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La langue bretonne,
aussi appelée breyzad, brezhoneg ou brézounecq, est une langue
celtique, appartenant au rameau dit britonnique. Le breton est encore
un peu parlé, à côté du français, dans les campagnes et dans
les petites villes de la Basse-Bretagne, c'est-à -dire dans tout le département
du Finistère, et dans une grande partie de ceux des Côtes-d'Armor et
du Morbihan. On peut considérer le breyzad, ainsi que l'idiome des Gallois
et celui des Gaëls d'Irlande et d'Écosse, comme un débris plus ou moins
altéré de l'ancien celtique, dont il a conservé en partie le vocabulaire
et la grammaire. Il contient aujourd'hui plus de mots latins que le gallois
et le gaélique.
La grammaire bretonne est peu compliquée,
et les règles y sont en petit nombre. Les substantifs n'ont qu'un genre;
les adjectifs sont invariables; dans les verbes, il suffit de connaître
la 1re personne de chaque temps, toutes
les autres étant les mêmess au singulier et au pluriel, et n'étant distinguées
que par le pronom personnel. Quelques nuances dans la terminaison des infinitifs
et de plusieurs noms distinguent les dialectes. Ainsi divise-t-on ordinairement
le breyzad en quatre principaux dialectes, dont la différence, en fait,
existe plutôt dans la prononciation que dans les termes :
1° le vannetais, parlé dans
le diocèse de Vannes : c'est le plus corrompu;
2° le cornouaillais, parlé dans le diocèse
de Quimper : c'est le plus voisin de la vieille
langue;
3° le trécorien, parlé dans le diocèse
de Tréguier;
4° le léonard, parlé dans l'ancien diocèse
de Saint-Pol de Léon.
Le vannetais, le cornouaillais et le trécorien
sont moins aisément compris hors de leurs limites. Le léonard est la
langue régulière et commune, entendue dans toute la Basse-Bretagne. L'historien
de la langue bretonne, Hersart de La Villemarqué, en distribuait les variations
en quatre périodes distinctes : la 1re,
concernant les origines, embrasse les temps obscurs antérieurs au christianisme,
et va jusqu'au Ve siècle de notre ère; la 2e
s'étend du Ve siècle au XIIe;
la 3e s'arrête à la fin du XVe
siècle; la 4e qui aboutit à l'époque
contemporaine. On suivra ici ces divisions.
Première période.
On a dit beaucoup de bêtises sur l'origine
du breton et des langues celtiques. Samuel Bochart trouvait entre le breton
et les idiomes sémitiques une ressemblance si frappante, qu'il n'a pas
hésité à les croire de la même famille. Perrine-Boutin, avec tous les
partisans de la venue de Namnès en Bretagne, soutenait que l'idiome des
Bretons, avant l'occupation romaine, était un dialecte phrygien ou lydien
de l'Asie-Mineure. Dans cette supposition, le nom de Namnès, fondateur
de Nantes, résultant de la combinaison de deux mots hébreux, la logique
de ces hardis faiseurs d'hypothèses aboutissait à cette conclusion, qu'on
parlait hébreu dans la partie de la Bretagne qui fut plus tard le comté
nantais. De Grandval prétendait, à son tour, que le français existait
en Bretagne avant l'arrivée de Jules César. Jean Picard soutenait que
la langue primitive des Gaulois était le grec. Dom Pezron disait que la
langue des Titans, de Saturne, de Jupiter et des autres dieux de l'Antiquité
païenne, a été la même que celle des Celtes ou Gaulois. Comment alors
concilier cette opinion avec les comparaisons qu'Ovide et l'empereur Julien,
voulant donner une idée de la prononciation des Celtes, empruntent aux
mugissements des bêtes et aux croassements des corbeaux?
Au milieu de ces conjectures, le plus
simple a été de suivre les données du bon sens, de ne considérer la
langue bretonne qu'en elle-même. Seulement, comme il est hors de conteste
que les deux grands rameaux des dialectes celtiques modernes, le gaël
d'Ecosse ou d'Irlande et le breton de Galles et de France, offrent entre
eux des ressemblances frappantes, il est permis de croire que l'idiome
original, dont ils ont conservé la tradition et l'empreinte, n'était
pas très différent de ce qu'il est aujourd'hui à l'époque reculée
où les habitants de la péninsule armoricaine ont commencé à s'en servir.
Seconde période.
La domination romaine entama le breton
sans l'altérer profondément; et l'idiome des Armoricains se conserva
presque intégralement à l'abri de la mer, des marais, et des rochers,
où la domination et la langue des conquérants ne pouvaient l'atteindre.
Les relations suivies des Bretons Armoricains avec ceux de l'île, d'où
s'échappaient incessamment, au Ve siècle,
des familles qui cherchaient sur le continent un refuge contre les invasions,
contribuèrent à donner au dialecte gaélique cette fixité qui lui imprima
un caractère national. Ce fut surtout parmi les habitants du comté de
Léon, défendus par leurs chefs et leur position territoriale, que se
conservèrent, avec l'indépendance, les bonnes traditions de ce langage.
La Villemarqué énumère les textes de
la langue celtique de cette période, empruntés, en général, au dialecte
classique des Bretons; ce sont :
1° Poésies du barde
Gweznou, né vers l'an 460, mort vers 520;
2° - du barde Taliésin, né vers l'an
520, mort vers 570;
3° - du barde Merzin ou Merlin, qui vivait
de 530 Ã 600;
4° - du barde Ancurin ou Saint-Gildas,
de 510 Ã 560;
5° - du barde Saint-Sulio ou Saint-Y-Sulio,
qui vécut de 660 à 720;
6° Une grammaire écrite par Ghéraint,
dit le Barde bleu, en 880;
7° Un Vocabulaire de l'an 882, et des
actes latins-bretons de la même époque;
8° Des dictons poétiques du Xe
et du XIe siècle.
C'est pour la langue bretonne la période
de fécondité et de splendeur.
Troisième période.
Les rapports entre les Bretons de Galles
et ceux de l'Armorique cessant d'être journaliers, et les chefs armoricains
ayant contracté des alliances avec les seigneurs angevins ou normands
à l'époque des Croisades, les moeurs des provinces voisines et la langue
franco-normande envahissent la Bretagne.
«
Bannie de la cour, dit La Villemarqué, la langue bretonne ne tarde pas
à l'être, en Haute-Bretagne, de tous les châteaux des barons, de tous
les palais épiscopaux, et de toutes les villes, dont les habitants voulurent
parvenir, se mettre à la mode, ou plaire aux souverains. »
C'est durant cette période qu'Abélard s'écrie
:
«
La langue bretonne me fait rougir de honte! »
Aussi, malgré la résistance de quelques
évêchés et de plusieurs districts, Cornouailles, Saint-Pol, Tréguier ,
Vannes, Saint-Brieuc, le bourg de Batz,
partout ailleurs on ne parle plus que le français ou le roman.
Les textes de cette période sont :
1° Le Brud er brénined énez
Bretaen ou la chronique des rois de l'île de Bretagne, ouvrage en prose,
composé, au VIIe siècle, au monastère de Gaël, en Armorique, par Saint-Sulio
ou Saint-Y-Sulio, et remanié au XIIe au pays de Galles;
2° La Buhez Santen Nonn, ou la Vie de
Sainte-Nonne, mise en vers sous la forme d'un Mystère;
3° Une grammaire latine et bretonne élémentaire,
à l'usage du clergé armoricain, dont le manuscrit est du XIVe
siècle;
4° Trois dictionnaires breton-français-latin,
du XVe siècle; les deux derniers portent
le titre de Catholicon;
5° Un livre
d'heures en latin et en breton , Heuriou enn latin hag enn brezonek,
édition de luxe, à l'usage de la noblesse de Cornouailles, de Léon et
de Tréguier, du XVe siècle.
Quatrième période.
La réunion de la Bretagne à la France,
en 1499, achève de concentrer sur quelques points la langue bretonne.
L'alliance commencée par Louis XII se consomme en 1532; et dès lors,
l'histoire de la Bretagne se trouvant mêlée à celle de la monarchie
française, la langue bretonne, reléguée au foyer, n'est plus parlée
que dans les relations des seigneurs avec leurs vassaux et leurs domestiques,
dans le bas clergé, et parmi le peuple des villes et des campagnes. Vainement,
au XVIe siècle, un homme d'une grande
énergie, jointe à une profonde connaissance de l'idiome national, Michel
Le Nobletz de Kerodern, essaye, par la poésie et par une sorte de prédication
incessante, de raviver le culte de la langue bretonne. Son oeuvre, continuée
par un de ses disciples, Julien Maunoir, plus tard par Dom Pelletier, Le
Brigant, La Tour d'Auvergne, Legonidec; ne peut que retarder la ruine d'un
langage que l'organisation administrative de la France et le sillonnement
de la Bretagne par les chemins de fer finiront par borner chaque jour Ã
une partie de plus en plus restreinte de la population armoricaine. Ainsi,
dès la seconde moitié du XIXe siècle,
la langue bretonne, comme le provençal ou le basque,
n'a plus été circonscrite dans quelques localités. (B.). |
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