Jalons |
De
Bauhin à Tournefort
Le système de G.
Bauhin, publié en 1594, eut un
immense succès dans les années qui suivirent; il ne satisfit cependant
pas tous les botanistes, tellement était grande la nécessité d'avoir
une méthode se rapprochant le plus près possible de ce qu'on appelait
l'ordre naturel, c'est-à -dire reflétant des rapports entre les plantes
conformes à la réalité. C'est à la découverte de cette classification,
aussi débarrassée que possible de l'arbitraire des classificateurs, que
les plus grands botanistes du XVIIe
siècle, appliquèrent leurs efforts, négligeant pour la plupart
ce qui devait assurer cette découverte, l'étude approfondie des organes
végétaux.
En Angleterre.
En Angleterre, la culture de la botanique
longtemps négligée, prit tout à coup au XVIIIe
siècle, un essor rapide sous la
direction de Parkinson, de Morison
et de Ray. Dans le même temps, d'autres botanistes
anglais, William How (1619-1656),
Les Tradescant, Leonard
Plukenet (1642-1710),
James
Petiver (mort en 1718) ont eu le
mérite de réunir d'importantes collections botaniques et de publier des
descriptions de plantes nouvelles.
Parkinson.
John Parkinson
(1567-1645)
publie d'abord un ouvrage d'horticulture (Paradisi un sole [...],
or
a choice garden of all sorts of rarest flowers, Londre 1629), plein
d'intérêt car il permet d'apprecier l'état de l'horticulture d'alors,
en montrant qu'on cultivait plus de 120 variétés de tulipes, 60 d'anémones,
50 de jacinthes, plus de 90 de narcisses, 70 d'oeillets, etc. Mais Parkinson
est surtout connu pour son Theatrum botanicum (Londres,
1640,
in-fol.) contenant une classification en 17 tribus fondées sur les vertus
des plantes. Plus complet que l'herbier
publié précédemment par Sherard, l'ouvrage fonde sa
classification
sur les vertus connues ou présumées des plantes (palntes odorantes,
cathartiques, purgatives, vénéneuses, vulnéraires, etc.).
Morison.
Robert Morison
(1620-1683),
chargé d'un cours de botanique à Oxford et
garde du jardin botanique, et à qui Gaston d'Orléans
confiera la direction de ses jardins de Blois
(1658), publia un ouvrage intitulé
Plantarum Historia universalis Oxoniensis (1680), qui sera continué
par Dodart (1699)
et accompagné de 184 planches et environ 1200 figures, dont la plupart
originales. La méthode de classification
suivie par l'auteur est celle de Césalpin :
elle est fondée plutôt sur l'organisation de la fleur et du fruit que
sur les propriétés des plantes. On doit encore à Morison la première
monographie consacrée aux Ombellifères
(Plantarum ombelliferarum distributio nova, Oxford, 1672), et une
édition du Jardin royal de Blois, ouvrage d'Abel Brunyer (Hortus regius
Blesiensis, cum notulis, etc., Londres 1669).
Morison y a joint, entre autres, un tableau des erreurs de Bauhin,
que Haller, dans sa Bibliotheca Botanica,
qualifie d'invidiosum opus...
Ray.
John Ray, en latin
Raius
(1628-1704),
après plusieurs voyages dans toute la Grande-Bretagne et l'Europe centrale,
publia deux ouvrages d'une grande valeur, le Methodus plantarum
(Londres,
1682)
et l'Historia plantarum generalis, species hactenus editas alias que
insuper multas noviter inventas et descriptas complectens, etc. (Londres,
1686-1688,
2 vol. in-fol.). Dans le premier, il expose une classification,
dont les deux principales divisions, pour la première fois fondées sur
le nombre des cotylédons
de la graine ,
n'ont cessé d'être admises depuis : les Monocotylédones
et les Dicotylédones .
Pour les subdivisions, il sut habilement tirer parti de la présence des
pétales
ou de leur absence (apétalie), de leur union (monopétalie)
ou de leur liberté (polypétalie), des caractères
des feuilles, du fruit, etc.
En Allemagne.
L'Allemagne prit
une part presque aussi active que l'Angleterre au mouvement de la botanique
descriptive et classificatoire. Les acteurs principaux en furent Jung,
Rivin
et Knauth, auxquels il convient d'ajouter
encore les noms de Louis Jungermann (1573-1653),
de Paul Ammann (1634-1791)
et de Paul Hermann (1646-1695),
qui contribuèrent aux progrès de leur discipline, tant par leurs ouvrages
que par l'organisation de jardins botaniques.
Jung.
Joachim Jung,
dit Jungius (1587-1657)
brilla au premier rang des botanistes par la précision qu'il s'efforça
d'introduire dans les caractères et l'application
qu'il en fit à ce qu'il appelle la doxoscopie ou phytoscopie, c.-à -d.
à la classification en genres
et en espèces
Il insista plus particulièrement sur la
nécessité de distinguer les caractères constants
des caractères variables. C'est ce qu'il a très bien exposé dans son
Isagoge phytoscopia. L'auteur y divise chaque plante en deux parties
essentielles : l'une inférieure, comprenant la racine
(axe descendant), l'autre supérieure (axe ascendant), comprenant la tige
avec ses branches et ses organes appendiculaires (feuille, fleur, fruit).
Le plan de séparation, limes communis, de ces deux parties fondamentales,
douées de mouvements contraires, se nomme le fond; c'est ce qu'on
nommera plus tard le noeud vital. Les feuilles ,
où l'auteur, a soin de distinguer la surface supérieure de la surface
inférieure, se trouvent pour la première fois divisées en simples
et en composées.
"Il ne faut
pas, dit Jungius, comme le font les ignorants
ou les observateurs inattentifs, confondre la feuille composées avec un
ramuscule ou scion : car elle a, comme la feuille simple, une face supérieure
et une face inférieure, et elle tombe de même en automne".
Jung paraît avoir le premier employé le
mot pétiole
ou pédicule
pour désigner
" la partie
étendue en longueur qui maintient la feuille et la fixe à la tige."
Il fut aussi le premier à diviser les feuilles
composées en digitées
et en pennées ,
indiquant par ce nom que les folioles
sont disposées sur deux points opposés du pétiole ou nervure
principale, comme les barbes d'une plume
(penna). On lui doit également le premier emploi des termes d'opposées,
d'alternes ou de conjuguées pour qualifier les feuilles.
Pour ce qui concerne la structure de la fleur, nous voyons le mot périanthe ,
perianthium,
(qui signifie littéralement ce qui est autour de la fleur) également
employé pour la première fois par Jung. Mais il ne l'applique qu'au calice,
et il ne donne le nom de fleur (flos) qu'Ã la corolle, ce qui explique
le choix du mot perianthium :
"Le perianthium,
dit-il, est ce qui enveloppe cette partie délicate, colorée, qu'on nomme
la fleur."
Jung distingua également la fleur simple
de la fleur composée, qui forme le caractère de toute une famille, les
composées. Il emploie le mot de capitule
(capitulum) pour désigner la sommité fleurie de la tige,
et le mot fleurons (flosculi) pour désigner les parties de la fleur
composée. Il se sert également des mots de stamina et de stylus,
pour désigner les étamines
et le style
couronné de stigmates ;
mais il ignorait le rôle que ces organes jouent dans la fécondation.
Le sexe féminin était selon lui représenté par l'individu (tige) qui
donne les grains, et le sexe masculin par la tige qui ne produit que des
fleurs stériles. C'est assez dire qu'il n'admettait pas l'existence de
fleurs réunissant les deux sexes (fleurs hermaphrodites ).
Jung distingua aussi le fruit de la graine, et dans celle-ci il signala
l'existence de l'embryon ,
qu'il nomme le coeur de la semence (cor seminis). Enfin, il fut
le premier à fixer l'attention sur la situation variable de l'embryon;
c'est ainsi qu'il nomme l'embryon infère ou supère, suivant
que cet important organe occupe la base ou le sommet de la graine.
Rivin.
Auguste Rivin
ou Rivinus (1652-1723)
fut un des rares botanistes de ce siècle, qui rejetèrent la division
en arbres et herbes et il peut être considéré comme un précurseur immédiat
de Tournefort et de Linné
par sa classification fondée sur la forme de la corolle (Introductio
generalis in rem herbariam, Leipzig, 1690, in-fol.), et par l'emploi
qu'il fit, pour désigner une plante, de deux noms, l'un générique, l'autre
spécifique.
Knauth.
Christian Knauth
(1654-1716)
modifia le système de Rivin dans un Methodus
plantarum genuina (Halle, 1705, in-4) qui est un système intéressant
par le profit qu'il sut tirer de la corolle.
En Hollande.
Les Pays-Bas, enrichis
par leur commerce et leur industrie, que les guerres d'indépendance semblaient
avoir développé plutôt qu'affaiblis, avaient vers cette époque les
plus beaux jardins du monde. La culture des tulipes y avait été poussée,
entre autres, à un degré extraordinaire; les oignons de variétés rares
se vendaient à des prix fabuleux et étaient cotés à la bourse d'Amsterdam.
Le jardin de l'université de Leyde eut successivement pour directeurs
Charles
de l'Écluse,
Bontius, Vorstius, Schuyl,
P.
Hermann, Hotton et Boerhaave. Ces noms
à eux seuls montrent combien l'horticulture était alors en honneur.
Les
Commelin.
Jan Commelin
et son neveu Caspar Commelin, qui ont contribué au développement des
jardins botaniques des Pays-Bas, ont également laissé des descriptions
de plantes des Indes orientales et occidentales.
Le jardin botanique
d'Amsterdam, où van der Steel avait introduit des plantes du Cap de Bonne
Espérance dont il était gouverneur, fut confié à Frédéric Ruysch
pour la démonstration des plantes indigènes, et à Jan Commelin (1629-1692)
pour la culture des plantes exotiques. C'est ce dernier qui nous a fait
connaître dans Horti medici Amsterdamensis plantae, etc (1697),
les plantes des Indes orientales et occidentales cultivées dans le jardin
médicinal d'Amsterdam. Ce beau volume contient 112 grandes planches sur
cuivre très bien exécutées. Les descriptions sont en hollandais et en
latin, avec des notes de Fredérik Ruysch et Fredérik
Kiggelar. Caspar Commelin (1667-1731)
publia en 1706 une suite à ce volume, et on lui doit aussi en partie la
publication de l'Hortus Malabaricus, une flore de Malabar.
En Italie.
L'Italie compta en tête de ses botanistes
Fabio
Colonna (Fabius Columna), Paul Boccone,
Tobia
Aldini, Giambatista Ferrari, etc.
Colonna.
Fabio Colonna
(1567-1650)
a écrit d'importants commentaires de Théophraste,
Dioscoride,
Pline,
et a ajouté un certain nombre de descriptions à l'abrégé de l'Histoire
naturelle de Hernandez (médecin Philippe
II d'Espagne). Il donne également dans les Annotations de cet
ouvrage de nombreux détails morphologiques curieux. Colonna y propose
en outre, pour la première fois d'appeler pétales les folioles de la
corolle pour les distinguer des feuilles proprement dites.
En France.
C'est surtout en France que la botanique
acquit, au XVIIe
siècle, une importance considérable, tant par le nombre des
botanistes que par leurs travaux remarquables.
Le Specimen Historiae plantarum
(1611) de Paul Reneaulme (1560-1624)
renferme une bonne notion du genre ainsi qu'un essai de nomenclature
binaire.
Philippe Cornut (1606-1651),
dans son ouvrage intitulé Canadensium plantarum aliarumque nondum editarum
Historia (Paris, 1635, in-4), donne
la description d'un certain nombre de plantes du Canada
cultivées dans le jardin de Jean Robin et Vespasien
Robin. C'est en effet à la création du jardin du
Louvre,
sous la direction des Robin, puis à l'installation à Blois,
par Gaston d'Orléans, de jardins célèbres et d'importantes collections
d'histoire naturelle, qu'est due l'impulsion donnée en France au développement
de la botanique.
Les jardins de Blois, qui occupèrent les
botanistes Morison, A. Brunyer, Laugier, Marchand,
et dont un certain nombre de plantes peintes sur vélin par Nicolas
Robert, formèrent une inestimable iconographie aujourd'hui au Muséum,
furent, à la mort de Gaston d'Orléans, réunis au Jardin du Roi, l'ancien
jardin des Robin, à Paris. Mais déjà le Jardin des Plantes de Montpellier
était célèbre par l'enseignement qu'y donnaient Rondelet,
Richier
de Belleval et Pierre Magnol.
Magnol.
Pierre Magnol
(1638-1715),
dans son Prodromus historiae generalis plantarum, in qua familiae per
tabulas disponuntur (Montpellier, 1689,
in-8), montre un sentiment vrai des associations naturelles et introduit
en botanique l'expression de familles. Dans un ouvrage posthume, Novus
character plantarum, P. Magnol s'est livré à une minutieuse critique
de la méthode de Tournefort et a proposé
une classification fondée sur les caractères du calice et de la corolle,
rejetant l'ancienne division en arbres, arbustes et herbes. S'il se fût
conformé aux principes et aux idées qu'il expose dans la préface du
Prodromus,
Magnol eût devancé Adanson et Jussieu
dans l'invention des familles naturelles et Tournefort
n'aurait eu aucun mérite.
Barrelier.
Jacques Barrelier
(1606-1673),
de l'ordre de Saint-Dominique, avait exploré une partie de l'Italie et
la France méridionale, et avait amassé de nombreux documents et matériaux
en vue d'un grand ouvrage sur les plantes de l'Europe méridionale. B.
de Jussieu a recueilli et publié en 1714 les planches de ce livre.
Le
système de Tournefort
Joseph Pitton
de Tournefort (1656-1708),
entraîné par son goût pour les herborisations, visita successivement
les Alpes du Dauphiné, les Pyrénées, l'Espagne et le Portugal ,
puis sur la proposition du comte de Pontchartrain, fut envoyé en Orient
par Louis XIV et fit d'importantes collections
d'histoire naturelle dans les îles de lla
Mer Egée, l'Arménie, la Géorgie, la Palestine. Élève de Magnol,
à Montpellier, en 1679, il fut, grâce
à la protection de Fagon, nommé démonstrateur
au Jardin du Roi en 1683; enfin Ã
son retour d'Orient, en 1707, il devint
professeur au Collège de France. C'est en 1694
qu'il publia ses Éléments de botanique ou Méthode pour connaître
les Plantes (Paris, 3 vol. in-8), dont il donna en 1700
une seconde édition en latin, avec le titre : Institutions roi Herbariae
(Paris, 5 vol. in-4). Dans cet ouvrage, qui renferme la description de
10 146 espèces rapportées à 698 genres,
se trouve le système de classification
suivant, qui eut un si grand retentissement et qui, jusqu'à Linné,
fut employé par presque tous les botanistes.
-
|
Les
Herbes
|
| Fleurs
pétalées |
Simples |
Monopétales |
Régulières |
1.
Campaniformes
2.
Infundibuliformes |
| Irrégulières |
3.
Personnées
4.
Labiées |
| Polypétales |
Régulières |
5.
Cruciformes
6.
Rosacées
7.
Ombellifères
8.
Caryophyllées
9.
Liliacées |
| Irrégulières |
10.
Papilionacées
11.
Anomales |
| Composées |
12.
Flosculeuses
13.
Demi-flosculeuses
14.
Radiées |
| Fleurs
apétales |
15.
A étamines
16.
Sans fleurs
17.
Sans fleurs ni fruits |
|
Les
Arbres
|
| Fleurs |
Apétales |
18.
Apétales
19.
Amentacées |
| Pétalées |
Un
seul pétale |
20.
Monopétales |
| Plusieurs
pétales |
Régulières |
21.
Rosasées |
| Irrégulières |
22.
Papilionacées |
Cette classification, toute pratique et
simple qu'elle soit, fut, du vivant même de l'auteur, violemment attaquée
par divers botanistes, notamment par J. Ray et Magnol.
Les reproches justifiés qu'on lui adressait étaient de suivre encore,
la division irrationnelle des plantes en Arbres et en Herbes et d'accorder,
comme Rivin, une valeur taxinomique exagérée
à la corolle. Mais ce qui assure à nos yeux le mérite de Tournefort,
c'est l'établissement des genres sous leur forme actuelle.
Botanistes
anatomistes et physiologistes
L'invention du microscope poussa, au XVIIe
siècle, les esprits vers l'étude des organes et des mouvements
de la vie, tant animale que végétale, pendant que la fondation de nombreuses
sociétés savantes ( Académies),
faisait de plus en plus généraliser la méthode
expérimentale. Mais déjà avant l'entrée en scène du microscope,
on rencontre les indices d'une importante éclosion d'idées et de faits
nouveaux, aussi bien chez les naturalistes de la fin du XVIe
siècle
que chez ceux du début du
XVIIe.
Césalpin,
Jung,
J.
Ray, Morison, etc., ont, les premiers, montré
un intérêt pour la structure de la fleur, du fruit et de la graine. Quant
aux idées émises par Valerius Cordus, et bientôt
par P. Reneaulme, Digby, Mayor, R.
Boyle, Ch. Merret, Nath. Henshaw, Adriaan Spiegel
sur les fonctions des feuilles, leurs mouvements, la respiration
et la nutrition
des plantes, si, de fait, elles constituaient une bien faible somme de
notions sur la physiologie végétale,
elles ont préparé le terrain à Grew et à Malpighi.
Les défricheurs.
En
Italie
Un médecin de Venise,
Giuseppe
Aromatari (1586 - 1660?),
dans une lettre De generatione plantarum de seminibus (publiée
pour la première fois à Venise en 1625),
signala l'embryon
de la graine
comme le végétal en miniature, et regarda la matière (amidon, huile,
etc.) qui entoure l'embryon comme l'analogue de l'albumine
de l'oeuf .
Les principes établis dans cette lettre, qui annonce en même temps un
ouvrage resté inachevé, sur la génération, furent adoptés par Harvey,
qui les développa.
En
Angleterre.
Thomas
Browne, dans ses Enquiries into the vulgar errors (Londres,
1650),
fit le premier ressortir la fréquence du nombre cinq dans les graines
et les divisions des enveloppes florales.
Digby,
Mayor et Robert Boyle signalèrent l'intervention
de 'l'air nitro-aérien oxygène" dans les phénomènes de la germination,
de la végétation et de la respiration des plantes.
Christopher Merret
publia dans le premier volume des Mémoires de la Royal
Society, dont il fut l'un des premiers membres,
diverses expériences sur l'absorption de l'humidité de l'air par les
végétaux.
A l'aide du microscope,
Nathaniel Henshaw découvrit les vaisseaux respiratoires (trachées) dans
le noyer.
Robert
Hooke examina la couche subéreuse de l'écorce ,
les sporules
des mousses ,
et les vaisseaux laticifères qu'il croyait faussement, comme les veines
des animaux, garnis de valvules à l'intérieur.
Le roi Charles II
ayant chargé la Royal Society de Londres
de lui expliquer les mouvements de la sensitive, l'opinion fut partagée
: les uns en trouvaient la cause dans un effluve subtil, les autres,
et de ce nombre étaient Hooke et Verdue, dans
la structure fibrillaire de la plante.
Spiegel.
Adriaan van der
Spiegel (1578 - 1625)
traita dans son ouvrage Isagoges in reum herbariam libri II (Padoue
1606,
Leyde 1633), des différentes parties
des plantes, sans entrer dans l'examen de leur structure intime. Cet aperçu
organographique est suivi de la description d'un certain nombre d'espèces
végétales à la distribution desquelles n'a présidé aucun principe
général. Ainsi l'auteur commence par l'orchis, de là passe au trèfle,
genre dans lequel il range le citise, et beaucoup d'autres plantes dont
les feuilles se composent de trois folioles; il réunit dans un même groupe
la chicorée, la laitue, l'épervière, etc; il place les choux à côté
des joncs, etc.
Dans ce même livre, qui au demeurant est
une véritable introduction à la botanique, Spiegel a donné, l'un des
premiers, des indications pratiques à l'usage des herborisants. Pour faciliter
la connaissance des plantes, il insiste avec raison sur la nécessité
de choisir dans chaque genre une espèce type. Il fournit aussi des préceptes
utiles sur la manière de dessécher les plantes et de préparer les herbiers.
Il décrit aussi un procédé astucieux pour les personnes qui ne savent
pas dessiner, qui est une sorte d'imprimerie d'après nature (on enduit
la plante d'encre et on l'applique contre une feuille de papier...). Spiegel
recommande aussi de faire des expériences répétées sur l'action des
végétaux, employés, soit comme aliments, soit comme médicaments.
Une intoxication est vite arrivée! L'ouvrage se termine par un catalogue
des plantes (environ 1100) qui étaient cultivées en 1633
dans le jardin académique de Leyde. On y trouve notamment diverses espèces
d'Amérique (Pérou, Virginie, Mexique), récemment introduites en Europe.
Grew et Malpighi.
Grew et Malpighi
ont été les véritables fondateurs de l'anatomie
et de la physiologie des plantes. Quelques
mots sur les contributions de ces deux grands observateurs :
Grew.
Nehemiah Grew (1641
- 1712) a publié dès
1673son
premier essai sur l'anatomie des plantes. Intitulé Idea on philosophical
history of plants (déjà donné à la Royal Society trois ans plus
tôt). D'autres essais, publiés ensuite, furent réunis en 1682
dans un seul volume, illustré de 83 planches, pour former le célèbre
The
Anatomy of plants. Suivant l'ordre de développement d'un végétal,
Grew commence par l'étude de l'embryon et finit par celle du fruit. Pour
ne pas se perdre dans les généralisations abstraites, il prend l'exemple
d'une graine à la portée de tous, la grosse fève des marais. dans la
pellicule extérieure, facile à séparer quand la fève n'est pas desséchée,
il signale d'abord une ouverture située à l'une des extrémités de la
graine et correspondant à ce que Grew appelle la radicule de l'embryon
: c'est l'indice de la base de la graine. Cette ouverture (appelée micropyle
par Turpin) varie beaucoup de grandeur.
"Il y a
des graines où, fait observer Grew, elle est si petite, qu'il est très
facile de l'apercevoir sans l'aide du microscope, et dans quelques-unes
il faut, pour la découvrir, couper une partie de la graine même, qui
autrement en empêcherait la vue".
Le choix que l'auteur avait fait de la fève
des marais était très judicieux. Non seulement toutes les parties intérieures
qu'il voulait étudier, s'y trouvent grossies, mais il lui était facile
de montrer que la peau ou pellicule (appelée plus tard épisperme )
qui recouvre la graine se compose manifestement de deux membranes : l'une
extérieure, dure, qui recevra de Gaertner le
nom de testa; l'autre intérieure, plus mince, qu'on appelle aujourd'hui
tegmen
ou endoplèvre.
Grew ne donna pas
de nom particulier à ce qu'on appelle le hile
ou ombilic .
Mais il eut soin de faire remarquer que l'ouverture signalée, le micropyle ,
peut se trouver dans des points différents, plus ou moins éloignés du
hile, mais toujours correspondant à la radicule .
Il distingua nettement l'embryon
proprement dit du corps de la graine ,
corps amylacé, huileux, qu'on a depuis convenu d'appeler l'amande.
Il indiqua, outre la radicule, ce qu'il nomme la pluma (plumule ),
partie qui fait suite à la radicule et forme par son développement la
tige
de la plante.
"Elle se
divise, dit-il, au sommet en plusieurs branches, de sorte qu'elle ressemble
à un petit bouquet de plumes, et c'est pour cela que je lui donne le nom
de plume".
On voit que Grew réunissait
sous un même nom la tigelle et la gemmule ,
parties qui furent distinguées par la suite.
Nehemiah Grew a fait aussi, le premier,
connaître la véritable nature des fleurs composées, dont les centres
jaunes ou coeurs-fleuris, comme on les appelait alors, étaient
pris pour des étamines :
"Les coeurs-fleuris,
comme ceux des soucis, des fleurs de tanaisie, sont ordinairement, dit-il,
appelés étamines, parce qu'on les voit composés de filets
simples, quasi stamina; mais les observations que j'ai faites m'ont
persuadé qu'ils ne sont pas bien nommés, car quelque différentes que
soient les véritables étamines de diverses fleurs, les prétendues étamines
des coeurs-fleuris (capitules )
qui ne paraissent être que de simples filets, sont chacune composées
de deux ou de plusieurs parties différentes et qui ont toutes des figures
de petites fleurs : c'est pour cela que je les appelle fleurons".
Malpighi
Marcello Malpighi
(1628 - 1694)
avait pris l'anatomie microscopique pour l'objet de presque tous ses travaux
de biologie. En 1675, il dédia à la Royal society de Londres un
travail important sur l'anatomie microscopique des plantes :
Anatome
plantarum, ouvrage contenant 54 planches sur cuivre, et suivi en guise
d'appendice (plutôt inattendu), de l'anatomie du poussin (De ovo incubato).
L'auteur commence son exposition par le tissu cellulaire qui entre dans
la constitution de tous les végétaux, et en forme quelque fois des parties
entières. En l'examinant au microscope, il montre ce tissu composé de
vésicules
de forme variable, auxquels il donna le premier le nom d'utricules (utriculi).
C'est pourquoi on appelle aussi le tissu cellulaire tissu utriculaire.
Il donne pour commencer l'exemple de l'épiderme de maïs.
Malpighi examine ensuite le même tissu
sur l'épiderme
du poirier, de la chicorée, du chanvre, du saule, etc. et fait voir que
les utricules que le tissu présente sont soudées entre elles par une
substance intercellulaire, qui par la suite recevra le nom de cystoblastème.
L'auteur est aussi le premier à signaler l'analogie de structure et de
fonction de certains vaisseaux de plantes avec les vésicules pulmonaires
des insectes, et il leur donna le nom de trachées ;
mais il les représenta assez mal.
Le naturaliste admettait l'élasticité
des lames spirales qui composent les trachées, et même la possibilité
de se dilater et de se contracter alternativement pendant la respiration.
Il en montra la présence dans l'écorce aussi bien que dans les fleurs .
Quant aux différentes espèces de vaisseaux
que le microscope a fait découvrir dans les plantes, il règne encore
beaucoup d'obscurité dans les descriptions et les dessins de notre auteur.
Les recherches de Malpighi
sur la germination sont classiques. Les termes qu'il emploie, presque tous
adoptés depuis, montrent l'analogie qui existe
entre l'embryon qui se développe dans la graine, et l'embryon qui se développe
dans la matrice. Les mots d'ombilic, de cordon ombilical, de secondine,
de péricarpe ,
etc. sont de sa création. La fleur, par laquelle il entendait le calice
et la corolle, ne fait que protéger, suivant lui, l'embryon naissant.
L'étamine, qu'il représente comme étant composée du filet (petiolus)
terminé par l'anthère, sorte de capsule
(capsula), ne devait servir qu'à l'élaboration et à la dépuration
des humeurs du végétal. Les dessins qu'il donne des grains de pollen
contenus dans les loges (loculi) de l'anthère, ne sont pas d'une
parfaite exactitude microscopique. Le style, à sommet plus ou moins élargi,
n'était également pour lui qu'un organe accessoire de l'ovaire .
Le sexe des plantes
et autres menus détails.
Bien que personne
n'ait poussé aussi loin que Grew et Malpighi
l'anatomie et la physiologie
végétale, ils n'avaient pas encore d'idées bien nettes sur le sexe des
plantes. Cependant, on ne manquait pas d'indices sur l'existence de ces
organes. Ainsi, Adam Zaluzansky (1558
- 1613)
avait déjà traité du sexe des plantes dans sa Methodus Herbaria
(1604).
Il affirmait que la plupart des plantes sont hermaphrodites ou androgynes ,
les deux sexes réunis dans une même fleur, et que quelques-unes seulement
ont des sexes séparés.
Jacob Bobart (1598
- 1680),
directeur du jardin d'Oxford, d'accord avec Grew,
avait fait diverses expériences sur une plante à sexes séparés, la
Lychnis dioica, qui montraient que les ovules des fleurs de la tige fructifère
avortent ou demeurent stériles, s'ils ne se trouvent pas en contact avec
les anthères ou sachets polliniques des fleurs de la tige staminifère.
Sherard,
Blair,
Ray eurent
connaissance de ce fait important; et dès 1686,
on voit Ray s'étendre sur la fonction fécondante des anthères .
Rodolphe-Jacques
Camerarius (1665-1721),
de la même famille que Joachim Camerarius
(( La botanique à la Renaissance ),
alla plus loin dans cette voie. Dans une lettre adressée en 1694
à Valentin, il fit voir que les graines sont impropres à la reproduction
lorsqu'elles viennent de fleurs qui ont été dépouillées de leurs étamines.
Il avait fait des expériences sur le chanvre, dont les graines ne germaient
pas quand il n'y avait pas de tiges staminifères.
Après Grew
et Malpighi, Leeuwenhoek
(1632
- 1723)
examina soigneusement au microscope le tissu cellulaire et les différentes
transformations de ce tissu. Il nia les différences sexuelles des
plantes, aperçut les conduits intercellulaires, trouva des tracées dans
le tronc
même des arbres et signala le premier les vaisseaux
ponctués, rayés, etc., que les phytotomistes (= anatomistes des plantes)
du XIXe
siècle feront particulièrement connaître.
La physiologie
végétale.
La physiologie végétale
eut pour principaux promoteurs Claude Perrault,
Dodart,
Mariotte,
etc.
Perrault.
Claude
Perrault (1613
- 1688),
aussi bon anatomiste qu'architecte, comprit l'un des premiers, la nécessité
d'admettre une circulation
de la sève
dans les plantes .
La racine remplissait, suivant lui, les fonctions du coeur ,
aspirant les sucs de la terre (sève ascendante) pour les faire en partie
évaporer par les feuilles
qu'il supposait aider à la maturation
des fruits. Mais la plus grande partie des sucs absorbés par les racines
devait redescendre (sève descendante) en passant entre l'écorce et le
bois. Pour le démontrer, il fit - expérience souvent répétée depuis
- une forte ligature autour d'un arbre, et constata, au bout de quelque
temps, une intumescence marquée de l'écorce au dessus de l'étranglement
artificiel (Essais de physique, 1680).
Dodart.
Denis
Dodart (1634
- 1707),
auteur d'un grand nombre de notices scientifiques, notamment de la Préface
des mémoires pour servir à l'histoire des plantes (1660),
essaya de résoudre plusieurs questions d'un vif intérêt. Pourquoi la
tige ,
demandait-il par exemple, tend-elle toujours à s'élever? Pour répondre
à cette question, il fit intervenir l'action des rayons solaires, agissant
sur les fibres et les sucs de la tige autrement que sur ceux de la racine .
Le premier il considéra le végétal comme un être collectif, composé
d'une multitude de germes ou de bourgeons, dont chacun est capable de produire
un individu. Il calcula ainsi qu'un ormeau de taille moyenne peut produire
au moins des millions de germes au cours de son existence.
Mariotte.
Edme
Mariotte (mort en 1684)
publia en 1679,
sous la forme d'une lettre adressée à un conseiller au Parlement de Bourgogne ,
un Essay de la végétation des plantes. Il y traite particulièrement
de la composition des plantes d'après les idées chimiques d'alors. Mais
on y rencontre aussi quelques considérations de physiologie
végétale fort intéressantes. Ainsi, par exemple, il explique l'ascension
de la sève
par la loi de la capillarité,
"car partout,
dit-il, où il y a des tuyaux très étroits qui touchent l'eau, celle-ci
y entre et même elle y monte contre sa pente naturelle".
Mariotte observa aussi
le premier que le suc coloré des plantes coule dans des vaisseaux différents
de ceux qui contiennent de la sève
ou suc incolore. Les poils dont certaines plantes sont couvertes, il les
considérait comme destinés à sucer la rosée et la pluie, parce que
les herbes aquatiques en sont dépourvues. Pour savoir comment se fait
la maturation des fruits
et des graines ,
Mariotte
n'hésite pas à reconnaître
"qu'il faut
remarquer et considérer beaucoup de choses".
On comprend que sa théorie
laisse beaucoup à désirer. (F. Hoefer / P. Maury / DV). |
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