvig-Charlotta Nordenflycht (1718-1763), Gustaf-Filip Creutz (1731-1763), Gustaf-Fredrik Gyllenborg (1731-1808) ont en litt√©rature des sympathies fran√ßaises plus prononc√©es peut-√™tre que Dalin, mais, pour ne pas appartenir √† son cercle, ne diff√®rent cependant gu√®re de lui dans leur mani√®re po√©tique, qu'ils composent des po√©sies lyriques sentimentales ou spirituelles, des pastorales en vers alexandrins, des po√®mes h√©ro√Įques, des idylles, des satires ou des fables.
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Dalin. Kellgren.
Olof Dalin
Johan Henrik Kellgren

A c√īt√© d'eux, on peut citer Anders Odel (1718-1775) et Olof Carelius (1702-1758), tr√®s populaires en leur temps et dont les po√©sies patriotiques sont encore dans bien des m√©moires. Reinhold Gustaf Mod√©e (1689-1752) est l'auteur de com√©dies imit√©es de Moli√®re et d'Holberg, que l'on consid√®re comme les meilleures de l'√©poque. Son rival, Kart Gyllenborg (1679-1746), ridiculise dans sa com√©die ¬ę su√©doise ¬Ľ ceux qui suivent servilement les modes de France. Les principaux romanciers sont alors Jakob Henrik M√∂rk (1714-1763) et Jakob Wallenberg (1746-1778); le premier prend l'exemple de l'auteur du T√©l√©maque, le second pr√©f√®re Swift et Holberg et raconte avec humour et esprit un voyage dans les Indes orientales vers 1770. Karl Gustaf Tessin (1695-1770), Anders-Johan von H√∂pken (1712-1789), Olof Bergklint (1733-1805) se distinguent comme orateurs acad√©miques : Tessin et H√∂pken sont aussi des hommes politiques √©minents, Bergklint est aussi po√®te et critique. En histoire, Sven Lagerbring (1707-1787) est le rival heureux de Dalin par son √©rudition, mais ne l'√©gale pas par les qualit√©s litt√©raires. Un autre √©rudit de premier ordre est Johan Ihre (1707-1780), arch√©ologue, historien, √©conomiste et par-dessus tout philologue et lexicographe. Le botaniste Karl Linn√© (1707-1778), qui doit sa c√©l√©brit√© √† ses travaux d'histoire naturelle, appartient aussi √† la litt√©rature par ses r√©cits de voyage et ses descriptions, compos√©s en une prose que l'on place au rang des plus pures de la langue su√©doise. Comme Linn√©, Emanuel Swedenborg (1688-1772) √©tait un grand naturaliste, mais son nom a √©t√© rendu illustre bien plus par ses recherches philosophiques et religieuses que par ses √©tudes scientifiques.

Aucun écrivain ne forme une transition plus naturelle entre la période de Dalin et celle de Gustave III, que le poète et chansonnier Carl-Michael Bellman (1740-1795), le plus original des poètes suédois et le seul, sans doute, dont la persistante popularité puisse être comparée, malgré la différence des genres, à celle de Tegnér (1782-1846) ou de Runeberg. Dès avant Gustave III, il avait composé plusieurs de ses chansons les plus réussies, mais c'est sous ce prince, dont il chante les temps joyeux avec une pointe de mélancolie, que son talent, fait de naturel, de verve et de bonhomie narquoise, s'épanouit pleinement.
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Carl-Michael Bellman.
Tegnťr.
Carl-Michael Bellman
Esaias Tegnér.

Autour de Gustave III (1716-1792), auteur d'op√©ras, de drames historiques et de com√©dies dans le go√Ľt fran√ßais, se groupent les √©crivains ¬ę acad√©miques ¬Ľ : Johan Henrik Kellgren (1751-1795), journaliste, critique, po√®te satirique, didactique, lyrique et dramatique, grand admirateur de Voltaire, dont il s'efforce de suivre les traces; Karl Gustaf Leopold (1756-1829), d'un talent moindre, mais de m√™me nature que le pr√©c√©dent, qu'il √©gale en influence, gr√Ęce √† sa plus longue activit√©; Johan Gabriel Oxenstjerna (1750-1818), po√®te satirique et idyllique; Gudmund-G√∂ran Adlerbeth (1751-1818), plus int√©ressant aujourd'hui par ses notes historiques sur Gustave III et la cour que par ses oeuvres dramatiques ou ses traductions des classiques latins. On peut encore ranger parmi les auteurs acad√©miques Anna Maria Lenngren (1755-1817), un des po√®tes les mieux dou√©s de la Su√®de, aussi spirituelle que ses confr√®res, avec plus de douceur avenante, et brillant comme eux dans les genres les plus divers. En dehors du groupe acad√©mique, sans lui √™tre hostile, quelques po√®tes de second ordre r√©ussissent, √† c√īt√© de Bellman, dans la po√©sie l√©g√®re et comique : Olof Rudbeck (1750-1777), le petit-fils de l'auteur de l'Atland, publie avec succ√®s un po√®me h√©ro√Į-comique : Karl Isra√ęl Hallman (1732-1800) compose le premier vaudeville su√©dois et Olof Kexel (1748-1796), une com√©die, le Capitaine Puff, qui se joue encore. Dans l'opposition, proc√©dant de Rousseau et de Klopstock plut√īt que de Voltaire ou de Wieland, Bengt Lidner (1757-1793), un vrai po√®te lyrique, sentimental, d'une grande richesse d'imagination, passionn√©, s'√©levant au sublime, mais in√©gal dans toutes ses oeuvres, dont pas une ne para√ģt achev√©e; Tomas Thorild (1759-1808), assez m√©diocre comme po√®te, mais critique de grand m√©rite, penseur souvent profond et pol√©miste vigoureux dans sa lutte contre Kellgren, Leopold et les th√©ories classiques; Karl August Ehrensv√§rd (1745-1800), qui se tient plus √† l'√©cart des questions litt√©raires et se sp√©cialise dans la critique d'art, o√Ļ son ma√ģtre est Winckelmann. L'histoire politique est repr√©sent√©e sous les Gustave par Anders Sch√∂nberg (1737-1811), Karl Kristoffer Gj√∂rwell (1734-1811), Jonas Hallenberg (1748-1834), Fredrik-Axel von Fersen (1719-1794), auteur de m√©moires, ainsi que Gustaf Johan Ehrensv√§rd (1746-1783), etc.; l'histoire litt√©raire par Georg Adlersparre (1760-1835), Gustaf Abraham Silverstolpe (1772-1811), etc.; la philosophie par Benjamin H√∂jer (1767-1812), tr√®s courageux disciple de Kant, √† une √©poque o√Ļ la doctrine de celui-ci n'√©tait pas admise encore dans les universit√©s su√©doises.

Période romantique : Phosphoristes, Goths. XIXe siècle.
Au d√©but du XIXe si√®cle,les tendances litt√©raires sont tr√®s diverses et les √©coles nombreuses; elles se combattent avec vivacit√© toujours, parfois avec violence. N√©anmoins il est souvent difficile de les distinguer les unes des autres, et tel auteur, m√™me parmi les grands, qui, par ses oeuvres, appartient √† un groupe se rattache √† un autre par des raisons d'amiti√© ou de convenances personnelles ou sociales. Entre les √©coles oppos√©es, certains ne prennent pas nettement position ; dans la lutte, ils restent ¬ę neutres ¬Ľ. Tels sont ceux qui, tout en maintenant la tradition classique, acceptent volontiers une part des id√©es nouvelles. Aux Dalin et Kellgren succ√®dent Frans Mikael Franz√©n (1772 - 1847), po√®te gracieux et d'un sentiment d√©licat et tendre; Johan David Valerius (1776-1852), dont on ne lit plus gu√®re les oeuvres didactiques ou lyriques, mais tr√®s aim√© de ses contemporains; l'archev√™que Johan Olof Wallin (1779-1839), pr√©dicateur et psalmiste, po√®te profane de valeur dans son hymne √† la libert√© par exemple, compos√© en l'honneur de Georges Washington, ou dans son Ange de la Mort; Vitalis (pseudonyme d'Erik Sj√∂berg 1794-1828), √©crivain triste et doux, comique √† l'occasion; Bernhard de Beskow (1796-1868), secr√©taire de l'Acad√©mie su√©doise pendant de longues ann√©es et auteur dramatique de second ordre; Hans J√§rta (1774-1847), un des premiers publicistes de la Su√®de, etc. 

Phosphoristes et Goths.
C'est entre les ann√©es  1810 et 1820 que la querelle fut particuli√®rement chaude entre les classiques d'un c√īt√© et les ¬ę Phosphoristes ¬Ľ, faiblement soutenus par les ¬ę Goths ¬Ľ de l'autre. L√©opold, d√©j√† vieux, conduisait les classiques √† la bataille; il √©tait soutenu par Per-Adam Wallmark (1777-1858), pol√©miste plein de verve, qui avait mis √† la disposition des acad√©miciens son journal litt√©raire et th√©√Ętral. Les Phosphoristes, r√©unis sous la banni√®re de la soci√©t√© de ¬ę l'Aurore ¬Ľ, d√©fendaient leurs id√©es dans le Polyifem (1809-1812), dans le Phosphoros (1810-1813), d'o√Ļ leur nom, et dans la Gazette su√©doise de litt√©rature (1813-1824); le Calendrier po√©tique (1812-1822) publiait leurs oeuvres. La ¬ę Soci√©t√© gothique ¬Ľ avait comme organe la revue Iduna (1811-1824). Moins intransigeants que les Phosphoristes vis-√†-vis de la ¬ę raison ¬Ľ classique, les Goths ne diff√©raient cependant gu√®re d'eux par leur programme po√©tique; comme eux, ils faisaient appel avant tout √† l'imagination et √† la sensibilit√©, et comme eux, ils recommandaient l'√©tude de la vieille litt√©rature nationale ou celle des po√®tes √©trangers : Shakespeare, Dante, Klopstock, Schiller, Goethe, etc. Mais ils √©taient plus uniquement po√®tes, et dans leur culte pour un glorieux pass√©, po√®tes plus exclusivement scandinaves; les questions th√©oriques, qui passionnaient les Phosphoristes au point de faire d√©g√©n√©rer les discussions avec leurs adversaires en attaques personnelles, restaient chez eux au second plan.

Les principaux repr√©sentants de l'√©cole phosphoriste sont : Lorenzo Hammarsk√∂ld (1785-1827), fondateur en 1803 d'une soci√©t√© de belles-lettres, satiriste mordant et po√®te m√©diocre; Per-Daniel-Amadeus Atterhom (1790-1855), biographe int√©ressant des po√®tes su√©dois et tr√®s remarquable dans ses oeuvres all√©goriques et symboliques, inspir√©es par la philosophie de Schelling; Wilhelm-Fredrik Palmblad (1788-1852), critique et romancier, auteur de nouvelles romantiques d'une grande fra√ģcheur de style; Karl-Fredrik Dahlgren (1791-1844), √©crivain humoriste et satirique, tr√®s connu gr√Ęce √† quelques-unes de ses chansons √† la mani√®re de Bellman; Klas Livijn (1781-1844), S.-J. Hedborn (1783-1849), Julia Nyberg ou Euphrosyne (1785-1854), A.-A. Grafstr√∂m (1790-1870) etc.; Erik-Johan Stagnelius (1793-1823) et Karl-August Nicander (1799-1839), sans faire partie ni l'un ni l'autre du cercle des Phosphoristes, se rattachent cependant assez bien - avec un plus grand souci de la forme - √† ce groupe litt√©raire. Tous deux emploient une langue po√©tique d'une extr√™me puret√©; le premier a laiss√© des po√©sies lyriques d'une m√©lancolie poignante, une √©pop√©e et de beaux drames philosophiques; le second un drame, le Glaive runique, accueilli avec enthousiasme, des po√©sies √©piques et lyriques et des nouvelles.
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Phosphoros (revue suťdoise).
La revue Phosphoros.

C'est √† l'√©cole gothique, dont il est un des chefs malgr√© certaines sympathies classiques, qu'appartient l'√©v√™que Issaias Tegn√©r (1782-1846), le plus illustre des po√®tes su√©dois. A une connaissance approfondie des antiquit√©s classique et scandinave et des litt√©ratures √©trang√®res, il joint les dons naturels d'une imagination puissante et d'un go√Ľt tr√®s s√Ľr. Son oeuvre, si l'on en √©carte les Discours et la Correspondance, n'est pas consid√©rable, mais a n√©anmoins exerc√© la plus grande influence sur tous les po√®tes qui ont suivi, parce que Tegn√©r a su √™tre √† la fois, sans aucun sacrifice, classique et romantique, et qu'il a donn√© √† sa po√©sie un caract√®re vraiment national, vraiment scandinave. Son Fritjof et son Axel synth√©tisent, si l'on peut dire, toutes les aspirations des √©crivains du temps. A c√īt√© de lui, l'√Ęme de la Soci√©t√© Gothique : Erik-Gustav Geijer (1783-1847), historien, po√®te, philosophe, musicien m√™me, occupe un rang tr√®s √©lev√©. Un amour ardent, mais non aveugle, pour la Su√®de, l'inspire en ses oeuvres les plus diverses et donne √† toutes une rare √©l√©vation de forme et de pens√©e; Per-Henrik Ling (1776-1839) est lui aussi - avec A.-A. Afzelius (mort en 17851-870), le traducteur de l'Edda, G.-V. Gum√§lius (1789-1877), l'auteur du premier roman historique et national su√©dois, et quelques autres - un des Goths les plus enthousiastes; il partage son temps entre la gymnastique, dont il est le r√©novateur, et la po√©sie; et pour s'√™tre efforc√© d'augmenter la vigueur physique chez ses compatriotes, il n'en est pas moins un po√®te fort honorable dans ses chants en l'honneur des vieux h√©ros de la Scandinavie et dans ses idylles.

De 1830 à 1870.
Le second tiers du XIXe siècle, de 1830 environ à 1870, est marqué en Suède, comme dans presque toute l'Europe, par le rapide développement des idées scientifiques et libérales. Entre les écoles littéraires la paix est faite on à peu près. Sous l'impulsion d'un journaliste libéral de grand talent, Lars Hierta, le fondateur du Journal du soir (Aftonbladet), qu'il dirige de 1830 à 1851, la presse politique suédoise prend une extension et une importance inconnues jusqu'alors. Les établissements d'instruction publique de toutes natures se multiplient partout, et il n'est si petite bourgade qui n'ait son école primaire.

Les philosophes, dont Kristofer-Jakob Bostr√∂m (1797-1866) est le chef incontest√©, exposent librement leurs doctrines. Les historiens et les philologues comme Bror-Emil Hildebrand (1806-1884), Johan-Erik Rydqvist (1800-1878), etc., poursuivent leurs savantes recherches avec un souci toujours plus grand de l'exactitude. 

Les sciences physiques et naturelles ont d'illustres repr√©sentants et la g√©ographie cite avec fiert√© Adolf Nordenskj√∂ld (n√© en 1832) entre autres. Parmi les romanciers et les po√®tes, nombreux sont ceux dont on lit encore aujourd'hui les oeuvres avec plaisir. Tels : Karl-Jonas-Love Almgvist (1793-1866), qui, dans ses oeuvres lyriques, √©piques, dramatiques, romanesques, philosophiques ou historiques, d√©fend avec une ardeur souvent g√©niale, mais peu r√©gl√©e, les id√©es de tol√©rance, d'√©galit√© et de libert√©; Johan-Ludvig Runeberg (1804-1877; Les Chasseurs d'√©lans [1832], Le Roi Fjalar [1844], Les r√©cits de l'enseigne St√§l [1848-1860]), finlandais et, avec Tegn√©r, le plus grand des po√®tes dont se glorifie la langue su√©doise; Karl-Vilhelm B√∂ttiger (1807-1878), po√®te lyrique et critique litt√©raire d'une grande finesse dans ses √©tudes sur Tegn√©r, Stagnelius, Kellgren. etc.; Bernhard-Elis Malmstr√∂m (1816-1865), historien de la litt√©rature lui aussi, et auteur de ballades et d'√©l√©gies d'une intense √©motion; Johan Nybom (1815-1889), un des plus distingu√©s disciples de Tegn√©r; K.-V.-August Strandberg (ou Talis Qualis, 1818-1877), po√®te patriote dont l'ardeur se calma un peu avec l'√Ęge et traducteur √©m√©rite - ainsi que le shakespearien Karl-August Hagborg (1810-1864) - des po√®tes √©trangers, de Byron entre autres; Karl-Anton Wetterbergh (ou Onkel Adam (1804-1889), auteur de nouvelles et de romans d'une langue tr√®s simple et famili√®re, mais non sans saveur; August Blanche (1811-1868), √©crivain dramatique et feuilletoniste, qui r√©ussit particuli√®rement dans la com√©die et dans ses contes d'une juste observation et d'un amusant r√©alisme; Frederika Bremer (1801-1865) et Emilie Flygare-Carl√©n (1807-1892), romanci√®res toutes deux, et qui, toutes deux, ont eu en Europe leur temps de c√©l√©brit√©; Oskar-Patrik Sturzen-Becker (1811-1879), romancier plein d'humour et po√®te de m√©rite; Viktor Rydberg (1828-1895), le plus artiste peut-√™tre des po√®tes su√©dois de premier rang, dont il est, romancier avec cela, historien et critique de la plus haute valeur. 

D'autres encore appartiennent √† cette g√©n√©ration, dont les oeuvres principales parurent avant 1870 : Gunnar Wennerberg (n√© en 1817), chantre humoristique de l'√©tudiant d'Upsala et po√®te patriote; Zacharias Topelius (n√© en 1818), finlandais, successeur de Runeberg, dont il approche parfois sans jamais l'√©galer; Frans-Hadberg (n√© en 1828), dont les pi√®ces d√©j√† anciennes plaisent toujours au public su√©dois; Oscar Il (n√© en 1829), roi lib√©ral, po√®te distingu√© et grand orateur; Carl-Rypert Nyblom (n√© en 1832), professeur de litt√©rature et d'esth√©tique √† Upsala, po√®te plein de fra√ģcheur et de sentiment.

Snoilsky, Strindberg, Heidenstamm.
Trois noms dominent les autres dans la litt√©rature de la seconde moiti√© du XIXe si√®cle et en marquent trois moments divers et successifs. Ce sont ceux de Snoilsky, de Strindberg et de Heidenstamm. 
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Snoilsky.
Strindberg.
Verner von Heidenstam
Carl-J.-G. Snoilsky  August Strindberg
Verner von Heidenstam 

Le comte Carl-Johan-Gustaf Snoilsky (1841-1903), po√®te d'un r√©alisme pittoresque et d'un robuste sensualisme, chanteur enthousiaste de l'Italie, qu'il d√©crit superbement, d√©buta en 1862 par un recueil de vers dont le succ√®s fat extr√™me. Les oeuvres qui suivirent r√©pondirent √† l'attente g√©n√©rale : il est sans conteste le prince des po√®tes su√©dois. Jusque vers 1880, aucun √©crivain n'attire autant que lui l'attention du public lettr√©. 

C'est alors qu'August Strindberg (1849 - 1912) publie son roman la Chambre rouge (1879), qui est comme le manifeste de l'√©cole r√©aliste et naturaliste en Su√®de. Suivront, notamment : P√®re (1887), L'Inferno (1897, √©crit en fran√ßais), Le Chemin de Damas (1898-1904), la danse de mort (1900), Le Songe (1901), la Reine Christine (1903), Sonate des spectres (1907). Autour de lui se groupent les jeunes litt√©rateurs. Son g√©nie √Ępre, brutal, intransigeant, qui continuellement d√©concerte, semble indiscutable. Son influence sur ses contemporains est pr√©pond√©rante pendant dix ans environ, √©clips√©e alors quelque temps par Verner von Heidenstam, romantique de la derni√®re heure. L'oeuvre de Strindberg retrouvera une importance nouvelle au XXe si√®cle, qui reconna√ģtra en lui le plus grand √©crivain su√©dois.

Les Ann√©es de p√®lerinages et d'errances (1888) et Endymion (1889) de Verner von Heidenstam (1859-1940) sont des oeuvres d'un tour tout personnel, qui ont r√©v√©l√© un √©crivain √† la palette d'une extraordinaire richesse, √©pris de haute po√©sie, id√©aliste et r√™veuse, mystique et symbolique. Ses ouvrages : Hans-Alienus (1892), les Carolins (1897-1898), Pens√©es et Dessins (1899), l'Arbre des Folkungar (1906) n'ont fait qu'accro√ģtre son autorit√© sur sa g√©n√©ration. 

Ce sont l√† les chefs, mais d'autres sont tr√®s pr√®s d'eux et sont parfois leurs heureux rivaux. 

D'un siècle à l'autre.
A c√īt√© de Snoilsky, il convient de nommer Carl-David af Wirs√©n (1842-1912), po√®te d'un spiritualisme d√©licat, et critique d'une intransigeance hautaine dans sa lutte contre les jeunes √©coles; √† c√īt√© de Strindberg, moins violents que lui et d'une psychologie plus raffin√©e : Anne-Charlotte Edgren-Leffler (1849-1892), Ernst Ahlgren (pseudonyme de Victoria Benedictsson,1850-1888),  Gustaf af Geijerstam (1858-1909) et Tor Hedberg (1861-1931), romanciers et dramaturges, les derniers surtout, d'une r√©elle valeur; √† c√īt√© de Heidenstam, Oscar Levertin (1861-1896), son ami et √† l'occasion son collaborateur, po√®te d'un mysticisme exquis, harmonieux et d√©licat entre tous, et critique aussi perspicace et s√Ľr que brillant. -
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Victoria Benedictsson.
Selma Lagerlof.
Anne-Charlotte Leffler.
Victoria Benedictsson Selma Lagerlöf.
  Anne-Charlotte Leffler 

La ¬ę Jeune Su√®de ¬Ľ, que la ¬ę Jeune Norv√®ge ¬Ľ a fait trop n√©gliger, compte encore, √† la charni√®re du XIXe et du XXe si√®cle, bien des √©crivains charmants et richement dou√©s qu'on ne fera que citer ici, mais qui, s'il ne fallait finir, m√©riteraient autre chose qu'une simple mention  : Helena Nyblom (1843-1926), Alfhild Agrell (1849-1923), Karl Alfred Melin (1849-1919), Albert Ulrik Baath (1853-1912), Sigurd (pseudonyme de A. Hedenstjerna, 1852-1906), Harald Molander (1858-1900), Ole Hansson (1874-1940; Sensitiva amorosa [1887]), Selma Lagerl√∂f (1859-1940; Saga de G√∂sta Berling [1891], J√©rusalem [1901], Le Merveileux voyage de Nils Holgersson √† travers la Su√®de [1906]), Ellen Key (1849-1926), Anna Wahlenberg (1858-1933), Mathilda Roos (1852-1908), Mark Stern, puis de po√®tes, tels que Gustaf Fr√∂ding, qui subit l'influence de Heidenstam et des romantiques anglais (1860-1911; Guitare et accord√©on [1891] Nouvelles po√©sies [1894], Eclats et lambeaux [1896]), Erik Axel Karfeldt (1864-1931; Chansons de Fridolin [1898]), Per Hallstr√∂m (1866-1960), Karl Forsslund (1872-1941), Magnus N√∂rdlindh (1875-1908), etc.

On ne saurait terminer ce tableau de l'activit√© litt√©raire de la Su√®de au XIXe si√®cle sans nommer encore les excellents historiens, arch√©ologues et critiques que sont : Clas-Teodor Odhner (1836-1904), Hans Hildebrand (1842-1913), Oscar Montelius (1843-1921), Harald Wieselgren (1835-1906), Karl Warburg (1852-1918), Hjalmar S√∂derberg (1869-1941; La jeunesse de Martin Birck [1901], Docteur Glas, [1906]), Henrik Sch√ľck (1855-1947), et tant d'autres, que l'on passe √† regret. (Th. Cart).

Le XXe siècle (et depuis)

Jusqu'à la Seconde guerre mondiale.
Nombre des auteurs que l'on vient de mentionner ont continué de publier pendant les premlières décennies du XXe siècle. Il faut attendre l'époque de la Première Guerre mondiale pour assister à l'apparition d'une nouvelle génération, dont les oeuvres ont souvent une tonalité tragique et désespérée. Les principales figures de ce courant sont celles de Pär Lagerkvist (1891-1974; Angoisse [1916], le Bourreau [1933], Le Nain [1944, roman anti-nazi, comme le précédent]), de Vilhelm Ekelund (1880-1940, l'Etoile de la mer) et de Birger Sjöberg. On peut y rattacher les oeuvres romanesques d'Agnes von Krusenstjerna (1894-1940; Tony [1922-1926), Les Demoiselles von Pahlen [1930-1935], Noblesse pauvre [1936-1938]) et de Hjalmar Bergman (1883-1931; Amourer [1910], le Testament de Hans Nåds [1910], Jeux de marionnettes [1917], Mémoires d'un mort [1918, Jac le Clown [1930]), dans lequel on a voulu voir le successeur de Strindberg.
 

Harry Martinson et  Ivar Lo-Johansson Pšr Lagerkvist.
Harry Martinson (√† gauche) et  Ivar Lo-Johansson
Pär Lagerkvist

Entre les deux guerres mondiales, on assiste √† l'√©mergence d'une litt√©rature prol√©tarienne, √† la fois r√©aliste et d'une sinc√©rit√© brutale, que repr√©sentent Harry Martinson (1904-1978; Voyages sans but [1932], M√™me les orties fleurissent [1935]) et son √©pouse Moa Martinson (1890-1964; les Femmes et les pommiers [1934], Ma m√®re se marie [1936], la route sous les √©toiles [1940]), Artur Lundkvist (1906 -1991;  Flamme [1928], Dragon de sang [1936]), Jan Frideg√•rd (1897-1968, Une nuit en juillet [1933], Mis√©ricorde [1936]), et Ivar Lo-Johansson (1901-1990; Descente aux enfers, cinq semaines dans le monde des d√©sh√©rit√©s [1929], Tsiganes, un √©t√© sur les sentiers des sans-abri [1929], Terres prol√©taires [1941]), √† la fois romancier et journaliste. Rudolph Blindage Lund au th√©√Ętre, Joseph Stewart avec ses histoires de marins et Vilhelm Moberg appartiennent aussi √† ce courant. Parall√®lement, on √©crit contre la mont√©e en Europe des fascismes et du nazisme ou en r√©action au totalitarisme stalinien. On a d√©j√† cit√©  P√§r Lagerkvist, il faut ajouter  Eyvind Johnson (1900-1976; Voici la nuit [1932]; Krilon [1941-1943], Heureux Ulysse [1946]) et  Karin Boye (1900-1941), qui apr√®s un s√©jour en URSS publie La Kalloca√Įne [1940], qui inspirera George Orwell pour son 1984.

Après 1945
La plupart des auteurs que l'on vient de citer poursuivent leur oeuvre : P√§r Lagerkvist (Barabbas [1950], la Sybille [1956], Mariamne [1967]),  Ivar Lo-Johansson (Elektra [1967], Pour un √©crivain [1988] ), Jan Frideg√•rd (le Soldat su√©dois [1959], la Courte-paille [1966]), Eyvind Johnson (La Marche du temps [1955], Le Temps de sa gr√Ęce [1960]). C'est √©galement le cas d'autres √©crivains qui avaient commenc√© √† publier avant la guerre, tels les repr√©sentants du lyrisme moderne que sont Gunnar Ekel√∂f (1907-1968, En automne [1951]) et Erik Lindegren (1910-1968, Le sacrifice de l'hiver [1954]), etc.

Enfin, on doit mentionner parmi les auteurs qui se r√©v√®lent au cours des ann√©es qui suivent la guerre : Astri Birgitta Trotzig (1929 - 2011, Les Destitu√©s [1957], la Fille du Roi crapaud [1988]), Per-Olof Sundman, √©crivain influenc√© par Hemmingway et homme politique dont le pass√© nazi ne sera connu qu'apr√®s sa disparition (1922-1992,  Les Chasseurs  [1957], L'Exp√©dition [1962], l'Histoire de Sam [1977]),  le po√®te et peintre surr√©aliste √Ėyvind Fahlstr√∂m (1928-1976, Oiseaux de Su√®de [1962]), Sven Delblanc (1931-1992, La Cape du pasteur [1963], Homunculus [1965], Speranza [1980]),  Per Odensten (n√© en 1938, Gheel [1981], Une lampe qui fait l'obscurit√© [1999]; Horntrollet [2007]).

Il existe √©galement un courant engag√© politiquement √† gauche, plut√īt social-d√©mocrate, volontiers tiers-mondiste, et qui prolonge le courant prol√©tarien d'avant-guerre : Sara Lidman (1923-2004, le Puits de goudron [1953], Hjortronlandet [1955], Moi et mon fils [1981], Minutes d'innocence [1999]), G√∂ran Palm (n√© en 1931, la Visite du Chien [1961], Endoctrinement en Su√®de [1968], Conte d'hiver en Su√®de [1984-2004, 4 parties]), le journaliste Per W√§stberg (n√© en 1933, Sur la liste noire [1960], l'Ombre de l'incendie [1986], Retour dans le temps [2004, po√©sies]), Jan Myrdal (n√© en 1927, Rapport sur un village chinois [1963], le Cambodge et la guerre [1979], Enfance [1982], Meccano [2005]), etc. 

On peut leur rapprocher le r√©publicain Vilhelm Moberg (1898-1973, t√©tralogie des Emigrants [1949-1959], √† propos de l'√©migration su√©doise aux Etats-Unis au XIXe si√®cle) et Lars Gustafsson (n√© en 1936, La Mort d'un apiculteur [1978], le Chagrin de Mme Dahl [2008] ). Les id√©es f√©ministes sont port√©es notamment par Kerstin Ekman (n√©e en 1933, t√©tralogie : Les Ronds de sorci√®res [1974], le Printemps [1976], la maison de l'Ange [1979], Une ville de lumi√®re [1983]), auteure √©galement de romans policiers (Les Trois petits ma√ģtres (Sous la neige) [1961], le temps mort [1963]).

A c√īt√© de ces courants, des individualit√©s fortes se font aussi jour. On mentionnera : Per Gunnar Evander (n√© en 1933, Deux com√©dies [1973], les Poings nou√©s de Judas Iscariote [1978], Dans ma jeunesse j'ai souvent r√©fl√©chi [2005]),  G√∂ran Tunstr√∂m (1937-2000, Les Saints g√©ographes [1973], L'Oratorio de No√ęl [1983], Le buveur de Lune [1996], le Livre d'or des gens de Sunne [1998]), Carl Henning Wijkmark (n√© en 1934, la Mort moderne [1978], la Draisine [1983], la nuit qui s'annonce [2007]),  Torgny Lindgren (n√© en1938, le Chemin du Serpent [1982], Bethsab√©e [1984], la Lumi√®re [1987], L'Arbre du prince [2001]).

La po√©sie est d'abord repr√©sent√©e par Tomas Transtr√∂mer (n√© en 1931, Vision nocturne [1970], Baltiques [1974], A la vie √† la mort [1989]), Bruno K. √Ėijer (n√© en 1951, Guillotine [1981], Noir comme l'argent [2008]), Kjell Espmark (n√© en 1930; Microcosmos [1961], Signes √† l'Europe, [1982], le Voyage de Voltaire [2000]), √©galement historien de la litt√©rature, et √† qui on doit notamment plusieurs ouvrages sur Harry Martinson. On peut aussi relever les noms de trois po√®tes qui s'inscrivent dans le sillage d'Oyvind Fahlstr√∂m : Bengt Emil Johnson (1936-2010), √Öke Hodell (1919-200) et Leif Nyl√©n (n√© en 1939). 

Au th√©√Ętre, on rencontre les figures de Lars Nor√©n (n√© en 1944, trilogie [1982-1986] : Le Courage de tuer, La nuit est m√®re du jour, Le Chaos est proche de Dieu; Sang [1994]; √Ä la m√©moire d'Anna Politkovska√Įa [2008]), √©galement po√®te, et du romancier et dramaturge Per-Olof Enquist (n√© en 1934, Le Cinqui√®me hiver du magn√©tiseur [1964], le Second [1971], la Biblioth√®que du capitaine N√©mo [1991]).

Le polar suédois.
Remarquons enfin que la litt√©rature su√©doise conna√ģt un int√©r√™t particulier √† l'√©tranger gr√Ęce √† ses auteurs de romans policiers. Dans les ann√©es 1960, Maj Sj√∂wall (n√©e en 1935) et Per Wahloo (1926-1975), cr√©ent le personnage du d√©tective Martin Beck. Vient ensuite Henning Mankell (n√© en 1948), avec sa s√©rie sur Kurt Wallander, dont les romans sont traduits en 37 langues. Pour sa part, √Öke Edwardson (n√© en 1953), attache son nom √† celui du commissaire Erik Winter

Parmi les autres sp√©cialistes du genre, on rel√®ve les noms de Liza Marklund (n√©e en 1962), Helene Tursten (n√©e en 1954) cr√©atrice  de l'inspecteur Irene Huss, Mari Jungstedt (n√©e en 1962) dont les h√©ros r√©currents sont le d√©tective Anders Knutas et le journaliste Johan Berg, Camilla L√§ckberg (n√©e en 1974), √Ösa Larsson (n√©e en 1966),

Notons encore H√•kan Nesser (n√© en 1950), Jan Arnald (n√© en 1963), Leif  Persson (n√© en 1945), Johan Theorin (n√© en 1963), Stieg Larsson (1954-2004), connu pour sa trilogie Millenium (2005-2007) et Jan Guillou (n√© en 1944), auteur, notamment, de romans d'espionnage.



Régis Boyer, Histoire des littératures scandinaves, Fayard , 1996.

Thierry Maricourt, Voyage dans les lettres suédoises : Présentation suggestive, critique et non exhaustive de la littérature suédoise traduite en français, L'Elan, 2007

Lucien Maury, Litterature suédoise, Sagittaire, 1940.

Jean-Jacques Ampère, Littérature et voyages. Allemagne et Scandinavie, rééd. Adamant Media Corporation, 2001.




Page sur la littérature suédoise du site des Bibliothèques valentinoises.(mini-biographies d'auteurs et conseils de lecture).
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