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La
super-famille des Hominoïdes correspond à un grand groupe de primates
qui correspond à l'ensemble des singes sans queue, soit les grands
singes, les gibbons et les êtres humains.
Les Hominoïdes jouent
ainsi un rôle central dans l'étude de l'évolution humaine, car ils représentent
nos plus proches parents vivants. Les comparaisons génomiques montrent
que l'ADN de l'être humain
est très proche de celui des chimpanzés,
avec une similarité d'environ 98 à 99 % selon les méthodes de calcul.
Cette proximité génétique, combinée aux données paléontologiques
et anatomiques, permet de reconstituer les principales étapes de l'émergence
des homininés, notamment l'apparition de la bipédie, l'augmentation progressive
du volume cérébral et le développement de capacités symboliques et
culturelles complexes.
En classification
biologique moderne, elle est appelée Hominoidea. Dans les classifications
phylogénétiques modernes fondées sur la morphologie comparée et la
génétique
moléculaire, les Hominoïdes appartiennent au clade des Catarrhini (singes
de l'Ancien Monde) et sont le groupe frère des Cercopithecidae. Leur divergence
remonte approximativement à 25-30 millions d'années, probablement en
Afrique. Les premiers représentants connus
incluent notamment Proconsul, un primate africain qui possédait déjÃ
plusieurs caractéristiques des singes modernes. Au cours du Miocène,
ce groupe s'est diversifié et a occupé une grande partie de l'Afrique,
de l'Europe et de l'Asie.
Les lignées actuelles résultent d'une série de divergences évolutives
successives.
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Une
famille de Gorilles, au Rwanda. Source
: The World Factbook.
Les Hominoïdes se
distinguent morphologiquement par un ensemble de caractères dérivés.
Leur absence de queue est associée à une réorganisation
de la région lombaire et pelvienne. La cage thoracique est large et aplatie
dorso-ventralement, contrairement à la cage thoracique étroite des cercopithécidés.
Les omoplates sont situées sur la face dorsale
du thorax, ce qui permet une grande amplitude
de mouvement de l'articulation scapulo-humérale.
Cette configuration anatomique favorise les modes de locomotion suspensifs
et brachiateurs caractéristiques de plusieurs lignées. Les membres antérieurs
sont relativement allongés, et la morphologie des mains (pouce opposable,
phalanges souvent incurvées chez les espèces arboricoles) reflète des
adaptations locomotrices variées.
Les
gibbons utilisent principalement la brachiation rapide entre les branches.
Les orangs-outans pratiquent une locomotion arboricole prudente. Les gorilles
et les chimpanzés se déplacent fréquemment au sol en locomotion sur
les articulations, c'est-Ã -dire en prenant appui sur les phalanges des
mains. La lignée humaine a développé un mode de locomotion unique parmi
les Hominoïdes : la bipédie permanente, qui implique des transformations
importantes du bassin, de la colonne vertébrale, du fémur et du pied.
Les Hominoïdes présentent
également des caractéristiques dentaires distinctives. Leur formule dentaire
suit généralement la formule primitive des Catarrhini 2.1.2.3 (deux incisives,
une canine, deux prémolaires et trois molaires par quadrant), mais la
forme des dents et la taille des canines varient selon les espèces, en
fonction des régimes alimentaires et les stratégies sociales. Chez
les humains, les canines sont réduites et la
denture est adaptée à une alimentation omnivore variée. Chez plusieurs
grands singes, les canines sont plus développées et jouent un rôle dans
les interactions sociales et la compétition.
Le crâne des Hominoïdes
présente également des traits distinctifs. La base du crâne
est plus flexionnée, le cerveau est relativement volumineux et la région
faciale est généralement raccourcie comparativement à celle des singes
de l'Ancien Monde. Chez certaines lignées, notamment celle menant à Homo
sapiens, l'encéphalisation atteint un niveau très élevé, avec une expansion
notable du néocortex. Mais on observe également des capacités cognitives
avancées chez plusieurs grands singes, notamment chez Pan troglodytes
et Gorilla gorilla. Ces espèces manifestent des comportements
complexes tels que l'utilisation d'outils, la résolution de problèmes,
la coopération sociale et certaines formes de transmission culturelle.
Chez les chimpanzés et les bonobos, on observe par exemple des traditions
comportementales locales, comme l'usage de bâtons pour extraire des termites
ou l'emploi de pierres pour casser des noix. Ces comportements sont souvent
étudiés dans le cadre de la primatologie et de l'anthropologie évolutive.
Leur organisation
sociale est extrêmement diverse. Les gibbons vivent généralement en
couples monogames territoriaux. Les orangs-outans sont plutôt solitaires.
Les gorilles vivent en groupes dirigés par un mâle dominant appelé dos
argenté. Les chimpanzés forment des sociétés complexes à structure
fission-fusion, dans lesquelles les sous-groupes se forment et se dispersent
régulièrement. Chez les humains, l'organisation sociale est encore plus
flexible et culturellement variable.
Aujourd'hui, la plupart
des espèces de grands singes sont menacées d'extinction. La déforestation,
le braconnage et la fragmentation des habitats représentent les principales
menaces pour des espèces comme Pongo pygmaeus ou Pan paniscus. De nombreux
programmes de conservation menés par des organisations internationales
tentent de protéger ces primates, dont l'importance scientifique, écologique
et culturelle est considérable.
La super-famille
des Hominoïdes comprend deux familles actuelles principales.
• Hominidés.
- La première famille est celle des Hominidae, qui comprend les
grands singes et l'être humain. Elle inclut plusieurs lignées majeures.
Les orangs-outans appartiennent au genre Pongo et vivent principalement
dans les forêts tropicales de Bornéo et de Sumatra.
Les gorilles sont regroupés dans le genre Gorilla et constituent les plus
grands primates actuels. Les chimpanzés et les bonobos appartiennent au
genre Pan, tandis que les humains modernes sont classés dans le genre
Homo.
• Hylobatidés.
- La seconde famille est celle des Hylobatidae, qui regroupe les
gibbons et les siamangs d'Asie
du Sud-Est. Ces primates arboricoles présentent
des adaptations extrêmes à la brachiation : membres antérieurs très
allongés, articulation de l'épaule hautement mobile et corps relativement
léger. Leurs vocalisations complexes jouent un rôle central dans la défense
territoriale.
Les
analyses phylogénétiques basées sur l'ADN nucléaire et mitochondrial
indiquent que la divergence entre les Hylobatidae et les Hominidae s'est
produite il y a environ 17 à 20 millions d'années. Au sein des Hominidae,
la lignée des orangs-outans s'est séparée en premier, vers 12 à 14
millions d'années. Les gorilles se sont ensuite différenciés de la lignée
menant aux chimpanzés et aux humains il y a environ 8 à 10 millions d'années.
La divergence entre les chimpanzés (dont Pan troglodytes) et la lignée
humaine est estimée entre 6 et 7 millions d'années. Cette chronologie
est corroborée par des données paléontologiques et moléculaires.
Le registre fossile
des Hominoïdes montre une grande diversité au cours du Miocène. Plusieurs
genres fossiles témoignent de la radiation évolutive de ces primates.
L'un des plus anciens est Proconsul, découvert en Afrique de l'Est et
datant d'environ 20 millions d'années. Bien qu'il conserve certaines caractéristiques
primitives, il présente déjà plusieurs traits associés aux Hominoïdes
modernes. D'autres formes miocènes, comme Dryopithecus en Europe ou Sivapithecus
en Asie du Sud, illustrent la diversification géographique et morphologique
du groupe.
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| Hominidés |
Ponginés |
Un genre vivant :
Pongo (Pongo
pygmaeus ou Orang outan, distribué en deux populations, l'une à Bornéo,
l'autre à Sumatra, dont certains auteurs font deux espèces distinctes).
Genres éteints :
Dryopithèque;
Kamoyapithèque;
Proconsul;
Limnopithèque;
Kalepithèque;
Platodontopithèque;
Ramapithèque;
Micropithèque;
Lufengpithèque.
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| Homininés |
Genres
vivants :
Pan (chimpanzés)
:
Deux espèces :
Pan
paniscus (bonobo ou chimpanzé pygmée);
Pan
troglodytes (trois sous-espèces : Pan troglodytes schweinfurthii,
Pan troglodytes troglodytes, Pan troglodytes verus).
Homo (hominiens)
Espèces éteintes :
Homo
nabeli
Homo
antecessor
Homo
georgicus
Homo
orientalis
Homo
habilis
Homo
rudolfensis
Homo
erectus
Sous espèces :
Homo erectus erectus, Homo erectus hexianensis, Homo erectus mauritanicus,
Homo erectus palaeojavanicus, Homo erectus pekinensis, Homo erectus soloensis
Homo floresiensis
Homo
ergaster
Homo
heidelbergensis
Homo
neanderthalensis
Espèce vivante :
Homo
sapiens
deux sous-espèces
éteintes :
Homo sapiens fossilis
Homo sapiens rhodesiensis
une sous-espèce vivante :
Homo
sapiens sapiens
Genres
complètement éteints :
Sahelanthropus
(Sahelanthropus
tchadensi = Toumaï)
Orrorin
Ardipithecus
Praeanthropus
Australopithecus
Kenyanthropus
Paranthropus
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Gorillinés
(Gorilles)
Gorilla
beringei :
Trois sous espèces
: G. beringei beringei : gorille de montagne; G. b. gorilla : gorille de
plaine occidental; G. b. graureri : gorille de plaine oriental)
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| Tribu
éteinte : Gigantopithecinés |
| Trois genres
éteints : Pierolapithèque, Graecopithèque, Langsonia |
| Hylobatidés |
Deux genres
vivants (vivant principalement dans les forêts de la péninsule indo-malaise
et des îles de la Sonde) :
Hylobates
(Gibbons)
Symlphalangus (Siamangs)
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-
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Emmanuelle
Grundmann (photos : C. Ruoso, D. Fontenet), L'homme est un singe
comme les autres, Hachette, 2008. - Un livre
inédit et bouleversant qui dévoile à un large public la face humaine
des grands singes et nous fait découvrir nos profondes similitudes. Un
très bel ouvrage, avec un texte qui mêle des anecdotes, les découvertes
et expériences de l'auteur (primatologue), toutes plus étonnantes et
fascinantes, et des photos inédites et spectaculaires de grands
singes, mis en parallèle avec son cousin l'homme : un résultat troublant
et captivant qui montre combien l'origine de nos comportements
et compétences sont ancrées dans le monde des grands singes. (couv.).
Marylène.
Patou-Mathis, Néanderthal, une autre humanité, Perrin,
2008. - Neanderthal appartient comme nous à la grande
famille des hominidés. Mais, au XIXe siècle, la découverte de ce premier
fossile humain suscita le trouble dans les esprits : la parenté avec une
telle brute, aux antipodes de notre humanité, était impossible... D'autres
découvertes et l'immense progrès des sciences permettent enfin de retracer
la longue histoire de Neanderthal. Taillé pour affronter tous les environnements,
y compris les plus hostiles, il a su développer au fil des siècles un
mode de vie adapté à des conditions économiques très complexes. Cette
civilisation qui semblait tellement fruste atteste d'une intelligence sociale
et technologique si opérationnelle qu'elle permettra à Neanderthal de
survivre plus de 300.000 ans. C'est beaucoup... Avec l'arrivée il y a
40 000 ans de Cro-Magnon en Europe, Neanderthal
se trouve confronté à une autre humanité. Dans certaines régions, il
conservera son mode de vie, ailleurs il empruntera le savoir-faire des
nouveaux arrivants. Et puis il disparaîtra, laissant aux historiens une
énigme qui n'est pas encore totalement résolue... (couv.).
Stine Jensen, Les femmes préfèrent les singes (trad. Micheline
Goche), Le Seuil, 2006. - D'étranges liens se sont
tissés, au cours des dernières décennies, entre les grands singes
- chimpanzés, gorilles, orangs-outans - et des femmes. Liens bien réels,
qui ont révolutionné la science du comportement animal, avec Dian
Fossey,
Jane Goodall et d'autres primatologues,
dont les travaux ont fait l'objet d'opérations de marketing médiatique
à grande échelle. On savait les grands singes génétiquement très proches
de nous, on apprit que la plupart de nos comportements avaient des équivalents
chez eux. Liens fantasmatiques aussi. Nombre de films et de livres mettent
en scène des relations amoureuses entre une femme et un singe. De
King
Kong à Max, mon amour et de La Femme et le Singe de
Peter Hoeg à Brazzaville Plage de William Boyd, l'auteur procède,
sur l'incertaine frontière science, cinéma et littérature, à une analyse
fine et juste d'un nouveau mythe contemporain - celui du singe comme modèle
de l'homme de demain. (couv.).
Pierre
Moussa, Notre aventure humaine, Grasset et Fasquelle, 2005.
- "Homo sapiens sapiens : l'expression, qui attribue
implicitement aux six milliards d'hommes une sagesse redoublée, est comique.
C'est pourquoi les savants lui substituent de plus en plus l'appellation
«-homme moderne
». C'est un peu moins comique. Peu importe. Lorsque j'étais enfant, on
apprenait encore en classe les quatre races. » Aujourd'hui, grâce Ã
la découverte et aux progrès de la génétique, mais aussi de la linguistique,
on peut dresser le tableau des principaux ensembles ethniques et dessiner
les cartes de leurs mouvements migratoires. Fort de ce savoir commun, Pierre
Moussa remonte pas à pas le cours de l'humanité pour faire le récit
de notre aventure humaine. Ce livre est un voyage dans le temps, depuis
l'homo sapiens sapiens jusqu'à l'homo habilis (1,30 mètre et 40 kg),
apparu il y a 3 millions d'années en Afrique de l'Est et du Sud, en passant
par l'homo erectus, qui maîtrisa le feu, inventa le langage et engendra
à son tour, il y a 200 000 ans, notre ancêtre direct, l'homo sapiens.
Poursuivant la quête de notre ascendance, Pierre Moussa nous entraîne
à la rencontre des différents primates, moins évolués encore, disparus
durant l'ère tertiaire, des petits mammifères insectivores qui rappellent
la musaraigne et vécurent dans l'ère secondaire, et plus proche de l'ère
primaire, il y a 400 millions d'années, des reptiles et des poissons...
pour nous apprendre, analyse de nos génomes à l'appui, que nous sommes
cousins du ténia à 80%, et de l'éponge à 60%! (couv.).
Pascal
Picq, Les origines de l'homme, Points Seuil, 2005. - L'origine
de l'homme est sans doute le domaine de la science qui a connu, ces dernières
années, les bouleversements les plus radicaux. La multiplication des découvertes
de fossiles d'hominidés relègue aux oubliettes l'idée d'une lignée
ancestrale unique et jette le doute sur les théories expliquant de façon
univoque le passage du simiesque australopithèque au sémillant Homo sapiens
sapiens, tandis que les progrès de l'éthologie
des grands singes tendent à effacer la limite, que l'on croyait bien assurée,
entre l'homme et l'animal. Abondamment illustré de cartes détaillées,
crânes fossiles et autres pierres taillées, cet ouvrage d'un spécialiste
renommé synthétise avec clarté le long chemin (environ six millions
d'années) qui mène de la célèbre Lucy à Neandertal et aux Magdaléniens.
Le point sur une question fascinante qui offre, mieux que toute autre,
le vertige d'une plongée dans la profondeur du temps (couv.).
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