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Le terme d'exarchat
de Ravenne désigne à la fois, dans son
sens le plus général, l'ensemble des territoires que les empereurs byzantins
possédèrent en Italie
de 568 à 751, et, dans une acception plus particulière, celle de ces
possessions qui était directement administrée par l'exarque, c.-à-d.
la province dont Ravenne était la capitale. Quand la donation de Pépin
(754) transféra sous l'autorité des pontifes romains une grande partie
de l'Italie byzantine, le mot exarchat ne fut plus employé que dans son
sens restreint et ne servit plus à désigner que la seule région de Ravenne;
il demeura en usage jusqu'au XIIe siècle
dans cette acception. Nous devons pourtant ici l'étudier dans sa signification
la plus étendue et successivement examiner l'origine, les divisions, l'administration
et la ruine de l'exarchat byzantin de Ravenne.
Lorsque, en 569, les Lombards
envahirent l'Italie
reconquise par les armées de Justinien, les
progrès de la conquête barbare et les nécessités que le soin de la
défense imposa aux Byzantins ne tardèrent
pas à produire un grave changement dans l'organisation administrative
de la péninsule. Sous l'effort des envahisseurs, les limites des anciennes
provinces romaines
disparurent et les territoires échappés à l'invasion se rapprochèrent
en un groupement nouveau; d'autre part, pour résister aux progrès des
Lombards, un effort considérable parut nécessaire et un haut fonctionnaire
d'ordre militaire fut, peut-être avec des pouvoirs extraordinaires, chargé
d'assurer la défense de l'Italie. Ce fut l'exarque, et quoiqu'on ne puisse
indiquer avec une entière certitude la date à laquelle fut institué
le premier exarque, du moins peut-on la fixer approximativement entre 572
et 584; probablement il faut attribuer à l'énergique empereur Maurice
la mesure qui confia à ce haut dignitaire le commandement des troupes
concentrées en Italie.
Sans doute, malgré le groupement nouveau
des territoires, les noms des anciennes provinces romaines
restèrent en usage durant bien des années encore; sans doute, à côté
de l'exarque, commandant militaire de la province, l'administration civile
subsista comme auparavant. Mais, par la force même des choses, dans ces
provinces journellement menacées et placées comme en état de siège,
les agents du régime civil se subordonnèrent aux officiers militaires,
et le groupement des territoires exigé par les nécessités de la défense
entraîna un remaniement des circonscriptions administratives. De là naquit,
dès la fin du VIe siècle, une division
nouvelle du territoire; de là sortit peu de temps après une réorganisation
complète de l'administration.
Dès la fin du VIe
siècle, la province byzantine d'Italie ,
à laquelle était peut-être à ce moment rattachée la Sicile ,
se partageait en un certain nombre de grands gouvernements militaires :
1° Istrie ;
2° Vénétie ;
3° exarchat proprement dit auquel se rattachait la Calabre ;
4° Pentapole; 5° Rome; 6° Naples,
comprenant le Brutium ;
7° Ligurie .
De ces provinces, la Ligurie tomba en 640
aux mains des Lombards; les autres subsistèrent
jusqu'à la chute de l'exarchat, non sans avoir subi pourtant diverses
transformations commandées par le soin de la défense militaire. Aux derniers
temps de la domination byzantine, un peu avant les bandes conquêtes lombardes
qui allaient emporter l'exarchat, la province grecque d'Italie, dont la
Sicile était alors absolument détachée, comprenait, vers le commencement
du VIIe siècle, les gouvernements suivants
:
1° Istrie ;
2° duché de Venise ;
3° duché de Ferrare; 4° exarchat proprement
dit; 5° duché de Pentapole; 6° duché de Pérouse;
7° duché de Rome; 8° duché de Naples;
9° duché de Calabre .
Dans toutes ces provinces s'était depuis
le commencement du VIIe siècle accomplie
une importante transformation administrative : partout dans l'administration
municipale, provinciale et centrale, l'autorité civile avait disparu devant
l'autorité militaire, et ce lent effacement est l'un des traits les plus
caractéristiques du régime auquel fut soumise l'Italie byzantine. Dans
la ville, le tribun remplace les magistrats municipaux; dans la province,
le duc se substitue au judex provinciae; à Ravenne, l'exarque prend
le pas sur le préfet du prétoire. A Rome même
le Sénat disparaît, et si les fonctionnaires civils gardent quelques
attributions obscures, partout la première place appartient aux officiers
militaires qui commandent à la fois les troupes et administrent le territoire.
Au moment où la réforme des thèmes transforme l'organisation de l'empire
byzantin
tout entier, l'Italie
traverse la même crise; la province byzantine constitue, au nom près,
un véritable thème, et l'histoire de sa transformation administrative
éclaire d'une vive lumière la grande réforme qui, au VIIe
siècle, renouvela l'organisation de l'empire d'Orient.
Malgré les efforts militaires et surtout
diplomatiques que firent les empereurs byzantins pour défendre et conserver
leurs possessions italiennes, malgré la curieuse tentative, peu couronnée
de succès, que les gouverneurs impériaux firent pour propager dans la
péninsule l'influence de l'hellénisme, l'exarchat, déjà bien réduit
par les conquêtes de Liutprand, succomba en
751 sous les coups du roi AstuIf. Bien des causes de ruine avaient d'ailleurs
contribué à ébranler la solidité du régime établi par les Grecs à
l'extérieur, les guerres incessantes qu'il fallut soutenir contre les
Lombards affaiblirent en Italie
la puissance byzantine ;
à l'intérieur, l'administration impériale, arbitraire et tyrannique,
pesa lourdement sur les populations, et, par ses rigueurs, ses vexations,
son avidité, provoqua plus d'une fois des insurrections dangereuses. Ajoutez
les soulèvements des gouverneurs, trop puissants pour n'être point presque
indépendants du pouvoir central, la formation d'une aristocratie féodale
de grands propriétaires mal soumis à l'autorité impériale, l'insensible
révolution qui, dans les villes de la péninsule, donna le premier rang
aux milices provinciales et mit aux mains des populations les armes nécessaires
pour une révolte; pourtant la principale cause de la chute du gouvernement
impérial fut l'influence chaque jour croissante que l'Église
romaine sut conquérir sur l'administration byzantine et sur les populations
de la péninsule, le conflit religieux qui plus d'une fois mit aux prises
le pape et l'empereur, enfin la politique indépendante des pontifes qui,
en mettant au service des rois francs l'appui longtemps donné à l'Empire,
portèrent le dernier coup à la domination byzantine en Italie.
La donation de Pépin
(754) fit du pape l'héritier de l'exarchat en lui cédant avec la province
de Ravenne les duchés de Ferrare, de Pentapole,
de Pérouse et de Rome. Tandis que l'Istrie
se rattachait au thème de Dalmatie ,
que le duché de Vénétie
devenait un Etat vassal de Byzance ,
ce qui restait aux Grecs dans l'Italie du Sud, c.-à-d. les duchés de
Naples et de Calabre ,
fut incorporé au gouvernement byzantin la plus voisin et fit partie du
thème de Sicile .
Longtemps pourtant les empereurs revendiquèrent l'exarchat perdu et même
après que les traités de 803 et 812 eurent consacré l'abandon des droits
historiques de Byzance sur le Nord et le centre de la péninsule, jusqu'au
Xe siècle, ils gardèrent une secrète
espérance de recouvrer quelque jour les conquêtes de Justinien.
(Ch. Diehl). |
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