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La langue catalane
Le catalan est une langue indo-europĂ©enne qui appartient Ă  la branche italique. C'est, après l'espagnol (castillan), le plus important et le plus caractĂ©risĂ© des idiomes nĂ©o-latins parlĂ©s dans la pĂ©ninsule ibĂ©rique. Ses formes sont encore plus distinctes du castillan que le portugais; tellement que la langue de Barcelone est presque inintelligible Ă  un habitant de Madrid, lequel entend assez facilement un Portugais de Lisbonne. Le catalan a de grandes affinitĂ©s avec toutes les langues du midi de la France, que sĂ©parent de lĂ©gères nuances : on s'explique ces affinitĂ©s quand on se rappelle que les comtes de Barcelone furent longtemps comtes de Provence et de Montpellier. VoilĂ  pourquoi les poĂ©sies des troubadours catalans (Alphonse II, G. de Berga, Serveri de Girone) figurent dans les Cancioneros, confondues, sans distinction de pays, avec les productions des troubadours limousins et provençaux. VoilĂ  aussi pourquoi les poĂ©sies des troubadours français sont si parfaitement entendues des littĂ©rateurs de Barcelone. Il y a eu longtemps une communautĂ© entière de sentiments, d'opinions et de goĂ»ts entre les seigneurs et les populations de ces petits États mĂ©ridionaux, dĂ©jĂ  si fortement unis par la tradition des souvenirs romains, par la communautĂ© de langue et d'institutions. 

Cette langue s'est formée à partir du latin vulgaire introduit dans la région par les Romains à partir du IIᵉ siècle avant notre ère. Ce latin s'est mêlé aux langues préromaines, notamment ibères, mais l'influence de celles-ci a été relativement limitée. Le catalan partage de nombreux traits avec l'occitan, au point qu'ils ont longtemps constitué un continuum linguistique sans frontière nette. Cette proximité tient à l'évolution parallèle du latin dans la région pyrénéenne et à des contacts politiques et culturels intenses durant tout le Moyen Âge.

La formation du catalan médiéval s'amorce véritablement entre les VIIIe et Xe siècles, dans les comtés catalans qui gagnent progressivement leur autonomie face à l'empire carolingien. Les premiers textes reconnus comme catalans datent du XIIe siècle, avec notamment les serments féodaux et les documents juridiques du comté d'Urgell. À partir du XIIIe siècle, la langue s'épanouit pleinement : c'est l'époque de l'expansion méditerranéenne de la Couronne d'Aragon, lorsque le catalan devient langue d'administration, de commerce et de littérature. Les oeuvres de Ramon Llull, l'une des figures intellectuelles les plus marquantes de l'époque, témoignent de la place grandissante de cette langue. Au XIVe et au XVe siècles, la littérature catalane connaît un âge d'or avec des auteurs comme Ausiàs March ou encore Joanot Martorell, auteur du Tirant lo Blanc.

Le déclin du catalan comme langue d'État s'amorce avec l'union dynastique des royaumes d'Aragon et de Castille au XVe siècle, puis s'accentue après la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714). Les décrets de Nueva Planta promulgués par Philippe V imposent le castillan dans l'administration et la justice, reléguant le catalan à l'usage familier et local. Malgré cela, il demeure la langue majoritaire en Catalogne et dans les territoires historiquement catalanophones, notamment Valence, les îles Baléares, la Frange d'Aragon, la principauté d'Andorre, où il est aujourd'hui langue officielle, et une partie du département français des Pyrénées-Orientales.

Au XIXe siècle, le catalan connaît une renaissance culturelle appelée Renaixença. Ce mouvement littéraire et identitaire vise à restaurer le prestige de la langue. Il s'accompagne de travaux de normalisation linguistique, qui aboutissent notamment aux normes de l'Institut d'Estudis Catalans (IEC) au début du XXe siècle, établies principalement par le linguiste Pompeu Fabra. Ces normes, toujours en vigueur, constituent le fondement de la langue catalane moderne.

Le XXe siècle est marqué par des périodes d'alternance entre progrès et répression. Durant la Seconde République espagnole (1931-1939), le catalan obtient un statut officiel dans la Generalitat restaurée. Sous la dictature franquiste (1939-1975), l'usage public de la langue est sévèrement limité, bien qu'elle continue à être transmise dans la sphère privée. Avec la transition démocratique et la Constitution de 1978, le catalan retrouve une reconnaissance officielle dans les communautés autonomes où il est langue propre. Les politiques linguistiques mises en place en Catalogne, aux Baléares et dans la communauté valencienne favorisent l'enseignement en catalan, la production culturelle et la présence de la langue dans les médias.

Aujourd'hui, le catalan est parlé par environ dix millions de personnes à des degrés divers. Il possède une diversité dialectale interne (catalan central, valencien, baléarique, nord-occidental et rossellonais) mais une unité écrite largement assurée. Il jouit d'une vitalité culturelle forte, avec une création littéraire, musicale et audiovisuelle dynamique, ainsi qu'un usage quotidien important dans la vie publique et privée, malgré des défis liés à la pression du castillan et du français selon les régions.

La grammaire catalane.
La grammaire catalane prĂ©sente un ensemble de traits typiques des langues romanes occidentales, tout en montrant des spĂ©cificitĂ©s qui la distinguent de ses voisines ibĂ©riques et occitanes. La morphologie nominale repose sur un système de deux genres, masculin et fĂ©minin, et de deux nombres, singulier et pluriel. Le masculin se termine souvent par une consonne ou par -o en valencien, tandis que le fĂ©minin se forme frĂ©quemment par l'ajout de -a ou par une alternance consonantique, comme boig/boja. Le pluriel se construit gĂ©nĂ©ralement avec -s, mais les mots se terminant par -a atone forment leur pluriel en -es, et ceux terminĂ©s par certaines consonnes palatales prennent -os ou -es selon les cas. 

Les articles définis sont el, la, els, les, complétés par les formes élidées l' et le cas particulier lo, encore vivant dans les parlers nord-occidentaux et valenciens. Les articles indéfinis sont un, una, uns, unes, et la langue possède aussi des articles démonstratifs proches du castillan, comme aquest/aquesta, ainsi que des articles neutres dans certains emplois.

Les adjectifs catalans s'accordent en genre et en nombre avec le nom qu'ils qualifient. Beaucoup présentent une alternance final -o/-a en valencien, tandis que dans le catalan central et baléarique, la forme masculine se termine plutôt par une consonne ou par un -e atone. Certains adjectifs présentent des irrégularités, comme blanc/blanca ou nou/nova. Leur place est généralement postposée au nom, mais la mise en avant est possible pour des effets expressifs ou pour les adjectifs à valeur déterminative.

Le pronom personnel catalan se décline en pronoms toniques et atones. Les formes atones jouent un rôle essentiel, car elles se combinent devant ou derrière le verbe selon le type de phrase. On trouve em, et, es, ens, us, el, la, els, les, ho, ainsi que les pronoms partitif en et locatif hi, qui sont particulièrement importants pour la syntaxe verbale. Le système pronominal permet des combinaisons complexes comme me'n vaig ou li'n dono tres, et suit des règles d'ordre précises. Les formes plurielles ou de politesse (vostè, vostès) influencent la conjugaison verbale de manière similaire au castillan.

Le verbe catalan présente trois conjugaisons principales, en -ar, -er/-re et -ir. Les temps simples incluent le présent, l'imparfait, le futur et le conditionnel. Les temps composés se forment avec l'auxiliaire haver suivi du participe passé, qui s'accorde rarement avec le sujet mais peut présenter des irrégularités de formation. Une particularité notable est l'usage dominant du passé périphrastique, formé avec va + infinitif, équivalent d'un passé simple ou passé composé selon les contextes, surtout en catalan central. Le passé simple existe, mais il est littéraire ou régional. Certains verbes, comme ser, anar, tenir ou fer, possèdent des conjugaisons très irrégulières.

La syntaxe catalane tend vers un ordre SVO, mais la présence fréquente des pronoms atones introduit des nuances de structure. Les clitiques précèdent généralement le verbe conjugué (el veig), sauf à l'impératif, au gérondif ou à l'infinitif, où ils sont enclitiques (vegeu-lo, fent-ho). Les prépositions de base comme a, de, per, amb, en sont très productives et donnent lieu à des contractions obligatoires, telles que al (a + el), del (de + el). Le catalan distingue soigneusement ser et estar, avec des différences d'emploi proches de l'espagnol mais parfois plus subtiles. La négation est simple, reposant en général sur no placé avant le verbe, bien que des particules renforçatrices existent dans la langue populaire.

Le lexique catalan a conservé un ensemble important de mots d'origine latine, tout en intégrant des emprunts occitans, français, aragonais et castillans selon les régions et les périodes historiques. La phonologie se caractérise par la présence de voyelles distinctes selon qu'elles sont toniques ou atones, la réduction vocalique étant un trait particulièrement fort en catalan central mais moins marqué en baléarique et en valencien. La prononciation de ll, ny, des occlusives finales et de certaines consonnes palatales contribue également à l'identité sonore de la langue. Enfin, le catalan écrit suit les normes établies par l'Institut d'Estudis Catalans, avec une orthographe assez régulière, centrée sur la distinction de sons fondamentaux, l'usage de l'accentuation et les contrastes entre b/v, g/j, c/ç/qu, ainsi que la présence du point médian dans les groupes l·l.

Les dialectes catalans.
On distingue dans le catalan deux grands blocs dialectaux : le catalan oriental et le catalan occidental. Cette distinction s'appuie principalement sur des différences phonétiques, notamment le traitement des voyelles atones, mais aussi sur des variations morphosyntaxiques et lexicales. À l'intérieur de chacun de ces blocs, les différences sont généralement mutuellement intelligibles et s'organisent sur un continuum plutôt que sur des ruptures nettes. La norme standard, fondée majoritairement sur le catalan central mais intégrant des éléments transversaux, coexiste avec les usages régionaux sans en effacer la diversité. Les variétés catalanes forment ainsi un ensemble cohérent, articulé autour de cette opposition oriental-occidental, mais enrichi par une mosaïque de sous-variétés locales qui reflètent l'histoire, les migrations et les contacts linguistiques propres à chaque territoire.

Le catalan oriental.
Le catalan oriental réunit le catalan central, le baléarique et le septentrional (ou rossellonais).

• Le catalan central,est parlé dans la zone la plus peuplée de Catalogne, et constitue la base de la norme commune élaborée par l'Institut d'Estudis Catalans. Il présente une forte réduction vocalique en position atone et des formes pronominales spécifiques comme em/et/es réalisés souvent m', t', s'

• Le baléarique, parlé à Majorque, Minorque, Ibiza et Formentera, se distingue par le maintien de voyelles atones non réduites, l'usage systématique de l'article salat (es, sa), ainsi que certaines formes verbales archaïsantes. À l'intérieur du baléarique, chaque île présente des particularités, telles que la prononciation plus fermée des voyelles minorquines ou les traits plus marqués d'Ibiza, influencés par le substrat médiéval et les contacts historiques. A Majorque, la prononciation des voyelles est tellement ouverte, que l'a et l'e y différent à peine de valeur. Il y a, dans l'idiome des Baléares, un mélange de grec, de latin, d'arabe, de catalan standard et de castillan; on y reconnaît même des mots syriaques, phéniciens, et goths ou vandales.

• Le catalan septentrional est caractĂ©risĂ© par des Ă©volutions phonĂ©tiques propres, telles que l'affaiblissement des finales et certaines influences du français, bien que la structure fondamentale reste catalane. La variĂ©tĂ© parlĂ©e dans le bas-Languedoc et le catalan du nord-ouest (pallarese, ribagorçan, lleidatĂ , aiguavivan) sont quasiment identiques au catalan standard, parlĂ© Ă  Barcelone. 

Le catalan occidental.
Le bloc occidental comprend le catalan nord-occidental et le valencien. 
• Le catalan nord-occidental, parlĂ© dans l'Aragon catalanophone (Frange d'Aragon) et dans l'ouest de la Catalogne, prĂ©sente une rĂ©duction vocalique moindre que l'oriental et des particularitĂ©s morphologiques comme les pluriels en -os ou la prĂ©sence de formes verbales propres, notamment dans la première conjugaison. Il conserve aussi des traits lexicaux anciens et partage certains phĂ©nomènes avec l'aragonais voisin. 

• Le valencien, langue propre de la Communauté valencienne, forme un ensemble dialectal très diversifié. Il se subdivise en plusieurs variétés internes : valencien apitxat (notable par l'affrication de certaines consonnes), valencien méridional, valencien septentrional et valencien alacantin, ce dernier étant influencé par le castillan. Le valencien conserve des formes verbales, pronominales et phonétiques spécifiques, telles que l'usage de -e final dans les infinitifs, l'absence de réduction vocalique marquée, la palatalisation modérée et un lexique distinct. Normativement, l'Acadèmia Valenciana de la Llengua reconnaît cette variété comme faisant partie du système catalan (intercompréhension aisée), bien qu'elle dispose de ses propres conventions. Les différences tiennent à des idiotismes locaux et à la pronconciation : le valencien a plus de douceur et d'harmonie.

Dialectes mixtes.
Au-delà de ces grands ensembles, certaines zones de transition présentent des caractéristiques mixtes. Par exemple, le parler de Tortosa appartient au nord-occidental tout en partageant des traits du valencien méridional. Le parler de l'Alguer, en Sardaigne, constitue un cas particulier : issu du catalan du XIVe siècle, il a conservé des archaïsmes remarquables comme certains pluriels en -s non analogiques et des structures prosodiques anciennes; il présente aussi une forte influence de l'italien et du sarde, tout en restant reconnaissable comme catalan. De même, le catalan de la Frange d'Aragon constitue une zone de contact permanente entre catalan et aragonais, avec des emprunts réciproques et des variations phonétiques spécifiques..
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