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Le système de satellites
d'Uranus est un ensemble complexe qui compte aujourd'hui 29 lunes confirmées.
Longtemps stabilisé à 27 membres, ce total a été officiellement porté
à 29 en 2023, avec la déouverte de S/2023 U 1, puis à 29 à la suite
de l'annonce de la découverte de S/2025 U1. Cette nouvelle lune a été
détectée par une équipe de chercheurs utilisant le télescope spatial
James Webb dans le cadre d'un relevé dédié aux objets du système solaire
externe. Conformément aux conventions de l'Union astronomique internationale,
ces lunes portent les noms de personnages issus des pièces de William
Shakespeare
et d'autres oeuvres littéraires classiques.
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Nom
|
Demi-grand
axe
|
Rayon
|
|
Cordélia
|
49 700
|
25
|
|
Ophélie
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53 800
|
25
|
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Bianca
|
59 200
|
25
|
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Cressida
|
61 800
|
30
|
|
Desdémone
|
62 700
|
30
|
|
Juliette
|
64 400
|
40
|
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Portia
|
66 100
|
40
|
|
Rosalinde
|
69 900
|
30
|
|
Cupidon
|
74 800
|
5
|
|
Bélinda
|
75 300
|
25
|
|
Perdita
|
76 400
|
10
|
|
Puck
|
86 000
|
85
|
|
Mab
|
97 700
|
40
|
|
Miranda
|
129 800
|
240 x 234 x 233
|
|
Ariel
|
191 200
|
581 x 578 x 578
|
|
Umbriel
|
266 000
|
586
|
|
Titania
|
435 800
|
790
|
|
Obéron
|
582 600
|
762
|
|
Francisco
|
4 276 000
|
11
|
|
Caliban
|
7 170 000
|
50
|
|
Stephano
|
7 950 000
|
10
|
|
Trinculo
|
8 571 000
|
9
|
|
Sycorax
|
12 210 000
|
100
|
|
Margaret
|
14 345 000
|
10
|
|
Prospero
|
16 570 000
|
15
|
|
Setebos
|
17 680 000
|
15
|
|
Ferdinand
|
20 900 000
|
10
|
|
+ S/2023 U
1 et S/2025 U 1
|
Les
premiers satellites connus d'Uranus.
Le
demi-grand
axe et le rayon moyen sont donnés en kilomètres.
La sonde Voyager 2 de la NASA reste Ă
ce jour le seul engin spatial à avoir survolé, en 1986, le système,
fournissant nos premières images détaillées. Elle a découvert onze
satellites : Cordélia, Ophélie, Bianca, Cressida, Desdémone, Juliette,
Portia, Rosalinde, Bélinda (dont le nom est cette fois tiré d'une oeuvre
de Pope ,
The
Rape of the Lock), Puck et Perdita. Caliban et Sycorax ont été découverts
en 1997 au mont Palomar. Prospero, Setebos et Stephano, connus depuis 1999
ont été repérés avec les instruments du Mauna Kea, qui ont aussi révélé
Margaret en 2001. Trinculo, Francisco, Ferdinand ont été découverts
à l'observatoire du Cerro Tololo en 2001. Enfin, le télescope spatial
Hubble a permis de repérer Mab et Cupidon en 2003.
L'une des caractéristiques les plus singulières
de ce système réside dans la dynamique orbitale imposée par l'inclinaison
extrême de la planète. Uranus
étant inclinée à environ 98 degrés sur son plan orbital, ses principaux
satellites orbitent dans son plan équatorial, ce qui les amène à tourner
presque perpendiculairement à l'écliptique. Cette configuration unique
engendre des saisons d'une violence et d'une durée inégalées : lors
des solstices, l'un des pôles de la planète et ses lunes voisines font
face directement au Soleil, provoquant environ 42 années de lumière continue,
suivies de 42 années d'obscurité totale.
Au coeur de ce système gravitent les cinq
lunes majeures, qui sont également les plus anciennes découvertes : Miranda,
Ariel, Umbriel, Titania et Obéron. Ces mondes de taille moyenne sont composés
d'un mélange approximativement égal de glace d'eau et de roches silicatées.
• Miranda,
le satellite le plus proche de la planète et le plus petit des cinq,
est un monde d'une géologie chaotique stupéfiante. Sa surface est un
patchwork de terrains profondément cratérisés juxtaposés de manière
nette à des régions plus jeunes marquées par des coronae trapézoïdales
et des falaises vertigineuses, dont Verona Rupes, un escarpement haut de
près de 20 kilomètres. Cette topographie extrême suggère une histoire
thermique et tectonique d'une violence inouĂŻe, durant laquelle la lune
aurait été brisée puis ré-accrétée à plusieurs reprises, ou soumise
à un réchauffement par effet de marée intermittent.
• Ariel,
le satellite suivant, arbore une surface plus homogène mais tout aussi
intrigante, traversée de vallées de rift longues et profondes, aux planchers
lisses qui témoignent d'un cryovolcanisme passé ayant fait sourdre des
glaces visqueuses, probablement un mélange d'eau et d'ammoniac, venant
combler les fractures ouvertes par l'expansion de l'intérieur.
• Umbriel,
en revanche, se distingue par sa surface sombre et uniformément cratérisée,
un corps lunaire ancien et apparemment peu actif, Ă l'exception d'un unique
anneau brillant mystérieux nommé Wunda, situé sur son pôle et dont
la nature exacte, dépôt de glace pure ou matériau résiduel d'un impact,
reste indéterminée.
Titania,
le plus grand des satellites uraniens, étend des failles titanesques et
des canyons qui s'entrelacent sur une croûte de glace globalement ancienne,
signe que des forces extensives ont également remodelé sa surface, possiblement
lors du gel d'un océan interne d'eau liquide qui aurait augmenté son
volume.
• Obéron,
le plus externe, exhibe une surface glacée saturée de cratères et de
vastes fonds sombres, oĂą les reliefs brillants, souvent sur le pourtour
des cratères, suggèrent que des matériaux plus purs issus du sous-sol
ont été excavés lors des impacts. L'ensemble de ces lunes est composé
d'un mélange approximativement égal de roches silicatées et de glaces
diverses, principalement d'eau mais aussi de dioxyde de carbone et d'ammoniac,
comme l'ont révélé les signatures infrarouges de leurs surfaces.
Des études récentes menées notamment par
le télescope spatial Hubble suggèrent d'ailleurs que des interactions
passées ou la présence d'océans souterrains pourraient expliquer certaines
caractéristiques de surface de ces lunes majeures.
Plus proches de la planète, les lunes
internes forment un groupe de petits corps sombres et de forme irrégulière
qui évoluent dans un environnement extrêmement encombré. Ces satellites
orbitent à l'intérieur ou à la lisière du système
d'anneaux d'Uranus, jouant souvent le rôle de lunes bergères, comme
le montre l'image récente de la petite lune Cordélia qui orbite juste
à l'intérieur de l'anneau epsilon. En raison de la proximité de leurs
orbites,
les interactions gravitationnelles entre ces lunes internes rendent le
système dynamiquement chaotique à l'échelle de quelques millions d'années,
certaines d'entre elles étant susceptibles de finir par entrer en collision
ou d'être éjectées. Les observations récentes permettent désormais
de d'obtenir des images montrant S/2025 U1 aux côtés de nombreuses autres
lunes connues, illustrant la densité de ce système.
En périphérie du système se trouvent
les lunes irrégulières, qui orbitent à des distances considérables
de la planète, sur des trajectoires très excentriques et fortement inclinées.
Contrairement aux lunes majeures et internes qui se sont formées sur place,
ces petits corps sont des objets capturés par le champ gravitationnel
d'Uranus au début de l'histoire du Système
solaire, probablement des astéroïdes
ou des objets transneptuniens. Elles se divisent en deux groupes selon
leur sens de révolution : les progrades (comme Caliban et Sycorax, cette
dernière étant la plus grande des lunes irrégulières) et les rétrogrades
(comme Prospéro, Setebos et Ferdinand), ces dernières trahissant une
origine de capture avec une trajectoire inversée par rapport à la rotation
de la planète.
La formation et l'évolution de ce système
restent en grande partie liées à l'histoire violente de la planète elle-même.
Il est largement admis par les planétologues que les lunes régulières
(internes et majeures) se sont formées à partir d'un disque circumplanétaire
de gaz et de poussière, reconstitué après l'impact cataclysmique d'un
objet de la taille de la Terre qui a basculé Uranus
sur le côté. Quant aux lunes irrégulières, elles témoignent de la
capacité gravitationnelle de la géante de glace à capturer des corps
errants. |
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