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La lumière
des systèmes binaires
a ceci de particulier qu'elle provient de deux sources distinctes très
proches l'une de l'autre. Cela a offert aux astronomes des opportunités
particulières. Ils ont pu ainsi dès les dernières
années du XIXe
siècle mettre en évidence l'existence de couples
ne se révélant à l'observateur que par la présence
d'un double système de raies .
Il s'agit des binaires spectroscopiques. Les variations de position relatives
de ces raies ont également pu être utilisées très
tôt pour déterminer les orbites
de ces systèmes. Au XXe
siècle, la spectroscopie, associée aux progrès
de la photométrie, a également permis, à travers la
résolution de ce que l'on appelé le paradoxe d'Algol,
de mettre en évidence des phénomènes inattendus dans
les systèmes binaires : à commencer par l'existence de transferts
de matière
entre les composantes, conduisant à des chemins évolutifs
très différents de ceux d'une étoile
simple.
Dates
clés :
1889
- Découverte des premières binaires spectroscopiques par
A. Maury et E. Pickering.
1901
- Découverte par W. Fleming de la première binaire symbiotique.
1941
- G. Kuiper jette les bases théoriques du transfert de masse dans
les couples du type d'Algol.
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Les
vitesses radiales
C'est à Doppler
(1842)
que remonte l'idée que le mouvement des étoiles pouvait influencer
la nature de la lumière que nous recevons d'elles. Les espoirs d'abord
évoqués que cet effet Doppler
puisse expliquer les différentes couleurs des étoiles ont
été rapidement déçus; le décalage spectral
que cela signifierait exigerait des vitesses très importantes. La
mesure des décalages des raies présentes dans les spectres
stellaires, témoins d'un mouvement (le long de la ligne de visée)
de astres concernés n'en a pas moins débouché sur
des avancées notables, dont le précurseur aura été
William Huggins. Pour ce qui concerne les étoiles
doubles,
Mesure des parallaxes
Les observations
micrométriques font connaître la valeur angulaire de la projection
sur la ligne de visée du grand axe de l'orbite d'un système
binaire; si l'on pouvait obtenir la valeur linéaire de cette même
projection, la combinaison de ces deux nombres conduirait à la détermination
des dimensions réelles de l'orbite, ainsi que de la distance
du système au Soleil .
C'est ce que permettent de faire les observations spectroscopiques par
la mesure de la vitesse radiale orbitale.
L'idée de
combiner ainsi les données de ces deux modes d'observation a été
émise pour la première fois, en 1873,
par Fox Talbot, au congrès d'Édimbourg
de l'Association britannique pour l'avancement des sciences,
plutôt d'ailleurs à titre d'indication. L'année suivante,
C. Niven et, peu de temps après, C. Pickering
et T. See en ont donné, dans des voies différentes,
la solution théorique [1].
Quant à la
méthode d'observation, elle consiste à déterminer
le déplacement relatif d'une raie donnée dans les spectres
des deux étoiles.
Les binaires spectroscopiques
En 1888,
Vogel examina le spectre d'Algol (Persée ),
dont Goodricke avait montré en 1782
que les variations périodiques de luminosité étaient
causées par les éclipses
mutuelles de deux composantes d'une système binaire. Il y observa
les déplacements périodiques de son spectre, témoins
du mouvement de révolution
de l'étoile principale autour du centre de masse de système.
Cette observation (fondatrice de ce que les astronomes du XIXe
siècle appelleront l'astronomie de l'invisible) montrait
qu'on pouvait que l'on pouvait déduire la duplicité d'une
étoile de son seul spectre, et les binaires qui se révèlent
ainsi sont dites binaires astrométriques. Dans leur cas le spectre
de la seconde composante n'est pas observé. La situation est différente
avec la nouvelle classe d'étoiles doubles découverte en 1889
par Antonia Maury et Pickering.
et qui concernait ici encore des objets beaucoup trop serrées pour
pouvoir être séparés avec les instruments les plus
puissants de leur temps [2].
Les deux astronomes furent amenés
à cette découverte accidentellement par l'examen des spectrogrammes
quotidiens, du service de Spectrophotographie stellaire, qu'un legs du
célèbre spectroscopiste H. Draper
avait permis d'installer à l'observatoire de Harvard College. Quelques-uns
de ces spectrogrammes, minutieusement étudiés par Antonia
Maury, ayant montré d'une façon évidente le doublement
périodique de la raie K des spectres de z
de la Grande Ourse
(Mizar) et de b
du Cocher
(Menkalinan), Pickering en conclut que sans doute ces étoiles formaient
des systèmes doubles trop serrés pour pouvoir être
séparés par les procédés ordinaires d'observation.
-
La
méthode
Imaginons que deux étoiles de dimensions
analogues et de spectres identiques se meuvent dans un plan contenant,
la ligne de visée ou fort peu incliné sur elle, et pour simplifier
supposons que l'orbite relative soit circulaire : quand les étoiles
seront en conjonction ,
toutes deux se mouvront perpendiculairement à la ligne de visée,
leurs spectres se superposeront et l'on ne pourra pas les distinguer de
celui d'une étoile simple : après un quart de révolution,
c'est-à-dire à l'élongation, l'une des étoiles
s'approchera rapidement de l'observateur et toutes les raies de son spectre
se déplaceront vers son extrémité bleue, l'autre au
contraire s'éloignera de l'observateur et les raies de son spectre
se déplaceront vers son extrémité rouge. Si la vitesse
est assez grande, les deux spectres seront alors tellement séparés
que chaque raie sera double. Après un autre quart de révolution,
le spectre redeviendra simple; à l'élongation suivante, les
raies du spectre deviendront de nouveau doubles, mais en sens inverse,
puisque l'étoile qui s'approchait de l'observateur s'en éloigne,
et inversement. Le spectre serait ainsi alternativement simple ou double
à chaque demi-révolution pendant un quart de celle-ci. |
[1]
C. Niven, On a method of finding the parallax of double stars (Monthly
notices of R.A.S., vol. XXXIV, p. 339 et suiv.; 1874). C. Pickering,
Dimensions of fixed stars, with especial reference to binary and variable
of the Algol type (Proceedings of the american Academy of Arts and
Science, vol. XVI, p. 5 et suiv.; 1880). T. See, Theorie of the
determination by means of a single spectroscopic observation of the absolute
dimensions, masses and parallaxes of stellar system whose orbits are known
from micrometrical measurements (Astronomische Nachrichten,
n° 3314).
[2]
C. Pickering, A new class of binary stars (Monthly notices
of the Royal astronomical Society, mars 1890, vol. L, p. 296 et suiv.).
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Dans le cas général,
l'orbite sera elliptique et les phénomènes seront un peu
différents. Si le grand axe
coïncide avec la ligne de visée, les durées de doublement,
encore égales entre elles, seront séparées par des
intervalles de spectre simple inégaux entre eux, le plus court correspondant
au périastre ;
si le grand axe est perpendiculaire à la ligne de visée,
ce seront les durées de doublement qui seront inégales et
celles de spectre simple qui seront égales entre elles : tous les
intermédiaires peuvent d'ailleurs être obtenus par une position
intermédiaire du grand axe.
Telles sont, en effet, les apparences
générales qu'ont présentées à Maury
et Pickering Mizar et Menkalinan, le dédoublement étant d'ailleurs
beaucoup plus facilement appréciable dans la seconde que dans la
première et les variations y étant plus égales; mais,
pour toutes deux, elles ont un caractère nettement périodique
avec une durée de période de cinquante-deux jours pour de
Mizar et de quatre jours pour Menkalinan.
Si les deux composantes n'ont pas le même
éclat, ni le même spectre, leur mouvement relatif ne produira
pas un simple doublement de raie, mais on aura alors deux systèmes
de lignes d'intensités différentes; c'est ce que l'on observe
pour b
du Cocher. Mais cette formation sera de plus en plus difficile à
observer à mesure que l'éclat du compagnon diminuera, et
l'on retombera bientôt dans le cas d'Algol où l'on n'aperçoit
que des déplacements périodiques d'un seul spectre. |
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Premières
découvertes
Toujours en 1890,
Vogel [3] constatait
de son côté, dans les lignes du spectre de l'Épi de
la Vierge ,
des déplacements périodiques correspondant, à des
variations de la vitesse radiale d'une durée de période de
4,01 jours.
La
courbe des vitesses de l'Épi
déduite
des mesures de Vogel.
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[3]
H.-C. Vogel, Sitzungsbericht der Akademie der Wissenschaften zu
Berlin (24 avril 1890). |
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Deslandres
avait installé en 1892,
avec le grand télescope de 1,20 m de l'Observatoire de Paris ,
un service de spectrographie solaire et stellaire, qui avait rapidement
fourni des résultats importants. Ainsi, dès 1895,
Deslandres [4]
indiquait sur Altaïr (Aigle )
et b
de la Petite Ourse
(Kochab) des constatations analogues à celles de Vogel sur l'Épi
de la Vierge; pour la première en particulier, les vitesses radiales
orbitales variaient encore d'une façon nettement périodique,
remarquait-il; mais le phénomène lui paraissait compliqué
et il soupçonnait déjà l'existe de deux périodes,
l'une de quarante-trois jours et l'autre de cinq jours environ. C'était
une belle extension des principes posés par Bessel, selon lesquels
une binaire dont l'une des composantes était trop faible par rapport
à sa compagne pouvait néanmoins être révélé
par l'étude de son mouvement propre. Mais par la suite, la base
de cette spéculation a été reconnue erronée;
H.-C. Vogel a démontré, par une série de spectrogrammes,
pris à Potsdam
d'août 1896
à décembre 1897 [4bis],
que les observations de Deslandres comportaient des erreurs considérables
et qu'en réalité la vitesse radiale de l'étoile Altaïr
était constante et égale à -32,9 km/s.
En août et décembre 1896,
le service photographique de l'observatoire de Harvard College a ensuite
trouvé, au moyen de plaques spectrographiques, prises par S. Bailey
à la station d'Arequipa nouvellement installée par l'observatoire
de Harvard au Pérou, deux nouvelles étoiles de cette classe.
C'était : |
[4]
C Deslandres, Recherches spectrales sur l'étoile Altaïr.
Reconnaissance d'un mouvement orbital et d'une atmosphère (Comptes
rendus des séances de l'Académie des Sciences, vol. CXXI,
p. 629, 1895).
[4bis]
H.-C.
Vogel, Auf das spectrum von a Aquilae and seine Geschwindigkeit längs
Zielenslinie (Sitzungsberichte der Berlinen Akademie, 7 novembre
1898). |
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- m1
du Scorpion ,dont
les variations de vitesse sont très régulières et
la durée de la période de 34 h 42 mn 5 s, avec une incertitude
moindre que 6 s [5].
Cette période est la plus courte connue à cette époque;
- L'étoile n° 10534 de l'Argentino
General Catalogue ,
dans la constellation de la Poupe ,
dont la durée de période est de 3 jours 2 h 46 mn[6].
Dans ces deux systèmes, les composantes
ont des éclats assez inégaux. Néanmoins le spectre,
simple au moment des deux conjonctions, se dédouble bientôt
aisément, les lignes de l'étoile la plus faible se portant
pour l'un d'eux vers l'extrémité rouge du spectre, pour l'autre
vers son extrémité violette. |
[5]
E. Pickering. A new spectroscopic binary star m1
Scorpii (Astronomische Nachrichten,
n° 3385).
[6]
Harvard College observatory. Circular n° 14. |
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La
station d'Arequipa, lors de sa construction.
Il
sera équipé d'un télescope de 13".
Source
: Grup
d'Estudis Astronomics.
Dans les années suivantes, Campbell,
à l'observatoire Lick et par la même méthode spectrophotographique,
a fourni sur ce sujet de nouvelles contributions intéressantes.
Il a, en effet, constaté des périodes de variation spectrale
beaucoup plus longues que les précédentes :
o
du Lion
a, montre-t-il, une période de 14,5 jours, avec une différence
maximum des vitesses de 112 km/s; en outre, son spectre paraîtrait
formé de la superposition de deux spectres distincts; pour c
du Dragon ,
la période qu'il trouve est de cinq à six mois avec un écart
des vitesses de 40 km/s; h
de Pégase
lui révèle une période beaucoup plus longue encore,
qui lui apparaît voisine de deux ans et demi, avec un écart
extrême des vitesses de 23 km/s [7]. |
[7]
Astrophysical Journal, vol. VIII, p. 159, 291 et 292; 1898. |
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La
détermination des orbites
A la fin du XIXe
siècle cinq étoiles, qui paraissaient simples
par ailleurs, avaient pu être dédoublées par la méthode
spectroscopique. Mais les astronomes ont tôt fait de comprendre qu'il
était possible de dépasser cette simple constatation et qu'ils
disposaient là d'un moyen capable de conduire directement, dans
ces couples spectroscopiques, à la détermination de l'orbite
relative d'une des étoiles autour de l'autre.
En effet, chacune des photographies donne,
pour l'instant où elle a été obtenue, la vitesse radiale
relative du compagnon; de sorte que si l'on en possède un assez
grand nombre, on aura une série de valeurs caractérisant
le déplacement relatif du compagnon dans la direction de la ligne
de visée. En d'autres termes, cette méthode revient à
mesurer, à instants suffisamment rapprochés, la vitesse du
compagnon sur l'orbite apparente qu'il décrirait pour un observateur
placé à l'infini sur une perpendiculaire au plan de la ligne
de visée et de la ligne des noeuds
de l'orbite réelle. Elle pourra donc faire connaître la durée
de la révolution et l'époque du périastre, ainsi que
la forme et l'orientation (excentricité et longitude du périastre)
de l'orbite; mais quant aux dimensions de l'orbite, elle ne donnera que
leurs projections sur le plan précédent et elle laisse complètement
inconnue la ligne des noeuds. Les calculs à l'aide desquels on détermine
ces quatre éléments
ne sont d'ailleurs qu'une généralisation de ceux déjà
employés par Niven, en 1874,
pour obtenir spectroscopiquement les parallaxes
des étoiles doubles. Plusieurs approches ont été proposées
à partir de 1891 : A. Rambaut,
J. Wilsing, Lehmann-Filhès, H. N. Russell,
encore en 1906, etc.
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Duplicité
et évolution stellaire
Que les spectres des étoiles binaires présentent
une double système de raies, traduisant la superposition des spectres
des deux composantes, ou que l'on y décèle des décalages
périodiques indiquant leur mouvement orbital, ne signifie pas que
les étoiles qui composent ces couples sont différentes des
étoiles simples. Tout au contraire, à la fin du XIXe
siècle, les astronomes accumulaient les indices selon
lesquels les composantes étoiles doubles étaient des étoiles
comme les autres.
Dans un premier temps, la question de la spécificité
des étoiles doubles se pose seulement au sujet de leur origine.
Après que George Darwin ait proposé
au début des années 1880
sa théorie de la formation de la Lune ,
T. J. See y voit le point de départ d'une
théorie sur l'origine des étoiles doubles, qu'il commence
à étudier à partir de 1891.
Après tout, le système Terre-Lune constitue bien une planète
double, et selon les idées de l'époque l'origine des planètes
n'est pas si différente de celle des étoiles. Darwin revient
encore sur ce thème en 1909,
reprenant l'idée de la fission à partir d'une étoile
unique :
Originally
the star must have been single, it must have been widely diffused, and
must have been endowed with a slow rotation. In this condition the strata
of equal density must have been of the planetary form. As it cooled and
contracted the symmetry round the axis of rotation must have become unstable,
through the effects of gravitation, assisted perhaps by the increasing
speed of rotation. The strata of equal density must then become somewhat
pear-shaped, and afterwards like an hour-glass, with the constriction more
pronounced in the internal than in the external strata. The constrictions
of the successive strata then begin to rupture from the inside progressively
outwards, and when at length all are ruptured we have the twin stars portrayed
by Roberts and by others [9].
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[8]
G. Darwin, The evolution of Double Stars, Nature, mars
1893, reprint. The Observatory, n° 200, 1893.
[9] G.
Darwin, The Genesis of Double Stars, in Darwin and Modern Science,
Cambridge University Press, 1909. |
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Un peu plus tard,
en 1926, Eddington,
dans son ouvrage The internal structure of the stars, souligneraune
étrangeté, d'abord constatée sur des couples appartenant
à des amas globulaires : il existe des discordances entre les spectres
et la luminosité dans les systèmes binaires qui suggèrent,
contrairement aux idées admises, que les étoiles de petite
masse évolueraient plus rapidement que les étoiles massives .
Ainsi le questionnement sur l'évolution
des étoiles semble désormais suffisamment mûr pour
que les astronomes se demandent à partir de cet instant comment
une étoile peut être affectée par la présence
d'un compagnon. Mais il n'est pas encore possible de poser le problème
que posent les couples stellaires dans des termes corrects. On croit encore
que l'évolution des étoiles s'effectue depuis les étoiles
bleues jusqu'aux étoiles rouges. Et c'est seulement à partir
de 1938 (Öpik) et 1942
(Shönberg et Chandrasekhar [9])
que l'on comprend qu'au moment de l'épuisement de l'hydrogène
dans le coeur
des étoiles, des transformations dans leur structure interne
conduisent à un gonflement de leur enveloppe pour en faire des géantes .
Or dans certains systèmes binaires, les astronomes constatent que
la géante (c'est-à-dire l'étoile la plus évoluée)
n'est pas celle que l'on attend. Une des énigmes les plus intéressantes
auxquelles aura été confrontée l'astrophysique du
XXIe siècle...
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[9]
M. Schönberg, S. Chandrasekhar, Astrophysical Journal,
96, pp. 161-172; 1942.
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Le
paradoxe d'Algol
La question de l'évolution particulière
des étoiles doubles est ainsi posée dans ses termes les plus
nets par Gerard Kuiper, en 1941
[10], qui met en relief une des étrangetés
des binaires à éclipses
du type d'Algol (Persée). Ces systèmes sont composés
d'une étoile massive (en général des types B8 à
A5) dont caractéristiques sont celles d'une étoile de la
séquence principale
ordinaire et d'une étoile de trois à cinq fois moins massive
que la primaire, mais qui apparaît comme une sous-géante,
déjà plus lumineuse de deux à quatre magnitudes
que ne le serait une étoile de la séquence principale pour
une telle masse. Lorsqu'on envisage ce compagnonnage en termes d'évolution
stellaire, il est très problématique : une étoile
de faible masse évolue plus lentement qu'une étoile massive,
et l'on s'attend que dans un couple, où les deux composantes sont
supposées du même âge, ce soit l'étoile la plus
massive qui ait quitté la première la séquence principale,
contrairement à ce qui s'observe ici.
-
Binaires
serrées et remplissage des lobes de Roche, selon Kuiper, 1941.
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[10]
G. Kuiper, On the interpretation of b Lyrae
and other close binaries, Astrophysical Journal,
99, pp. 133-177; 1941. |
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Cette bizarrerie
est connue sous le nom de paradoxe d'Algol, et il a fallu beaucoup
d'efforts pour le résoudre, et aussi une collaboration étroite
entre théoriciens et observateurs. Ces derniers ont pu en particulier
bénéficier de l'irruption de nouvelles techniques dans les
années 1940 et 1950.
Les progrès de la spectroscopie stellaire ont mis en évidence
l'importance de la perte de masse dans les binaires serrées. Par
ailleurs, la photométrie photo-électrique devenue extrêmement
précise a permis de comprendre que les composantes d'étoiles
binaires pouvaient effectivement remplir leur lobe de Roche
en évoluant, comme le prévoyait les théoriciens.
En
marge du paradoxe d'Algol proprement dit, d'autres questions bénéficient
par la même occasion un éclairage nouveau. Ainsi comprend-on
mieux désormais la nature de certains spectres demeurés problématiques
tels celui de Z Andromedae (Andromède ),
sur lequel Williamina Fleming
avait, la première, attiré l'attention dès 1901.
D'autres objets, aux caractéristiques similaires, ont été
repérées au cours des années suivantes, et rangées
par Annie J. Cannon, dans une classe à
part qui est désormais la leur. Désormais on sait expliquer
ces spectres par les effets de transferts de matière dans des systèmes
binaires. Aujourd'hui les astres placés dans cette situation sont
appelées des étoiles symbiotiques .
S'attachent à toutes ces recherches
préparatoires les noms de Russell, Mratynov, Krat et Tessevitch,
notamment. La synthèse des résultats obtenus sera due quant
à elle dans un premier temps à Pavel Parenago et Massewitsch
(1950) [11],
puis à Otto Struve (1954) et
à John Crawford (1955), qui
usent d'une approche statistique pour enfin placer la résolution
le paradoxe d'Algol dans le cadre d'une évolution différentielle
des composantes. Après eux, le relai passe entre les mains de Smack
(1962), puis Kopal, Morton, Plavec,
Paczinski, Kippenhahn, parmi les plus récents, ou encore Sniezkho
[12], qui avait
produit dès 1967, une étude
approfondie sur les chemins évolutifs des composantes de systèmes
binaires lorsqu'on envisage les transferts de matière accompagnant
le remplissage des lobes de Roche.
 |
Article
- I. Pustylnik, The early history of resolving the Algol Paradox,
in Astronomical and Astrophysical Transactions, vol. 15, pp. 357-362,
1998. |
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[11]
P. P. Parenago, A. G. Massewitsch, Tr. Gos. Astron. Instit. Sternberga,
21, 81; 1950.
[12]
L. Sniezkho, Perem. Zvezdy, 16, 253; 1967.
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