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La langue tswana
setswana
Le tswana (setswana, sichuana ou betchuana) est une langue africaine de la famille des langues bantoues, appartenant au groupe Sotho-Tswana, parlée principalement au Botswana, ainsi qu'en Afrique du Sud, en Namibie et au Zimbabwe. Il s'agit de la langue nationale et majoritaire du Botswana, où elle joue un rôle structurant dans la vie politique, sociale et culturelle. C'est aussi une langue de communication importante (4 millions de personnes la comprennent). Comme les autres langues bantoues, le tswana repose sur un système de classes nominales qui organise une grande partie de sa grammaire. Chaque nom appartient à une classe marquée par un préfixe spécifique, et ces classes entraînent des accords morphologiques sur les verbes, les adjectifs et parfois d'autres éléments de la phrase. Ce principe de concordance constitue l'un des traits les plus distinctifs de la langue.

Phonologiquement, le tswana possède un inventaire consonantique riche comprenant de nombreuses consonnes aspirées, affriquées et implosives, ainsi que des contrastes entre consonnes simples et prénasalisées. Le système vocalique est relativement stable et comprend cinq voyelles principales, chacune pouvant se réaliser avec une certaine variation selon le contexte phonétique. Le rythme de la langue est fluide, marqué par des syllabes régulières et une alternance harmonieuse entre consonnes et voyelles, caractéristique des langues bantoues méridionales. La morphophonologie du tswana comprend des phénomènes de mutation consonantique et d'harmonisation vocalique limitée. Les préfixes peuvent changer de forme selon l'initiale du radical qui suit : par exemple certains préfixes terminés par une voyelle s'élident devant une autre voyelle. Le ton joue un rôle dans la distinction sémantique et grammaticale, bien qu'il ne soit généralement pas marqué dans l'orthographe standard.  

La grammaire du tswana se caractérise par un système nominal en classes, une morphologie verbale riche et une syntaxe relativement régulière. Le verbe tswana est particulièrement flexible. Il se compose d'un radical verbal entouré d'extensions affixées qui modifient son sens : applicatif, causatif, réciproque, passif et autres extensions productives permettent de nuancer les relations entre acteurs, actions et bénéficiaires. Les marques d'accord sujet se placent en préverbal, donnant à la phrase une structure fortement agglutinante. Le système d'aspects et de temps est également riche et s'exprime par un ensemble de particules, préfixes et modifications du verbe qui indiquent la valeur temporelle, la continuité, l'accomplissement ou l'habitude.

Le nom appartient à une classe grammaticale définie par un préfixe, et chaque classe impose un accord à l'intérieur de la phrase. Les classes fonctionnent généralement par paires singulier/pluriel : par exemple mo- (classe 1, singulier humain) / ba- (classe 2, pluriel humain), mo-/me- pour certaines entités, le-/ma- pour de nombreux noms, etc. Le préfixe nominal peut être altéré par des phénomènes phonologiques, comme l'assimilation ou l'élision dans certains contextes. Les pronoms, les adjectifs, les démonstratifs et les verbes doivent s'accorder avec la classe du nom. L'accord adjectival se manifeste par un préfixe concordant : par exemple mosimane yo montle (=  le garçon beau) où mo- et yo reflètent la classe du nom. Les démonstratifs ont plusieurs degrés de distance (proximal, médian, distal) et s'accordent eux aussi avec la classe nominale.

Le verbe se compose d'un radical pouvant être précédé d'un morphème sujet et parfois d'un morphème objet. La conjugaison inclut des marqueurs de temps, d'aspect et de modalité : o a ja ( = il mange), o ne a ja ( =  il mangeait »), o tlaa ja ( = il mangera). Les morphèmes sujets sont sensibles à la classe du nom ou au pronom : ke (1re pers. sing.), re (1re pers. plur.), o/ba (classes humaines sing./plur.), etc. Les verbes peuvent recevoir des extensions dérivationnelles comme l'applicatif (-el-, indiquant un bénéficiaire), le causatif (-is-), le réciproque (-an-), le passif (-iw- ou -w- selon le contexte). Ces extensions s'insèrent généralement entre le radical et la finale verbale -a. La négation se forme en général par un préfixe ga- et une finale -e : ga ke je ( = je ne mange pas). Certains temps ou aspects ont des formes négatives spécifiques.

La phrase tswana suit le plus souvent un ordre sujet-verbe-objet (SVO). L'accord du sujet est encodé sur le verbe, ce qui rend parfois le sujet nominal omissible lorsqu'il est évident. Les objets directs peuvent être repris par un morphème objet sur le verbe, surtout lorsque l'objet est pronominalisé ou mis en relief. Les compléments circonstanciels se placent généralement après l'objet, mais peuvent être déplacés pour des raisons de style ou de focalisation.

Les adjectifs véritables sont peu nombreux, et nombre de qualificatifs sont exprimés via des verbes statifs, qui fonctionnent comme des verbes mais décrivent un état : par exemple un terme équivalent à « être beau », « être grand », etc. Pour qualifier un nom avec un verbe statif, on utilise souvent des constructions relatives. Les relatives sont construites grâce à un préfixe relatif marqué par la classe du nom gouverné. Les démonstratifs, quant à eux, se placent généralement après le nom et sont déterminés par la classe ainsi que la distance.

Les pronoms indépendants existent mais sont utilisés surtout pour l'emphase, puisque les indices de personne ou de classe apparaissent déjà sur le verbe. La possession s'exprime par une construction associative utilisant a qui s'accorde lui aussi : motho wa lefatshe ( = l'homme de la terre). Les quantifieurs et les numéraux suivent également les règles d'accord propres aux classes nominales.

Historiquement, le tswana a été mis à l'écrit au XIXe siècle, notamment par des missionnaires européens qui ont contribué à fixer l'orthographe latine encore utilisée aujourd'hui. Cette première codification a donné lieu à une des littératures écrites les plus anciennes parmi les langues bantoues méridionales. Des traductions religieuses, récits, proverbes et pièces de théâtre ont été publiés assez tôt, contribuant à la consolidation de la langue dans les domaines éducatif et religieux. Parallèlement, une riche tradition orale s'est maintenue, comprenant les diane (proverbes), les contes, la poésie chantée et les épopées, qui jouent un rôle central dans la transmission culturelle. Le tswana occupe aujourd'hui une place privilégiée au Botswana, où il est utilisé dans l'administration, les médias, l'éducation primaire et la vie quotidienne, en coexistence avec l'anglais, langue officielle du pays. Dans les régions frontalières d'Afrique du Sud, le tswana est également une langue reconnue et enseignée, bien qu'il se trouve en concurrence avec d'autres langues bantoues et avec l'anglais. La diversité dialectale existe mais n'entrave pas l'intercompréhension entre locuteurs, les variations portant principalement sur la prononciation et certains choix lexicaux.

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