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Le
Murray,
long de 2575 km, est le principal fleuve de l'Australie.
Il prend naissance dans les monts et Kosciuszko et rejoint l'océan Indien
près d'Adélaïde. Descendant vers le Nord-Ouest, il recueille les rivières
des Alpes australiennes (Murrumbidgee grossi du Lachlan). Les uns et les
autres sont alors assez abondants, la fonte des neiges les alimentant autant
que les pluies. Bientôt le Murray s'appauvrit. Mais il reçoit un très
long affluent, la Darling (2450 km), qui draine
par ses nombreux affluents (Warrego, Culgoa à droite; Castlereagh, Macquarie
à gauche) tout le nord-est de l'Australie. Avec ses affluents, il forme
le bassin Murray-Darling, un immense réseau fluvial qui s'étend sur plus
d'un million de kilomètres carrés. Ce système draine une grande partie
du sud-est du pays, traversant quatre États et servant de colonne vertébrale
géographique pour la région, marquant notamment la frontière entre la
Nouvelle-Galles du Sud et le Victoria sur une grande partie de son cours.
Surnommé le "poumon
agricole et environnemental de la nation", le fleuve Murray est au coeur
de l'économie australienne. Le bassin qu'il irrigue représente environ
40 % de la valeur totale de la production agricole du pays. Véritable
oasis dans un continent aride, ses eaux permettent la culture de fruits,
de céréales et font de la région la deuxième zone viticole du pays,
en plus de soutenir une importante industrie d'élevage ovin et bovin.
Le tourisme est également un pilier économique majeur, avec des villes
historiques comme Echuca, Swan Hill et Mildura qui jalonnent ses rives,
attirant des visiteurs pour ses parcours de navigation et ses activités
de loisirs. Pour soutenir cette activité intense, d'importants ouvrages
d'art ont été construits, tels que le barrage de Hume et le vaste programme
hydroélectrique des Snowy Mountains, qui régulent le débit du fleuve
et détournent une partie de ses eaux vers l'intérieur des terres.
Cependant, cette
ressource vitale est soumise à des pressions considérables qui menacent
son équilibre fragile. Le débit du Murray est naturellement très variable
et faible comparé aux grands fleuves mondiaux, et il lui est déjà arrivé
de s'assécher par le passé lors de sécheresses extrêmes. Aujourd'hui,
les prélèvements excessifs pour l'irrigation, combinés aux effets du
changement
climatique qui réduisent les précipitations et augmentent l'évaporation,
mettent le système à rude épreuve. Les conséquences environnementales
sont sévères : la salinité des sols et de l'eau est devenue un problème
majeur, menaçant jusqu'à l'eau potable d'Adélaïde, et la santé de
l'écosystème décline avec une diminution de 60 % des populations d'oiseaux
d'eau et des mortalités massives de poissons
de plus en plus fréquentes.
La gestion de ce
système complexe est un défi politique et social permanent. Depuis 1915,
des accords entre les États et le gouvernement fédéral tentent de réguler
l'utilisation de l'eau, un processus formalisé aujourd'hui par le Murray-Darling
Basin Plan. Ce plan, en cours de révision, vise à répartir équitablement
les ressources entre les besoins agricoles, les communautés et l'environnement.
Son application est source de tensions, notamment entre les irrigants en
amont, qui dénoncent une régulation excessive, et les régions en aval,
comme l'Australie-Méridionale, qui dépendent de ce flux pour leur survie
et réclament des actions plus décisives.
Au-delà des enjeux
politiques, le fleuve possède une profonde signification culturelle, étant
au cœur des traditions de plus de 40 groupes
aborigènes qui revendiquent aujourd'hui une place plus importante
dans sa gestion, après avoir été longtemps exclus des décisions. Connu
sous les noms de Dhungala ou Tongala par les populations Yorta Yorta et
Ngarrindjeri, le Murray est un lieu de vie, d'histoire et un patrimoine
naturel d'une importance capitale pour tout un continent. |
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