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| Les langues > langues amérindiennes |
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| Le
totonaque,
associé à la langue tepehua, forme une petite famille de langues
amérindiennes relativement distinctes, et parlées par environ 300
000 locuteurs, principalement dans les régions montagneuses et côtières
du centre-est du Mexique Le système phonologique se caractérise par un inventaire consonantique riche, comprenant des occlusives, des affriquées, des fricatives, des nasales, des approximantes et des glottalisées. Les voyelles sont généralement cinq (/i, e, a, o, u/), mais leur longueur et la glottalisation peuvent être pertinentes. L'accent tonique n'est pas toujours fixe et peut marquer des distinctions morphologiques ou lexicales. Le totonaque ne possède pas de ton lexical stable, mais les variations prosodiques jouent un rôle grammatical. La morphologie nominale est relativement simple comparée à celle du verbe. Le nom ne se décline pas par cas; les relations grammaticales sont exprimées par des prépositions ou par des marques sur le verbe. Le pluriel est ordinairement marqué par un suffixe -ʔkan ou -kan, mais son emploi est variable et peut être facultatif. La possession est indiquée par des préfixes pronominaux attachés directement au nom : ka-pu ( = ma tête), ma-pu ( = ta tête), pa-pu ( = sa tête). La distinction entre noms aliénables et inaliénables existe : les parties du corps et les termes de parenté sont inaliénables et requièrent une marque de possesseur. Le verbe constitue le centre grammatical de la phrase. Il porte les marques de personne pour le sujet et l'objet, les marques d'aspect, de mode, de temps, de direction et de valence. La structure verbale suit un ordre fixe : préfixes personnels, préfixes directionnels ou aspectuels, racine verbale, suffixes dérivationnels et suffixes finaux. Les formes verbales peuvent intégrer plusieurs participants, de sorte qu'un seul mot verbal correspond fréquemment à une phrase entière. Les marques de personne distinguent les trois personnes et deux nombres, parfois avec une opposition inclusive/exclusive à la première du pluriel. L'ordre des préfixes peut varier selon le type de verbe (transitif, intransitif, applicatif, etc.). Certains verbes ont des séries distinctes de marques pronominales pour les sujets humains et non humains. Le système aspectuel est particulièrement développé. On distingue au moins trois aspects principaux : perfectif, imperfectif et progressif, auxquels s'ajoutent des valeurs dérivées telles que l'inchoatif, l'itératif, le cessatif ou le statif. L'aspect est exprimé par des préfixes ou des changements dans la structure du verbe. Le temps, quant à lui, est secondaire et souvent implicite. Le futur ou l'intentionnel s'expriment par des particules ou par le contexte. Le mode couvre plusieurs distinctions : indicatif, irréel, potentiel, impératif et désidératif. Ces modes sont souvent indiqués par des suffixes ou des modifications vocaliques dans le radical. La négation se forme à l'aide d'une particule préverbale, souvent ma- ou ta-, parfois accompagnée de changements phonologiques dans la racine. La valence verbale est modifiée par de nombreux affixes dérivationnels. Le causatif se forme généralement par un préfixe ou un infixe ka- ou ma-. L'applicatif permet d'introduire un argument supplémentaire, souvent un bénéficiaire ou un instrument. Il existe aussi des formes antipassives, réciproques et réflexives, marquées par des affixes spécifiques. Le système directionnel est une caractéristique notable du totonaque. Il existe des affixes indiquant le mouvement vers le haut, vers le bas, vers l'intérieur ou vers l'extérieur, intégrés dans la morphologie verbale. Ces marqueurs, hérités d'un système de deixis (référence) spatiale complexe, expriment également des valeurs abstraites comme l'achèvement ou la progression. La syntaxe du totonaque repose sur un ordre de mots relativement libre, bien que la tendance générale soit verbe-sujet-objet (VSO). Cependant, le verbe initial est la règle dans les phrases déclaratives neutres. L'accord verbal permet de reconnaître la fonction grammaticale des participants, ce qui rend l'ordre des mots plus souple. Les prépositions sont rares : les relations spatiales ou instrumentales se marquent habituellement par des verbes spécialisés ou des affixes directionnels. Les propositions subordonnées se forment par nominalisation du verbe ou par emploi de particules introductrices. Les nominalisations sont fréquentes et jouent un rôle important dans la syntaxe : un verbe nominalisé peut fonctionner comme sujet, complément ou attribut. Les adverbes et les particules se placent généralement avant ou après le verbe principal et précisent le mode, l'aspect ou la direction. Le lexique du totonaque conserve un fonds autochtone important, avec des emprunts au nahuatl et à l'espagnol, surtout dans les domaines religieux et techniques. La polysynthèse produit de nombreux mots longs exprimant des notions très précises, souvent intraduisibles en un seul mot français. Le système de dérivation nominale permet de créer des substantifs d'agent, d'action, d'instrument ou de lieu à partir d'une racine verbale. L'interrogation se forme par intonation montante et par la présence d'un mot interrogatif en position initiale. Les questions oui/non utilisent la particule enclitique (appuyée phonétiquement sur le mot précédent) ʔa ou ha. L'expression de la possession, du lieu et du mouvement repose sur un ensemble de morphèmes directionnels et locatifs dont le sens dépend fortement du contexte sémantique. Le totonaque est en situation de fragilité, bien qu'il conserve encore une vitalité notable dans certaines populations rurales. Les jeunes générations sont de plus en plus bilingues, et l'usage du totonaque tend à se restreindre aux contextes familiaux et traditionnels. Les politiques linguistiques du Mexique reconnaissent toutefois le totonaque comme langue nationale, au même titre que l'espagnol, ce qui a permis le développement de programmes d'éducation bilingue, de médias communautaires et de productions artistiques dans la langue. Sur le plan culturel, le totonaque reste intimement lié à la vie rituelle, à la cosmovision et aux pratiques symboliques des populations totonaques. Les chants, les prières, les récits mythologiques et les danses cérémonielles (comme la célèbre Danse des Voladores) sont fréquemment transmis et interprétés dans la langue, perpétuant un savoir ancestral qui associe les forces de la nature, les divinités locales et les cycles agricoles. Le totonaque joue ainsi un rôle fondamental dans la préservation de l'identité et du patrimoine culturel de ces communautés. L'histoire du
totonaque.
À l'époque classique, les locuteurs totonaques furent des acteurs majeurs dans le développement de grands centres urbains comme El TajÃn, dont l'apogée se situe entre 600 et 1200 de notre ère. El TajÃn fut un foyer politique, religieux et commercial de première importance, et il est certain que le totonaque y était la langue de la vie quotidienne, des rituels et probablement de l'administration. La chute d'El TajÃn, suivie de l'arrivée de peuples de langue nahuatl, modifia l'équilibre régional. Les Totonaques se replièrent vers Cempoala, qui devint la cité dominante à l'aube de la conquête espagnole. C'est là qu'eut lieu un épisode décisif de l'histoire mondiale : l'alliance des Totonaques de Cempoala avec Hernán Cortés contre les Aztèques qui les soumettaient à un tribut exigeant. Cette alliance fut motivée par un calcul politique, mais scella un nouveau destin pour la langue. La période coloniale imposa de profonds bouleversements. L'espagnol devint la langue du pouvoir, de la foi et du commerce. Le totonaque fut relégué à la sphère domestique et communautaire, subissant une pression constante. Cependant, contrairement à de nombreuses langues, il ne fut pas systématiquement éradiqué par les évangélisateurs. Les missionnaires, notamment franciscains, étudièrent le totonaque pour prêcher. Ils produisirent des textes linguistiques essentiels, comme l'Arte de la lengua totonaca de Francisco DomÃnguez en 1752, l'une des premières grammaires décrivant la langue. Ces travaux, bien que visant la conversion, préservèrent une vision précieuse de la langue à cette époque et témoignent de sa vitalité. Après l'indépendance du Mexique, la politique d'État favorisa un nationalisme homogénéisateur, où l'espagnol était le seul véhicule de la modernité et de l'éducation. Le totonaque, comme toutes les langues indigènes, fut marginalisé, stigmatisé comme un archaïsme rural, un obstacle au progrès. Cette pression poussa de nombreuses familles à ne plus transmettre la langue à leurs enfants pour leur éviter des discriminations, amorçant un déclin lent mais continu au cours des XIXe et XXe siècles. La seconde moitié du XXe siècle marqua un tournant, avec l'émergence d'une conscience linguistique et identitaire renouvelée. Des linguistes mexicains et internationaux entreprirent des études descriptives approfondies, révélant la structure complexe et unique de ces langues, notamment leur système de souffle bruyant (aspiration) caractéristique. Dans le même temps, des locuteurs et intellectuels totonaques commencèrent à s'organiser. Un moment fondateur fut la création, en 1986, de l'Académie de la langue totonaca, une institution pionnière dirigée par des locuteurs natifs. Son travail fut essentiel pour la standardisation d'une orthographe unifiée, base de tout développement écrit. En 2003, cette graphie fut officiellement reconnue par le gouvernement mexicain. Aujourd'hui, le totonaque fait face à des défis immenses, en particulier la pression omniprésente de l'espagnol et des médias, et la transmission intergénérationnelle fragile. Pourtant, sa situation est moins critique que celle de nombreuses autres langues indigènes du pays. Une nouvelle dynamique est à l'oeuvre : des ateliers de revitalisation dans les écoles, des publications de littérature, de poésie et d'essais en totonaque, des programmes de radio communautaire, et même une présence sur les réseaux sociaux et internet. La fierté identitaire associée à la langue a été renforcée par la reconnaissance de la culture totonaque, notamment à travers la renommée des voladores de Papantla, rite inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco, où la langue occupe une place centrale dans les chants et les invocations. La famille totonaque-tepehua.
• Le totonaque du nord, est parlé principalement dans la région de la côte nord de Veracruz, autour de villes comme Papantla, Cazones et Tecolutla. Il est considéré comme le plus conservateur dans certains aspects phonologiques et présente une certaine unité interne.Les principales différences entre les variantes du nord et du sud se situent au niveau de la phonologie (par exemple, la réalisation de certains sons) et du lexique (mots différents pour désigner une même réalité). Chaque pueblo, chaque vallée peut aussi posséder ses propres particularités, avec des accents, des mots ou des constructions syntaxiques légèrement différents. Cette micro-variation est le signe d'une langue profondément vivante et ancrée dans des communautés spécifiques. Le travail de normalisation, notamment celui mené par l'Académie de la Langue Totonaca, a dû tenir compte de cette diversité pour établir une graphie unifiée et promouvoir une langue standard respectueuse des principales variantes, sans pour autant les effacer. Ainsi, on peut trouver aujourd'hui des publications littéraires ou éducatives adaptées à la variante spécifique d'une région, contribuant à la fois à la vitalité locale et à la force de l'ensemble. Le
tepehua.
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