.
-

Les langues > Indo-européen > langues germaniques > allemand
La langue gothique
La langue gothique est une langue germanique orientale aujourd'hui éteinte, connue principalement grâce à la traduction de la Bible réalisée au IVᵉ siècle par l'évêque Wulfila pour les Goths christianisés. Elle était parlée  les différents peuples connus sous les noms d'Ostrogoths, Wisigoths et Mésogoths. Quelquefois on désigne aussi par ce terme génétique le mésogothique seul parce que c'est dans ce dialecte qu'est écrite principal texte littéraire qui nous reste des Goths

Elle représente la mieux attestée des langues germaniques orientales, un groupe autrement disparu, et constitue un témoin précieux d'un état ancien du germanique. Le gothique présente des traits archaïques conservant des éléments proches du proto-germanique, parfois même du proto-indo-européen, ce qui en fait une source majeure pour la linguistique historique.

Il ne nous reste des textes de la langue gothique que des parties de la traduction de la Bible par l'évêque Ulfilas, vers 870 (Le Manuscrit d'Argent ou Codex argenteum), un manuscrit palimpseste découvert en 1758, à la bibliothèque de Wolfenbuttel  renfermant des fragments de l'Epitre de saint Paul aux Romains, ainsi qu' un autre manuscrit découvert vers le milieu du XIXe siècle à Milan qui contient une partie de l'Evangile de Mathieu et les Epîtres de Paul presque complètes, avec  quelques fragments des Livres d'Esdras et de Néhémie. Il existe Il existe encore des fragments d'un commentaire gothique sur l'Evangile de Jean, publiés en 1834, à Munich,ainsi qu'un calendrier et quelques titres de documents. 'autres fragments existent encore, tels que le Codex Carolinus, le Codex Ambrosianus et quelques gloses juridiques ou liturgiques, mais leur étendue reste limitée. La langue connue à travers ces textes reflète un gothique déjà christianisé et en partie standardisé pour un usage liturgique, mais elle demeure suffisamment cohérente pour qu'on en reconstruise les principales structures.

Phonologiquement, le gothique présente un système vocalique relativement simple, avec cinq voyelles de base ayant des longueurs distinctes, ainsi que quelques diphtongues héritées du proto-germanique. Le système consonantique est notable pour sa conservation des fricatives issues des lois phonétiques germaniques, en particulier les effets de la loi de Grimm et de la loi de Verner. Certaines palatalisations n'apparaissent pas, ce qui donne au gothique un aspect plus archaïque que les langues germaniques occidentales ou septentrionales. L'accent tonique, fixé sur la première syllabe, influence la réduction des voyelles finales, phénomène déjà perceptible dans plusieurs désinences.

La morphologie gothique est richement flexionnelle et représente l'un des systèmes les plus complets parmi les langues germaniques attestées. Les noms se déclinent selon trois genres (masculin, féminin, neutre) et plusieurs classes de déclinaisons héritées du proto-indo-européen, avec six cas principaux : nominatif, accusatif, génitif, datif, vocatif et un instrumental résiduel. Les adjectifs présentent la double flexion forte et faible typique du germanique. Les pronoms personnels incluent un duel pour la première et la deuxième personne, trait archaïque partagé avec l'ancien norrois mais absent de la plupart des langues germaniques occidentales.

Le système verbal gothique conserve la distinction classique entre verbes forts (avec alternances vocaliques d'ablaut) et faibles (avec suffixe dental), comme dans les autres langues germaniques anciennes. Il dispose de deux temps simples (présent et prétérit), de modes indicatif, subjonctif et impératif, ainsi que de participes actifs et passifs. Le gothique se distingue cependant par la présence d'un passif périphrastique utilisant des formes du verbe wisan ( = être). Certains archaïsmes indo-européens subsistent dans les alternances verbales, ce qui permet une comparaison directe avec le grec ancien et le sanscrit. La déclinaison, les terminaisons des différents cas rappellent ceux du sanscrit. Dans la conjugaison des verbes, les terminaisons des personnes sont presque les mêmes. Le duel a disparu, et les cas qu'on désigne en sous les noms de datif, d'instrumental et de locatif, se sont confondus dans un seul et même cas, le datif. Le duel s'est conservé, et le passif, ainsi que cela a lieu en sanscrit, en grec et en latin, est rendu par une forme particulière. 

La syntaxe du gothique reflète une structure germanique relativement souple, mais avec une tendance à l'ordre SVO dans les phrases principales, probablement renforcée par l'influence du modèle grec de la Septante, source de la traduction biblique. En subordonnée, l'ordre SOV ou V-final apparaît plus fréquemment. Les particules verbales, les préverbes et les adverbes jouent un rôle important dans la structuration de la phrase, tandis que l'usage étendu du subjonctif traduit des nuances modales fines, en particulier dans le discours indirect.

Le lexique gothique illustre une société guerrière, nomade et en contact constant avec les cultures romaine, grecque et orientale. De nombreux emprunts au latin apparaissent, en particulier dans le domaine religieux après la conversion des Goths à l'arianisme. Les termes autochtones présentent de fortes correspondances avec les lexiques germaniques occidentaux et septentrionaux, mais certaines particularités montrent une évolution indépendante du groupe oriental, aujourd'hui disparu.

La disparition du gothique débute avec l'effondrement des royaumes goths en Occident au VIe siècle, puis se poursuit dans l'Empire byzantin où subsistent quelques communautés gothophones jusqu'au Moyen Âge tardif. Un gothique de Crimée aurait survécu de manière résiduelle jusqu'au XVIe siècle, mais son lien exact avec le gothique biblique est difficile à établir. 

.


[Histoire culturelle][Grammaire][Littératures]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2009 - 2025. - Reproduction interdite.