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et la littérature malaise |
| Le
malais,
ou bahasa Melayu, appartient au rameau malayo-polynésien occidental
de la famille austronésienne.
À l'intérieur de ce rameau, elle se place dans le sous-groupe malayo-chamique,
aux côtés du cham et de langues minoritaires du Vietnam Son histoire linguistique s'enracine dans le proto-malayo-polynésien, dont elle conserve plusieurs traits fondamentaux, tout en intégrant au fil du temps des influences indiennes, moyen-orientales et européennes. Les premières inscriptions en vieux malais (kawi) datent du VIIe siècle, souvent en écriture pallava ou kawi, témoignant d'un vocabulaire marqué par le sanscrit. Avec l'islamisation progressive du monde malais à partir du XIIIe siècle, l'écriture arabe, sous la forme du jawi, devient largement utilisée, diffusant une tradition littéraire religieuse et administrative. À l'époque moderne, l'adoption du système d'écriture latin, appelé rumi, s'impose progressivement, particulièrement sous l'influence de la colonisation européenne et de la standardisation linguistique menée aux XIXe et XXe siècles. Phonologiquement, le malais présente un inventaire de consonnes relativement simple, sans distinctions d'aspiration ou de tonalité, et un système vocalique à six voyelles selon les variétés. Sa prononciation est régulière et son orthographe rumi est largement phonémique, ce qui en facilite l'apprentissage. La prosodie met rarement l'accent sur les voyelles finales, et le rythme syllabique contribue à la fluidité de la langue. Son vocabulaire témoigne de contacts culturels anciens et variés. Le sanscrit et le tamoul ont laissé de nombreux emprunts dans les domaines religieux et littéraires. L'arabe, via l'islam, a marqué les champs religieux, juridiques et administratifs. Le néerlandais et l'anglais ont introduit de nombreux mots liés au commerce, à la navigation, aux sciences et à la modernité. Suivant Crawfurd (Histoire de l'Archipel indien, 1820), sur 100 mots malais 50 appartiennent au fonds général océanien, 27 sont particuliers à la Malaisie 16 sont indiens, 5 sont arabes, et 2 sont empruntés soit au télinga ou au persan, soit aux langues des Européens (Portugais Anglais, Hollandais) qui ont fréquenté ces parages. En Indonésie, la proximité des langues austronésiennes voisines a également influencé le lexique, bien que le bahasa Indonesia, standardisé séparément, présente ses propres choix terminologiques et stylistiques. La grammaire malaise.
Les noms ne portent pas de marque de genre et très rarement de nombre. Le pluriel apparaît principalement par redoublement du nom (buku « livre » → buku-buku « livres ») ou par des indices contextuels, parfois accompagnés de mots quantificateurs comme banyak « beaucoup » ou beberapa « quelques ». Les déterminants définis ou indéfinis sont absents : la spécificité s'exprime par la position dans le discours ou par des mots comme itu « ce/cet…-là » et ini « ce/cet…-ci ». La catégorie nominale comprend un usage important des classificateurs, utilisés avec les nombres ou certains quantificateurs, qui varient selon l'animéité, la forme, la fonction ou la taille de l'objet. Les adjectifs ne s'accordent ni en genre ni en nombre et suivent généralement le nom (rumah besar « maison grande = grande maison »). Ils peuvent être intensifiés par des particules comme sangat ou amat, ou par redoublement pour atténuer ou augmenter l'intensité (besar-besar peut exprimer « plutôt grands » ou « très grands », selon le contexte). Un adjectif peut également servir de prédicat sans copule : dia tinggi signifie littéralement « il/elle haut(e) », soit « il/elle est grand(e) ». La phrase de base suit un ordre sujet-verbe-objet (SVO), mais la nature analytique de la langue autorise une certaine flexibilité lorsqu'un constituant doit être mis en relief. L'absence de flexion permet d'utiliser les mots dans différentes fonctions selon leur position. Les phrases existentielles et possessives incluent fréquemment l'élément ada « il y a / avoir », bien que la possession puisse aussi être exprimée par le simple rapprochement des noms (rumah saya « ma maison »). Les relatives se forment par la particule yang, placée devant le prédicat du groupe subordonné, sans changement de l'ordre interne des mots. Le système verbal est dépourvu de conjugaison : les verbes ne s'infléchissent ni pour le temps ni pour la personne. La temporalité et l'aspect s'expriment à l'aide de particules adverbiales ou par le contexte. Sudah / telah indiquent généralement l'accompli, sedang le progressif, akan le futur ou l'intention. La négation repose sur le mot tidak pour les verbes et les adjectifs, et sur bukan pour nier une équation nominale ou un groupe nominal. Le verbe est ainsi une forme invariable : la distinction entre « je mangeais » « je mange », « je mangerai » dépend d'éléments extérieurs au verbe lui-même. La morphologie dérivationnelle est l'un des traits les plus caractéristiques du malais. Les préfixes meN-, ber-, ter-, di-, ke-, ainsi que les suffixes -kan, -i ou le circonfixe ke-…-an forment de vastes familles lexicales. Le préfixe meN- marque généralement l'agentivité ou la transitivité, ber- signale souvent l'action autonome ou l'état, ter- exprime le passif accidentel ou la forme superlative, tandis que di- indique la voix passive. Le suffixe -kan sert à rendre le verbe causatif ou applicatif, et -i marque une relation locative ou bénéfactive. Ces affixes permettent de modifier la valence verbale, d'ajouter des arguments ou de préciser la direction du processus. Le système pronominal distingue les personnes, le nombre et une opposition inclusive/exclusive à la première personne du pluriel (kita « nous inclusif », kami « nous exclusif »). Les pronoms ne varient pas selon leur fonction syntaxique : ils peuvent être sujet, objet ou complément selon l'ordre des mots. Les particules enclitiques, bien que moins fréquentes que dans certaines langues austronésiennes voisines, existent pour marquer la politesse ou certaines nuances pragmatiques. La grammaire du malais réserve une place importante au redoublement, qui remplit diverses fonctions : marquer la pluralité, l'intensité, l'itération, la variété ou la nuance atténuée. Le redoublement peut être total ou partiel et s'applique aux noms, aux verbes ou aux adjectifs. Le mécanisme est productif et constitue une ressource centrale dans l'expression lexicale et morphologique. Les dialectes
du malais.
Autour de ces standards gravitent des variétés régionales considérées comme dialectes du malais ou langues soeurs au sein du malayique. Les principales variétés péninsulaires comprennent le kelantanais, le kedahien, le perakien, le pahang et le johor-rukuh. Elles sont ordinairement mutuellement intelligibles avec le standard mais présentent des divergences phonologiques marquées (réduction vocalique, affaiblissement consonantique, lexique régional). À Bornéo, le malayique comprend un ensemble de variétés côtières souvent appelées dayaks malayiques, dont le banjar, le kutai, le berau, le brunei malay (distinct du standard officiel de Brunei), le sambas et le pontianak. Certaines de ces variétés s'éloignent notablement du malais standard phonétiquement et lexicalement, au point d'être parfois traitées comme langues à part entière. À Sumatra, plusieurs langues du groupe malayique présentent des affinités historiques claires avec le malais sans être de simples dialectes. Le minangkabau, le kerinci, le jambi, l'ogan, le palembang et le bangka-belitung en sont les exemples majeurs. Le minangkabau forme une branche interne cohérente, avec des innovations phonologiques (diphtongaison, alternances vocaliques) et morphologiques propres. Le kerinci est particulièrement divergent et comporte lui-même une mosaïque dialectale (le groupe de la vallée de Kerinci) au point de constituer l'une des variétés les plus archaïques et innovantes du malayique. À l'est de Sumatra, les variétés insulaires comme le betawi (malais de Jakarta) illustrent des koinès urbaines nées de contacts interethniques, mêlant substrats malais locaux, emprunts javanais, portugais, chinois et arabes. Le betawi peut être classé comme une forme créolisée ou para-créole issue du malais véhiculaire des périodes coloniales. Dans la diaspora, diverses formes créolisées issues du malais véhiculaire se sont développées historiquement : le malais du Sri Lanka, le malais du Cap et le baba malais (Peranakan). Ces variétés se rattachent historiquement au groupe malayique mais suivent des trajectoires autonomes liées au contact intense avec d'autres langues (tamoul, singhalais, afrikaans, anglais, hokkien). L'ensemble de ces variétés se rattache à une matrice commune ancienne identifiable par des traits lexicaux (radicaux hérités austronésiens) et morphosyntaxiques (morphologie dérivationnelle productive, système de particules aspectuelles et modales). Toutefois, la dispersion géographique, l'histoire politique et les contacts prolongés ont engendré un continuum dans lequel dialectes, langues soeurs et koinès se combinent, formant un ensemble cohésif mais très diversifié. La littérature
malaise.
L'arrivée de l'islam à partir du XIIIe siècle, probablement via des marchands arabes, perses et indiens, marque un tournant décisif. La langue malaise adopte progressivement l'alphabet jawi, fondé sur l'écriture arabe, et devient une langue de culture musulmane dans la région. Cette période voit l'émergence de genres littéraires nouveaux, tels que les hikayat (récits en prose souvent historiques ou héroïques), les syair (poèmes narratifs en vers), les traités mystiques soufis, les manuels de droit islamique ou de gouvernance, ainsi que des traductions de textes religieux ou philosophiques venus du monde arabo-persan. Le Hikayat Hang Tuah, par exemple, bien que rédigé à une époque postérieure, incarne l'idéal du héros malais : loyal, guerrier, savant et pieux, au service du sultan et de l'islam. De leur côté, le Syair Siti Zubaidah ou le Syair Ken Tambuhan illustrent la richesse expressive et narrative de la poésie malaise classique. Au XVIe
siècle, l'arrivée des Européens (d'abord les Portugais à Malacca en
1511, puis les Hollandais à partir du XVIIe
siècle) introduit de nouvelles tensions et influences. Si la domination
coloniale perturbe les structures politiques traditionnelles, elle ouvre
aussi la voie à de nouvelles formes d'écriture, notamment grâce à l'imprimerie.
Les missionnaires chrétiens, en particulier, produisent des traductions
de la Bible Le XXe siècle constitue une période de bouillonnement littéraire. La littérature malaise entre dans une phase de modernisation, marquée par l'apparition du roman, du théâtre, de la nouvelle et du journalisme. Ce changement est porté par une élite éduquée, souvent formée dans des écoles coloniales ou missionnaires, qui s'inspire à la fois des modèles occidentaux et des valeurs traditionnelles. Des auteurs comme Munshi Abdullah (Abdullah bin Abdul Kadir), considéré comme le père de la prose moderne malaise, jouent un rôle fondateur. Son oeuvre Hikayat Abdullah, autobiographique et critique, rompt avec les conventions des hikayat classiques en adoptant un style plus réaliste et réflexif, tout en interrogeant les structures sociales et politiques de son temps. Dans les années 1930-1950, l'émergence de revues comme Majlis, Pujangga Baru (Le Nouveau Lettré), ou Dewan Bahasa dan Pustaka en Malaisie, stimule l'expérimentation littéraire et l'affirmation d'une identité culturelle moderne. La littérature devient un lieu de débat sur la modernité, la tradition, le rôle des femmes, la colonisation et, surtout, la quête d'indépendance nationale. Ce courant se poursuit après les indépendances (celle de la Malaisie en 1957, de l'Indonésie en 1945, de Brunei en 1984, et de Singapour en 1965) avec une littérature désormais nationale mais toujours interconnectée par une langue et une culture partagées. En Malaisie, des écrivains tels que Keris Mas, Usman Awang, ou A. Samad Said explorent les tensions entre rural et urbain, tradition et modernité, conformisme et révolte. En Indonésie, bien que la langue nationale soit le bahasa Indonesia, une variante normalisée du malais, la littérature indonésienne moderne s'inscrit dans la même histoire linguistique, avec des figures comme Pramoedya Ananta Toer dont l'oeuvre puise dans les racines malaises tout en développant une critique sociale puissante. À Singapour et à Brunei, la littérature malaise continue de s'épanouir, même si elle est minoritaire, souvent soutenue par des institutions culturelles dédiées. La littérature contemporaine en langue malaise aborde aujourd'hui des thèmes comme l'identité, la diaspora, la crise environnementale, la sexualité, la religion ou la technologie, tout en expérimentant avec des formes hybrides, narratives non linéaires, ou des influences globales. Des auteurs comme Ruhaini Matdarin, Amir Muhammad, ou Uthaya Sankar SB témoignent de cette vitalité, tandis que les réseaux sociaux et les plateformes numériques offrent de nouveaux espaces de création et de diffusion. |
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