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Le
saxon
ou vieux saxon est une
langue germanique
occidentale parlée au haut Moyen Âge par les peuples saxons du nord de
l'Allemagne
actuelle, principalement entre l'Elbe
et l'Ems. Elle appartient au groupe des dialectes bas-allemands, caractérisés
par l'absence de la seconde mutation consonantique qui a touché les dialectes
haut-allemands. Pour cette raison, le vieux saxon conserve des formes proches
du proto-germanique, telles que p, t, k là où l'allemand supérieur a
pf/f, ts/s, k/ch. Par exemple, le mot vieux saxon appel correspond
à Apfel en allemand moderne.
Phonologiquement,
le vieux saxon présente un système vocalique riche, avec distinction
entre voyelles courtes et longues, diphtongues et monophtongues héritées.
Il conserve des traits anciens comme la nasalisation devant certaines consonnes
et l'alternance consonantique (mutation de consonnes finales ou dans les
paradigmes) d'origine germanique. Les voyelles non accentuées ont tendance
à s'affaiblir, phénomène précoce dans l'évolution des dialectes bas
allemands. La prosodie repose sur l'accent tonique initial, caractéristique
des langues germaniques, ce qui conditionne la structure poétique et l'évolution
des voyelles atones.
La morphologie est
flexionnelle et relativement conservatrice. Les noms
se déclinent selon trois genres (masculin,
féminin, neutre) et quatre cas (nominatif, accusatif,
génitif, datif) avec des paradigmes hérités du proto-germanique. Les
adjectifs présentent deux types de flexion,
forte et faible, selon le degré de détermination nominale. Les pronoms
personnels montrent des distinctions de nombre
(singulier, pluriel) et conservent parfois un duel résiduel dans certaines
formes archaïques. Le verbe présente deux temps
simples (présent et prétérit), deux modes principaux (indicatif et subjonctif)
et des conjugaisons fortes et faibles traditionnelles. Le subjonctif
est couramment employé dans les propositions subordonnées et dans les
formules rapportant la parole ou le discours indirect.
La syntaxe
du vieux saxon est plus libre que celle des langues germaniques modernes,
en raison du système casuel encore fonctionnel. L'ordre des mots varie
selon la typologie V2 en phrase principale, mais montre des écarts dans
la poésie allitérative et dans les structures influencées par le latin.
La coordination fréquente, l'usage abondant de particules et de préverbes
verbaux, ainsi que l'emploi extensif de composés nominaux donnent au discours
une densité sémantique marquée.
Le lexique reflète
la culture guerrière et pastorale des Saxons pré-christianisés, avec
une forte présence de vocabulaire lié à la parenté, à la guerre, Ã
la mer et aux activités rurales. L'influence latine apparaît surtout
dans le domaine religieux et administratif, conséquence de la christianisation
carolingienne et de l'intégration progressive du territoire saxon dans
l'Empire franc après les guerres
de Charlemagne. Certaines interférences
franques ont également laissé des traces, notamment dans le vocabulaire
ecclésiastique et juridique.
L'évolution ultérieure
du vieux saxon mène au moyen bas allemand, qui devient la langue de la
Ligue hanséatique et un véhicule commercial majeur en Europe du Nord.
De nombreux traits fondamentaux du vieux saxon subsistent dans les dialectes
bas allemands modernes, tels que le Plattdeutsch, bien que ces derniers
aient été influencés par l'allemand standard. Le vieux saxon constitue
ainsi un maillon essentiel dans l'histoire des langues germaniques occidentales
et un témoin de la transition entre l'oralité tribale et la culture écrite
médiévale.
La littérature
saxonne.
Le corpus conservé
est relativement modeste mais précieux. Le texte le plus important est
le Heliand (le Sauveur), du IXe
siècle, qui donne en vers allitérés le récit évangélique de la vie
de Jésus. C'est d'après ce texte que Schmeller
a composé son Glossarium saxonicum, Munich
et Stuttgard, 1840. Outre le Héliand,
il existe d'autres texte religieux en vieux saxon qui ont survécu, souvent
dans des manuscrits provenant de monastères. On possède également la
Genèse en vieux saxon, incomplète, et un ensemble de fragments
et de gloses dans des manuscrits liturgiques ou juridiques, souvent écrits
dans des scriptoria carolingiens. La transmission écrite étant
largement ecclésiastique, l'orthographe reflète parfois les habitudes
latines ou franques des scribes, ce qui rend difficile la reconstitution
précise de la prononciation. Il y a plus de 300 manuscrits
saxons à la
bibliothèque de Bourgogne
à Bruxelles. |
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