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La langue celtibérienne
Le celtibérien était une langue celtique en usage dans l'Espagne ancienne, antérieurement à la conquête romaine. Cet idiome devait être, un mélange d'éléments celtiques et d'éléments ibériens. II est certain qu'il subsista encore après que l'Espagne fut devenue province romaine : car, sur les ruines du théâtre de Sagonte, on trouve beaucoup d'inscriptions en caractères celtibériens. 

Elle appartenait à la branche continentale des langues celtiques, aux côtés du gaulois, du lépontique et du galate. Le celtibérien constitue la plus occidentale et la plus méridionale des langues celtiques attestées sur le continent européen. Bien qu'éteinte de longue date, elle représente un témoignage précieux sur la diffusion du monde celtique dans la péninsule Ibérique et sur l'évolution des langues indo-européennes dans le contexte préromain.

Les premiers indices de la présence celtibérienne remontent au premier millénaire avant notre ère, dans la zone correspondant aux actuelles provinces de Soria, Saragosse et Guadalajara. Les Celtibères étaient un ensemble de tribus celtes venues du nord-ouest de l'Europe et établies parmi des populations locales ibères, d'où le caractère mixte de leur culture. Leur langue s'est développée à partir du celtique commun, probablement introduit par les migrations indo-européennes à la fin de l'âge du bronze, et a évolué en contact étroit avec les langues ibériques et tartessiennes du sud et de l'est de la péninsule.

Le celtibérien est connu principalement grâce à des inscriptions retrouvées sur des plaques de bronze, des tessères (jetons d'alliance), des monnaies et des objets votifs. Ces inscriptions, datées du IIe au Ier siècle avant notre ère, ont été découvertes notamment à Botorrita (près de Saragosse), Luzaga, Contrebia Belaisca et Segeda. La plus célèbre d'entre elles, la plaque de Botorrita I, est un texte juridique de plusieurs centaines de mots qui constitue l'un des documents les plus longs dans une langue celtique continentale.

L'écriture du celtibérien se présente sous deux formes : une variante spécifique de l'alphabet ibérique, appelée alphabet celtibérien, et, plus tardivement, l'alphabet latin adopté sous l'influence romaine. L'alphabet celtibérien, de type semi-syllabique, combine des signes représentant des consonnes simples et des syllabes consonne-voyelle. De même que dans les écriture des langues sémitiques, suppléer les voyelles, qui ne s'écrivaient pas. Cet alphabet est formé, avec des altérations légères, de caractères grecs primitifs et de quelques autres caractères. Les lettres se composent presque entièrement de lignes droites faisant entre elles des angles plus ou moins aigus; ce n'est que par exception qu'il s'y rencontre des courbes. 

Le celtibérien partage avec les autres langues celtiques de nombreuses caractéristiques indo-européennes. Il possédait un système de déclinaisons à six cas (nominatif, accusatif, génitif, datif, ablatif, vocatif), trois genres (masculin, féminin, neutre) et plusieurs classes de déclinaison selon les terminaisons. Les verbes distinguaient plusieurs temps et modes, avec des formes héritées du système indo-européen ancien. La morphologie montre des similitudes étroites avec le gaulois, bien que certaines innovations propres au celtibérien, notamment dans les terminaisons verbales et les pronoms, indiquent une évolution indépendante.

Phonétiquement, le celtibérien présentait des traits typiques du celtique primitif : la chute des p initiaux indo-européens, la transformation des kw en p ou c selon les contextes, et une forte tendance à la syncope des voyelles non accentuées. Par exemple, le mot celtibérien arekoraticos ( = appartenant aux Arekoratas, un peuple ou un territoire) illustre la morphologie agglutinée et la structure consonantique dense de la langue. L'accent tonique, vraisemblablement fixé sur la première syllabe, a influencé la simplification des finales et la perte progressive de voyelles brèves.

Le lexique celtibérien connu, bien que fragmentaire, montre des racines indo-européennes communes avec le gaulois et les langues celtiques insulaires. Des mots tels que touta (= peuple »), briga ( = colline, forteresse) ou lugus (nom d'une divinité associée à la lumière et à la guerre) révèlent un fonds culturel et religieux commun à l'ensemble du monde celtique. Ces éléments confirment que la langue des Celtibères appartenait pleinement au continuum celtique, bien qu'elle ait intégré certains emprunts et influences locales, notamment ibériques.

Le celtibérien a disparu progressivement après la conquête romaine de la péninsule Ibérique au IIe siècle avant notre ère. Le latin s'est imposé comme langue administrative, juridique et commerciale, entraînant la romanisation rapide des régions celtibériennes. Dès le Ier siècle avant notre ère, les inscriptions celtibériennes cessent d'apparaître, signe que la langue était déjà en voie d'extinction. Cependant, certains toponymes et anthroponymes d'origine celtibérienne ont survécu dans les noms de lieux espagnols modernes, tels que Ségovie, Numance ou Bilbilis.

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