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La découverte du corps
Histoire de l'anatomie

Aperçu
L'histoire de l'anatomie humaine peut se diviser en deux pĂ©riodes. Pendant la première qui va de la plus haute AntiquitĂ© Ă  VĂ©sale, mais surtout de Galien Ă  VĂ©sale, la tradition de Galien est maĂ®tresse et on commente le maĂ®tre, on le discute, on l'interprète, mais on s'en tient Ă  ses enseignements. 

Avec VĂ©sale, s'ouvre une nouvelle Ă©poque : le règne de l'autoritĂ© galĂ©nique s'Ă©croule, l'on ne s'adresse plus qu'Ă  l'observation du cadavre humain :  l'on veut voir et toucher. VĂ©sale crĂ©e l'anatomie et la mĂ©thode anatomique.


Jalons
La première anatomie

Dans l'AntiquitĂ©, les doctrines philosophiques, les croyances religieuses, tout s'opposait aux Ă©tudes anatomiques, dont les dissections sont la base; aussi tarde-t-on Ă  en voir des traces, et encore sont-elles souvent indirectes. Le plus ancien document que nous possĂ©dions actuellement sur les connaissances anatomiques de l'humanitĂ© est probablement le Ayurvedas, un livre sacrĂ© des Hindous, remontant Ă  trois mille ans environ, dont F. Hessler a donnĂ© une traduction en 1844. Ce livre distingue dans l'organisme les parties uniques des parties doubles; il distingue les membranes, les sĂ©crĂ©tions, les organes principaux, les vaisseaux, nerfs, tendons, articulations, etc. Pour l'auteur, les os du corps sont au nombre de 600 (!), les articulations au nombre de 210; il y a 900 tendons et 400 muscles; 700 vaisseaux parmi lesquels 40 primaires dont 10 portent l'air, 10 la bile, 10 le phlegme, 10 le sang. Les autres vaisseaux non primaires ne transportent que ces trois derniers Ă©lĂ©ments. Il y a 24 nerfs, et le sang est engendrĂ© par le chyle. Les Indiens, pour arriver Ă  ces connaissances vĂ©ritablement extraordinaires, - le Moyen âge n'en a pas toujours su aussi long, - avaient certainement dĂ» dissĂ©quer, et avec soin. Qu'avaient-ils dissĂ©quĂ©? on ne le sait guère. 

Les Hébreux, à en juger par les suppositions que permettent de faire divers passages de la Bible, étaient loin d'en savoir autant que les Indiens; pourtant, d'après Riolan, ils auraient connu 48 os, et 360 veines et ligaments. D'après plusieurs commentateurs des poèmes homériques, les connaissances anatomiques des Grecs auraient été fort développées, et Malgaigne déclare avoir trouvé dans l'Iliade, "une très belle anatomie des régions". Que n'y a-t-on pas trouvé, et que n'y trouvera-t-on pas encore? Mais sortons de la fable et tâchons d'arriver à des faits plus précis.

Les Grecs et les Romains.
C'est seulement chez les Grecs qu'on commence Ă  entrevoir le goĂ»t des Ă©tudes anatomiques : un des derniers disciples de Pythagore, AlcmĂ©on de Crotone, qui vivait vers le milieu du VIe siècle avant J.-C., paraĂ®t ĂŞtre le premier qui ait dissĂ©quĂ©, mais seulement des animaux, c'est-Ă -dire que l'anatomie humaine a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e par celle des animaux: moins de cent ans après, pendant le Ve siècle, DĂ©mocrite, EmpĂ©docle, Anaxagore, les AsclĂ©piades au milieu desquels brille le grand nom d'Hippocrate, se livrent Ă  des dissections sur les animaux et font des dĂ©couvertes importantes. 

Hippocrate se forma Ă  l'Ă©cole de Cos, l'une, de celles qu'avaient fondĂ©es les AsclĂ©piades. Ses connaissances anatomiques sont très discutĂ©es. D'après Haller, le père de la mĂ©decine aurait dissĂ©quĂ© des cadavres humains. Il semble pourtant, malgrĂ© les passages citĂ©s par Haller, qu'il n'en soit rien, et qu'Hippocrate, comme les autres Grecs, en ait Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© par les notions gĂ©nĂ©ralement acceptĂ©es sur le sort de l'âme après la mort. Ajoutons d'ailleurs que la plupart des traitĂ©s hippocratiques oĂą l'on a trouvĂ© des indications anatomiques sont discutĂ©s, et que l'authenticitĂ© en est très douteuse. Il y a dans ces indications des choses assez justes, et d'autres très fausses. Ainsi le squelette osseux est bien dĂ©crit, mais le cerveau est regardĂ© comme une glande. En somme, tout fait penser qu'Hippocrate n'a jamais dissĂ©quĂ© de cadavre humain. 

Dioclès de Caryste, le plus cĂ©lèbre des successeurs d'Hippocrate, Ă©crit le premier sur les prĂ©parations et les dĂ©monstrations anatomiques; dès lors l'anatomie est constituĂ©e comme science et comme art.  Puis Aristote paraĂ®t (quelques-uns ont prĂ©tendu qu'il avait vĂ©cu avant Dioclès, c'est un point obscur d'histoire difficile Ă  Ă©lucider;  il enseigne vers 330, et dès lors, sous la protection et par les encouragements d'Alexandre, le domaine de l'anatomie et de l'histoire naturelle s'accroĂ®t prodigieusement, tandis que ThĂ©ophraste, son disciple et le compagnon de ses travaux, crĂ©e l'anatomie des vĂ©gĂ©taux (L'Histoire de la Botanique). Aristote ne dissèque pas de cadavres humains, mais se lance dans l'anatomie comparĂ©e dont il est le fondateur, et oĂą il a eu des intuitions qui Ă©tonnent les naturalistes modernes. 

Moins d'un demi-siècle s'écoule et la fondation de l'Ecole d'Alexandrie, la protection des Ptolémées, appellent les savants de toute part. Les premiers anatomistes qui osèrent disséquer des cadavres humains semblent avoir été Erasistrate et Hérophile, de cette l'École, près de deux siècles après Hippocrate. Celse et Tertullien déclarent même que ces anatomistes n'ont pas craint de disséquer des humains vivants. Quoi qu'il en soit, ils font faire à l'anatomie des progrès remarquables; ils ont constaté notamment quelques faits intéressants relativement au coeur et au cerveau, et ils ont donné un grand éclat à l'Ecole de médecine d'Alexandrie.

Mais à dater de cette époque, sous la domination romaine, tout s'éteint jusqu'au règne de Néron, c'est-à-dire pendant un siècle et demi; enfin, vers le milieu du Ier siècle de l'ère chrétienne, Marinus, cité avec éloge par Galien, qui le nomme le restaurateur de l'anatomie, reprend l'étude de cette science : Rufus d'Ephèse, sous le règne de Trajan, Galien, sous Marc-Aurèle, viennent clore la série des travaux anatomiques de cette époque; Galien surtout, qui est, de tous les médecins de l'Antiquité, celui qui a écrit avec le plus d'exactitude sur l'anatomie. Galien ne dissèque que des animaux, mais il le fait avec soin, et pour les muscles en particulier, il est très précis. Il perfectionne beaucoup les connaissances relatives au cerveau et au système nerveux, décrivant dans le premier une quantité d'organes : il déclare que le sang circule, ou plutôt oscille dans les vaisseaux. L'anatomie de Galien semble surtout dériver des dissections faites sur le singe, sûrement aussi sur le porc.

MĂŞme si l'on ne doit pas oublier les travaux de Celse, de Pline, d'ArĂ©tĂ©e, après Galien, peu de choses sont faites : avec Aristote et Hippocrate, Galien passe Ă  l'Ă©tat d'oracle : la science anatomique est arrĂŞtĂ©e dans son dĂ©veloppement par des catastrophes et les guerres qui surviennent alors; le temps n'est plus aux recherches scientifiques, et les mĂ©decins se contentent des axiomes des Anciens. 

Le Moyen Âge.
Pendant le Haut Moyen  Ă‚ge, la curiositĂ© pour les choses d'ici-bas dans l'Europe latine sombre corps et biens. Le foyer des sciences se dĂ©place vers le monde arabe; mais la loi de Mahomet inspire l'horreur des cadavres; et, en anatomie du moins, l'Ecole arabe de mĂ©decine n'ajoute rien aux connaissances acquises : Rhazès, Albucasis, Averroès, Avicenne commentent et copient Galien. C'est pourtant grâce Ă  ce fil fragile que l'Occident, redevenu curieux, redĂ©couvre Galien au XIIe et au XIIIe siècle. Galien, non pas dans son texte original, mais dans des versions plus ou moins incomplètes et avec les commentaires des Arabes, qui sert dĂ©sormais de base aux dissertations des mĂ©decins de l'Europe. 

Après la chute de l'empire grec, FrĂ©dĂ©ric II, empereur d'Allemagne, en 1238, dĂ©fend aux chirurgiens d'exercer leur art s'ils n'ont Ă©tudiĂ© l'anatomie; on ne dissĂ©quait pourtant encore que des animaux, lorsqu'en 1306; et en 1315, Mundini (ou Mondino) Ă©tudia enfin publiquement Ă  Bologne sur deux cadavres de femme. Il rĂ©sume dans un petit livre, longtemps restĂ© sans rival, les notions d'anatomie de Galien; ce qui en fait l'intĂ©rĂŞt, c'est la certitude que l'on acquiert, en le lisant, que l'auteur a notĂ© avec exactitude un certain nombre de faits tirĂ©s de ses propres dissections. C'est lui qui a donnĂ© Ă  l'orifice de l'utĂ©rus le singulier nom, conservĂ© prĂ©cieusement d'ailleurs, de museau de tanche, et il a insistĂ© sur la valeur de la rupture de l'hymen comme signe de la virginitĂ©. De mĂŞme que Galien avait Ă©tĂ©, et devait ĂŞtre encore commentĂ©, Mondino eut après lui une plĂ©iade de mĂ©decins qui le discutèrent, commentèrent et pillèrent : Nicolas Bertuccio, Pierre d'Argelara, Benedetti, et surtout Arnauld de Villeneuve et Berenger de Carpi, qui seront parmi les plus cĂ©lèbres. Mais Ă  la vĂ©ritĂ©, la tentative de Mondino demeura isolĂ©e; nul de ses Ă©lèves ne l'imita, ni Guy de Chauliac, ni Benedetti, ni Zerbi. Pourtant il se crĂ©ait un mouvement scientifique. Berenger de Carpi dissĂ©qua des cadavres humains, ce qui lui valut l'accusation avoir dissĂ©quĂ© des humains vivants, reproche dĂ©jĂ  adressĂ© Ă  Érasistrate : on lui attribua la dĂ©couverte de plusieurs fait anatomiques intĂ©ressants. 

L'anatomie vésalienne

La Renaissance.
Il nous faut arriver au XVIe siècle pour voir l'anatomie humaine prendre un essor véritable. Achillini, Massa, Vidus Vidius, Gonthier d'Andernach, Sylvius (Dubois), Charles Etienne, Rondelet, font des travaux utiles qui ont placé leurs noms parmi ceux que l'histoire de l'anatomie ne peut oublier. On ajoutera aussi Ambroise Paré qui ne fit faire tant de progrès a l'art chirurgical qu'au moyen de ses profondes connaissances en anatomie. De son côté, Michel Servet, qui devait être brûlé plus tard, par fanatisme religieux, sur les instigations de Calvin, fit une remarque importante dans sa Christianismi restitutio : il indiqua nettement la circulation du sang sans dire exactement comment elle se fait, ni les voies qu'elle suit, mais déclarant que le sang circule. A ce titre, il est le précurseur de Harvey. Servet montre que la cloison du coeur n'est pas perforée et découvre la petite circulation. Colombo vulgarise la doctrine de Servet qu'il ne cite pas et la propage dans un livre qui se répand rapidement, en sorte que tous les savants de l'époque le lisent et l'étudient. Césalpin démontre que le sang des veines va au coeur et Fabrizio d'Aquapendente trouve dans les veines des valvules qui falicitent la direction du sang veineux vers le coeur (Ch. Richet, Introduction à la traduction française du livre de Harvey sur la Circulation du sang).

AndrĂ© VĂ©sale est le vĂ©ritable fondateur de l'anatomie moderne, et, grâce Ă  son travail, une nombreuse Ă©cole d'anatomie se fonde. VĂ©sale secoue le joug de Galien, il ose discuter le maĂ®tre, il ose en montrer les erreurs. VĂ©sale fut Ă©lève de Dubois. Les clameurs furent grandes lorsque le jeune savant s'attaqua aux traditions devant lesquelles chacun s'inclinait sans mĂŞme penser qu'il serait peut-ĂŞtre utile d'en vĂ©rifier l'exactitude. VĂ©sale a laissĂ© un traitĂ© fameux : De humani corporis fabrica, et l'on possède une prĂ©paration anatomique, le squelette d'un criminel, Jacob Karrer, exĂ©cutĂ© par ordre de justice, dissĂ©quĂ©, puis montĂ© par VĂ©sale Ă  Bâle pendant un sĂ©jour qu'il y fit en 1541. C'est une relique que le musĂ©e de Bâle conserve prĂ©cieusement. VĂ©sale a créé l'anatomie, et, pour bien faire comprendre son rĂ´le, il faudrait analyser son livre en entier (on en trouvera une bonne analyse dans Burggraeve : PrĂ©cis de l'histoire de l'Anatomie, 1840) : il reprĂ©sente la base, les fondements de la science anatomique. L'impulsion Ă©tait donnĂ©e, et avec elle la mĂ©thode, c. -Ă -d. la dissection. A partir de VĂ©sale, l'anatomie marche de conquĂŞte en conquĂŞte : les traditions ne comptent plus pour rien, l'observation seule est admise. Fallope, Colombo, Eustachi, Ingrassias, suivent les traces de VĂ©sale. Fallope Ă©tudie avec soin l'organe auditif (Oreille), les muscles de la face, le tube digestif; Colombo entrevoit la circulation du sang, après Michel Servet; Eustachi et Ingrassias font porter leurs recherches sur divers points de l'anatomie humaine. 

Le XVIIe siècle.
Si le XVIe siècle a l'honneur d'avoir donné naissance à Vésale, le XVIIe a son titre de gloire avec Harvey. Comme le dit Ch. Richet, en parlant du De circulatione sanguine et motu cordis

« Ce qui constitue surtout la valeur de ce livre, le plus beau de la physiologie, dit Flourens, c'est que c'est un adieu dĂ©finitif aux thĂ©ories, aux dissertations thĂ©ologiques, mĂ©taphysiques, scolastiques. Harvey ne croit qu'Ă  l'expĂ©rience, au phĂ©nomène visible, expĂ©rimental' c'est lĂ  sa supĂ©rioritĂ© sur Servet. Entre le Christianismi restitutio et le traitĂ© De circulatione sanguines et motu cardia, il y a l'abĂ®me qui sĂ©pare, au point de vue scientifique, le Moyen âge de l'ère moderne [...]. Quant Ă  Harvey, Ă  chaque instant, il fait des observations, des expĂ©riences. Les opinions d'Aristote ou de Galien lui importent peu; il regarde le coeur qui se contracte, etc.  [...]. Servet, Ruini, Colombo, CĂ©salpin ont conçu la circulation: Harvey l'a dĂ©montrĂ©e. » (ibid, pp. 22-33). 
Le mĂŞme siècle a vu paraĂ®tre Aselli, qui dĂ©montre l'existence des vaisseaux lymphatiques entrevus par HĂ©rophile et Erasistrate; Pecquet, Bartholin, Rudbeck qui perfectionnent l'oeuvre de VĂ©sale; Malpighi qui fonde l'anatomie microscopique en attendant Leeuwenhoeck; puis viennent après eux, Ruysch, Vieussens, Boerhaave, Willis, Palfin, qui portent des noms illustres dans l'histoire de l'anatomie. Willis et Malpighi en particulier ont compris toute l'importance de l'anatomie comparĂ©e, et les lumières que celle-ci peut projeter sur l'Ă©tude de l'anatomie humaine. L'apport de VĂ©sale a Ă©tĂ© tel, que ses successeurs se sont trouvĂ©s dans l'impossibilitĂ© de faire faire Ă  l'anatomie un pas qui fĂ»t, mĂŞme de loin, comparable Ă  celui que lui fit franchir leur maĂ®tre Ă  tous. Ils ont perfectionnĂ© l'oeuvre de VĂ©sale ils y ont ajoutĂ© des faits souvent très importants, mais aucun n'a jouĂ© le rĂ´le dĂ©cisif de VĂ©sale, et les seuls pas importants qu'ait pu faire l'anatomie ont Ă©tĂ© faits dans des voies dĂ©rivĂ©es. 
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Le système artériel (1745).
Climax.
Le XVIIIe siècle est moins fertile que le XVIIe, il a moins d'Ă©clat. Pourtant le XVIIIe prĂ©sente de grands noms. Haller d'abord, auteur d'une oeuvre physiologique prodigieuse; Bordeu qui entrevoit l'anatomie gĂ©nĂ©rale et joue le rĂ´le de prĂ©curseur de Bichat; Bichat, qui ouvre des voies nouvelles et fonde l'anatomie gĂ©nĂ©rale, si fĂ©conde en renseignements et en dĂ©couvertes prĂ©cieuses pour l'art de guĂ©rir; Albinus, Weitbrecht, Soemmerring, Winslow, Pourfour du Petit, Scarpa, Tenon, Wrisberg, Blumenbach, BĂ©clard, etc., pour ne citer que les plus illustres. On pourrait dire Ă  peu près la mĂŞme chose du XIXe siècle. Grâce au microscope de plus en plus employĂ© par les anatomistes, on peut dĂ©sormais augmenter les connaissances sur la constitution intime des tissus, on peut dĂ©couvrir des faits nouveaux dans le domaine de l'histologie dont les fondateurs furent Mirbel, Turpin, de Blainville, Dutrochet, suivis, Ă  la gĂ©nĂ©ration suivante par  Schwann, les Schleiden, les Remak, les de Baer, les Kölliker. Mais, pour l'essentiel, l'anatomie humaine est constituĂ©e; on sait qu'on n'y peut rien ajouter d'important. On s'en convainc aisĂ©ment en voyant ce qu'ont pu faire les anatomistes qui se sont consacrĂ©s Ă  l'anatomie humaine pure et simple, comme les Cruveilhier et les Sappey. Le champ est pour ainsi dire Ă©puisĂ©. Le XIXe siècle, comme le sera d'ailleurs le suivant, est d'abord un siècle de physiologistes. On vise dĂ©sormais davantage Ă  soigner qu'Ă  dĂ©crire. 

Reste que l'anatomie n'est pas morte pour autant. De nouvelles techniques vont encore la transformer en profondeur. Alors que jusqu'aux dernières annĂ©es du XIXe siècle on n'avait eu en effet d'autre possibilitĂ© pour explorer l'intĂ©rieur des corps que la dissection (et l'endoscopie, mais dont la portĂ©e est très limitĂ©e), de nouvelles techniques apparaissent : la dĂ©couverte en 1895 des rayons X par RoĂ«tgen permettra la mise au point au cours des deux dĂ©cennies suivantes de la radiographie mĂ©dicale; viendront ensuite l'utilisation des ultrasons (Ă©chographie), puis de la rĂ©sonnance magnĂ©tique nuclĂ©aire (IRM), etc., qui Ă  leur façon ont aussi rĂ©volutionnĂ© le regard portĂ© sur l'intĂ©rieur des corps.  (Dr. H. de Varigny).

L'anatomie depuis 1900

L'anatomie au XXe siècle et au dĂ©but du XXIe siècle a connu une transformation radicale, passant d'une discipline principalement descriptive basĂ©e sur la dissection Ă  une science dynamique et intĂ©grative, influencĂ©e par les avancĂ©es technologiques et les nouvelles perspectives biologiques. 

Le XXe siècle.
Au début du XXe siècle, l'anatomie restait largement ancrée dans les méthodes traditionnelles, avec la dissection cadavérique comme pilier central de l'enseignement et de la recherche. Les atlas d'anatomie, héritiers des travaux de figures comme Vesale, continuaient de se perfectionner, offrant des représentations de plus en plus précises du corps humain. Cependant, une nouvelle ère s'annonçait avec la découverte des rayons X par Wilhelm Conrad Röntgen en 1895. Rapidement, la radiographie a commencé à être utilisée en médecine, offrant pour la première fois la possibilité d'observer les structures internes du corps vivant sans recourir à la chirurgie ou à la dissection. Cette innovation a marqué un tournant majeur, introduisant l'anatomie vivante dans la pratique clinique et ouvrant la voie à une multitude de techniques d'imagerie qui allaient révolutionner la discipline.

Les premières décennies du XXe siècle ont vu l'anatomie s'intégrer de plus en plus étroitement à la médecine clinique. L'anatomie chirurgicale est devenue une spécialité à part entière, soulignant l'importance d'une connaissance précise des structures anatomiques pour la planification et la réalisation des interventions chirurgicales. L'anatomie topographique, qui met l'accent sur les relations spatiales des organes et des structures dans différentes régions du corps, a pris une importance accrue pour le diagnostic et le traitement des maladies. Parallèlement, la microscopie optique, déjà bien établie, a continué de progresser, permettant d'affiner la compréhension de l'histologie, l'étude des tissus. Les techniques de coloration et de préparation des échantillons se sont améliorées, révélant des détails de plus en plus fins de l'organisation cellulaire et tissulaire. L'anatomie microscopique a ainsi continué à se développer en parallèle de l'anatomie macroscopique, enrichissant la vision globale du corps humain.

Le milieu du XXe siècle a été marqué par des avancées technologiques spectaculaires qui ont eu un impact profond sur l'anatomie. L'invention du microscope électronique dans les années 1930 et son développement ultérieur ont ouvert un nouveau monde d'exploration à l'échelle subcellulaire. Pour la première fois, les anatomistes pouvaient visualiser les organites cellulaires, les membranes, les fibres protéiques et d'autres structures à un niveau de résolution sans précédent. L'anatomie ultrastructurale, l'étude de l'organisation fine des cellules et des tissus au microscope électronique, est née de cette révolution technologique. Elle a permis de comprendre les bases morphologiques de nombreuses fonctions cellulaires et tissulaires, et a joué un rôle crucial dans le développement de la biologie cellulaire et moléculaire.

Dans les années 1970 et 1980, l'arrivée de nouvelles techniques d'imagerie médicale a transformé l'anatomie et la pratique médicale de manière encore plus radicale que la radiographie. La tomodensitométrie (TDM ou scanner) et l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ont permis d'obtenir des images tridimensionnelles du corps humain avec une résolution et un contraste remarquables, sans nécessiter d'intervention invasive. Ces techniques ont révolutionné le diagnostic médical en permettant de visualiser des organes et des structures internes avec une clarté auparavant inimaginable. Pour l'anatomie, cela a signifié un accès sans précédent à l'anatomie vivante, permettant d'étudier les variations anatomiques individuelles, les processus pathologiques et les effets des traitements médicaux de manière non invasive. L'échographie, technique d'imagerie basée sur les ultrasons, s'est également développée et a trouvé de nombreuses applications, notamment en obstétrique et en cardiologie.

L'anatomie contemporaine.
La fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle ont vu la convergence de l'anatomie avec d'autres disciplines scientifiques, telles que la biologie moléculaire, la génétique, l'informatique et l'ingénierie. L'anatomie n'est plus seulement une discipline descriptive, mais aussi une science explicative, cherchant à comprendre les mécanismes moléculaires et génétiques qui sous-tendent la formation et le fonctionnement des structures anatomiques. L'immunohistochimie, la biologie moléculaire in situ et d'autres techniques ont permis de localiser des protéines, des gènes et d'autres molécules spécifiques dans les tissus et les cellules, révélant des aspects fonctionnels de l'anatomie qui étaient auparavant inaccessibles. L'anatomie développementale, l'étude du développement embryonnaire et foetal, a bénéficié des avancées de la génétique et de la biologie du développement, permettant de décrypter les processus complexes qui façonnent l'organisme à partir d'une seule cellule.

L'informatique joue un rôle croissant dans l'anatomie. La numérisation des données anatomiques a permis de créer des atlas d'anatomie numériques, des modèles 3D interactifs du corps humain et des outils de visualisation avancés. La réalité virtuelle et la réalité augmentée offrent de nouvelles possibilités pour l'enseignement de l'anatomie et la planification chirurgicale. L'intelligence artificielle commence à être utilisée pour l'analyse d'images anatomiques et la reconnaissance de structures. L'impression 3D permet de créer des modèles anatomiques personnalisés pour l'enseignement, la chirurgie pré-opératoire et la recherche.

Aujourd'hui, l'anatomie est ainsi une discipline dynamique et multidisciplinaire, qui continue d'évoluer grâce aux avancées technologiques et aux nouvelles découvertes scientifiques. Elle reste fondamentale pour la médecine, la chirurgie, la biologie et d'autres domaines. L'accent est de plus en plus mis sur l'anatomie vivante, l'anatomie fonctionnelle et l'anatomie clinique, soulignant la pertinence et l'importance continue de cette discipline millénaire dans le monde moderne.

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