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Rimbaud

Arthur Rimbaud est un poète et voyageur né à Charleville le 20 octobre 1854 et mort à Marseille le 10 novembre 1891. L'ensemble de son oeuvre, brève mais profondément novatrice, a ouvert la voie au symbolisme, au surréalisme et à la poésie moderne en général.

Le poète grandit au sein d'une famille de la petite bourgeoisie provinciale. Son père, officier de l'armée, est souvent absent et finit par quitter définitivement le foyer en 1860. Rimbaud grandit donc sous l'autorité stricte de sa mère, Vitalie Cuif, femme sévère et profondément attachée aux valeurs morales et religieuses. Cette atmosphère familiale rigide marque durablement le jeune Arthur, nourrissant à la fois son goût pour la révolte et son désir d'évasion.

Élève brillant, Rimbaud se distingue très tôt par ses aptitudes intellectuelles exceptionnelles, notamment en latin, en littérature et en versification. Il obtient de nombreux prix scolaires et impressionne ses professeurs par sa culture et sa facilité d'écriture. Cependant, son comportement devient de plus en plus indiscipliné à l'adolescence. Ennuyé par la vie provinciale et le cadre scolaire, il manifeste un rejet croissant de l'autorité, de la morale bourgeoise et des conventions sociales.

En 1870, à l'âge de quinze ans, Rimbaud fugue à plusieurs reprises, tentant de rejoindre Paris dans un contexte de bouleversements politiques liés à la guerre franco-prussienne. Ces voyages erratiques se soldent généralement par des échecs, des arrestations pour vagabondage et des retours forcés à Charleville. Malgré ces difficultés, cette période est extrêmement féconde sur le plan poétique : il écrit de nombreux poèmes qui témoignent à la fois de son engagement politique, de sa sensibilité lyrique et de son goût pour la provocation.

En 1871, Rimbaud entre en contact avec le milieu littéraire parisien en envoyant ses poèmes à plusieurs écrivains reconnus, André Gill, le poète Ch. Gros et surtout Paul Verlaine. Séduit par son talent, Verlaine l'invite à Paris où il provoqua une vive surprise dans le cénacle du Parnasse par l'étrangeté de ses premiers poèmes : les Accroupissements, les Effarés, les Chercheuses de poux, Voyeries, Oraison du soir, Bateau ivre. Cette rencontre avec Verlainemarque un tournant décisif dans la vie de Rimbaud. 
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Le Dormeur du val (octobre 1870)

« C'est un trou de verdure où chante une rivière 
Accrochant follement aux herbes des haillons 
D'argent; où le soleil, de la montagne fière, 
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, 
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, 
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme 
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine 
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »
 

(A. Rimbaud, Poésies, 1868 - 1870).

Les deux poètes entretiennent une relation passionnée, conflictuelle et scandaleuse, qui les conduit à mener une existence marginale faite d'errance, d'excès et de création poétique intense. Rimbaud participe alors aux cercles littéraires parisiens, tout en affichant un mépris provocateur pour les institutions culturelles établies.

• Les Poésies (1869-1871), souvent appelées Poésies de jeunesse, regroupent des textes écrits alors que Rimbaud est adolescent. Elles montrent une maîtrise précoce des formes classiques (sonnet, alexandrin, rimes régulières), tout en laissant déjà apparaître une volonté de rupture. Des poèmes comme Le Dormeur du val ou Ma Bohème mêlent lyrisme, regard critique sur la société et sensibilité à la nature. D'autres, tels Le Forgeron ou Les Effarés, révèlent une conscience politique marquée par la dénonciation de la misère et de l'injustice sociale. Cette période témoigne d'une tension entre tradition et subversion.

• Les poèmes dits « visionnaires », composés principalement en 1871, marquent une étape décisive. Dans Le Bateau ivre, Rimbaud développe une longue métaphore du voyage et de la dérive, associée à une expérience poétique totale, où les sensations se mêlent dans une ivresse verbale. Le poète y met en pratique sa célèbre idée du "dérèglement de tous les sens", cherchant à atteindre l'inconnu par une transformation radicale de la perception et du langage. La richesse des images, la musicalité et la liberté syntaxique annoncent la poésie moderne.

• Les Lettres du voyant (mai 1871), adressées à Georges Izambard et à Paul Demeny, ne sont pas des oeuvres poétiques à proprement parler, mais constituent un texte fondamental pour comprendre l'ensemble de l'oeuvre. Rimbaud y expose sa conception révolutionnaire du poète, qui doit devenir "voyant " par un long et raisonné dérèglement de tous les sens. Il y affirme que le "je" poétique est autre, posant ainsi les bases d'une nouvelle subjectivité littéraire.

Entre 1872 et 1873, Rimbaud et Verlaine voyagent ensemble à Londres où il fréquenta Eugène Vermesch, et à Bruxelles ou il connut Georges Cavalier, dit Pipe en Bois, mais dans cette ville les deux poètes se querellèrent, sous l'effet de la jalousie et de l'alcool. En juillet 1873, Verlaine tire sur Rimbaud lors d'une dispute et le blesse légèrement au poignet. Cet épisode met fin à leur relation; Verlaine est condamné par les tribunaux belges à dix-huit mois de prison, tandis que Rimbaud, profondément marqué, retourne chez sa mère. C'est dans ce contexte de crise qu'il écrit Une Saison en enfer, oeuvre dans laquelle il dresse un bilan de son expérience poétique et personnelle.
• Une Saison en enfer (1873) est le seul livre que Rimbaud ait publié lui-même. Il s'agit d'un long poème en prose, à la fois autobiographique, philosophique et poétique. L'ouvrage retrace une crise profonde : désillusion amoureuse, échec de l'idéal du voyant, conflit entre aspiration spirituelle et chute morale. Rimbaud y adopte un ton souvent amer, ironique ou désespéré, multipliant les confessions et les remises en question. Cette oeuvre marque une rupture : le poète y semble renoncer à ses ambitions visionnaires, tout en produisant un texte d'une intensité exceptionnelle.
Après 1874, Rimbaud se détourne presque complètement de la littérature. Bien qu'il rédige encore quelques textes qui seront plus tard intégrés aux Illuminations, il renonce rapidement à toute ambition poétique. Commence alors une vie d'errance et d'aventures : il voyage à travers l'Europe, exerce divers métiers (précepteur, ouvrier, contremaître), et manifeste un intérêt croissant pour le commerce et l'exploration.
• Les Illuminations (rédigées entre 1873 et 1875, publiées après sa mort) constituent l'aboutissement de l'expérimentation poétique de Rimbaud. Ce recueil de poèmes en prose, parfois en vers libres, se caractérise par une écriture éclatée, faite d'images fulgurantes, d'associations inattendues et de paysages mentaux. Des textes comme Aube, Villes ou Barbare traitent des mondes urbains, oniriques ou abstraits, sans logique narrative traditionnelle. Le sens y est volontairement instable, laissant au lecteur une grande liberté d'interprétation.
Rimbaud, avide de sensations exotiques et nouvelles, voyage en Hollande, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Suisse, dans les îles de l'archipel : tombé dans la misère, il est rapatrié; mais bientôt il repart, comme engagé dans les troupes néerlandaises, se rendant à Sumatra et à Java : il déserte à Java et vit pendant un mois dans les forêts; pour rentrer en Europe,  il s'embarque comme interprète sur un bateau, anglais qui le rapatrie; il ne reste pas longtemps à Charleville et parcourt la Suède et la Norvège, dans la tournée d'un cirque. Ses pérégrinations continuent: en 1880, on le trouve en Égypte, puis dans l'île de Chypre, où il est surveillant de la construction d'un palais pour le gouverneur. 

A la fin de la même année, il se rend à Aden et, engagé comme acheteur par Bardey, part pour la côte orientale d'Afrique. Il traverse tout le désert de Somalie et arrive à Harrar où il s'établit, trafiquant l'or et l'ivoire. Entré en relation avec Ménélik, par l'intermédiaire du ras Makomen dont il est devenu l'ami, il devient un des conseillers intimes du négus. Son exploration de l'Ogaden et la relation détaillée qu'il envoie à la Société de géographie sur cette région inconnue datent de cette époque. En 1888, Rimbaud négocieavec Félix Faure, ministre des colonies, l'autorisation de débarquer à Obock des outils nécessaires à la fabrication de cartouches pour le négus. En 1890, les affaires du voyageur ont prospéré, il a réalisé une fortune d'un million et s'embarque pour la France. 

Malheureusement, on lui diagnostique un cancer des os, qui entraîne l'amputation de sa jambe droite à son arrivée à Marseille; il se fait conduire à Charleville, mais veut bientôt repartir; au moment où il va s'embarquer à Marseille, il doit entrer de nouveau à l'hôpital où il meurt en novembre 1991 à l'âge de 37 ans, après de grandes douleurs.

La destinée d'Arthur Rimbaud comme poète a été très singulière; après une courte apparition dans les lettres, en 1871, il avait disparu. Ce n'est qu'en 1885 que Paul Verlaine révéla son nom et ses oeuvres, dans les Poètes maudits, à la jeune génération qui s'en fit un drapeau et créa en partie, à l'aide de ses vers, les écoles décadente et symboliste : le fameux sonnet des voyelles, qui attribuait une couleur aux voyelles et commençait ainsi :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles.

Ce fut le point de départ de maintes singularités verbales et littéraires. La personnalité même de Rimbaud restait mystérieuse, personne ne sachant ce qu'il était devenu, quelques incrédules même niant son existence. Ce n'est que sept ans après sa mort que son beau-frère, Paterne Berrichon, a publié un livre où il raconte l'odyssée de poète et de l'explorateur et donne une version plus correcte de ses vers : Vie de Ch. Arthur Rimbaud (1898). (Ph. B.).



En librairie - Oeuvres de Rimbaud : Poésies complètes (prés. P. Brunel), LGF (Poche), 1998. - Oeuvres complètes (prés. A. Adam) Gallimard, coll. La Pléiade, 1972; etc.

Pierre Brunel, Va-et-vient (Hugo, Rimbaud, Claudel), Klincksieck, 2003.

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