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La
géologie
(du grec gé = terre, et logos = discours, science)
est la science de la Terre. Son objectif principal est de comprendre comment
la Terre fonctionne, comment elle a fonctionné par le passé et comment
elle pourrait évoluer dans le futur.
La
géologie cherche ainsi à répondre à des questions fondamentales comme
: De quoi la Terre est-elle faite? Comment s'est-elle formée et a-t-elle
évolué au cours de milliards d'années? Pourquoi y a-t-il des montagnes,
des volcans et des tremblements de terre?OĂą trouve-t-on les ressources
dont notre société a besoin (eau, métaux, énergie)? Comment le climat
de la Terre a-t-il changé dans le passé et comment pourrait-il changer
à l'avenir? Quelle est l'histoire de la vie sur Terre, telle que racontée
par les roches et les fossiles?
Cette science ne se
limite pas à l'étude de la surface terrestre. Elle étudie la Terre de
son noyau interne jusqu'à l'interaction avec l'atmosphère et l'hydrosphère.
Son champ d'étude comprend en particulier :
• La
composition de la Terre. - L'étude des minéraux (minéralogie) et
des roches (pétrologie) qui constituent la croûte, le manteau et le noyau.
Cela implique de comprendre leur chimie, leur structure cristalline et
leurs propriétés physiques.
• La structure
de la Terre. - L'analyse des couches internes (noyau, manteau, croûte)
et des structures géologiques à différentes échelles, des plis et failles
microscopiques aux chaînes de montagnes et aux bassins océaniques (géologie
structurale).
• Les processus
terrestres. - L'étude des forces et mécanismes qui façonnent la
Terre. Cela concerne les processus internes (tectonique
des plaques, volcanisme, sismicité) et les processus de surface (érosion,
sédimentation, altération, action de l'eau, du vent, de la glace).
• L'histoire
de la Terre. - La reconstruction des événements passés, depuis la
formation de la planète il y a environ 4,54 milliards d'annĂ©es jusqu'Ă
aujourd'hui. Cela s'appuie sur l'étude des couches de roches (stratigraphie),
des fossiles (paléontologie) et des méthodes de datation
absolue et relative (géochronologie). Un concept central ici est le Temps
gĂ©ologique, une Ă©chelle de temps immensĂ©ment vaste par rapport Ă
l'échelle humaine.
Concepts fondamentaux.
Plusieurs principes
et théories sous-tendent la géologie moderne :
Tectonique
des plaques.
La tectonique des
plaques est la théorie unificatrice de la géologie moderne. Elle explique
que la couche externe rigide de la Terre (la lithosphère) est divisée
en grandes plaques qui se déplacent les unes par rapport aux autres sur
l'asthénosphère plus ductile. Ce mouvement est responsable de la plupart
des phénomènes géologiques majeurs comme les séismes, le volcanisme
et la formation des chaînes de montagnes.
Uniformitarisme.
L'uniformitarisme
ou uniformisme, souvent résumé par la phrase "le présent est la clé
du passé", postule que les processus géologiques qui opèrent aujourd'hui
(érosion, sédimentation, volcanisme, etc.) sont les mêmes que ceux qui
ont agi tout au long de l'histoire de la Terre, bien que leur intensité
puisse avoir varié.
Cycle
des roches.
Le cycle des roches
est un modèle qui décrit comment les trois principaux types de roches
(ignées, sédimentaires et métamorphiques) se transforment les unes en
les autres au fil du temps sous l'effet de processus géologiques (fusion,
cristallisation,
érosion, sédimentation, compaction, cimentation, chaleur, pression).
Principes
de la stratigraphie.
Les principes de
la stratigraphie correspondent à des règles comme le principe de superposition
(dans une séquence non perturbée, les couches inférieures sont plus
anciennes que les couches supérieures), qui permettent de déterminer
l'âge relatif des roches sédimentaires.
Les branches de
la géologie.
La géologie, science
très vaste et diversifiée, se subdivise en de nombreuses branches spécialisées
qui chacune se concentre sur un aspect particulier de l'étude de la Terre,
de sa formation à son évolution actuelle, et, dans certains cas, d'autres
corps célestes.
Minéralogie.
La minéralogie
s'intéresse spécifiquement à l'étude des minéraux. Un minéral est
généralement défini comme une substance naturelle, solide, inorganique,
dotée d'une composition chimique définie et d'une structure atomique
ordonnée, c'est-à -dire cristalline. Le minéralogiste analyse les propriétés
physiques des minéraux comme la dureté, le clivage, l'éclat, la couleur,
la forme cristalline, ainsi que leurs propriétés optiques et chimiques.
Cette discipline vise à identifier, classifier les minéraux, comprendre
leurs conditions de formation, leur occurrence, leur distribution géographique
et leurs applications économiques (par exemple, les minerais, les pierres
précieuses, les matériaux industriels). Elle utilise des techniques variées,
allant de l'observation au microscope (pétrographique, électronique)
aux analyses chimiques poussées et à la diffraction des rayons X pour
déterminer la structure cristalline. La minéralogie est fondamentale
car les minéraux sont les constituants de base des roches.
Pétrologie.
La pétrologie,
étroitement liée à la minéralogie, est l'étude des roches. Une roche
est un agrégat naturel de minéraux, ou, dans certains cas, de matière
non minérale (comme le verre volcanique ou la matière organique). La
pétrologie cherche à comprendre l'origine (la formation), la composition
minéralogique et chimique, la texture (la taille, la forme et l'arrangement
des grains minéraux), la structure et la classification des roches. Elle
se subdivise classiquement en trois domaines :
• La
pétrologie ignée (ou magmatique) étudie les roches formées par
le refroidissement et la solidification du magma
ou de la lave (volcaniques et plutoniques),
• La pétrologie
sédimentaire analyse les roches formées par l'accumulation et la
compaction de sédiments (issus de l'érosion, du transport et de la déposition
de matériaux),
• La pétrologie
métamorphique s'intéresse aux roches transformées par la chaleur,
la pression et/ou des fluides chimiquement actifs, sans passer par une
phase de fusion complète.
Les méthodes employées
comprennent l'observation sur le terrain, l'étude d'échantillons à la
main, l'examen microscopique de lames minces de roche, et les analyses
géochimiques et isotopiques. La pétrologie est essentielle pour comprendre
les processus internes et externes de la Terre, la formation des chaînes
de montagnes, l'ouverture des océans, et pour la prospection des ressources
naturelles associées aux différents types de roches.
Géologie
structurale.
La géologie structurale
étudie la géométrie tridimensionnelle des corps rocheux et l'histoire
de leur déformation. Elle analyse les structures géologiques telles que
les plis (déformations courbes des couches rocheuses), les failles (fractures
le long desquelles il y a eu déplacement), les diaclases (fractures sans
déplacement significatif), la foliation (arrangement plan de minéraux),
et la linéation (arrangement linéaire). Cette branche cherche à comprendre
les forces (contraintes) qui agissent sur les roches et la manière dont
celles-ci réagissent (déformation élastique, plastique ou cassante).
Le géologue structuraliste mesure l'orientation des couches et des structures
en surface et en profondeur, construit des coupes géologiques pour visualiser
la disposition des roches dans le sous-sol et analyse les mécanismes de
déformation. Cette discipline est fondamentale pour comprendre la tectonique
des plaques, la formation des montagnes, la sismologie (étude des tremblements
de terre), et est cruciale pour l'exploration des gisements miniers et
pétroliers (les structures peuvent piéger les fluides) ainsi que pour
l'ingénierie géologique.
Stratigraphie.
La stratigraphie
est la science des couches rocheuses, ou strates, et de leur succession
dans le temps. Elle s'intéresse principalement aux roches sédimentaires,
mais aussi aux coulées volcaniques et aux dépôts glaciaires, qui se
déposent en couches successives. La stratigraphie vise à décrire, corréler
(établir des équivalences) et dater ces couches rocheuses afin de reconstruire
l'histoire de la Terre. Elle repose sur des principes fondamentaux tels
que le principe de superposition (dans une séquence non déformée, les
couches inférieures sont plus anciennes que les couches supérieures),
le principe d'horizontalité originelle (les sédiments se déposent initialement
à plat) et le principe de continuité latérale (les couches s'étendent
latéralement jusqu'à ce qu'elles s'amincissent ou rencontrent une barrière).
Différentes approches existent, comme :
• La
lithostratigraphie (basée sur la nature physique des roches).
• La biostratigraphie
(basée sur le contenu en fossiles).
• La chronostratigraphie
(basée sur l'âge des couches).
• La stratigraphie
séquentielle (basée sur l'analyse des variations du niveau marin
et des dépôts associés).
La stratigraphie est
essentielle pour établir l'échelle des temps géologiques, comprendre
l'évolution des bassins sédimentaires, identifier les réservoirs d'hydrocarbures
et d'eau souterraine, et pour la paléogéographie (reconstruction des
environnements passés).
Paléontologie.
La paléontologie
est l'étude de la vie ancienne basée sur les fossiles, qui sont les restes
ou les traces d'organismes ayant vécu dans le passé géologique. La paléontologie
se situe à l'interface entre la géologie et la biologie. Le paléontologue
découvre, décrit, classe et étudie les fossiles, qu'il s'agisse d'organismes
entiers, de parties de corps (coquilles, os, feuilles) ou de traces d'activité
(empreintes de pas, terriers). Cette discipline permet de retracer l'évolution
de la vie sur Terre, de comprendre les écosystèmes passés (paléoécologie),
d'analyser les événements d'extinction massives et de reconstituer les
environnements dans lesquels vivaient ces organismes. Les fossiles sont
également des outils cruciaux pour la stratigraphie, notamment pour la
biostratigraphie, car certaines espèces n'ont vécu que pendant des périodes
de temps limitées et peuvent ainsi servir de marqueurs pour dater et corréler
les couches rocheuses à l'échelle régionale ou globale. La paléontologie
contribue ainsi de manière fondamentale à notre compréhension de l'histoire
de la Terre et de l'évolution de la biodiversité.
Géomorphologie.
La géomorphologie
se concentre sur l'étude des formes du relief terrestre, leur origine,
leur évolution et les processus qui les façonnent. Elle analyse comment
l'érosion par l'eau, le vent, la glace, ainsi que l'activité tectonique,
le volcanisme et même les actions biologiques et humaines, créent des
montagnes, des vallées, des plaines, des côtes et autres paysages. Cette
branche cherche Ă comprendre non seulement la description des formes,
mais surtout la dynamique des systèmes qui les produisent, intégrant
souvent des notions de climatologie, d'hydrologie et de pédologie pour
expliquer l'évolution des surfaces terrestres sur des échelles de temps
variées, des événements instantanés aux millions d'années.
Sismologie.
La sismologie, quant
à elle, est l'étude des tremblements de terre et de la propagation des
ondes
sismiques Ă travers la Terre. Les sismologues enregistrent et analysent
ces ondes pour déterminer l'emplacement, la magnitude et les mécanismes
des séismes, mais aussi, de manière cruciale, pour sonder la structure
interne de la planète. En observant comment les différentes ondes (P,
S, ondes de surface) se propagent, se réfléchissent et se réfractent
aux interfaces des différentes couches terrestres, ils ont pu cartographier
le manteau, le noyau externe liquide et le noyau interne solide, révélant
ainsi la composition et l'état physique des profondeurs inaccessibles.
La sismologie est également essentielle pour l'évaluation des risques
sismiques et l'amélioration des normes de construction parasismique.
Volcanologie.
La volcanologie
se dédie à l'étude des volcans, des éruptions volcaniques, de la lave,
du magma et des phénomènes associés. Les volcanologues analysent la
composition chimique et physique des roches volcaniques, surveillent l'activité
des volcans actifs (mesure des déformations du sol, composition des gaz,
sismicité locale) pour tenter de prévoir les éruptions, et étudient
les risques associés (coulées de lave, nuées
ardentes, chutes de cendres,
lahars). Cette
discipline est fondamentale pour comprendre le cycle de la matière du
manteau vers la surface et l'atmosphère, la formation des roches magmatiques,
et l'impact des éruptions sur le climat et les environnements.
Géophysique.
La géophysique
est une branche plus large qui applique les principes et les méthodes
de la physique à l'étude de la Terre et de son environnement spatial.
Elle utilise diverses techniques comme la gravimétrie (étude du champ
de gravité terrestre), le magnétisme (étude du champ magnétique terrestre),
l'électricité et la résistivité électrique, ainsi que la sismologie
et l'étude du flux de chaleur. Les géophysiciens cherchent à comprendre
la structure interne de la Terre, les processus dynamiques comme la convection
du manteau ou la tectonique des plaques, et à détecter des anomalies
dans les propriétés physiques du sous-sol qui peuvent indiquer la présence
de ressources (eau, minéraux, hydrocarbures) ou des risques géologiques.
Elle fournit des outils puissants pour l'exploration du sous-sol, qu'il
s'agisse de la Terre profonde ou des couches superficielles.
Géochimie.
La géochimie est
l'étude de la composition chimique de la Terre et des lois qui régissent
la distribution et la circulation des éléments chimiques et de leurs
isotopes dans l'écorce, le manteau, le noyau, l'hydrosphère, l'atmosphère
et la biosphère. Elle analyse la chimie des roches, des minéraux, de
l'eau, des gaz et des êtres vivants pour comprendre l'origine des matériaux
terrestres, les processus de formation et d'altération des roches, les
cycles biogéochimiques des éléments, l'évolution de l'atmosphère et
des océans, et la chronologie des événements géologiques grâce aux
méthodes de datation isotopique. La géochimie est essentielle pour comprendre
la formation des gisements minéraux, la qualité des eaux souterraines,
la pollution environnementale, et l'évolution à long terme du système
Terre.
Hydrogéologie.
L'hydrogéologie
est la branche qui étudie les eaux souterraines, c'est-à -dire l'eau qui
se trouve sous la surface de la Terre dans les fractures des roches et
les espaces poreux du sol et des sédiments. Elle s'intéresse à l'origine
de cette eau, à son mouvement (écoulement), à sa distribution, à sa
qualité chimique et physique, ainsi qu'à ses interactions avec les roches,
les sols et les activités humaines. L'objectif principal de l'hydrogéologie
est de comprendre les systèmes aquifères (les formations géologiques
qui peuvent stocker et transmettre l'eau souterraine) afin de gérer les
ressources en eau potable, de prévenir et de contrôler la contamination
des nappes phréatiques, et d'évaluer l'impact de l'utilisation des terres
et du changement climatique sur les réserves d'eau souterraine. Ses applications
sont importantes pour l'approvisionnement en eau, l'agriculture, l'industrie
et la protection de l'environnement.
Géologie
économique.
La géologie économique
est dédiée à l'étude des matériaux géologiques qui ont une valeur
économique pour les humains. Cela inclut les minerais (des roches ou minéraux
contenant des métaux ou d'autres éléments précieux), les combustibles
fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel), les matériaux de construction
(sable, gravier, pierre, argile) et parfois mĂŞme l'eau souterraine (bien
que l'hydrogéologie soit la spécialité pour l'étude de l'eau elle-même,
la géologie économique s'intéresse à sa valeur en tant que ressource).
Les géologues économiques cherchent à comprendre comment ces gisements
se sont formés, où ils se trouvent, et comment les exploiter de manière
rentable et si possible durable. Leur travail couvre la prospection (la
recherche de nouveaux gisements), l'évaluation (déterminer la taille,
la teneur et la viabilité économique d'un gisement) et contribue à la
planification de l'exploitation minière et pétrolière.
Géologie
de l'environnement.
La géologie de
l'environnement applique les principes et les méthodes de la géologie
à l'étude des interactions entre les humains et leur environnement géologique.
Elle examine les problèmes environnementaux causés par les activités
humaines (comme la pollution des sols et de l'eau, la gestion des déchets,
l'impact de l'exploitation minière et des infrastructures) ainsi que les
risques naturels d'origine géologique (tels que les tremblements de terre,
les éruptions volcaniques, les glissements de terrain, les inondations,
l'érosion côtière) qui affectent les populations humaines. Les géologues
environnementaux travaillent à identifier, évaluer et atténuer ces risques
et ces problèmes. Ils sont impliqués dans les études d'impact environnemental,
la planification de l'utilisation des sols, la gestion des sites contaminés,
la conception de systèmes de gestion des déchets, et la compréhension
des facteurs géologiques influençant le changement climatique et ses
conséquences.
Géologie
de l'ingénieur.
La géologie de
l'ingénieur (ou géotechnique dans un contexte plus large) est l'application
de la géologie à l'ingénierie civile et minière. Son objectif est d'assurer
que les facteurs géologiques affectant l'emplacement, la conception, la
construction, l'exploitation et la maintenance des ouvrages d'ingénierie
(comme les bâtiments, les ponts, les barrages, les tunnels, les routes,
les centrales électriques) sont correctement pris en compte. Cela implique
l'étude des propriétés mécaniques des sols et des roches, l'évaluation
de la stabilité des pentes, la reconnaissance de site pour identifier
les conditions du sous-sol (présence de failles, de terrains instables,
d'eau souterraine, etc.), l'étude de l'impact potentiel des aléas géologiques
sur les ouvrages, et la fourniture de recommandations pour la conception
et les méthodes de construction. Elle est essentielle pour garantir la
sécurité et la durabilité des infrastructures.
Géologie
planétaire.
La géologie planétaire
(ou exogéologie) est l'étude de la géologie des corps célestes autres
que la Terre, tels que les planètes et leurs satellites, les astéroïdes
et les noyaux cométaires. Elle s'intéresse à la composition, à la structure,
à l'histoire et aux processus géologiques (comme le volcanisme, la tectonique,
l'impact de météorites, l'érosion par le vent, la glace ou d'éventuels
liquides) qui façonnent leurs surfaces et leurs intérieurs. Les exogéologues
analysent les données provenant des missions spatiales (images, mesures
topographiques, analyses de composition, données sismiques, etc.) pour
comprendre la formation et l'évolution de ces corps, comparer leur géologie
à celle de la Terre, et chercher des indices sur la présence passée
ou présente d'eau ou d'autres conditions propices à l'apparition et au
développement des organismes vivants (domaine de l'astrobiologie). (Bien
que le préfixe géo signifie « lié à la Terre », cette
branche repousse donc les limites de la géologie au-delà de notre planète.
Elle fait partie de la planétologie).
Méthodes et outils
du géologue.
L'étude de la Terre
et de son histoire complexe fait appel à une panoplie de méthodes et
d'outils qui se complètent mutuellement. Ainsi, la géologie moderne ne
repose-t-elle pas sur une approche unique, mais sur l'intégration des
informations obtenues à différentes échelles et par diverses techniques.
Parmi les piliers méthodologiques de cette science figurent le travail
de terrain, l'analyse en laboratoire, la télédétection et la modélisation
numérique.
Travail
de terrain.
Le travail de terrain
constitue souvent la première étape et le fondement de toute étude géologique.
Il consiste Ă se rendre sur place, lĂ oĂą les roches et les structures
affleurent ou sont accessibles, pour observer directement le monde géologique.
C'est lĂ que le
géologue interagit directement avec les objets de son étude : identifier
les types de roches (sédimentaires, magmatiques, métamorphiques), reconnaître
les minéraux qui les composent, décrire les textures et structures (stratification,
foliation, plis, failles, diaclases), mesurer l'orientation des couches
ou des plans de faille à l'aide d'un compas-clinomètre, rechercher des
fossiles qui renseignent sur l'âge et l'environnement de dépôt, et comprendre
les relations spatiales entre les différentes unités géologiques. Le
travail de terrain permet de situer les observations dans leur contexte
naturel, de saisir l'échelle des phénomènes et de formuler les premières
hypothèses sur l'histoire et la dynamique de la région étudiée.
Les outils typiques
comprennent le marteau de géologue pour échantillonner et nettoyer les
surfaces, le compas-clinomètre, un carnet de notes et des stylos résistants,
des cartes topographiques et géologiques, un GPS pour la localisation
précise des points d'observation et des échantillons, ainsi qu'un appareil
photo pour documenter les observations. L'échantillonnage (roches, minéraux,
fossiles, sols, eaux) est crucial car il fournit le matériel de base pour
les analyses ultérieures en laboratoire. Le produit essentiel du travail
de terrain est souvent la carte géologique, qui représente la distribution
spatiale des différentes formations et structures à la surface.
Analyse
en laboratoire.
L'analyse en laboratoire
prend le relais après la phase de terrain, et permet d'étudier en détail
les échantillons collectés. Elle vise à obtenir des informations précises
et quantitatives qui ne sont pas accessibles par simple observation visuelle.
Les techniques de
laboratoire sont diverses et couvrent de nombreux domaines. La pétrographie
étudie la composition minéralogique et la texture des roches sous microscope
optique (sur lames minces) ou électronique, fournissant des indices sur
leur origine et leur évolution. La géochimie utilise des instruments
sophistiqués (spectrométrie de fluorescence X - XRF, spectrométrie de
masse à plasma à couplage inductif - ICP-MS, microsonde électronique,
etc.) pour déterminer la composition chimique élémentaire et isotopique
des roches, minéraux ou fluides, ce qui est essentiel pour comprendre
les processus magmatiques, métamorphiques, hydrothermaux ou la circulation
des fluides. La géochronologie, via des méthodes de datation absolue
(radiométrique comme U-Pb, Ar-Ar, K-Ar, 14C), permet de déterminer l'âge
des roches et des événements géologiques, fournissant une chronologie
indispensable. La sédimentologie et la paléontologie impliquent l'étude
des sédiments et des fossiles (macro ou micropaléontologie) pour reconstruire
les paléoenvironnements et les paléoclimats.
Des analyses des
propriétés physiques (densité, porosité, perméabilité, vitesse sismique)
ou mécaniques des roches sont également courantes, notamment en géotechnique
ou en géophysique. Les outils varient considérablement, allant des microscopes
aux accélérateurs de particules (pour certaines méthodes isotopiques
très précises). L'analyse en laboratoire transforme les échantillons
bruts en données quantifiables et interprétables.
Télédétection.
La télédétection
offre une vision synoptique et souvent inaccessible autrement de la surface
terrestre et des phénomènes qui s'y déroulent. Elle consiste à acquérir
des informations à distance à l'aide de capteurs embarqués sur des satellites,
des avions ou des drones.
Les données de télédétection
sont variées : images optiques à différentes résolutions spatiales
et spectrales (visible, infrarouge, thermique), images radar (SAR) sensibles
à la géométrie de surface et permettant de mesurer les déformations
(InSAR), données Lidar fournissant des modèles numériques d'élévation
(MNE) très précis. Ces données permettent d'identifier et de cartographier
à grande échelle les unités lithologiques, les structures géologiques
(failles, plis), les types de végétation (qui peuvent parfois indiquer
la nature du substrat), les changements de l'occupation du sol, les zones
d'altération hydrothermale, ou encore de suivre des phénomènes dynamiques
comme les glissements de terrain, l'activité volcanique ou la subsidence.
La télédétection
est particulièrement utile pour étudier des régions vastes, inaccessibles
ou dangereuses, pour la prospection initiale, ou pour le suivi temporel.
Les outils sont principalement logiciels (logiciels de traitement d'image
et de SIG - Systèmes d'Information Géographique) pour l'acquisition,
le traitement et l'interprétation des données acquises par les capteurs.
Modélisation
numérique.
La modélisation
numérique utilise des ordinateurs et des algorithmes pour simuler des
processus géologiques, analyser des jeux de données complexes ou tester
des hypothèses. Elle devient indispensable lorsque les systèmes étudiés
sont trop complexes, trop lents (sur des millions d'années), trop rapides
(séismes, éruptions) ou trop profonds pour être observés ou expérimentés
directement.
La modélisation
peut simuler la dynamique des fluides (écoulement de l'eau souterraine,
migration des hydrocarbures, mouvements du magma), la déformation des
roches sous contrainte (formation des plis et failles, tectonique des plaques),
le transport sédimentaire, les transferts de chaleur, l'évolution des
bassins sédimentaires, ou encore inverser des données géophysiques (gravimétrie,
magnétisme, sismique) pour obtenir des modèles du sous-sol. Elle permet
d'étudier l'impact de différents paramètres sur un processus et de faire
des prédictions.
Les outils sont des
logiciels de calcul spécialisés (basés sur les méthodes par éléments
finis, différences finies, etc.) nécessitant souvent une puissance de
calcul importante. La modélisation numérique aide à quantifier la compréhension
des processus géologiques et à tester la cohérence des données obtenues
par les autres méthodes.
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Philippe
Duchaufour, Introduction à la science du sol (sol, végétation,
environnement), Dunod, 2004. |
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