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Ères
politiques
Les princes indiens paraissent avoir emprunté
à leurs voisins helléniques l'idée de perpétuer leur souvenir dans
le calendrier par la création d'une ère
dynastique. Chandragoupta, l'allié de Séleucus
et le fondateur de la dynastie Maurya, semble
avoir créé une ère partant de la chute des Nandas, ses prédécesseurs.
Le point de départ doit se placer probablement en 312
av. J.-C., concordance étrange avec l'ère des Séleucides
( Les ères
grecques et romaines) qui part de cette même année. La durée deux
fois séculaire d'un royaume grec ou de principautés helléniques à proximité
de l'Indus ( L'histoire de la Bactriane )
vulgarisa dans l'Inde
du Nord l'emploi du calendrier séleucide.
Même au Ier siècle
de l'ère chrétienne, les inscriptions indiennes donnent aux mois les
noms macédoniens adoptés par Séleucus et à peine altérés par la transcription.
Peut-être même, mais c'est là une hypothèse qui reste à démontrer,
faut-il interpréter le chiffre des années selon
le comput séleucide, en supposant une omission systématique des centaines
comme dans le Loka-kâla ( ci-dessous).
L'an 57 av. J.-C.
est le point initial d'une ère qui porte
le nom de Vikrama ou Vikramâditya et qui s'emploie aujourd'hui encore
en Inde
presque tout entière en concurrence avec l'ère Saka. La tradition hindoue
prétend qu'elle fut fondée en commémoration d'une victoire remportée
par Vikramâditya, roi d'Oudjjayini, sur les Sakas en 57
av. J.-C. Mais l'histoire ne connaît pas de prince qui ait
porté ce nom à l'époque voulue, tant à Oudjjayini qui, dans aucune
autre partie de l'Inde. Fergusson interprétant une donnée vague d'Al-Birouni
supposait que le Vikramâditva de la tradition désignait le roi Harcha
d'Oudjjayini, vainqueur des Sakas à la bataille de Korur (Kahror), près
de Moultan, en 544 de J.-C. Max
Müller adopta cette hypothèse. Mais la découverte de plusieurs inscriptions
antérieures à 544 a ruiné l'ingénieuse
hypothèse de Fergusson. Une étude délicate des inscriptions datées
en cette ère a montré que le nom de Vikramâditva n'était jamais lié
à l'ère avant le XIe
siècle ap. J.-C. Elle est désignée dans les documents antérieurs
comme le samvat (comput), Mâlava-samvat ou Vikrama-samvat; la marche
qu'elle a suivie atteste qu'elle est originaire du Mâlava (Malwa, Inde
centrale). Son point de départ fixé à l'entrée de l'automne (premier
jour de la quinzaine claire du mois Kârttika) dans le comput méridional,
le plus ancien (le comput du Nord part du 1er
Chaitra, mars-avril, à l'imitation de l'ère Saka), semble la caractériser
comme une ère belliqueuse en opposition avec l'ère Saka des brahmanes ,
l'automne étant la saison classique des expéditions guerrières. Ainsi
s'expliquerait le nom de Vikrama, c.-à -d. énergie militaire, donné Ã
ce comput. En fait, les clans guerriers du Rajpoutana ont adopté, l'ère
Vikrama dès le principe et lui sont restés fidèles. Les Djaïnas ont
également une prédilection pour l'ère Vikrama. Dans ce comput, comme
dans la plupart des calendriers indiens, le chiffre exprimé désigne l'année
expirée et non l'année courante.
L'ère Saka ou ère de Sâlivâhana, postérieure
de 135 ans à l'ère précédente, est en
usage sur un domaine aussi étendu. L'époque de l'ère se place en 77-78
ap. J.-C., et l'an 1 de ce comput (en réalité la deuxième
année, puisque l'année courante porte le chiffre de l'année expirée)
va du 3 mars 78 an 20 février 79 ap. J.-C.
L'origine de l'ère est expliquée par des traditions diverses. Al-Birouni
raconte qu'un roi Vikramâditva, différent sans doute du précédent,
à en juger sur l'intervalle des deux ères, vainquit à cette époque
un prince nommé Saka, qui régnait en despote sur l'Indus et la mer. La
légende djaïna
de Kâlaka rapporte que ce saint personnage, offensé par Gardabhilla,
roi d'Oudjjayini, alla chercher un vengeur au pays de Sakakoula, où régnait
un prince nommé Sâhânou Sâhi; il en ramena un membre de la famille
royale, accompagné de quatre-vingt-quinze nobles, qui attaqua Oudjjayini,
renversa Gardabhilla; Vikramâditya expulsa l'usurpateur, mais, 135 ans
plus tard, un descendant du Saka remonta sur le trône et fonda l'ère
Saka. Le roi de Pratichthâna, Sâlivâhana, dont Pline
(76 ap. J.-C.) semble avoir entendu
et conservé le nom, est aussi mis fréquemment en rapport avec cette ère,
soit qu'elle rappelle sa naissance, soit qu'elle commémore une victoire
éclatante remportée précisément sur Vikramâditya d'Oudjjayini. Oldenberg,
sur la foi d'une chronologie hypothétique et d'un document surfait, a
rattaché la fondation de l'ère à l'avènement du grand roi indo-scythe
Kanichka, et son système a obtenu une fortune peut-être excessive. La
vulgarisation de l'ère Saka semble être due aux astronomes qui la substituèrent
dans leurs calculs à l'ère du Kali-Youga dans le cours du VIe
siècle ap. J.-C.
L'ère de
Chédi ou Kalachouri n'a jamais eu qu'un usage local, limité à l'Inde
centrale, au temps de la prépondérance des rois de Chédi. Elle a pour
époque 248-249 ap. J.-C., et l'an
1 (c.-à -d. la deuxième année courante) part du 28 juillet 249
ap. J.-C.
L'ère des Gouptas
porte le nom d'une dynastie qui ravit aux Indo-Scythes et aux Kchatrapas
l'hégémonie de l'Hindoustan vers le IVe
siècle. Al-Birouni, qui en fixe l'époque
à 319 ap. J.-C. semble en rattacher
l'origine à la chute des Gouptas, et son témoignage a soulevé de vives
discussions. Le point de départ de l'ère a été placé par divers savants
en 78, en 166,
en 190 ap. J.-C. Fleet a, par une discussion
serrée des données épigraphiques, fixé l'époque de l'ère à 319-320;
l'an 1 (deuxième année) part du 25 février 320
ap. J.-C. Elle paraît être d'origine népalaise, et les Gouptas
l'ont sans doute empruntée aux Licchavis du Népal ,
leurs alliés.
L'ère de Valabhi est identique à l'ère
Goupta.
L'ère de Sri Harcha, fondée par le roi
Harchavardhana de Canoge et employée par la famille royale des Thâkouri
au Népal
part de l'avènement de Harcha, 605-606 ap. J.-C.
L'an 1 s'étend de 606 à 607.
L'ère Newar ou du Népal
est propre à ce royaume où elle a été introduite par Radja Râghava
Deva en 878-879.
L'an 1 (deuxième année) part du 20 octobre 879
ap. J.-C. Elle a été abolie en 1768
par le conquérant gourkha Prithivi Nârâyana, qui l'a remplacée par
l'ère Saka.
L'ère Chaloukya n'a eu qu'une courte fortune,
malgré l'éclat de la longue dynastie Chaloukya. Fondée par le roi Vikramâditya
VI (Tribhouvana Malla), elle avait pour jour initial le sacre de ce prince,
14 février 1076 ap. J.-C. Elle disparut
cent ans après, à la chute des Chaloukyas (1162).
L'ère de Lakchmana Sena, en usage dans
le Tirhout, est pourtant assez mal établie. Les documents anciens qui
en placent l'époque en 1118 sont en
contradiction avec les almanachs
modernes, qui partent de 1106. La véritable
époque semble bien être 1118-1119,
et le premier jour de l'an 1 expiré) serait alors le 7 octobre 1119
ap. J.-C.
Le goût d'Akbar pour les innovations valut
à l'Inde ,
sous prétexte de simplification, deux ères nouvelles : l'ère Fasli et
l'ère Ilâhi. L'une et l'autre partent de l'avènement d'Akbar,
14 février 1556; elles ne diffèrent
que par les détails internes du calendrier.
L'ère Chahour, d'origine musulmane ,
commence en l'an 743 de l'hégire, 1342 ap. J.-C.
et marque sans doute la fondation d'une principauté musulmane dans le
Deccan.
Enfin les Marathes
ont une ère spéciale, le Râdjâbhishéka, datée de l'avènement de
Sivadji, le glorieux fondateur de l'empire marathe, en 1664
ap. J.-C.
Ères
religieuses
Si la religion impersonnelle des Brahmanes
est demeurée étrangère à la chronologie, les grandes sectes rivales
le bouddhisme
et le jaïnisme
ont essayé de perpétuer par le calendrier
la date de leur fondation. L'une et l'autre ont choisi pour point de départ
le Nirvâna, l'extinction de leur créateur.
La chronologie de Ceylan, où le bouddhisme jouit d'une suprématie vingt
fois séculaire, fixe le Nirvâna du Bouddha
à 543 av. J.-C., et cette date a longtemps
fait autorité parmi les savants occidentaux. Le bouddhisme du Nord (Népal ,
Tibet ,
Chine )
ne s'est pas arrêté à une date définitive et présente un choix d'au
moins vingt dates, séparées par un écart extrême de 2000 ans (de 250
av. J.-C. Ã 2422 av. J.-C.).
La date d'Ashoka, le Constantin
du bouddhisme, établie par un synchronisme irréfutable, a révélé les
erreurs de la chronologie cinghalaise, trop longtemps acceptée; les premiers
savants qui se sont intéressés à la question ont élevé sur les témoignages
épigraphiques combinés avec les traditions divergentes de la littérature
des échafaudages chronologiques fort instables. Max
Müller et Bühler ont proposé de placer le Nirvâna vers 480
av. J.-C.; Kern et Westergaard, vers 388
av. J.-C.
L'ère du Djina Mahâvira est, sinon plus
solide en fait, du moins maintenue avec plus d'uniformité par la tradition.
Les Svetambaras placent le Nirvâna du maître en 527
av. J.-C., les Digambares en 603 av.
J.-C. L'écart de 135 ans entre les deux dates correspond Ã
l'intervalle entre l'ère Vikrama et l'ère Saka et s'explique manifestement
par une confusion volontaire ou non entre ces deux ères.
Jacobi a signalé une erreur probable, résultant d'un chiffre répété
dans les détails du comput, et il porte après correction le Nirvâna
du Djina en 467 av. J.-C., tout près
de la date proposee par Max Müller pour
le Nirvâna du Bouddha
(477).
Ères
astronomiques
L'ère du Kali Youga, anciennement employée
par les astronomes et supplantée dans la suite par l'ère Saka, commence
en 3102 av. J.-C.; l'an 1 (deuxième
année) correspond à 3101. Le point
initial marque l'ouverture du présent âge, qui doit durer 432 000 années.
La légende associe l'origine de l'ère à la grande guerre des Bhâratas.
Le triomphe de Youdhichthira et des Pândavas, ses frères, marque le début
du Kali-Youga.
L'ère des Saptarchis ou ère populaire
(Loka-kâla), en usage dans une partie du Cachemire ,
est un cycle de 2700 ans, divisé en 27 périodes centennales, qui répondent
respectivement au séjour des Saptarchis (la Grande-Ourse )
dans chacun des vingt-sept signes du zodiaque
lunaire. Elle est antérieure au Kali-Youga de 975 ans et commence par
conséquent en 4077 av. J.-C. Le témoignage
des historiens d'Alexandre semble prouver
que cette ère était déjà en usage quand le conquérant macédonien
envahit l'lnde .
La vaste étendue du cycle a introduit l'usage de mentionner l'année sans
exprimer le chiffre des mille ni des centaines.
Le cycle de Jupiter
(Brihaspati) en usage dans plusieurs régions de l'Asie dès la plus haute
antiquité, est constitué par cinq révolutions de la planète
ayant une durée totale de soixante années, désignées
chacune par un nom spécial. Une année de Jupiter, correspondant au passage
de Jupiter à travers un signe du zodiaque ,
diffère de 4 jours 13/60 d'une année solaire; il se produit ainsi en
86 ans une année de retard. Pour maintenir le cycle en accord avec le
mouvement héliocentrique de la planète, on retranche une année tous
les quatre-vingt-six ans.
Un autre cycle, de douze ans, et correspondant
à une seule révolution de Jupiter
, est également en usage. Les années portent dans ce cycle le nom des
signes du zodiaque
lunaire où Jupiter se lève, et elles se suivent dans le même ordre que
les mois lunaires.
Deux autres cycles ont encore étés employés
par les astronomes dans le Sud de l'Inde .
Le cycle de Parasourama, appelé aussi ère de Quilon, est un cycle de
mille ans qui commencé en 1176 av. J.-C.
Le dernier cycle expiré commençait le 25 (ou 29) août 825
ap. J.-C.
Le cycle de révolution des planètes
(Graha-Parivritti) est un cycle de 90 ans dont le point de départ est
l'an 3078 du Kali Youga, 24 av. J.-C.
(Sylvain
Lévy). |