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| Les langues > Indo-européen > langues iraniennes |
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pachtou,
appelé پښتو (paṣhto ou pashto) dans sa propre langue, est une langue
iranienne orientale appartenant à la grande famille des langues
indo-européennes. Elle est l'une des deux langues officielles de l'Afghanistan Le pachtou est intimement lié à l'identité ethnique des Pachtounes (ou Pathans), le groupe ethnique le plus important d'Afghanistan et l'un des plus anciens de la région. Cette langue est non seulement un moyen de communication, mais aussi un marqueur identitaire, historique et culturel profondément enraciné dans la tradition tribale et poétique de ce peuple. Le pachtou joue un rôle essentiel dans la transmission des valeurs du code pashtounwali, un ensemble de règles morales et sociales qui régissent la vie traditionnelle pachtoune : l'honneur (nang), l'hospitalité (melmastia), la bravoure (tura), et la vengeance d'honneur (badal). Sur le plan linguistique, le pachtou est une langue indo-iranienne orientale, apparentée à des langues anciennes comme l'avestique et le sogdien, et plus éloignément au persan et au kurde. Elle s'écrit à l'aide d'une écriture arabe modifiée, dérivée de la graphie persane, à laquelle ont été ajoutées des lettres spécifiques pour noter des sons absents de l'arabe et du persan. Son alphabet comporte 44 lettres, et son orthographe, bien qu'en partie phonétique, est influencée par des traditions calligraphiques et religieuses. La langue s'écrit de droite à gauche, avec une grande élégance graphique héritée de la culture islamique. Le pachtou se distingue
par une grande richesse de sons, dont plusieurs occlusives rétroflexes
et aspirées, caractéristiques rares dans les langues indo-européennes
mais courantes dans la région de l'Inde Le pachtou présente une structure flexionnelle et ergative. Il distingue deux genres (masculin et féminin), deux nombres (singulier et pluriel) et plusieurs cas grammaticaux, bien que leur usage tende à être remplacé par des postpositions. La syntaxe repose généralement sur l'ordre sujet-objet-verbe (SOV), comme dans la plupart des langues indo-iraniennes. L'aspect verbal joue un rôle crucial : les verbes se conjuguent selon le temps, le mode, la personne et l'aspect (accompli ou inaccompli), tandis que la voix ergative s'applique au passé transitif, marquant ainsi une structure grammaticale où le sujet de l'action est traité différemment selon le type de verbe. On distingue deux grands dialectes principaux : le pachtou du Nord, ou yousafzai, parlé autour de Peshawar et de Jalalabad, et le pachtou du Sud, ou kandahari, parlé dans les régions de Kandahar, Quetta et du sud afghan. Ces deux variétés présentent des différences notables dans la prononciation, le vocabulaire et la grammaire, mais elles restent largement intercompréhensibles. Le dialecte du Sud, en particulier celui de Kandahar, est souvent considéré comme le plus prestigieux et le plus proche de la norme littéraire. Au cours du XXe siècle, la langue pachtoune a connu une standardisation progressive, notamment à travers l'enseignement et les médias. Sous le règne du roi Amanullah Khan (1919 - 1929), le pachtou fut promu comme langue nationale pour renforcer l'unité du pays. En 1936, il devint officiellement la langue de l'État afghan aux côtés du dari. Depuis lors, des efforts constants ont été menés pour développer un vocabulaire moderne et scientifique en pachtou, bien que le dari reste largement dominant dans l'administration, la littérature et les médias écrits. Sur le plan sociolinguistique, le pachtou reste une langue vivante et dynamique, mais sa vitalité varie selon les régions. En Afghanistan, il est parlé par environ 45% de la population, tandis que le dari domine dans les grandes villes et les milieux éduqués. Au Pakistan, les Pachtounes constituent la plus grande minorité linguistique du pays, et le pachtou y est une langue régionale officielle. Cependant, comme dans beaucoup de sociétés multilingues, la coexistence avec l'ourdou et l'anglais a entraîné une forte influence lexicale et syntaxique de ces langues sur le pachtou contemporain. Dans la culture moderne, la langue pachtoune continue de jouer un rôle majeur. Elle est utilisée dans la musique populaire, le théâtre, la presse et le cinéma. Les chansons pachtounes, souvent accompagnées du rubab (instrument à cordes traditionnel), célèbrent la nature, l'amour et la fierté tribale. Les médias audiovisuels, notamment les chaînes de télévision comme AVT Khyber ou Shamshad TV, diffusent de nombreux programmes en pachtou, contribuant à la diffusion d'une culture vivante et dynamique. La
littérature pachtoune.
Ses origines sont essentiellement orales. Pendant des siècles, les poètes, conteurs et bardes (appelés sha'ir et lakhakar) transmettent récits épiques, généalogies, poèmes chantés, maximes morales et histoires de batailles. Cette tradition orale, vivante et performative, est au fondement de la culture pachtoune. Les premiers textes écrits conservés n'apparaissent qu'à partir du XVe siècle, bien que la tradition fasse remonter certaines compositions à des périodes plus anciennes. La période classique prend véritablement forme entre le XVe et le XVIIe siècle. À cette époque, le soufisme exerce une influence déterminante. Le premier grand auteur du canon pachtou est généralement considéré comme Khushal Khan Khattak (1613-1689), chef tribal, poète guerrier et penseur politique. Son oeuvre, vaste et variée, associe poésie martiale, méditations morales, satyre, réflexions politiques et célébration de la liberté tribale. Son style énergique, direct et riche en images fait de lui une figure fondatrice. Sa poésie défend les valeurs du pashtunwali, critique la tyrannie et prône l'unité des Pachtouns. Un autre pilier de cette tradition classique est Rahman Baba (1653-1711), dont la poésie mystique occupe une place centrale dans l'imaginaire pachtou. Contrairement à Khushal Khan Khattak, Rahman Baba privilégie une voix douce, contemplative, orientée vers la religion et l'humilité. Ses poèmes expriment l'amour divin, la tolérance, la modération et la quête intérieure. Sa simplicité apparente, alliée à une grande profondeur, en fait l'un des poètes les plus vénérés et les plus populaires de toute la tradition pachtoue. Du XVIIe au XIXe siècle, la poésie reste le genre dominant. Elle adopte fréquemment les formes persanes du ghazal et du masnavi, tout en les adaptant à la sensibilité pachtoune. Plusieurs poètes soufis, tribaux ou dynastiques enrichissent le corpus : Abdul Hamid Baba, puis l'école des poètes mystiques du Khyber, qui cultivent une poésie de la sagesse, de la douceur religieuse et de la réflexion morale. Durant cette longue période, le persan demeure la langue administrative et littéraire prestigieuse, mais le pachtou s'impose comme langue d'expression identitaire et populaire. Au XIXe siècle, le contexte politique bouleversé par les guerres, l'instabilité régionale et les rivalités impériales modifie la place de la littérature. La poésie pachtoue devient un vecteur de résistance culturelle, parfois politique. Elle véhicule l'honneur tribal, la nostalgie d'un mode de vie menacé, mais aussi des appels à la justice et à la cohésion. Dans les régions contrôlées par les Britanniques, les poètes s'inspirent de l'atmosphère coloniale pour produire des textes souvent teintés de nationalisme naissant. La frontière entre littérature savante et poésie populaire reste floue : les deux s'influencent mutuellement. Le début du XXe siècle annonce une modernisation de la littérature pachtoue. L'imprimerie, l'apparition de journaux, les réformes administratives d'Afghanistan et la modernisation du Khyber Pakhtunkhwa favorisent la diffusion écrite du pachtou. Les écoles introduisent la langue dans leurs programmes, ce qui encourage l'émergence de prose moderne. On voit naître nouvelles, essais, pièces de théâtre et premiers romans. La littérature s'ouvre à de nouveaux thèmes : éducation, réforme sociale, émancipation, critique des traditions rigides, exploration psychologique. Cette période est également marquée par un renouveau poétique qui combine formes classiques et thèmes modernistes. Après les années 1930 et 1940, plusieurs institutions littéraires afghanes et pakistanaises jouent un rôle décisif dans la promotion de la langue et de la littérature pachtou. Des revues littéraires se consacrent à la critique, à la poésie moderne et à la traduction. L'État afghan, notamment sous Zahir Shah, encourage le pachtou comme langue nationale, ce qui stimule la production littéraire dans les domaines de l'histoire, du théâtre et du roman. La seconde moitié du XXe siècle connaît un bouleversement profond. Les guerres successives en Afghanistan, l'instabilité politique et les migrations massives influencent fortement l'écriture. La poésie devient un espace de résistance, de mémoire et de lamentation. De nombreux poètes expriment la douleur du déracinement, la violence, la perte, mais aussi l'espérance et la résilience. Simultanément, une littérature diasporique se développe, notamment au Pakistan, en Europe et au Moyen-Orient, où les écrivains pachtounes abordent les thèmes de l'identité, de l'exil et du rapport au monde contemporain. Les années récentes voient une diversification notable des genres. La poésie reste le coer battant de la création contemporaine. Nombreux sont les poètes qui prolongent la tradition lyrique et mystique tout en y intégrant des préoccupations actuelles : la guerre, le déracinement, la perte, mais aussi la dignité, le désir d'harmonie et la réflexion identitaire. Les poètes comme Ajmal Khattak, très influent au XXe siècle, ont ouvert la voie à une poésie engagée, où politique et émotion s'entremêlent. Parmi les voix plus récentes, on peut citer des auteurs tels que Pir Mohammad Karwan ou Nisar Nasar, qui décrivent les traumatismes de la génération ayant grandi dans la guerre, tout en utilisant une langue épurée, accessible et chargée d'images. Leurs recueils mêlent méditation personnelle, critique sociale et regard sur la fragilité humaine. Les jeunes poètes utilisent souvent les réseaux sociaux pour diffuser leurs poèmes, donnant ainsi naissance à un espace littéraire transnational où la poésie circule bien au-delà des frontières linguistiques traditionnelles. La littérature féminine a connu une évolution particulièrement significative. Des auteures comme Parveen Shakir, bien que majoritairement connue pour son écriture en ourdou, ont influencé des poétesses pachtounes contemporaines qui expriment désormais avec force leurs expériences, leurs désirs et leurs luttes. Rukhshana Khattak ou Nadia Anjuman (cette dernière ayant écrit en persan et en pachtou) figurent parmi les voix qui ont brisé les tabous sociaux, dénoncé l'oppression et affirmé une sensibilité féminine dans un univers si tragiquement dominé par des traditions conservatrices. Leur poésie aborde les thèmes de l'amour, de la liberté, de la souffrance silencieuse et les contradictions vécues par les femmes dans les sociétés pachtounes. La prose moderne, quant à elle, s'est développée plus tardivement mais occupe désormais une place importante. Le genre de la nouvelle est particulièrement prisé, car il permet de traiter des thèmes complexes avec concision. Des auteurs comme Farooq Firaq ou Rahmat Shah Sail ont contribué à moderniser la narration pachtoune. Leurs histoires abordent la pauvreté, les tensions familiales, les migrations internes, les dilemmes moraux et les transformations rapides des sociétés pachtounes. Certains écrivains utilisent un réalisme direct, tandis que d'autres optent pour une approche plus symbolique, mêlant rêve, mémoire et éléments mythiques. Le roman a pris de l'importance ces dernières décennies. Des auteurs comme Ghani Khan, poète-philosophe reconnu, ont inspiré des écrivains plus jeunes souhaitant explorer l'intériorité, la quête de sens et les conflits individuels dans un paysage marqué par la violence. Les romans récents traitent souvent de la diaspora pachtoune, de l'expérience des réfugiés, de la fracture entre tradition et modernité, des relations interculturelles et de la transformation des identités. Beaucoup d'auteurs actuels, installés à l'étranger, écrivent pour un lectorat international et introduisent des perspectives plus ouvertes sur la coexistence, l'exil ou l'adaptation culturelle. La littérature de guerre occupe une place notable. De nombreux écrivains traitent de la destruction, des déplacements forcés, des combats, de la perte des proches et du traumatisme collectif. Cependant, ils s'efforcent aussi de montrer la ténacité, l'humour, la solidarité, l'espoir qui subsistent malgré les épreuves. Les oeuvres prennent parfois la forme de témoignages romancés, d'autres fois de récits intimes profondément ancrés dans l'expérience quotidienne. Une dimension essentielle de la littérature pachtoune actuelle est sa diffusion numérique. Les jeunes auteurs utilisent Facebook, WhatsApp, YouTube et d'autres plateformes pour partager poèmes et nouvelles. Cette pratique permet à des voix nouvelles, parfois issues de milieux ruraux, de s'exprimer sans dépendre d'un marché éditorial limité, pour ne pas dire complètement étouffé depuis le retour des Talibans au pouvoir. Les vidéos de poésie déclamée, très appréciées, perpétuent également la tradition orale tout en l'adaptant à l'ère numérique. La littérature pour enfants connaît aussi un développement progressif, organisé autour de programmes éducatifs visant à promouvoir l'alphabétisation en pachtou. Plusieurs auteurs écrivent des contes modernes inspirés du folklore traditionnel, valorisant les valeurs de compassion, de respect et de persévérance. |
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