4
00 N, 56 00 W |
Le
Suriname,
ancienne Guyane hollandaise, est un État indépendant depuis 1975, qui
s'étend entre le Gorentyne et le Maroni, l'Atlantique et la région des
Tumuc-Humac. Sa superficie est de 163 300 km² et sa population d'environ
440 000 habitants. Les côtes sont basses, plates et et sans île comme
celle de la Guyane.
Carte
du Surinam. Source : The World Factbook.
(Cliquer
sur l'image pour afficher une carte détaillée).
Géographie physique
du Suriname
Grandes régions
géographiques.
La géographie du
Suriname se divise en trois grandes zones latitudinales : la plaine côtière,
la zone des collines du centre, et les hautes terres intérieures du sud.
Cette organisation en bandes successives du nord au sud reflète des variations
d'altitude, de climat, de végétation et d'occupation humaine.
Plaine
côtière.
La plaine côtière,
qui longe l'océan Atlantique, est une région très basse, souvent située
au-dessous du niveau de la mer. Elle est formée de dépôts alluviaux
et marécageux d'origine fluvio-maritime. Cette plaine est parsemée de
marais, de mangroves, de lagunes et de terres humides saisonnières. Les
sols sont argileux et hydromorphes, souvent inondables, nécessitant des
systèmes de digues, de polders et de canaux hérités de la colonisation
néerlandaise pour l'agriculture. C'est dans cette zone que se trouvent
les principales villes, dont Paramaribo, ainsi que les principales infrastructures
agricoles, notamment les plantations de riz, de canne à sucre et de fruits
tropicaux. Le trait de côte est instable, soumis à une dynamique de sédimentation
et d'érosion, influencée par les sédiments charriés par le fleuve Amazone
à l'est.
Savane
intérieure.
Au sud de cette
plaine se déploie une zone de collines et de plateaux légèrement ondulés,
constituant la zone de transition vers l'intérieur forestier. Cette zone,
parfois appelée « savane intérieure », atteint des altitudes de 100
à 400 mètres. Le sol y est plus drainé, avec des affleurements de latérite,
des forêts secondaires et des savanes herbeuses. Elle forme un couloir
écologique important où se mélangent espèces côtières et espèces
typiques de la forêt amazonienne. C'est également dans cette zone que
l'on retrouve les grandes retenues d'eau, comme le lac Brokopondo, formé
par le barrage hydroélectrique d'Afobaka sur le fleuve Suriname.
Plateau
des Guyanes.
Plus au sud s'étendent
les hautes terres du plateau des Guyanes, formées par les extensions nord
du bouclier précambrien sud-américain. Cette zone montagneuse, couverte
de forêt tropicale dense, constitue la majeure partie du territoire national,
presque inhabité et difficile d'accès. Les altitudes varient entre 400
et 1 200 mètres, avec quelques sommets notables comme le mont Julianatop
(1280 m), point culminant du pays, et le mont Kasikasima. Ces reliefs sont
formés de roches anciennes très résistantes, principalement du granit
et du gneiss. L'hydrographie y est très dense, avec un réseau de fleuves
puissants qui descendent du sud vers le nord, comme le Marowijne, le Suriname,
le Saramacca, le Coppename, et le Corantijn, tous navigables sur de longues
distances.
Hydrographie.
Le Suriname présente
un beau système fluvial, mais fort peu navigable au-dessus de 50 kilomètres
des embouchures. Aucun fleuve ne peut être remonté aussi loin que
le Demerara qui est comme une exception à la règle. A partir du Corentyne
(en hollandais Corantijn) on trouve d'abord le Nickerie qui peut être
considéré comme un affluent du Corentyne. Puis, à 125 km l'estuaire
de ce fleuve, trois cours d'eau qui se réunissent dans une même baie
: le Coppename qui communique par des canaux naturels, des sortes d'arroyos,
avec le Nickerie; le Coeswine, et enfin le Saramacca qui est le fleuve
le plus important depuis le Corentyne. Un peu plus loin c'est le Surinam
(en hollandais Suriname), le grand fleuve central qui donne son nom au
pays. II communique par des criques et un canal creusé de main d'homme
avec le Saramacca. Dans l'estuaire du Surinam tombe aussi le Comewyne qui,
par son affluent la Cottica et son sous-affluent le Cormontibo (Coermotibo),
communique par la Ouana-crique (Wane Cr.) avec le Maroni (Marowijne). Ce
curieux régime fluvial établit une communication presque ininterrompue,
un peu en arrière-côte, entre les deux fleuves frontières du pays, le
Maroni et le Corentyne. Le Maroni, le plus important des fleuves de la
région Guyanaise après l'Essequibo, est formé dans son cours supérieur
par deux grands cours d'eau, le Tapanaony, bras occidental, et l'Awa (appelée
Itany dans son cours supérieur) qui forme le bras oriental.
Climat.
Le climat du Suriname
est équatorial humide, avec peu de variation annuelle de température
(moyenne autour de 27 °C), mais deux saisons des pluies (mai à août
et novembre à janvier) et deux saisons sèches. L'humidité relative est
élevée toute l'année. Les précipitations sont abondantes, et peuvent
atteindre 2000 à 2500 mm par an dans les zones forestières du sud; légèrement
moins sur la côte.
Risques naturels.
Le pays est situé
dans une zone tectoniquement stable, loin des principales failles actives.
Les risques naturels majeurs sont liés aux inondations saisonnières dans
la plaine côtière, à l'érosion des berges fluviales, et à la montée
du niveau de la mer qui menace certaines zones basses densément peuplées.
Biogéographie du Suriname
Du point
de vuee de sa biogéographie, le Suriname est caractérisé par la prédominance
de la forêt équatoriale et une grande diversité d'écosystèmes tropicaux,
intégrés dans le vaste ensemble écologique du Bouclier des Guyanes.
Environ 93 % du territoire national est recouvert de forêts
naturelles, ce qui fait du Suriname l'un des pays les plus boisés de la
planète, avec un taux de déforestation parmi les plus faibles au monde.
Ce couvert forestier joue un rôle crucial dans la régulation climatique,
le stockage du carbone, et la conservation de la biodiversité.
Cete
biodiversité découle du positionnement du pays dans l'écozone néotropicale,
avec une forte influence amazonienne et une transition écologique depuis
les mangroves côtières jusqu'aux hautes terres
forestières du sud. Le pays compte plusieurs grands types d'écosystèmes
: les mangroves du littoral atlantique, les marais
d'eau douce et les savanes herbeuses de la plaine
côtière, les forêts pluviales de basse et moyenne altitude, les forêts
montagnardes du Bouclier des Guyanes et les milieux rocheux de type inselbergs,
riches en endémismes.
Les
mangroves de la côte nord sont dominées par des espèces comme Rhizophora
mangle, Avicennia germinans et Laguncularia racemosa. Elles forment une
zone tampon entre l'océan et la plaine intérieure, qu'elles protégent
contre l'érosion, et servant d'habitats pour les crustacés, les poissons
et les oiseaux aquatiques. Ces mangroves coexistent avec des marécages
côtiers et des forêts marécageuses où l'on trouve Euterpe oleracea
(le palmier açaï) et d'autres palmiers hydrophiles.
Les
savanes intérieures, plus au sud, comprennent des étendues herbeuses
ponctuées d'arbres épars, caractérisées par une alternance de sols
pauvres et de zones temporairement inondées. Ces savanes hébergent des
espèces adaptées au feu et à la sécheresse saisonnière, comme Curatella
americana et Byrsonima crassifolia, et constituent un habitat pour certains
mammifères endémiques et espèces d'oiseaux spécialisés.
La
forêt tropicale ombrophile, qui couvre la majeure partie du pays, est
extrêmement riche en biodiversité. On y dénombre plus de 5000 espèces
de plantes vasculaires, dont une forte proportion est endémique ou strictement
régionale. Les arbres dominants sont les espèces de Dipteryx, Virola,
Cedrela, Swietenia (acajou), ainsi que des lianes, épiphytes et fougères
arborescentes. La canopée dense atteint 30 à 40 mètres, et crée plusieurs
strates écologiques. Ces forêts sont l'habitat de nombreuses espèces
animales : jaguars (Panthera onca), tapirs (Tapirus terrestris), paresseux,
singes hurleurs (Alouatta), capucins, mais aussi une multitude de rongeurs,
d'amphibiens et de reptiles.
La
faune aviaire est extrêmement diversifiée, avec plus de 700 espèces
d'oiseaux recensées. Parmi les plus notables figurent le harpie féroce
(Harpia harpyja), le toucan toco (Ramphastos toco), l'ibis rouge (Eudocimus
ruber) et de nombreux colibris et perroquets. Le pays fait également partie
de l'aire de migration de nombreuses espèces nord-américaines.
Les
milieux aquatiques sont également riches, notamment grâce au dense réseau
hydrographique qui traverse tout le pays depuis le sud jusqu'Ã l'Atlantique.
Les fleuves Suriname, Marowijne, Corantijn et leurs affluents abritent
de nombreuses espèces de poissons d'eau douce (plus de 400 espèces connues),
notamment des poissons-chats, des cichlidés et des espèces endémiques
rares. Les rivières sont bordées de galeries forestières, zones essentielles
pour l'alimentation et la reproduction de la faune.
Les
inselbergs granitiques isolés dans le sud du pays, comme le mont Kasikasima
ou le mont Tafelberg, sont des points chauds de biodiversité avec des
flores spécialisées adaptées aux conditions extrêmes de chaleur, de
sécheresse et d'exposition. Ces reliefs abritent des espèces végétales
et animales uniques, souvent encore peu connues scientifiquement.
La
faune du Suriname inclut aussi une grande diversité d'invertébrés, notamment
des papillons, des scarabées, des mygales, des scorpions et de nombreux
insectes aquatiques. Les amphibiens et reptiles sont bien représentés
avec des grenouilles poison (Dendrobates tinctorius), des boas, des caïmans
(Caiman crocodilus), et des tortues d'eau douce.
Cette
richesse biologique s'explique aussi par l'isolement relatif du pays et
la faible pression humaine. De vastes zones sont encore inexplorées biologiquement.
Le Suriname a mis en place plusieurs réserves naturelles majeures pour
la conservation, notamment la Réserve naturelle centrale de Suriname (environ
16 000 km², classée Unesco), Brownsberg, Galibi,
et le parc naturel de Sipaliwini. Ces zones visent à protéger les habitats
sensibles, les espèces menacées et les territoires traditionnels des
populations amérindiennes et marronnes. Toutefois, des menaces existent,
notamment liées à l'exploitation minière (or et bauxite), à l'expansion
des pistes forestières, à la pollution fluviale par le mercure, et au
changement
climatique, en particulier sur les zones côtières.
Géographie humaine
du Suriname
Population.
Le
Suriname, avec une population estimée à environ 620 000 habitants, est
l'un des pays les moins densément peuplés d'Amérique du Sud. Sa population
est majoritairement concentrée le long de la côte atlantique, en particulier
dans la capitale et ses environs, tandis que l'intérieur du pays, principalement
habité par des communautés autochtones et marronnes, reste très faiblement
peuplé. Le taux d'urbanisation dépasse 65 %, avec une croissance démographique
modérée, autour de 1 % par an. L'espérance de vie est d'environ 72 ans,
et le taux de fécondité est proche de deux enfants par femme, ce qui
reflète une transition démographique en cours.
Le
pays présente une structure démographique jeune mais vieillissante, avec
une forte proportion de la population en âge actif. L'éducation est accessible
mais inégalement répartie, avec un meilleur accès dans les centres urbains.
Le système de santé est bien développé dans la région côtière, mais
reste limité à l'intérieur, notamment pour les populations autochtones
et isolées. L'émigration est significative, en particulier vers les Pays-Bas,
ancienne puissance coloniale, ce qui a conduit à une diaspora nombreuse
ayant un impact économique et culturel important, notamment par les envois
de fonds.
Les
structures sociales du Suriname reflètent cette pluralité : mariages
mixtes, tolérance religieuse, cohabitation interethnique dans les quartiers
urbains, mais aussi certaines ségrégations résiduelles dans les zones
rurales ou professionnelles. Le pluralisme religieux est également marqué
: hindouisme, christianisme, islam, religions traditionnelles marronnes
et amérindiennes coexistent dans un climat généralement pacifique.
La
sociologie du Suriname repose donc sur une mosaïque d'identités, une
cohabitation encadrée par un État laïc, et une mémoire historique qui
lie les trajectoires coloniales, les résistances communautaires et les
migrations contractuelles.
Quelques-unes
des principales villes du Suriname
| •
Paramaribo
est la capitale et la plus grande ville du Suriname, située sur la rive
gauche du fleuve Suriname, à environ 15 kilomètres de l'océan Atlantique.
C'est le centre politique, économique et culturel du pays, où se concentrent
les institutions gouvernementales, les sièges des entreprises, les ambassades
et les universités. Son architecture coloniale néerlandaise, notamment
visible dans le centre historique classé au patrimoine mondial de l'Unesco,
témoigne du passé colonial du pays. Paramaribo est une ville cosmopolite,
abritant une grande diversité ethnique : créoles, hindoustanis, javanais,
marrons, chinois, amérindiens et européens y cohabitent. Le marché central,
les mosquées, temples hindous et églises chrétiennes illustrent cette
mosaïque culturelle. Son port fluvial est vital pour les importations
et exportations, bien que le port moderne de Nieuw Haven ait pris une partie
de la charge commerciale.
• Lelydorp
est la deuxième ville du pays en population, située à une quinzaine
de kilomètres au sud de Paramaribo, dans le district de Wanica. Anciennement
appelée Kofi Djompo, elle a été renommée en l'honneur du gouverneur
néerlandais Cornelis Lely. C'est un centre de transit important entre
la capitale et l'intérieur du pays. Lelydorp connaît une croissance urbaine
rapide, alimentée par l'étalement urbain de Paramaribo. La ville est
un point de jonction des cultures javanaise et hindoustanie, avec une forte
présence de petites exploitations agricoles, de marchés locaux et de
lieux de culte diversifiés. Sa situation géographique la place au cœur
des dynamiques de développement suburbain.
• Nieuw Nickerie,
chef-lieu du district de Nickerie à l'extrême ouest du pays, est la troisième
ville du Suriname. Elle est située près de la frontière avec le Guyana,
séparée par le fleuve Corantijn. Elle est le principal centre agricole
du pays, en particulier pour la culture du riz et de la banane. Le port
de Nieuw Nickerie permet le transport des produits agricoles vers Paramaribo
et l'exportation. La ville est entourée de polders et de digues, construits
pour maîtriser les eaux de la mer et du fleuve. Elle présente un paysage
unique avec des canaux et des exploitations rizicoles. La population locale
est majoritairement hindoustanie, mais l'on y retrouve aussi des créoles,
javanais et amérindiens. Sa situation frontalière en fait également
un lieu d'échanges transnationaux.
• Moengo,
située dans le district de Marowijne à l'est du pays, a longtemps été
un centre minier majeur pour l'exploitation de la bauxite. Fondée au début
du XXe siècle par la société Suralco (filiale d'Alcoa), Moengo fut planifiée
autour de l'industrie, avec des infrastructures modernes pour l'époque
: écoles, hôpital, logements, loisirs. Depuis le déclin de la bauxite
dans les |
années
1980, la ville a connu un recul économique, mais elle se repositionne
comme centre culturel régional grâce à des initiatives artistiques et
communautaires, notamment le Moengo Festival of Music and Art. La ville
est entourée de forêts tropicales et de territoires marrons, ce qui en
fait un point de contact culturel entre les zones urbaines et les communautés
traditionnelles.
• Albina
est une ville frontalière située sur la rive gauche du fleuve Maroni,
faisant face à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane française. Elle est
le chef-lieu du district de Marowijne et un point de passage essentiel
entre le Suriname et la Guyane. Des pirogues assurent la traversée quotidienne
entre les deux rives, favorisant le commerce transfrontalier, le tourisme
et les échanges sociaux. Albina a été affectée par la guerre civile
surinamaise dans les années 1980, ce qui a ralenti son développement,
mais elle retrouve progressivement un rôle stratégique dans les flux
régionaux. La ville est entourée de forêts et d'habitats marrons et
amérindiens, avec un fort potentiel écotouristique.
• Brokopondo,
capitale du district éponyme, est une petite ville située près du lac
Brokopondo (ou réservoir d'Afobaka), l'un des plus grands lacs artificiels
du monde. Créée principalement pour loger les travailleurs lors de la
construction du barrage hydroélectrique dans les années 1960, Brokopondo
joue aujourd'hui un rôle local dans la gestion énergétique et l'approvisionnement
en électricité, notamment pour les industries minières. La région est
majoritairement habitée par des communautés marronnes, en particulier
les Saramaka, qui vivent le long du fleuve Suriname et dans les zones forestières
environnantes. L'isolement relatif de Brokopondo est compensé par son
importance stratégique dans les ressources hydrauliques.
• Totness
est une ville du district de Coronie, sur la côte atlantique, connue pour
son passé colonial lié à la culture de la noix de coco et pour ses paysages
de marais salants et de mangroves. Bien que peu peuplée, Totness est un
centre local d'administration et de commerce, avec un charme rural marqué.
La région est en déclin économique depuis la fin de la monoculture,
mais elle conserve une identité forte, notamment à travers sa population
créole et son patrimoine naturel.
• On trouve également
des centres urbains secondaires comme Groningen (district de Saramacca),
célèbre pour avoir accueilli des colons néerlandais et pour ses activités
agricoles, ou encore Atjoni, un point de départ essentiel pour
accéder à l'intérieur amazonien du pays, notamment via le fleuve Upper
Suriname. |
Groupes ethnolinguistiques.
La
société surinamaise se caractérise par une extrême diversité ethnique
et culturelle. Aucun groupe n'est majoritaire, et l'identité nationale
repose sur une coexistence de peuples d'origines très variées. On y trouve
des populations d'origine sud-asiatique (hindoustanis), africaine (créoles
et marrons), indonésienne (javanais), amérindienne, chinoise, européenne
et une petite communauté libanaise.
Le
néerlandais est la langue officielle, utilisée dans l'administration,
l'enseignement, les médias et les publications officielles. Cependant,
plusieurs langues sont couramment parlées dans la vie quotidienne : le
sranan tongo (créole), le sarnami, le javanais, les créoles marrons et
les langues amérindiennes. Le Suriname est l'un des pays les plus multilingues
du continent. Cette richesse linguistique est protégée de manière informelle,
bien que le néerlandais garde un statut prédominant.
Hindoustanis.
Les
hindoustanis forment le plus grand groupe ethnique du pays, représentant
environ 27 Ã 30 % de la population. Ils sont les descendants des travailleurs
engagés originaires de l'Inde britannique, arrivés
entre 1873 et 1916 après l'abolition de l'esclavage.
La majorité pratique l'hindouisme, avec
une minorité musulmane et chrétienne. Leur langue traditionnelle est
le sarnami hindustani, un créole indo-aryen, mais beaucoup sont également
bilingues en néerlandais.
Créoles.
Les
créoles, descendants d'esclaves africains souvent métissés avec des
colons européens, constituent environ 15 à 20 % de la population. Installés
principalement en milieu urbain, ils occupent souvent des postes dans l'administration,
l'éducation et les services. Leur langue courante est le sranan tongo,
un créole à base lexicale anglaise, devenu langue véhiculaire nationale
bien qu'informelle. Beaucoup de créoles sont protestants ou catholiques.
Marrons.
Les
marrons représentent environ 15 % de la population. Ce sont les descendants
des esclaves en fuite qui ont formé des communautés autonomes dans l'intérieur
forestier du pays, notamment le long du fleuve Maroni. Les principaux groupes
marrons sont les Saramaka, les Ndyuka (ou Aukan), les Paramaka, les Aluku
et les Kwinti. Chacun possède sa propre langue, issue d'un créole anglais
ou portugais, fortement influencée par les langues africaines. Les marrons
ont conservé des structures sociales indépendantes, avec des chefs traditionnels
et un mode de vie fondé sur la solidarité clanique et la gestion communautaire
des ressources.
Javanais.
Les
javanais forment environ 13 Ã 15 % de la population. Ils sont les descendants
des travailleurs venus des Indes néerlandaises (Indonésie
actuelle) Ã la fin du XIXe
siècle. Majoritairement musulmans, ils parlent le javanais surinamais,
distinct du javanais d'Indonésie, et utilisent également le néerlandais
et le sranan tongo. Leurs communautés sont concentrées dans les zones
agricoles de la plaine côtière.
Amérindiens.
Les
Amérindiens, premiers habitants du territoire, représentent environ 3
à 4 % de la population. Leurs principaux groupes sont les Lokono, Kali'na,
Trio, Wayana et Akurio. Ils vivent surtout dans le sud et l'est du pays,
souvent dans des villages isolés accessibles uniquement par pirogue ou
avion. Ils conservent des langues et cultures propres, bien que menacées
par l'intégration croissante et le manque d'infrastructures. L'organisation
sociale y reste communautaire et liée aux savoirs ancestraux de la forêt.
Chinois.
Les
Chinois, principalement cantonais et hakka d'origine, sont arrivés au
XIXe siècle, d'abord
comme travailleurs sous contrat, puis comme commerçants. Ils représentent
environ 2 % de la population. Ils ont joué un rôle économique important
dans le commerce de détail, notamment à Paramaribo.
Culture.
Caractérisée
par une cohabitation de traditions africaines, asiatiques, amérindiennes
et européennes, la culture du Suriname est l'une des plus riches et métissées
d'Amérique du Sud. Ce syncrétisme culturel se manifeste dans la vie quotidienne,
les fêtes, la gastronomie, les langues, les arts et les pratiques religieuses.
La
musique occupe une place centrale dans la culture populaire. Le kaseko,
genre musical emblématique du Suriname, mêle percussions africaines,
cuivres, rythmes caribéens et mélodies créoles. Il est joué lors des
fêtes populaires et des cérémonies communautaires. D'autres formes musicales,
comme la baithak gana hindoustanie, les chants traditionnels marrons
et les musiques javanaises ou gospel afro-surinamais, reflètent la diversité
culturelle du pays. La danse, le théâtre populaire et les arts visuels
sont aussi très vivants, souvent portés par des associations locales
ou des artistes indépendants.
Le
calendrier culturel est jalonné de célébrations issues des différentes
religions et origines ethniques : Diwali, Id ul-Fitr, Pâques, Keti Koti
(commémoration de l'abolition de l'esclavage), Phagwa (Holi), ou encore
Maroon Day. Ces fêtes donnent lieu à des rassemblements ouverts, dans
un esprit de tolérance et de partage communautaire.
La
cuisine du Suriname reflète également ce pluralisme, mêlant currys indiens,
plats javanais comme le nasi goreng, mets créoles à base de manioc,
plats amérindiens à base de poisson et épices, ou encore spécialités
chinoises. Les marchés de Paramaribo, les petits restaurants de quartier
et les vendeurs ambulants offrent une palette culinaire à l'image du pays.
Economie.
L'économie
du Suriname est caractérisée par une forte dépendance aux ressources
naturelles, en particulier les industries extractives. Le secteur minier
constitue la principale source de devises, dominé par l'exploitation de
la bauxite (historiquement), de l'or et du pétrole. L'or est aujourd'hui
le premier produit d'exportation, notamment grâce à des exploitations
industrielles et une extraction artisanale très répandue, bien que souvent
informelle et polluante. L'exploration pétrolière offshore, en partenariat
avec des entreprises internationales, suscite de fortes attentes pour le
développement futur, notamment depuis les récentes découvertes de gisements
dans le bassin Guyane-Suriname.
L'agriculture
joue un rôle secondaire dans l'économie formelle, mais elle est essentielle
pour l'emploi et la sécurité alimentaire. Les principales cultures commerciales
sont le riz, les bananes, les agrumes, le palmier à huile et les légumes
tropicaux. L'agriculture est concentrée dans la plaine côtière, aménagée
en polders et irriguée selon un modèle hérité des techniques néerlandaises.
La pêche (notamment la crevette et le poisson-chat) est également une
source de revenus importante, tant pour la consommation locale que pour
l'exportation.
Le
secteur des services est en croissance, tiré par les télécommunications,
la finance, l'administration publique et, dans une moindre mesure, le tourisme.
Le Suriname attire surtout un tourisme de niche, centré sur l'écotourisme,
les expéditions dans la forêt amazonienne, la rencontre avec les communautés
marronnes ou amérindiennes, et la découverte du patrimoine colonial Ã
Paramaribo. Cependant, le développement touristique reste limité par
les infrastructures insuffisantes et l'éloignement géographique.
L'économie
est confrontée à de nombreux défis structurels. Le Suriname souffre
d'une faible diversification, d'une dette publique élevée, d'une inflation
récurrente et d'une dépendance aux cours mondiaux des matières premières.
La fluctuation des prix de l'or ou du pétrole a un impact direct sur la
stabilité macroéconomique. En réponse, le pays a lancé des réformes
structurelles avec le soutien du Fonds monétaire international, visant
à rétablir les équilibres financiers, améliorer la transparence fiscale,
et renforcer les filets sociaux.
Le
secteur informel occupe une place importante, notamment dans l'artisanat,
le commerce de détail et l'extraction minière à petite échelle. Les
transferts de fonds des Surinamais vivant à l'étranger, principalement
aux Pays-Bas, représentent une source significative de revenus pour de
nombreuses familles. La présence de la diaspora influence également les
modes de consommation, les flux culturels et les investissements locaux.
Enfin,
le Suriname conserve une richesse écologique remarquable, qui constitue
à la fois un capital naturel et un atout potentiel pour un développement
durable. Les réserves naturelles, comme celle de la Centrale Suriname,
inscrite à l'Unesco, protègent une biodiversité unique. Cependant, l'exploitation
minière, la déforestation illégale et la pollution au mercure posent
des risques croissants pour les écosystèmes et les populations traditionnelles.
Le développement futur de l'économie surinamaise repose en grande partie
sur sa capacité à équilibrer croissance, justice sociale et préservation
de l'environnement.
Depuis les années
1880, les chercheurs d'or de la Guyane française ont commencé d'exploiter
les placers vierges de Suriname. L'économie du pays reste encore aujourd'hui
centrée sur l'exploitation des mines d'or, mais surtout de bauxite, principal
produit d'exportation, et qui représente environ un tiers du PIB du Surinam.
Les ressources pétrolières offrent par ailleurs des perspectives d'avenir.
Depuis 2004, des accords existent entre la compagnie pétrolière d'Etat
(Staatsolie) du Surinam et les compagnies Repsol, Maersk et Occidental
pour la prospection pétrolière offshore. Ces accords ont été étendus
en 2006 pour inclure sites supplémentaires. |
|