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| Antérieurement
à l'introduction du christianisme Ces premiers germes de la littérature
polonaise furent étouffés par la civilisation latine, qui avait pénétré
dans le pays avec l'Évangile Une ère meilleure pour la littérature
nationale commença avec la seconde moitié du XIVe
siècle. En 1347, le roi Casimir III donna
un Code de lois connu sous le nom de Statut de Wislica, et
rédigé en polonais, et fonda en 1364
l'Université de Cracovie Le XVIe
siècle a été appelé l'âge d'or de la littérature polonaise. La tolérance
dont on jouissait dans le royaume y attirait des milliers d'étrangers,
poursuivis pour leurs doctrines en Allemagne L'éloquence politique fut cultivée avec
succès par Orzechowski, lanuszowski et Gornicki, l'éloquence sacrée
par Skarga et Vuieck. Des Annales furent, comme précédemment,
écrites en latin par Miechow, Kromer, Modrzewski,
etc. mais la langue polonaise fut aussi
appliquée à l'histoire par Martin Bielski
et son fils Joachim, par Gornicki (Histoire de la couronne de Pologne),
Stryikowski (Chronique de Lituanie, Koenigsberg Ajoutons aux noms qui précédent ceux
de Jean Flachsbinder, Jean Turzo, poètes et prosateurs versés dans la
langue latine; Stanislas Zaborowski, grammairien et légiste; Bernard Wapowski,
historien et mathématicien; Groïcki, Herburt, Warszewicki Grzebski, Spiczynski
Siennik, Sendziwoy, célèbres à divers titres scientifiques : Siémionowicz
fit paraître sur l'artillerie un ouvrage qu'on traduisit en français
et en allemand. Arciszewski alla construire
en Amérique A cette période de gloire succède un
siècle de déclin, qui coïncide avec la domination des Jésuites.
Avec cet ordre religieux, un latin incorrect
prévaut dans la littérature et les sciences
sur l'idiome national; la langue polonaise
perd elle-même sa pureté par l'invasion du mauvais goût, et les mots
se chargent de désinences latines, italiennes ou françaises. Les dissertations
théologiques et le genre affecté du panégyrique
prennent la place des oeuvres de l'invention originale. Quatre imprimeries
seulement se maintiennent dans toute la Pologne Vers le milieu du XVIIIe
siècle, la littérature prit un nouvel essor, grâce à l'influence exercée
par la France Parmi les écrivains de cette époque,
on distingue: Rzewuski, renommé pour son talent poétique; le jésuite
Bohomolic, qui traduisit un grand nombre de pièces du théâtre
français; le prince Adam Czartoryiski, à qui l'on doit les premiers drames
vraiment nationaux; Szymanowski et Trembecki, chantres gracieux d'idylles
et d'élégies; Naruszewirz, que ses poésies
lyriques, sa traduction de Tacite, et son Histoire
de la nation polonaise placent au premier rang; Krasicki,
remarquable par sa verve et sa finesse, auteur de la Guerre de Choczim,
de plusieurs satires spirituelles, et d'une bonne traduction d'Ossian;
Wegierski poète épigrammatique, qui a imité le Lutrin En l'absence d'État
souverain, la littérature prend une fonction quasi sacrée de dépositaire
de l'identité nationale. Dès 1801, l'historien Thadeusz Czacki, Franciszek
Dmochowski et l'évêque AIbertrandy fondèrent à Varsovie une Société
des Amis des sciences; l'Université de Wilna (Vilnius), restaurée en
1803, et Ie lycée de Krzeminiecz, fondé en 1805, firent tout ce qui était
en leur pouvoir pour maintenir la langue nationale et propager l'instruction.
Un habile ministre, Stasziç, seconda ce mouvement.
Puis, une nouvelle école littéraire se forma, nourrie des poètes anglais et allemands, et hostile au classicisme français. C'est l'époque du romantisme polonais, dominé par la figure d'Adam Mickiewicz, auteur du poème épique Pan Tadeusz (1834), véritable mythe fondateur littéraire qui idéalise la noblesse polonaise et le passé de la République des Deux Nations. Avec Juliusz Słowacki et Zygmunt Krasiński, Mickiewicz forme la « trinité romantique » polonaise. Leurs oeuvres mêlent messianisme, exaltation patriotique et aspiration à la liberté. La littérature devient un substitut de patrie, et l'écrivain, un guide moral et spirituel. A côté de Mickiewicz
se placent des poètes que la Révolution de 1831 contraignit pour la plupart
de fuir à l'étranger : Malczeski, Zaleski, Padura, Ostrowski; Odysnec,
traducteur de la Fiancée d'Abydos, de lord
Byron, et de la Dame du lac, de Walter Scott;
Korsak, poète lyrique et élégiaque; Chodzko, traducteur d'un grand nombre
de poèmes orientaux; Garczynski, auteur d'un poème épique; Siowacki,
le plus fécond des poètes polonais du XIXe
siècle. En même temps, une direction nouvelle a été imprimée à l'histoire
par Lelewel, et sur ses traces ont marché Dandski, Maciejowski, le comte
Raczynski, le comte Plater, Mockacki, Karl Hoffmann, Wrotnowski. On a de
Narbutt une excellente Histoire de la Lituanie Après l'échec des insurrections de 1830 et 1863, le courant positiviste prend le relais dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il se détourne des idéaux romantiques pour promouvoir le progrès social, l'éducation et l'émancipation par le travail. Des auteurs comme Bolesław Prus, avec La Poupée (1890), et Eliza Orzeszkowa s'attachent à dépeindre la réalité sociale et les contradictions d'une société en mutation. Le réalisme et le naturalisme s'imposent dans la prose, tandis que la poésie évolue vers une introspection plus intime. À la fin du siècle, un renouveau artistique s'amorce avec le mouvement moderniste dit Młoda Polska (« Jeune Pologne »), qui marque un retour à l'individualisme et à l'esthétisme. Stanisław Wyspiański, dramaturge, poète et peintre, incarne cette synthèse des arts. Sa pièce Wesele (1901), allégorie nationale, critique la passivité du peuple polonais face à son destin. À la même époque, Stefan Żeromski introduit une littérature engagée socialement, tandis que Tadeusz Miciński parcourt des territoires mystiques et symbolistes. L'entre-deux-guerres (1918–1939), période de renaissance politique et culturelle après la reconquête de l'indépendance, est l'une des plus riches de la littérature polonaise. Des revues et maisons d'édition fleurissent, animant un intense débat intellectuel. La prose se diversifie avec des écrivains comme Bruno Schulz, dont les récits poétiques, comme Les Boutiques de cannelle (1934), tissent un univers onirique et baroque, et Witold Gombrowicz, qui remet en cause les formes culturelles figées et les identités collectives dans Ferdydurke (1937). La poésie de cette époque, notamment celle de Julian Tuwim et du groupe Skamander, rompt avec le pathos national et aborde des thèmes urbains, l'humour et la vie moderne. La Seconde
Guerre mondiale bouleverse radicalement la scène littéraire. L'occupation
nazie, la destruction du ghetto de Varsovie,
les déportations et les massacres génèrent une littérature de guerre
et de témoignage. Des écrivains comme Krzysztof Kamil Baczyński, poète
de la résistance assassiné lors de l'insurrection de Varsovie en 1944,
incarnent cette génération sacrifiée. Tadeusz Borowski, survivant d'Auschwitz,
décrit dans Ceux d'Auschwitz l'horreur des camps avec une froide
lucidité ( Sous le régime communiste instauré après 1945, la littérature se scinde entre une production officielle, souvent soumise au réalisme socialiste, et une littérature indépendante, parfois clandestine ou publiée en exil. Dans les premières années, des écrivains comme Jarosław Iwaszkiewicz naviguent entre adaptation et sincérité. Mais dès les années 1950, une contestation plus marquée émerge, surtout après le « dégel » de 1956. Des figures majeures s'imposent alors. Czesław Miłosz, prix Nobel de littérature en 1980, exilé en France puis aux États-Unis, analyse dans La Pensée captive (1953) les mécanismes de l'idéologie totalitaire et la soumission intellectuelle. Sa poésie, métaphysique et historique, incarne une quête de vérité dans un monde désorienté. Zbigniew Herbert, avec son alter ego poétique Monsieur Cogito, offre une réponse stoïcienne à la violence de l'histoire, tandis que Tadeusz Różewicz renouvelle la poésie après Auschwitz, en la dépouillant de toute rhétorique. Parallèlement, la prose s'épanouit avec des auteurs comme Gustaw Herling-Grudziński, témoin des camps staliniens, ou Sławomir Mrożek, dramaturge et nouvelliste à l'humour absurde et corrosif, qui dénonce la bureaucratie et l'aliénation. La science-fiction devient un espace de critique voilée grâce à Stanisław Lem, dont les romans, comme Solaris (1961), interrogent les limites de la connaissance humaine et les dérives technologiques dans un style à la fois philosophique et inventif. La période allant jusqu'à 1990 est également marquée par une intense production littéraire d'opposition, alimentée par le mouvement Solidarność et l'édition clandestine (samizdat). Des écrivains comme Adam Zagajewski, poète de l'exil intérieur et de la mémoire, ou Hanna Krall, journaliste et narratrice de la Shoah à travers des récits documentaires comme Le Roi de coeur, contribuent à préserver une parole libre au sein d'un régime autoritaire. A partir des années 1990, la littérature polonaise se renouvelle profondément dans un contexte de transition démocratique, d'ouverture européenne et de transformations culturelles. La chute du régime communiste a marqué la fin de la censure d'État et l'émergence d'une pluralité de voix littéraires, tant sur le plan esthétique que thématique. Ce tournant historique a permis aux écrivains de réexplorer librement les mémoires refoulées, de questionner les mutations de la société postcommuniste et de s'engager dans des dialogues avec la modernité mondiale. L'une des figures les plus marquantes de cette période est Olga Tokarczuk, lauréate du prix Nobel de littérature en 2018. Son oeuvre se distingue par une grande richesse formelle, un ancrage humaniste et une approche quasi anthropologique de la narration. Des romans comme Les Pérégrins (2007) ou Les Livres de Jakób (2014) construisent des fresques polyphoniques, mêlant histoire, spiritualité et critique sociale. L'écrivaine interroge les marges, les identités plurielles, les déplacements physiques et symboliques, offrant une littérature transfrontalière dans son esprit comme dans sa forme. Parallèlement, la littérature post-1990 a vu l'émergence d'une génération d'écrivains qui se sont saisis des outils du roman pour analyser la réalité socio-économique du pays. Dorota Masłowska, avec Polococktail Party (2002), a surpris le public avec un style provocateur, mêlant argot, publicité et absurdité. Elle représente une nouvelle sensibilité urbaine et postmoderne, marquée par la culture de masse, l'aliénation et les identités fragmentées. Dans la même veine, Michał Witkowski, notamment dans Lubiewo (2005), traite des sous-cultures queer de l'ère communiste et postcommuniste, rompant avec les normes sexuelles et narratives classiques. La mémoire historique reste un pilier majeur de la production littéraire contemporaine. Des auteurs comme Andrzej Stasiuk et Wojciech Nowicki revisitent la périphérie de l'Europe, les confins orientaux, les Balkans, les espaces post-soviétiques. Dans des oeuvres comme Sur la route de Babadag (2004), Stasiuk mêle journal de voyage, essai et prose poétique pour évoquer un monde rural oublié par la globalisation. Cette écriture mélancolique s'inscrit dans une forme de géopoétique de la marge. En parallèle, la littérature de non-fiction s'est imposée comme un genre majeur en Pologne. Svetlana Alexievitch, bien qu'écrivant en russe, a influencé cette tendance par son approche documentaire et polyphonique. En Pologne, des écrivains comme Wojciech Tochman, Mariusz Szczygieł (Gottland, 2006) ou Małgorzata Szejnert ont développé une littérature du réel, rigoureuse, incarnée, souvent centrée sur les silences de l'histoire, les traumatismes collectifs, les phénomènes sociaux invisibilisés. La poésie a connu une revitalisation discrète mais significative. Adam Zagajewski, disparu en 2021, a poursuivi son oeuvre méditative sur la mémoire, l'exil et la beauté cachée du quotidien. La poésie de Julia Fiedorczuk, traductrice d'Eco-poetry et militante écologiste, se tourne vers une sensibilité écologique, fusionnant paysages, corps et langue. Une nouvelle génération de poètes, généralement liés à la scène alternative ou féministe, renouvelle le genre à travers des langages directs, politiques ou expérimentaux. La littérature féminine et féministe a pris un essor remarquable. Grażyna Plebanek, Joanna Bator, ou Sylwia Chutnik abordent les tensions entre corps féminin, mémoire familiale, maternité, sexualité et société patriarcale. Leurs romans traitent de manière frontale des violences symboliques et réelles subies par les femmes, tout en interrogeant la possibilité de réinventer les rôles sociaux dans une société en transition. La littérature polonaise contemporaine se caractérise aussi par une capacité d'auto-ironie, de méta-narration et de jeu littéraire. Jacek Dehnel, écrivain et traducteur, manie une langue élégante et érudite dans des récits historiques et familiaux volontiers teintés d'homoérotisme. Il est également co-auteur, sous le pseudonyme de Maryla Szymiczkowa, d'une série de romans policiers rétro, pastiches des feuilletons du XIXe siècle, qui montrent l'intérêt actuel pour les genres hybrides et populaires. Sur le plan éditorial, l'ouverture aux marchés internationaux, l'entrée dans l'Union européenne en 2004 et la présence dans les grandes foires du livre ont renforcé la visibilité de la littérature polonaise. La traduction en langues étrangères est en croissance, en particulier en français, en anglais et en allemand. Cette dynamique contribue à l'émergence d'un champ littéraire plus internationalisé, tout en conservant une conscience aiguë de l'histoire nationale. |
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