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Les Félidés
Paléontologie des Félidés
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Systématique
Félidés actuels
Paléontologie
Le chat*
Paléontologie

L'histoire palĂ©ontologique des FĂ©lidĂ©s commence dans les profondeurs de l'ère tertiaire, au milieu du PalĂ©ocène (60 millions d'annĂ©es environ), Ă©poque Ă  laquelle on rencontre un groupe de petits Carnivores de la taille de la Marte ou du Putois, les Miacides. Les dĂ©bris de ces animaux abondent en particulier dans le couches Ă©ocènes dĂ©signĂ©es sous le nom de Phosphorites du Quercy (Lot-et-Garonne). Filhol, qui les avait Ă©tudiĂ©s d'une façon spĂ©ciale au XIXe siècle, avait dĂ©jĂ  pu suivre pas Ă  pas toutes leurs transformations, qui ont portĂ© surtout sur le raccourcissement du crâne et des mâchoires et sur la simplification du système dentaire qui en est la consĂ©quence. C'est de ce groupe dont sont issus d'une part les MiacidĂ©s, dont descendent les caniformes actuels (ours, chiens, etc.) et d'autre part les fĂ©liformes, groupe auquel appartiennent les FĂ©lidĂ©s. Les FĂ©liformes commencent  Ă  s'individualiser il a un peu moins de 50 millions d'annĂ©es et Ă  produire les diffĂ©rentents souches dont procèdent les actuels HerpestidĂ©s, HyĂ©nidĂ©s, ViverridĂ©s et  FĂ©lidĂ©s. C'est lors de cette diversification qui s'est opĂ©rĂ©e vers la fin de l'Eocène et Ă  l'Oligocène qu'apparaĂ®t le Proailurus, vieux d'Ă  peu près 30 millions d'annĂ©es (milieu de l'Oligocène), considĂ©rĂ© comme l'ancĂŞtre de tous les FĂ©lidĂ©s.

Le Proailurus ressemblait Ă  l'actuel Cryptoprocte de Madagascar (non pas un FĂ©lidĂ©, mais un EuplĂ©ridĂ©) qui occupe dans la forĂŞt malgache la niche Ă©cologique qui est celle des FĂ©lidĂ©s dans les autres parties du monde. Comme le Cryptoprocte, le Proailurus Ă©tait plantigrade et avait les mâchoires plus allongĂ©es que les vĂ©ritables Chats. Sa denture ne diffèrait que par les dĂ©tails de celle du Cryptoprocte actuel. On a dĂ©crit trois espèces (Proailurus Julieni, P. medius et P. lemanensis) de ce genre qui a vĂ©cu de l'Oligocène au Miocène, dans le Sud de la France. 

Le genre Pseudaelurus (Gervais) ne diffère du genre Proailurus, dont il est issu que par l'absence, à la tuberculeuse, d'un petit tubercule interne que possède Proailurus, et par la disparition de la tuberculeuse inférieure. Le Pseudoelurus intermedius forme d'ailleurs un passage aussi net que possible entre les deux genres. Le Pseudoelurus Edwardsii avait déjà fourni à Filhol des exemplaires en assez grand nombre pour donner la preuve que ce type avait varié, dans un laps de temps relativement court, de manière à passer de la denture plus compliquée des Cryptoproctes, ou de leurs ancêtres, à la denture beaucoup plus simple des Félidés, comme l'indiquent les formules suivantes :

Formules dentaires inférieures des Pseudaelurus :
1° Inc. 3 - Can. 1 - Prém. 4 - Carn. 1. - Tub. 1
2° Inc. 3 - Can. 1 - Prém. 4 - Carn. 1. - Tub. 0
3° Inc. 3 - Can. 1 - Prém. 3 - Carn. 1. - Tab. 0
On voit que la simplification a portĂ© exclusivement sur les prĂ©molaires et les tuberculeuses (molaires proprement dites), dents qui sont fonctionnellement sans grand usage chez les FĂ©lidĂ©s. 

Une dernière espèce de ce genre (Ps. hyaenoïdes Lartet) est du Miocène de Sansan. Le genre Ailurictis (Trt), ou Ailurogale Filhol, 1872 , s'écarte encore très peu des Pseudoelurus. La formule dentaire a varié dans les mêmes limites que celle de ces derniers, de façon à perdre une prémolaire et l'unique tuberculeuse; c'est ce que Filhol a démontré sur les débris d'Ailurictis intermedia. Une seconde espèce (Ail. sivalensis) est du Miocène supérieur de l'Inde, et l'Ailuropsis annectans est du même gisement.
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phylogénie des Félidés
L'arbre généalogique des Félidés

Le Pseudaelurus, apparu il y a une vingtaine de millions d'annĂ©es, est Ă  l'origine des deux groupes : le premier donnera naissance aux MachairodontinĂ©s (tigres Ă  dent de sabre), l'autre  aboutira aux FĂ©lidĂ©s actuels (NĂ©ofĂ©lidĂ©s), via le genre Schizailurus.

Dents de sabre.
La sous-famille des Machaerodinae (ou MachairodontinĂ©s ) ne se distingue des NĂ©ofĂ©lidĂ©s que par l'Ă©norme dĂ©veloppement des canines supĂ©rieures qui sont en forme de sabre. Elles dĂ©passaient la mâchoire infĂ©rieure, dont le menton forme souvent une forte saillie infĂ©rieure. La disposition et les dimensions de ces canines sont telles que l'on doit supposer que ces puissants carnivores, tous de grande taille, s'en servaient la bouche fermĂ©e pour percer et dĂ©chirer la peau Ă©paisse des pachydermes et faire de profondes blessures, ou pour arracher les pièces de la cuirasse des Glyptodontes, comme Ă  l'aide d'un ciseau. Les ongles sont encore plus fortement rĂ©tractiles que ceux des chats actuels. Ces grands FĂ©lins Ă©taient les plus redoutables Carnivores que l'on puisse imaginer, et leurs canines comme leurs griffes devaient faire des blessures presque toujours mortelles. 
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Smilodon
Crâne de Smilodon.

Les Machairodontes, ou MachairodontinĂ©s proprement dits comprennent les genres Machairodus, Paramachaerodus, HomothĂ©rium et Ischyrosmilus.  Les premiers reprĂ©sentants du genre Machaerodus se montrent dès le Miocène supĂ©rieur d'Europe : le Machaerodus cultridens, qui atteignait la taille du Lion, se trouve dans les couches Miocène supĂ©rieure et Pliocène infĂ©rieure de toute l'Europe. Le Machaerodus a vĂ©cu en France, en Angleterre et Ă©galement en Inde (Mach. sivalensis et M. paloeindicus, du Pliocène des Siwaliks).

Les SmilodontinĂ©s ou Smilodontes diffèrent Ă  peine des Machoerodontes : ils ont pour type une espèce de l'AmĂ©rique du Sud (Smilodon neogoea ou populator), qui exagère encore les caractères des Machaerodus de l'ancien continent; elle vivait Ă  l'Ă©poque quaternaire avec les grands EdentĂ©s qui peuplaient alors ce pays, et qu'elle devait attaquer Ă  l'aide de ses puissantes canines. Le Smilodon necator est une seconde espèce du PlĂ©istocène de la Plata. Les Smilodon fatalis, qui ne s'est Ă©teint qu'il y a une dizaine de milliers d'annĂ©es, et Smilodon gracilis reprĂ©sentent le genre dans l'AmĂ©rique du Nord Ă  la mĂŞme Ă©poque.  Les Meganthereon, rangĂ©s aussi parmi les Smilodontes, se rencontrent dans les couches du Pliocène du Sud de la France. 

Les grands Tigres à canines en sabre disparaissent progressivement au Pléistocène (début du Quaternaire), en même temps que les grands Edentés, et les Pachydermes sont remplacés par des Herbivores et des Ruminants à peau moins épaisse, rendant inutile une arme d'ailleurs fort gênante par ses dimensions exagérées.
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Frères des chats?

Les Nimravidés constituent un groupe disparu dont on a longtemps rangé les représentants parmi les Félidés, mais qui sont aujourd'hui considérés plutôt, dans le meilleur des cas, comme un groupe frère de celui des Félidés, et dont l'évolution aurait été parallèle, ou, plus certainement, comme un des groupes issus des Miocides originels dont ont dérivé les Caniformes et les Féliformes. Les ancêtres des Félidés et des Nimravidés se seraient séparés il y a environ 55 milions d'années (fin du Paléocène, début de l'Eocène)

Ce groupe a des traits morphologiques rappellant ceux des MachairodontinĂ©s (tigres Ă  dents de sabre), mais avec des canines moins longues et moins fortes. Une caractĂ©ristique qui, de fait, ne prouve rien. On la  retrouve aussi chez des groupes (aujourd'hui tous Ă©teints)  très diffĂ©rents : chez les HyaenondontidĂ©s (CrĂ©odontes) et mĂŞme chez des Marsupiaux, les ThylacosmilidĂ©s.

Quoi qu'il en soit, il est intĂ©ressant de dire ici quelques mots sur ces "pseudo-tigres Ă  dent de sabre" dont on peut suivre le dĂ©veloppement en AmĂ©rique du Nord Ă  partir de la fin de l'Eocène (36 millions d'annĂ©es). Le type y prĂ©sente un grand dĂ©veloppement dès le Miocène de l'OrĂ©gon, du Dakota et du Colorado. Le genre Nimravus (Cope) avait des canines supĂ©rieures remarquablement fortes et pointues, en forme de poignard, et qui devaient dĂ©passer la lèvre infĂ©rieure quand la bouche Ă©tait fermĂ©e. 
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Nimravus gomphodus
Crâne de Nimravus gomphodus.

Le Nimravus gomphodus atteignait la taille des plus grands Couguars de l'Ă©poque actuelle, et devait ĂŞtre un animal redoutable. Le genre Dinictis (Leidy) possĂ©dait exactement la formule dentaire d'Ailurictis et les canines se recourbaient elles aussi en forme de sabre comme chez les MachaerodontinĂ©s : le Dinictis cyclops devait avoir la taille du Lynx du Canada. Deux autres espèces Dinictis felina et Dinictis. squalidens sont de la mĂŞme Ă©poque. 

Le genre Hoplophoneus (Cope) rappelle encore plus les Machoerodus et les véritables Félidés dont il a la formule dentaire : ces animaux étaient de taille moyenne (H. primaevus, H. orcodontis, H. cerebralis, H. strigidens). L'Hoplophoneus strigidens avait des canines à arête postérieure coupante comme une lame de couteau. Un dernier type européen (Eusmilus bidentatus), de l'Eocène du Quercy, se rattache aussi à cette sous-famille.

Signalons enfin le genre Pogonodon (Cope), à la denture très similaire à celle du Smilodon, qui avait pour type P. platycopis, et devait égaler en dimensions les plus grands Jaguars américains, et le P. brachyops devait être plus redoutable encore.

Grand et petits chats.
La bifurcation Ă  partir de laquelle s'individualise la souche des FĂ©lidĂ©s actuels (NĂ©ofĂ©lidĂ©s) remonte Ă  environ 18 millions d'annĂ©es. C'est Ă  cette Ă©poque que vivait leur ancĂŞtre Ă  tous, le Schizailurus, dont semble-t-il est d'abord issue la branche des Pumas (8,5 millions d'annĂ©es) et du Miracinonyx, ancĂŞtre des GuĂ©pards, apparus, eux, il y a environ sept millions d'annĂ©es. Vers le mĂŞme moment, une autre lignĂ©e partant du Schizailurus avait donnĂ© naissance aux plus anciens FĂ©linĂ©s. La souche commune aux Chats proprement dits  (Felis silvestris) et aux Chats viverrins (Prionailurus viverrina) remonte apparemment Ă  12 millions d'annĂ©es; les ancĂŞtres de nos Chats domestiques s'en sĂ©parent il y a environ six millions d'annĂ©es. C'est Ă©galement vers cette mĂŞme Ă©poque qu'apparaĂ®t la branche des Panthères. Celles des Lynx semble ĂŞtre Ă  peine plus ancienne (6,7 millions d'annĂ©es).

Les FĂ©lidĂ©s des types que nous connaissons aujourd'hui se montrent donc Ă  partir du Miocène, mais les grandes espèces (Ă  canines normales) n'apparaissent pas avant le Pliocène supĂ©rieur ou mĂŞme le PlĂ©istocène, après l'effacement des MachaerodinĂ©s Ă  canine scultriformes. Le genre GuĂ©pard (Acinonyx), actuellement propre Ă  l'ancien continent, paraĂ®t avoir Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© en AmĂ©rique par deux espèces (Acinonyx minutus des cavernes du BrĂ©sil et A. ferox du Pliocène des Etats-Unis) : l'Acinonyx  brachygnathus est du Pliocène de l'Inde oĂą le GuĂ©pard vit encore. Les FĂ©linĂ©s sont reprĂ©sentĂ©s dans le Miocène d'Europe par Felis attica, F. antediluvia; au Pliocène par Lynx brevirostris, Lynx issiodorensis, etc.; au PlĂ©istocène par F. silvestris et F. caffra, auxquels ont peut ajouter Leptailurus serval,  vivant encore en Europe et dans le Nord de l'Afrique.  Les Felis exilis, F. pusilla, etc., sont des cavernes du BrĂ©sil. Tous ces types Ă©taient de moyenne ou de petite taille comme les Felis actuels. Le Lynx se trouve dans les cavernes et les brèches de la France centrale et mĂ©ridionale. On notera au passage que nulle part, en Europe, on ne trouve trace Ă  l'Ă©tat fossile d'un Chat domestique ou Ă©levĂ© en demi-domesticitĂ©. 

De grandes espèces du genre Uncia (léopard des neiges) ont vécu sur les deux continents à la fin du Pliocène et pendant le Pléistocène. En Europe, le Felis speloea, ou Lion des cavernes, est vraisemblablement identique au Lion qui vit encore en Afrique, et le Felis atrox (Leidy), de l'Amérique du Nord, était probablement aussi de la même espèce. Le Felis Edwardsia de Bourguignat, des cavernes de Belgique et du Sud de la France, se rapproche davantage du Tigre, dont le Felis cristata du Pliocène des monts Siwaliks semble l'ancêtre immédiat. Les F. augustus et F. imperialis de l'Amérique du Nord (Pliocène et Pleistocène) sont comparables au Jaguar, qui se trouve aussi dans les cavernes du Brésil. Des espèces comparables à la panthère sont les F. prisca, du Miocène d'Europe, et F. pardinensis du Pliocène de France. (E. Trouessart).

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