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Il
existe tellement de galaxies dans l'univers observable,
qu'il aurait été étonnant qu'elles soient toutes coulées dans le même
moule. De fait, les galaxies s'inscrivent dans une large fourchette de
masses
et de dimensions, et affectent une grande variété de formes. L'astronome
Edwin Hubble a cependant pu identifier un nombre limité de morphologies
de base. En gros, cela revient à identifier trois types principaux : les
galaxies
elliptiques, de forme sphéroïdales et plus ou moins aplaties, et
les galaxies spirales, qui possèdent un sphéroïde
central, prolongé par un disque, dans lequel se développent des bras
spiraux, et parfois une barre, et, enfin, les galaxies irrégulières.
La Voie lactée - C'est la galaxie dans laquelle se situe le Système solaire, et on la désigne couramment comme la Galaxie, avec un G majuscule. Notre position en son sein nous la fait voir par la tranche sous la forme d'une large bande laiteuse, aux contours irréguliers et aux bords légèrement fendus, qu'on aperçoit dans le ciel, lorsque la nuit est sereine, appuyant toujours ses deux extrémités, telle une immense arche de matière lumineuse, sur deux points opposés de l'horizon. Considérée dans le cadre de la classification de Hubble, la Voie lactée est une galaxie ordinaire. C'est une galaxie spirale barrée dont le bulbe est relativement petit et les bras très ouverts. Sa structure exacte est en fait difficile à connaître du fait de notre position à l'intérieur du disque.On distingue par ailleurs des galaxies dites particulières. Un petit pourcentage de galaxies échappe ainsi au schéma proposé par Hubble, et définit ce que l'on appellera des morphologies rares ou inhabituelles (galaxies à anneaux, à antennes, à coquilles, etc.). Il existe par ailleurs une petite, mais non négligeable, proportion (~5% des galaxies répertoriées), qui se signale par des propriétés spéciales : forte activité de formation stellaire, présence d'un noyau actif, à l'origine de rayonnements et de phénomènes divers. Ces galaxies, actives donc de différentes manières, peuvent avoir une morphologie rare, mais la plupart du temps, elles peuvent se ramener aux types de la classification de Hubble. |
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La
classification de Hubble
Malgré la diversité des
apparences que peuvent revêtir les galaxies, dans leur très grande majorité,
elles semblent pouvoir être rapportées une poignée de morphologie typiques.
C'est sur ce constat que se base la classification proposée par Edwin
Hubble Cette classification a été complétée et perfectionnée par divers auteurs, pour tenir compte de caractéristiques telles que le degré d'aplatissement, la forme de bras spiraux, le contenu en matière interstellaire, les catégories d'étoiles, éventuellement leur taille, etc. Les trois grandes familles se sont ainsi vues divisées en nombreux types. Les galaxies elliptiques sont divisées en huit types selon leur degré d'aplatissement, notés de 0 à 8; les galaxies spirales se rangent pour leur parts en deux groupes, celui des spirales ordinaires (S) et des spirales barrées (SB), eux-mêmes subdivisés en plusieurs types, selon le degrés d'ouverture des bras spiraux. Initialement ces types au nombre de trois, notés a, b et c, mais auxquels Gérard de Vaucouleurs, en 1959, a proposé d'ajouter deux types supplémentaires, notés d et m, le dernier supposé faire la liaison avec les galaxies irrégulières. On distingue enfin une catégorie supplémentaire entre la famille des galaxies elliptiques et celle des spirales, celui de galaxies lenticulaires (S0). L'ensemble de la classification morphologique, bien que fondée sur des apparences, encapsule une profonde cohérence physique : les elliptiques et les lenticulaires sont des systèmes dynamiquement chauds, à support de pression, pauvres en gaz et éteints, peuplés de vieilles étoiles, tandis que les spirales et les irrégulières sont des systèmes froids, riches en gaz et en poussière, soutenus par la rotation, où la formation stellaire se poursuit activement. La barre, le bulbe, les bras et les asymétries sont les signatures visibles de processus évolutifs internes et environnementaux (instabilités, accrétions, fusions, balayage) qui, projetés dans le ciel, donnent à chaque galaxie son identité morphologique unique au sein de cette trame continue. Galaxies
elliptiques.
Leur contenu stellaire est presque exclusivement constitué de populations âgées de plusieurs milliards d'années, dominées par des étoiles de faible masse, évoluées, avec une métallicité élevée et un enrichissement en éléments alpha, signature d'une formation stellaire brève et intense au tout début de l'histoire cosmique. Les elliptiques sont pauvres en gaz froid et en poussière; le gaz qui subsiste est porté à des températures de plusieurs millions de kelvins, confiné dans une vaste atmosphère chaude émettrice de rayons X, alimentée par les vents stellaires des étoiles mourantes. Cette absence de réservoir froid explique l'arrêt quasi total de la formation d'étoiles, conférant aux elliptiques leur couleur intégrée rouge-orangée et leur spectre dominé par des raies d'absorption. Les systèmes d'amas globulaires qui les entourent sont particulièrement riches, souvent bimodaux en couleur, trahissant une construction par accrétion et fusions hiérarchiques. Les lois d'échelle (le plan fondamental qui relie luminosité, dispersion de vitesses et rayon effectif) montrent que les elliptiques forment une famille homogène sur près de trois ordres de grandeur en masse, mais dont les propriétés de concentration et d'aplatissement résultent majoritairement de fusions majeures et mineures au cours du temps, qui effacent les disques et redistribuent l'énergie orbitale. Les noyaux peuvent présenter des coeurs géants dépeuplés (dans les systèmes les plus lumineux, sculptés par la coalescence de trous noirs binaires) ou au contraire des cuspides denses de type " noyau supplémentaire", selon l'histoire de fusion. Galaxies
lenticulaires.
La distribution lumineuse combine donc une composante sphéroïdale, qui suit approximativement la loi de Vaucouleurs, et un disque exponentiel. Dans le système de de Vaucouleurs, on distingue les lenticulaires ordinaires (SA0) et les lenticulaires barrées (SB0), cette barre pouvant être plus ou moins forte, traversant un bulbe parfois très étendu. La cinématique montre que la rotation du disque est bien présente et que la dispersion des vitesses y est plus faible que dans le bulbe, mais le rapport rotation/dispersion reste intermédiaire entre les elliptiques rapides et les spirales. Les étoiles des lenticulaires sont majoritairement âgées, le pic de formation stellaire s'étant produit il y a plus de dix milliards d'années, et la métallicité est souvent solaire ou supersolaire dans les régions centrales. Pourquoi le disque survit-il sans former de bras ni de jeunes étoiles? Les lenticulaires apparaissent comme des galaxies de disque qui ont perdu leur gaz froid, soit par épuisement progressif, soit par balayage dynamique lors de leur chute dans un amas (pression dynamique exercée par le milieu intra-amas), soit par échauffement après une fusion mineure. La présence occasionnelle d'un anneau de poussière et de gaz froid dans certaines lenticulaires, souvent découplé cinématiquement, signale qu'une acquisition tardive de gaz est possible mais ne suffit pas à relancer une formation stellaire généralisée. Le système d'amas globulaires est généralement moins riche que celui des elliptiques de même luminosité, ce qui indique une histoire de fusion moins extrême. Les lenticulaires représentent la population dominante dans les régions centrales des amas riches, où l'environnement hostile a dépouillé les spirales de leur gaz, les transformant en disques anémiques. En dehors des amas, les S0 de champ sont souvent plus riches en gaz et peuvent exhiber de faibles structures spirales résiduelles, brouillant la frontière avec les spirales de type très précoce. Galaxies
spirales.
La structure spirale s'explique par la théorie des ondes de densité quasi stationnaires, où la rotation différentielle du disque serait incapable à elle seule de maintenir des bras sur de longues durées sans que des perturbations gravitationnelles ne les reforment en permanence. Les bras sont les crêtes d'ondes de compression dans le gaz, qui favorisent le refroidissement, l'effondrement des nuages moléculaires et une intense formation d'étoiles. Dans les galaxies de grand style, le champ de vitesses montre clairement le passage du gaz au travers du front d'onde, tandis que dans les spirales floculentes les bras sont plus fragmentés et se renouvellent par des processus d'auto-amplification aléatoires. Les spirales barrées, qui représentent la majorité des galaxies à disque, doivent leur barre à une instabilité dynamique du disque stellaire, canalisant le gaz vers le centre et contribuant à nourrir un bulbe souvent plus jeune, appelé pseudo-bulbe, qui garde des signatures de formation stellaire et une rotation plus marquée que les bulbes classiques. La barre peut également alimenter un sursaut nucléaire, voire un noyau actif, et est souvent associée à des anneaux de résonance interne et externe. Le disque est soutenu par la rotation; les courbes de rotation plates à grand rayon témoignent de la présence d'un vaste halo de matière sombre. L'inventaire de gaz froid est conséquent : hydrogène atomique neutre dans le disque externe, souvent étendu bien au-delà du disque optique, et hydrogène moléculaire concentré dans les bras et dans la région circumnucléaire. La poussière, tracée par l'émission infrarouge et par les bandes d'absorption, forme des filaments et des crêtes le long des bords d'attaque des bras. La fraction de gaz et le taux de formation d'étoiles augmentent régulièrement de Sa à Sd, tandis que l'indice de couleur intégré passe du rouge vers le bleu. Les disques épais, les renflements stellaires et les couronnes de gaz diffus montrent que les spirales ont connu une évolution prolongée, avec accrétion de gaz froid par des filaments cosmologiques, fusions mineures et migrations radiales des étoiles. La Voie lactée elle-même est classée SBbc, avec une barre modérée et quatre bras principaux. Galaxies
irrégulières.
Les Irr I, dites magellaniques en hommage aux deux Nuages, montrent souvent une barre courte et asymétrique, un disque épais et des régions de formation stellaire géantes parsemées sans symétrie axiale. Elles sont extrêmement riches en gaz atomique et moléculaire, avec des fractions de gaz pouvant dépasser cinquante pour cent de la masse baryonique, et leur métallicité est nettement inférieure à celle des spirales de même masse, traduisant une évolution chimique lente et une perte de métaux par vents galactiques. La poussière y est présente mais en faible abondance, et la courbe de rotation, quand elle est mesurable, est souvent irrégulière et perturbée. Ces galaxies sont le site d'une formation stellaire active mais sporadique, entrecoupée de bouffées très intenses, et elles abritent de nombreux amas jeunes et des étoiles massives qui sculptent des bulles et des filaments par leurs vents et explosions. La majorité des irrégulières sont des galaxies naines, mais il existe des irrégulières de grande taille, comme M82, dont l'aspect déchiqueté résulte d'une interaction récente avec un compagnon massif. Les irrégulières de type II, beaucoup plus rares, sont des systèmes totalement disloqués, souvent des restes de fusions avancées ou de collisions majeures où les forces de marée ont arraché des ponts et des queues stellaires. Leur spectre est dominé par de jeunes étoiles et des nébuleuses en émission, mais elles ne montrent aucune symétrie résiduelle. Certaines, comme les galaxies naines bleues compactes, combinent une très petite taille, une densité de gaz élevée et un taux de formation d'étoiles par unité de masse cent à mille fois supérieur à celui des spirales. Les irrégulières jouent un rôle crucial dans la cosmologie hiérarchique : elles constituent les briques fondamentales à partir desquelles les galaxies plus massives se sont assemblées par fusions. Leur morphologie non relaxée reflète une domination du gaz et une turbulence supersonique qui empêchent l'établissement d'un disque ordonné, la faible masse rendant la rotation moins efficace pour organiser le système. Elles sont souvent entourées d'un vaste réservoir d'hydrogène neutre qui s'étend bien au-delà du corps stellaire visible. |
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| Les
galaxies particulières
La classification de Hubble,
pour efficace qu'elle soit, ne peut embrasser toute la diversité des
formes galactiques observées dans l'Univers. Une fraction non négligeable
des galaxies échappe au cadre lisse du diapason et se trouve rassemblée
sous la dénomination de galaxies particulières.
Cette catégorie accueille tous les systèmes dont la morphologie est suffisamment
inhabituelle, asymétrique ou perturbée pour ne pouvoir être rangée
ni parmi les elliptiques, ni parmi les lenticulaires, ni parmi les spirales
ordinaires ou barrées, ni même parmi les irrégulières typiques. L'origine
de ces bizarreries morphologiques réside presque toujours dans les forces
de marée gravitationnelles, les fusions entre galaxies, les accrétions
de compagnons mineurs ou les interactions avec le milieu intra-amas. L'étude
de ces objets a été popularisée par Halton Arp, qui compila dans les
années 1960 un célèbre atlas de galaxies particulières, rassemblant
des centaines de systèmes exhibant ponts, queues, jets, anneaux, compagnons
à décalage spectral discordant, et autres singularités. Les relevés
profonds contemporains, comme ceux du télescope spatial Hubble, du Sloan
Digital Sky Survey ou du James Webb Space Telescope, continuent d'enrichir
le catalogue des bizarreries morphologiques, montrant que l'Univers jeune
était encore plus fécond en formes chaotiques et en fusions qu'aujourd'hui.
Galaxies en interaction
et accrétantes.
D'autres systèmes particuliers résultent de l'accrétion d'un petit compagnon par une galaxie massive. La victime peut être partiellement ou totalement détruite, laissant derrière elle un cortège de débris, des courants d'étoiles, des coquilles concentriques, ou des disques contrarotatifs. Une galaxie lenticulaire ou elliptique arborant un disque de gaz et de jeunes étoiles tournant à contre-sens de ses étoiles âgées est classée comme particulière; c'est la signature d'une capture récente d'un nuage froid ou d'une petite galaxie satellite. Certaines galaxies montrent des coquilles, arcs photométriques disposés de part et d'autre du noyau, souvent interprétés comme les restes d'une fusion mineure où le compagnon a été déchiqueté en phase par les résonances orbitales. D'autres se parent d'un anneau polaire : un disque ou un anneau de gaz, de poussière et d'étoiles orbitant dans un plan presque perpendiculaire au plan équatorial de la galaxie hôte, généralement une lenticulaire ou une elliptique précoce. La présence d'un tel anneau trahit l'accrétion de matière à partir d'un satellite riche en gaz, dont l'orbite a basculé par freinage dynamique ou par interaction avec le halo. La stabilité de ces anneaux sur des temps longs et leur rotation régulière en font des laboratoires uniques pour sonder le potentiel tridimensionnel de la galaxie hôte. Les galaxies à anneau collisionnel forment une autre classe emblématique de l'atlas des objets singuliers. Le prototype en est la galaxie de la Roue de la Charrette (Cartwheel), qui présente un anneau externe net et brillant, piqué de noeuds de formation stellaire, entourant un noyau central plus faible, le tout relié par des structures en rayon. Ce type de morphologie naît lorsqu'une galaxie compacte traverse perpendiculairement le disque d'une spirale massive. L'onde de choc cylindrique qui en résulte comprime le gaz du disque en un anneau en expansion, où se déclenche une vague de formation d'étoiles. L'anneau est généralement incomplet, bosselé, et peut être accompagné d'un second anneau plus interne de nature stellaire. La galaxie intruse s'éloigne ensuite, parfois visible à proximité sur les images profondes. Les galaxies à coquilles ou à anneaux multiples posent la question délicate de l'origine résonante des anneaux galactiques. Certaines spirales hébergent des anneaux de gaz et d'étoiles, internes et externes, souvent associés à des barres ou à des ovales distordus. Ces anneaux sont des phénomènes dynamiques liés aux résonances de Lindblad et aux orbites fermées dans le potentiel non axisymétrique de la barre. Mais lorsque les anneaux sont multiples, décentrés ou déformés, l'origine peut également être une interaction de marée ou une fusion mineure. La galaxie de Hoag, avec son anneau parfaitement détaché d'étoiles bleues autour d'un noyau sphéroïdal rouge, reste un cas mystérieux, probablement le produit d'une collision très particulière. Galaxies à noyau particulier.
Autres galaxies particulières.
Galaxies
naines particulières.
Les naines bleues compactes ressemblent à des grumeaux de formation stellaire intense posés sur un corps sous-jacent très irrégulier, présentant souvent des bulles et des super-coquilles en expansion, sculptées par les vents d'étoiles massives et les supernovae. Quand elles subissent une interaction proche avec une galaxie plus massive, elles peuvent être étirées en filaments ou en ponts de marée, voire totalement disloquées en courants diffus. Certaines galaxies naines sphéroïdales satellites de la Voie lactée, comme le Sagittaire, sont en cours de destruction : étalées le long d'une orbite en forme de long courant d'étoiles, elles ne sont plus des galaxies au sens morphologique classique, mais des cadavres galactiques en phase de dilution dans le halo. Ces systèmes en dissolution lente échappent bien entendu à la séquence de Hubble. |
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