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Les Indiens d'Amérique du Nord
Les Indiens Pueblos
Les Indiens Pueblos sont des populations autochtones du Sud-Ouest des Etats-Unis (Arizona, Nouveau-Mexique). Ils ne forment pas un groupe homog√®ne linguistiquement, et l'appellation  qui leur est donn√©e est une r√©f√©rence √† ce qu'ils habitent traditionnellement dans des villages (pueblos, en espagnol). Chaque village ou groupe de villages servant aussi √† d√©signer leurs divisions tribales. 

Les habitations, construites en pierre, ou en adobe (c'est-√†-dire en terre s√©ch√©e, torchis) ont √©t√© √† certaines √©poques b√Ęties √† flanc de falaises pour se prot√©ger des menaces ext√©rieures (Apaches, Comanches, etc.) qui n'ont cess√© de peser sur ces populations s√©dentaris√©es de longue date, et pratiquant une agriculture centr√©e sur le ma√Įs.

Au moment de la conquête espagnole (1540), on estime le nombre des Pueblos à environ 30 000 personnes. La population pueblo est aujourd'hui de 40 000 habitants environ, répartis dans une trentaine de villages. Dans l'intervalle, les mauvais traitements imputables aux nouveaux venus et les différentes guerres avaient fait diminuer considérablement ces chiffres.

Subdivisions des Pueblos

Ta√Īoans Tewa Septentrionaux : Nambe, Tesuque, San Ildefonso, San Juan (auj. Ohkay Owingeh), Santa Clara, Pojoaque (√©teints).
M√©ridionaux :  Tano (√©teints).
Tiwa Taos, Picuris


Sandia, Isleta


Isleta del Sur (Tigua), Senecu del Sur (del Sur, en espagnol = du Sud).
Towa Jemez Pueblo  (Walatowa ou Teguala), Pecos (Cicuye ou Ciquique, √©teints).
Piro Senecu, Senecu del Sur (Mexicanisés).
Uto-Aztèques Hopi Première Mesa : Walpi, Shichomovi, Polacca, Hano.
Note : Certains  Tewa qui avaient particip√© √† la r√©volte de 1680-1692 s'√©taient r√©fugi√©s parmi les Hopi. Hano, le village de Tewa et Polacca sont aujourd'hui habit√©s principalement par leurs d√©scendants, connus sous le nom de Hopi Tewa. 


Deuxi√®me Mesa :  Mishongnovi, Sipaulovi, Shongopovi


Troisième Mesa : Oraibi, Otevilla.
Isolés
linguistiquement
Keresans
(Keres)
Orientaux (Sitsime ou Kawaiko) : San Felipe, Santa Ana, Sia (Zia), Cochiti, Santo Domingo (auj. Kewa). 


Occidentaux (Queres) : Acoma, Laguna et villages alentour.
Zu√Īi Zu√Īi (Ashiwi) et villages environnants.

La culture traditionnelle des Pueblos

Il semble difficile aujourd'hui de parler de fa√ßon uniforme de la survivance des modes de vie traditionnels des Pueblos. Les modes de vie ont beaucoup chang√© au cours du dernier si√®cle. Les Pueblos, comme les autres Am√©rindiens, ont d√Ľ s'adapter √† des r√©alit√©s nouvelles. Il y ont c√©d√© parfois, comme ceux, par exemple, de la vall√©e du Rio Grande entre Santa F√© et Albuquerque, qui ont bas√© leur d√©veloppement √©conomique sur l'ouverture de casinos (líIndian Gaming Regulatory Act (IGRA), qui reconna√ģt  la souverainet√© des r√©serves indiennes en mati√®re de jeux date de 1988). D'autres, en particulier les Hopi, continuent autant qu'il le peuvent de r√©sister aux intrusions du monde ext√©rieur. Aussi, pour parler de ce qu'on appellera la culture traditionnelle des Pueblos, s'est-on appuy√© dans cette page sur les travaux des ethnologues am√©ricains de la fin du XIXe si√®cle, tels Frank Hamilton Cushing (1857-1900) ou Jesse Walter Fewkes (1850-1930).

Le costume.
Les v√™tements des Indiens Pueblos √©taient principalement tiss√©s d'√©corces, de fibres de yucca, de duvet de coton ou de peuplier, de fourrure et de plumes. 

Le costume des hommes.
Les hommes portaient des tuniques en peau de f√©lin ou de lapin, des pelisses de plumes, des manteaux de coton richement ray√©s et brod√©s, des manteaux du genre poncho, des kilts √† glands et brod√©s, maintenus en place par de longues et larges ceintures de coton, des collants en peau de daim remontant jusqu'au-dessus du genou, ou bien des jambi√®res faites de longues bandes de la m√™me mati√®re enroul√©es autour de la jambe et attach√©es au genou par des jarreti√®res joliment tiss√©es ou encore des brins entrecrois√©s de fils de coton color√©s, ou bien enfin de longs bas au crochet atteignant le haut des cuisses. 

Les cheveux formaient une frange descendant  jusqu'aux sourcils; deux longues m√®ches lat√©rales pendaient des tempes, et les cheveux √† l'arri√®re √©taient attach√©s en une touffe avec un ruban tress√© dans lequel √©tait coll√© un bouquet de plumes brillantes (de pr√©f√©rence d'ara) : un filet de fibres, ou de cosses tress√©es, teintes de la couleur symbolisant le quartier auquel appartenait le porteur √©tait li√©e autour de cette parure.

Les costumes des pr√™tres-chefs, vari√©s symboliquement, √©taient beaucoup plus √©labor√©s. 

Le costume des femmes.
Les femmes portaient ordinairement une longue camisa, c'est-√†-dire une robe sans manches en coton qui descendait au-dessous du genou. Le costume √©tait compl√©t√© par un manteau de coton brod√©, un l√©ger ch√Ęle, des jambi√®res et des sandales, ou des mocassins semblables √† ceux des hommes, mais non color√©s, et, √† la maison elles portainet des bas en grosse maille. 

Elles portaient de nombreux ornements : des bracelets similaires à ceux des hommes, des bagues et des pendants d'oreilles, ou encore des amulettes de maternité.

Les cheveux des femmes étaient légèrement plaqués sur le devant de la tête, séparés dans le sens de la longueur vers l'arrière puis relevés pour former, chez les femmes mariées, deux chignons, ou, chez les célibataires, deux boucles, "semblables à des anses de pichet" (selon l'expression des premiers explorateurs) couvrant les oreilles.
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Un chasseur Pueblo et une jeune femme d'Isleta Pueblo (vers 1900).

Le costume et l'équipement des guerriers.
Les guerriers portaient des casques coniques en cuir épais ou des couvre-chefs fabriqués à partir de la peau du puma, de l'ours, de l'antilope à cornes ou du bison. Ils portaient aussi des cuirasses de peau, ou de coton et de yucca capitonnés, et ils se munissaient de boucliers ronds de vannerie, de coton fortement et serré, ou de cuir brut épais, peints de motifs symboliques. Ils portaient des lances courtes, des javelots et des propulseurs (similaires aux atlatl des Aztèques), des arcs longs, des massues de guerre, de très grands couteaux de silex ou d'obsidienne gainés dans des poches suspendues à la ceinture, des haches de pierre à manche de bois enfoncées dans le pli gauche de la ceinture, ou bien des épées en bois bordées de lames rapprochées d'obsidienne ou de silex, et des frondes de yucca savamment tressé.

Les habitations.
Parmi les tribus orientales, le parall√©logramme semble avoir √©t√© la forme de groupement de maisons qui a pr√©valu, tandis que parmi les tribus de l'int√©rieur et de l'Ouest, le village polygonal ou arrondi √©tait plus courant. 

Dans l'ensemble, les murs des maisons construites à la périphérie des villages étaient généralement les plus hauts; les étages en terrasses des maisons étaient tournés vers l'intérieur sur des cours et des ruelles ouvertes.

Il n'y avait pas de portes dans les √©tages inf√©rieurs : ces maisons, que l'on appelle des maisons-puits, poss√©daient des √©coutillons sur leur toit et l'acc√®s s'y faisait au moyen d'√©chelles √† tr√®s longues perches, dispos√©es comme des rampes de puits, de mani√®re √† pouvoir √™tre facilement bascul√©es la nuit par s√©curit√©. Outre son int√©r√™t pratique, l'ouverture sur le toit avait une fonction symbolique : elle repr√©sentait le shipapu, le lieu d'o√Ļ les humains √©taient sortis, √† l'origine des temps, du monde int√©rieur. C'est seulement dans les √©tages sup√©rieurs, inaccessibles depuis l'ext√©rieur, que l'on pouvait trouver des portes v√©ritables. Les fen√™tres des parties basses √©taient de simples hublots, tandis qu'au-dessus, elles √©taient plus grandes et parfois bien vitr√©es avec des plaques de s√©l√©nite ou de mica
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Taos Pueblo.
Taos Pueblo, en 1898.

Les maisons individuelles de ces villages se r√©partissaient, plus ou moins rigoureusement, en quartiers correspondant au nombre de divisions coutumi√®res du pueblo; ces quartiers √©taient eux-m√™mes subdivis√©s en fonction du nombre de clans dans chaque division. 

Chaque m√©nage dans les quartiers du clan occupait trois pi√®ces ou plus - car les pi√®ces √©taient tr√®s petites - et √©tait pr√©sid√© par la matrone la plus √Ęg√©e. Il y avait toujours une cuisine, un cellier, une salle √† manger et une salle de s√©jour, dans laquelle les maris venaient prendre les repas avec leurs familles ou rendaient visite √† leurs √©pouses.

Les kivas.
Ces quartiers n'√©taient occup√©s en permanence que par les femmes (√† qui ils appartenaient) et les enfants. Les hommes, qu'ils soient  mari√©s ou c√©libataires, avaient pour quartiers permanents les grandes kivas semi-souterraines. Le sol de ces kivas poss√©d√©ait une excavation cylindrique, appel√©e aussi shipapu (mot hopi) et qui √©tait vu comme l'analogue sym√©trique de l'entr√©e par le toit des maisons-puits (il relevait du m√™me symbolisme). Chaque division de la tribu poss√©dait sa propre kiva. 

C'est dans les kivas, qui √©tonnent par leurs petites dimensions, que se tenaient  tous les conseils des groupes de clans et que se c√©l√©braient les c√©r√©monies des soci√©t√©s de culte secr√®tes qui leur appartenaient. C'est aussi dans les kivas, surtout en hiver, que les hommes se r√©unissaient pour travailler √† leurs m√©tiers √† tisser, √† la fabrication d'armes et aux arts mineurs. C'est dans les kivas encore, qu'il cherchaient √† s'amuser, ou que les ¬ę anciens ¬Ľ enseignaient aux jeunes adultes le savoir et les usages r√©gulateurs de la division particuli√®re √† laquelle ils appartenaient.
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Kiva dans la grotte sacrťe de Rito de los Frijoles.
Une kiva construite dans une grotte sacrée du Rito de los Frijoles.

Les proc√®s ou les diff√©rends entre les clans √©taient r√©gl√©s dans les kivas, tandis que les affaires des divisions tribales √©taient administr√©es √† partir de la kiva principale de la ville, g√©n√©ralement celle de la division principale. C'est dans cette cette kiva √©galement, que toutes les affaires tribales √©taient men√©es et que les √©trangers d'autres tribus √©taient accueillis. 

L'artisanat, l'agriculture, la chasse.
Les femmes s'occupaient des familles, pr√©paraient toute la nourriture, fabriquaient la poterie et la vannerie, et fa√ßonnaient les moulins en pierre et autres ustensiles m√©nagers. Elles avaient de petits jardins mara√ģchers pr√®s des village, o√Ļ les poireaux, le piment ou les poivrons rouges, et quelques herbes parfum√©es √©taient cultiv√©s par arrosage √† la main. 

Les hommes √©taient les principaux tisserands et fileurs. Ils travaillaient les champs, produisaient leurs cultures principalement au moyen de l'irrigation. 

Les dindes et autres petits animaux ont √©t√© domestiqu√©s par certains des Pueblos. Mais l'essentiel de l'approvisionnement en viande √©tait assur√© par la chasse, qui √©tait g√©n√©ralement collective. Des clans entiers organisaient ensemble de grandes campagnes de chasse, pour lesquelles d'√©normes corrals ( = enclos) √©taient construits. 

Le labourage, la construction de barrages d'irrigation, de fossés et de remblais, et toutes les autres opérations menées à distance des villages, étaient, comme les chasses, des entreprises qui mobilisaient l'ensemble du village, puisque ses habitants, avec leurs riches provisions de vivres, étaient toujours exposés d'attaques prédatrices des tribus nomades voisines.

Organisation sociale.
Les clans et leur symbolisme.
Toutes les tribus Pueblo √©taient matrilin√©aires (la descendance appartenait √† la lign√©e f√©minine) et compos√©es de clans. Ces clans √©taient des familles de parents nomm√©s d'apr√®s un animal, une plante, un min√©ral ou un √©l√©ment. Les regroupement des clans reposaient sur leur association avec des r√©gions de l'espace et des saisons. La division la plus rudimentaire  divisait les clans en deux groupes : ceux du Nord et du Sud (ou d'√Čt√© et d'Hiver). D'autres Pueblos avaient quatre clans (ceux du Nord, de l'Ouest, du Sud et de l'Est, ou des Quatre Saisons). Les Pueblos hautement d√©velopp√©s (comme chez les Zu√Īi) en avaient rarement moins de six : g√©n√©ralement sept groupes, √† savoir les clans de ceux du Nord, de Ouest, du Sud, de l'Est, de la r√©gion Sup√©rieure, Inf√©rieure et Moyenne. 

Les clans √©taient group√©s ou li√©s, selon les analogies suppos√©es de leurs totems ou homonymes (les animaux, etc., dont ils √©taient nomm√©s) avec divers ph√©nom√®nes des diff√©rentes r√©gions symboliques. 

‚ÄĘ Ainsi, le Puma, f√©roce et rugissant, appartenait au Nord, d'o√Ļ venaient les vents les plus violents et les temp√™tes d√©cha√ģn√©es de l'hiver. M√™me chose pour le ch√™ne vert, qui ne se jamais fl√©tri lors de ces temp√™tes : il appartenait donc aussi au nord et √† l'hiver. De l√† venait que les clans du Puma et du Ch√™ne vert, et d'autres comme eux, appartenant √† l'Hiver et au Nord, formaient un groupe particulier.. 

‚ÄĘ Le Soleil et l'Aigle, habitants des cieux, ou encore la Turquoise, consid√©r√©e comme un morceau du ciel lui-m√™me, donnaient leurs noms √† des clans associ√©s au monde sup√©rieur, tandis que le Serpent √† sonnettes et la Grenouille servaient √† r√©unir des clans associ√©s au monde inf√©rieur.

On ajoutera que l'arch√©ologie montre que l'importance accord√©e par les Pueblos historiques aux points cardinaux (auxquels sont aussi associ√©es des couleurs), ainsi qu'aux quatre p√©riodes de l'ann√©e solaire (d√©limit√©es  par les solstices et les √©quinoxes), se manifestait d√©j√† chez leurs pr√©d√©cesseurs (Anasazi, etc.).

Le gouvernement.
A la tête de chaque groupe de clans se trouvait un prêtre, ou "ancien". C'était l'adorateur en chef, le gardien des médecines, des pouvoirs et des mystères des grands esprits animaux et des dieux de de l'enceinte du monde (région symbolique) que sa division représentait.

Ce pr√™tre  √©tait aussi l'oracle dans toutes les affaires religieuses et profanes de sa ¬ę-maison ¬Ľ. Il y avait g√©n√©ralement sept de ces pr√™tres divisionnaires ou chefs de groupes claniques, et rarement moins de quatre. Parmi eux se trouvaient le ¬ę chef pacifique ¬Ľ et le ¬ę chef courrouc√© ¬Ľ, populairement connu apr√®s l'arriv√©e des Espagnols sous les noms respectifs de gouverneur ou alcalde, et de capitaine de guerre. Ces dignitaires ont leurs assistants, ou tenientes, dont les charges, comme celles de leurs sup√©rieurs, ont des noms d'adoption espagnole, et qui sont √©lus annuellement avec la sanction du conseil supr√™me des pr√™tres ou caciques. (Ce dernier mot a √©t√© emprunt√© par les Espagnols √† une langue cara√Įbe).

Le peuple n'√©tait pas tant contr√īl√© par les chefs de paix et de guerre (√† qui ils √©taient n√©anmoins g√©n√©ralement ob√©issants) que par les p√®res oraculaires et magiques qu'ils √©taient suppos√©s repr√©senter. Ceux-ci m√©ritaient la r√©v√©rence et le respect dans lesquels ils √©taient consid√©r√©s comme les ¬ę p√®res et m√®res ¬Ľ de la tribu, car ils √©taient les p√©nitents de leur peuple; ils devaient accomplir les rites sacr√©s de saison en saison, veiller, je√Ľner et r√©p√©ter des rituels, etc., des jours √† la fois √† des occasions indiqu√©es. Ainsi, sous les auspices des soci√©t√©s divisionnaires, presque toutes les grandes coutumes (telles que les jeux, les courses, les chasses collectives, les labours, les r√©coltes et les voyages pour la collecte du bois) √©taient-ils annuellement ex√©cut√©es √† leur profit.

La religion.
Les fraternités sacerdotales.
Dans chaque tribu importante d'Indiens Pueblo, il y avait de quatre √† treize soci√©t√©s secr√®tes ou taboues, appel√©es fraternit√©s sacerdotales, et qui √©taient compos√©es de ¬ę-gu√©risseurs ¬Ľ. Ces soci√©t√©s se voulaient repr√©sentatives l'organisation tribale : les gu√©risseurs appartenaient, selon leurs fonctions sp√©ciales, aux divers groupes claniques ou divisions r√©gionales. 

Les membres de ces fraternit√©s √©taient, avec les pr√™tres-caciques divisionnaires, les gardiens et les enseignants des traditions et des rituels mythiques, des r√®glements religieux, des myst√®res magiques et des m√©dicaments ou ¬ę puissances ¬Ľ propres au divisions auxquelles ils appartenaient. Ainsi, le nom de soci√©t√©s cultuelles (cult-societies), qui leur a √©t√© donn√© par l'explorateur et fondateur du Bureau d'ethnologie am√©ricaine John Wesley Powell (1834-1902), semble-t-il le plus appropri√© pour les d√©signer. 

Les membres de ces fraternit√©s √©taient des m√©decins, ou pr√™tres-m√©decins, dont les attributions √©d√©pendaientt ainsi de la r√©gion, la saison, l'√©l√©ment et la fonction associ√©e de sa soci√©t√© particuli√®re. Les soci√©t√©s cultuelles du Nord fabriquaient du vent et du froid, et prenaient le pas en hiver; celles du Sud, faiseurs de feu ou ma√ģtres du feu, contr√īlaient l'√©t√©. 

Leur pratique de la m√©decine et l'application des rem√®des √©taient strictement r√©glement√©es et souvent tr√®s simples, mais leur efficacit√© n'√©tait pas remise en question. La croyance en l'universalit√© de la maladie et de son origine spirituelle ou fantomatique √©largissait consid√©rablement le champ de l'utilit√© suppos√©e et le pouvoir de ces fr√®res pr√™tres-m√©decins. Non seulement ils soignaient la maladie, mais leur activit√© la plus ordinaire √©tait dirig√©e vers sa pr√©vention (spirituelle). S'assurer de la chute de la pluie √©tait aussi une t√Ęche importante qui leur √©tait assign√©e.

Le panthéon.
Avant l'arriv√©e des Europ√©ens et les transformations que l'imposition du christianisme a pu op√©rer, la religion des Pueblos √©tait une religion naturaliste. Leurs dieux et d√©esses √©taient des dieux animaux, des dieux associ√©s aux ph√©nom√®nes naturels, des dieux ancestraux et des dieux c√©lestes. 

Supr√™me parmi les immortels √©tait le dieu du bouclier solaire, le cr√©ateur de tous les faiseurs, de l'eau ou de la g√©n√©ration, personnifi√© dans la m√®re de l'oc√©an, l'homme du ciel et la femme de la terre, d'o√Ļ sont n√©es toutes les choses mortelles. Sous le dieu solaire se trouvaient le dieu du destin et son fr√®re cadet jumeau, le dieu de la guerre; le Dieu du Temps ou des Saisons, et son fr√®re cadet, le Dieu de l'Aube, etc. 

A part √©tait le Ma√ģtre de la Vie, fils du dieu Soleil et de la Vie, ou des Grandes Eaux, dans lequel les missionnaires ont voulu y voir une sorte de messie des Pueblos. Il r√©gnait sur les dieux animaux et ph√©nom√®nes naturels, et √©tait le m√©diateur entre ces √™tres mortels et les dieux c√©lestes. Il √©tait aussi une personnification du reflet ou de l'image du soleil dans l'eau. Il existait aussi une personnification du reflet de la Lune dans l''eau, qui √©tait la d√©esse de la menstruation et de la maternit√©.

Tous ces dieux √©taient cens√©s √™tre li√©s les uns aux autres comme le sont les humains, les cr√©atures et les choses de ce monde; leur organisation √©tait comme l'organisation sociale des humains. Le monde c√©leste ou spirituel interp√©n√©trait le monde visible dans le nord du pays Pueblo, qui √©tait le lieu de connexion ombilicale entre le monde spirituel parent et le monde mortel engendr√©.  C'est donc en direction du Nord que les rituels et les offrandes au Ma√ģtre de la Vie, ou Dieu du soleil inf√©rieur, √©taient toujours adress√©s par les pr√™tres des soci√©t√©s cultuelles.
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Danse de la dinde ŗ Jemez Pueblo.
Danse de la dinde, à Jemez Pueblo (vers 1900). Notez la croix au cou du personnage central. Le
christianisme, apporté par les Espagnols a altéré la religion des Pueblos. Mais la persistance de
traditions telle qui celle figurée ici montre que cette altération a souvent été seulement cosmétique.

Le culte public.
Tout comme la conception Pueblo de la pratique m√©dicale √©tait religieuse, leur conception du culte religieux √©tait aussi en grande partie m√©dicale. Les maux de la vie et du temps √©taient des maladies √† ma√ģtriser par des charmes et des formules et par des r√®gles d'hygi√®ne spirituelle (observances et bonnes conduites), ou √† pr√©venir par le travail, les affaires ou l'industrie du culte. 

En tout cela, il fallait être aidé et aidé par les dieux, et à cette fin, en gage de sincérité, les prêtres s'abstenaient de viande et de toutes autres choses charnelles quatre jours par mois, et de huit à dix jours aux solstices d'été et d'hiver, ou pour des périodes plus ou moins longues chaque fois que des circonstances malheureuses l'exigeaient

√Ä ces moments-l√†, ils travaillaient jour et nuit, fabriquant des baguettes de pri√®re √† plumes, comme t√©moignages de constance, pour √™tre √©rig√©s dans des sanctuaires situ√©s hors des villages en tant que ¬ę pri√®res de saison en saison ¬Ľ. Ces travaux s'accompagnaient de la r√©p√©tition de long rituels et d'incantations, et de repr√©sentations dramaturgiques (appel√©es chez les Hopi danses kachinas, ou correspondant aux f√™tes du shalako, c√©l√©br√©es √† la p√©riode du solstice d'hiver chez les Zu√Īi) devant des autels √©rig√©s pour symboliser l'une ou l'autre des r√©gions sacramentelles. Des offrandes de repas de pri√®re sacr√©s √©taient √©galement faites √† diverses occasions; des coquillages, du corail ou des perles de turquoise ou d'autres tr√©sors √©taient sacrifi√©s comme m√©dicaments spirituels ou comme paiements ou cadeaux de bonne volont√©.

La population g√©n√©rale se joignait un jour par mois et quatre jours semestriellement √† ces exercices d'adoration. En automne, tous se souvenaient des morts avec des offrandes de nourriture et d'autres objets consomm√©s ou lib√©r√©s par le feu, et au nouvel an ou √† la ¬ę mi-temps ¬Ľ (en novembre) avaient lieu les f√™tes solennelles et les c√©l√©brations dramaturgiques de la cr√©ation et de la sortie du ¬ę milieu du monde ¬Ľ. Les danseurs des kachinas √©taient costum√©s et masqu√©s en animaux ou en d√©mons, se joignant aux pr√™tres dans ces repr√©sentations d√©di√©es √† la r√©g√©n√©ration du monde et des saisons.

Coutumes relatives à la naissance, au mariage, à la mort.
Le mariage.
Les hommes d'un clan ne pouvaient √©pouser les femmes d'un m√™me clan, et le mariage √©tait donc presque autant une affaire de clans que d'individus, les alliances se faisant autant que possible en dehors du groupe clanique (afin que les saisons et les √©l√©ments puissent √™tre ¬ę mari√©s ¬Ľ). Jusqu'apr√®s les fian√ßailles, les futurs √©poux se courtisaient tr√®s indirectement; c'est-√†-dire qu'un jeune homme, en faisant la cour, s'efforcerait d'attirer l'attention de la personne de son choix par des d√©monstrations et des actions g√©n√©rales et non directes. Apr√®s les fian√ßailles, le jeune homme √©tait accept√© par les parents maternels comme un invit√© perp√©tuel plut√īt que temporaire de leur clan et de sa femme. Ainsi, le divorce, bien s√Ľr, √©tait principalement entre les mains des femmes.

La naissance.
Une sage-femme (g√©n√©ralement une pr√™tresse de culte), la grand-m√®re ou matrone maternelle, et, s'il s'agit d'une pr√™tresse, la grand-m√®re paternelle, ou √† sa place le grand-p√®re (appel√© √† l'occasion ¬ę grand-m√®re ¬Ľ), pr√©sidait √† la naissance. Imm√©diatement apr√®s les offrandes de naissance √©taient faites par les parents f√©minins paternels, et l'enfant √©tait d√©pos√©, avec de nombreuses c√©r√©monies, sur un tas de sable. Un √©pi de ¬ę ma√Įs m√Ęle ¬Ľ pour un gar√ßon, ou de ¬ę ma√Įs femelle ¬Ľ pour une fille, √©tait plac√© par le c√īt√© droit du nourrisson. Au bout de neuf jours, l'enfant √©tait pr√©sent√© au Soleil par les grands-parents paternels, et formellement adopt√© par eux. Il √©tait, √† cette occasion, nomm√© claniquement par les membres du clan de la m√®re, √† qui il appartenait d√©sormais.

La mort.
Ces observances √©taient  invers√©es lors du d√©c√®s. Une jarre d'eau √©tait bris√©e, signifiant le renoncement au d√©funt par les membres du clan de la m√®re aux membres du clan du p√®re. Des cadeaux de nourriture et de biens personnels √©taient donn√©s, et le corps √©tait ensuite lav√© et envelopp√© dans des couvertures avec des offrandes sacr√©es et des plumes. Si le mort avait √©t√© un pr√™tre de clan ou de culte, il √©tait enterr√© sous les √©chelles √† l'ext√©rieur ou √† l'int√©rieur de la maison, les pr√©sents ou offrandes des parents √©tant br√Ľl√©s; sinon le corps du mort √©tait br√Ľl√© avec les offrandes. Il √©tait ainsi rendu au soleil et √† la terre. Le but √©tait de permettre √† l'√Ęme d'√©chapper aussi bien au corps qu'aux sorciers. 

Histoire des Indiens Pueblos

L'origine des Pueblos.
Les diff√©rentes langues parl√©es aujourd'hui par les Pueblo t√©moignent de leurs origines diverses. Leurs anc√™tres √©taient issus de nombreuses tribus (probablement petites) bordant la grande r√©gion aride qui forme un demi-cercle irr√©gulier du centre de l'Utah et du Colorado au nord au centre du Texas √† l'est. Mais, quelle qu'ait √©t√© cette diversit√© initiale, les populations des Indiens Pueblo ont partout suivi pratiquement la m√™me trajectoire. 

On peut supposer que ces tribus ancestrales de chasseurs-cueilleurs ont √©t√© chass√©es par vagues successives vers le sud dans les d√©serts par des tribus plus pluissantes, et ont √©t√© forc√©s de vivre de l'agriculture dans d'√©troits secteurs, √† proximit√© des approvisionnements en eau, un bien presque partout  rare dans cette r√©gion. Une civilisation des oasis s'est ainsi progressivement cr√©√©e. Le d√©veloppement des syst√®mes d'irrigation a permis d'√©tendre la surface des cultures. L'habitat s'est perdectionn√©. Des huttes en bois, recouvertes de terre (d'un type analogue aux hogan des Navajos), ont √©t√© les premi√®res habitations. Puis, √† cause de la raret√© du bois, des maisons de pierre et de boue, plus grandes et de meilleure qualit√©, parfois semi-enterr√©es ou enterr√©es (maison-puits) furent construites en groupes, qui allaient devenir des villages, autour des points d'eau, √† proximit√© des champs qu'ils permettaient d'irriguer. 

La prosp√©rit√© ainsi obtenue a attir√© la convoitise des populations voisines, obligeant les Pueblos anciens √† se r√©fugier dans des sites plus s√Ľrs, comme les falaises bordant les canyons, relativement nombreux dans la r√©gion. Ils ont alors construit leurs habitations d'un type tr√®s particulier mass√©es √† flanc m√™me de falaise (cliff-dwellings). Cependant, l'√©volution d√©mographique et la n√©cessit√© de disposer de terres cultivables (irriguables) plus √©tendues semble avoir conduit √† l'abandon de ces villages escarp√©s. Ceux-ci n'ont plus servi, peut-√™tre encore quelque temps, que de refuge en cas de danger. Les nouveaux villages, construits  de nouveau √† proximit√© des zones cultivables, ont √©t√© ceux qu'habitaient les Pueblos au moment de l'arriv√©e des Europ√©ens en 1540. A cette √©poque, les Pueblos √©taient au nombre de 20 000 environ,  dispers√©s dans 70 villages. Leur principale source de nourriture √©tait un type de ma√Įs adapt√© √† la semi-aridit√© du territoire, qu'ils compl√©taient par la chasse.

Les données de l'archéologie.
Tradition du Sud-Ouest (2000 avant JC - 1400 après JC).
On a donn√© le nom de Tradition de Sud-Ouest ou de culture Cochise (du nom d'un ancien lac situ√© au Sud-Est de l'Arizona) √† la tradition du d√©sert apparue tr√®s t√īt (peut-√™tre d√®s 9000 av. JC) et qui a connu son plus grand d√©veloppement entre 2000 av. JC, et 200 ap. JC. Certaines populations ont m√™me conserv√© des coutumes de vie archa√Įques propres √† la culture Cochise jusque vers 1400. 

On reconna√ģt dans la Tradition du Sud-Ouest certaines composantes d'autres cultures pal√©oam√©ricaines, telles que la culture Clovis (13 500 av. JC - 11 000 av. JC) et la culture Folsom (8500 av. JC - 4000 av. JC) qui lui a succ√©d√©. La chasse au gros gibier caract√©ristique de ces cultures est cependant remplac√©e ici par des pratiques de chasse plus modestes, et la collecte de plantes prend dans le Sud-Ouest une plus grande importance. On note aussi de indices d'une agriculture rudimentaire (ma√Įs). A partir de 500 av. JC., on commence √† trouver des c√©ramiques, et aussi les vestiges des toutes premi√®res maisons-puits.

C'est sur ce socle que, vers 300 avant JC, trois cultures importantes ont √©volu√© : les cultures Anasazi, Hohokam et Mogoll√īn. Ces cultures sont en partie seulement contemporaines et leurs emprises g√©ographiques bien distinctes.

Culture Anasazi (185 av. J.-C -1300 après JC.)
Le terme "Anasazi" a été forgé au XIXe siècle à partir d'un mot hopi signifiant "les Anciens". La culture anasazi s'est déployée sur une quinzaine de siècles autour de la région des Quatre Frontières (Four Corners) à partir de six foyers principaux (Mesa Verde dans le Colorado, Chaco Canyon et Rio Grande au Nouveau-Mexique, Little Colorado et Kayenta en Arizona, Virgin au Sud-Ouest de l'Utah et au Nord-Ouest de l'Arizona). On fait commencer la chronologie de la culture anasazi en 185 avant notre ère. Huit phases ont été établies : les trois premières appartiennent à l'évolution des Vanniers (Basketmakers) jusqu'en 750 après JC., et les suivantes à la culture Pueblo proprement dite.

Les premi√®res habitations des Anasazi √©taient des maisons-puits semi-enterr√©es, peu profondes et avec une structure simple. Plus tard, ils ont construit des b√Ętiments avec des pierres et au niveau du sol. Vers et 700 apr√®s J.C √† Mesa Verde, ils ont construit des habitations dans des grottes naturelles creus√©es dans des falaises (ex. Cliff Palace). 
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Mesa Verde : Cliff palace.
Les ruines du Cliff Palace, à Mesa Verde (Colorado).

Le XIIe si√®cle correspond √† l'apog√©e des Anasazi, dont t√©moignent l'accroissement d√©mographique consid√©rable, le d√©veloppement de l'artisanat (c√©ramique) et les perfectionnements de l'agriculture. Plusieurs grands sites datent de cette p√©riode. Pueblo Bonito compte environ 800 salles et 25 kivas. Les habitations y ont plusieurs √©tages et la cit√© est entour√©e de foss√©s d'irrigation. Chetro Ketl est un autre centre urbain parmi les plus importants, avec plus de 125 colonies r√©parties tout au long du bassin du fleuve San Juan dans le Chaco Canyon. Toutes ces agglom√©rations √©taient pourvues d'entrep√īts, d'enceintes c√©r√©monielles, de b√Ętiments publics et √©taient desservies par plus de 400 km de r√©seau routier.

Le changement climatique (diminution des précipitations) qui affecte tout le Sud-Ouest vers le début du XIIIe siècle et qui achève de détruire un écosystème déjà fragile, ajouté aux incursions des Apaches et des Navajos, sont les causes les plus probables de la disparition rapide de la culture anasazi. Les villes du bassin du fleuve San Juan sont purement et simplement abandonnées.

On ignore ce que sont devenus les Anasazi. On peut seulement constater que leur effacement prélude de peu l'apparition, dans la région des rivières Petit Colorado et Rio Grande, de nouveaux centres d'habitation importants, parfois autour de grottes comme dans le plateau de Pajarito, non loin de Los Alamos (Nouveau-Mexique), et qui ont perduré jusqu'à l'arrivée des Européens.
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Pueblo Bonito.
Vue aérienne de Pueblo Bonito (Chaco Canyon)
Les structures circulaires correspondent aux kivas.

Culture Hohokam (100 av. JC - 1450 après JC).
La culture Hohokam a commencé à développer vers 100 avant l'ère commune dans le bassin désertique de la rivière Gila, au centre et au sud de l'Arizona actuel, elle aussi sur les débris de la culture Cochise. On la divise, de puis les travaux de Glawdin et Haury (1937) en quatre périodes. La dernière, qui s'est étendue du milieu du XIIe siècle au milieu du XVe, sera la plus florissante.

Malgr√© l'aridit√© de la r√©gion o√Ļ ils vivaient, les Hohokam ont √©labor√© une agriculture capable de leur fournir deux r√©coltes annuelles (ma√Įs, haricots et, plus tard, coton). Ils ont construit des canaux d'irrigation qui transportaient l'eau depuis les montagnes. 

Leurs artisanat (céramique, bracelets en coquillages, travail de la pierre, de la turquoise et du cuivre) semble dénoter des relations précoces avec les sociétés mésoaméricaines. La constructions de jeux de pelote et de monticules en plateforme (platform mound), comme à Pueblo Grande, près de Phoenix, atteste de façon plus patente encore de l'influence mexicaine à partir du VIIe siècle. A cette époque, leurs habitations étaient des maisons-puits avec des enceintes rectangulaires construites en pisé. Elles atteignaient quatre étages à Casas Grandes.

A partir du Xe siècle, la croissance démographique rend nécessaire une politique de grands travaux (nouvelle phase de développement du réseau d'irrigation) qui va de pair avec la complexification de l'organisation sociale. Les échanges économiques avec les populations voisines, notamment avec les autres Pueblos, prennent de l'importance. Cependant, les mauvaises récoltes, que l'on associe ici encore à un changement climatique, et les incursions fréquentes des tribus Apaches ont provoqué leur effondrement vers 1450. Les colons ont abandonné leurs colonies et se sont regroupés en petits villages épars.

Culture Mogollon (300 -1350 après JC).
La culture Mogollon occupait un espace qui comprenait le sud du Nouveau-Mexique, le Sud-Est de l'Arizona, le Nord Ouest de l'Etat mexicain de Sonora et une grande partie du Nord du Chihuahua. Elle √©tait √† peu pr√®s contemporaine de la culture Anasazi. On place la transition entre la tradition archa√Įque Cochise, qui connaissait d√©j√† la culture d'un type primitif de ma√Įs, et la culture Mogollon d'agriculteurs s√©dentaires vers l'an 300 de notre √®re et on reconna√ģt quatre phases de d√©veloppement jusqu'au milieu du XIVe si√®cle.

Au d√©but, les villages comptaient  un grand nombre de petites maisons-puits. √Ä partir de l'an 1000 apr√®s JC, les Mogollon ont commenc√© √† se construire au-dessus du niveau du sol et, sous l'influence des Anasazis, ont b√Ęti de grands complexes c√©r√©moniels et, dans certains cas, des kivas. 
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Cťramiques de la culture de Mogollon.
Motifs de céramiques de la culture Mogollon (Rio Mimbres).

L'artisanat mogollon √©tait tr√®s d√©velopp√©. Les fouilles ont r√©v√©l√© toutes sortes de bijoux (bracelets en coquillages, boucles d'oreilles en bois), des bibelots tubulaires en os, des outils divers (mortiers, pi√®ges, arcs et fl√®ches, etc.); ils fabriquaient des textiles, des paniers, des c√©ramiques telles que des spatules, des tablettes, des fl√Ľtes et des pipes. Les habitants de la vall√©e de la rivi√®re Mimbres (Sud-Ouest du Nouveau-Mexique), en particulier, ont produit des  c√©ramiques remarquables). La principale source de nourriture des Mogollon provenait de la domestication et de la culture du yucca et d'autres cactus, du tournesol, du ma√Įs, etc.

Le lent déclin de la culture Mogollon commence à s'observer vers le début du XIIe siècle, peut-être pour les mêmes raisons que le reste du Sud-ouest. Elle s'effondrera définitivement vers le milieu du XIVe siècle.

Histoire coloniale.
L'arrivée des Européens.
On fait remonter au voyage du franciscain Marcos de Niza, en 1539, le premier contact des Pueblos avec les Europ√©ens. Parti de Mexico en direction du Nord, Niza √©tait accompagn√© d'un ancien esclave originaire d'Afrique du Nord nomm√© Estevan (ou Estevanico), qui avait √©t√© un des compagnons de Cabeza de Vaca. Deux survivants de l'exp√©dition de Narvaez, naufrag√©s dans le golfe du Mexique en 1528 l'accompagnaient aussi. Estevan, parti en √©claireur, √©tablit le tout premier contact avec des Zu√Īi, mais est tu√© par eux. Quelques jours plus tard, Niza aper√ßoit depuis une hauteur un village que l'on a identifi√© plus tard avec le village zu√Īi, aujourd'hui ruin√©, de Hawikuh. Il plante √† l'endroit qu'il a atteint une croix et d√©clare prendre officiellement possession du pays au nom de l'Espagne. A son retour √† Mexico, il fera un r√©cit tr√®s enjoliv√© de tout ce qu'il avait vu et entendu.

La promesse de grandes richesses incite le vice-roi Mendoza a demander √† Francisco Vasquez de Coronado, d'organiser une exp√©dition en direction de ce pays. Cette exp√©dition, √† laquelle devait participer comme guide Niza lui-m√™me, part en mars 1540 de Culiacan (dans l'actuel Etat de Sinaloa au Nord-Ouest du Mexique). Hawiku est atteinte en juillet. Le comportement des Espagnols suscite rapidement l'hostilit√© des Indiens,, mais ceux-ci sont mis en d√©route. 

Des groupes d'exploration sont ensuite envoy√©s dans diverses directions - vers les villages Hopi de Tusayan, vers le le Grand Canyon du Colorado, vers la vall√©e du Rio Grande et m√™me vers les Grandes plaines, sans que bien s√Ľr on ne trouve nulle part les richesses esp√©r√©es. De son c√īt√©, le gros de l'exp√©dition part pour Tiguex (le pays et le chef-lieu des Indiens Tiwa actuels), vers l'actuel Bernalillo, sur le Rio Grande, o√Ļ des quartiers d'hiver sont √©tablis. 

Plusieurs r√©voltes indiennes vont √©clater en raison des atrocit√©s commises par les explorateurs. Elles seront toutes mat√©es cruellement. Guid√© par un Indien surnomm√© ¬ę-Le Turc ¬Ľ (un Pawnee, qu'il a trouv√© habitant parmi les Pueblos), Coronado part en avril 1541 avec toute sa force afin explorer une province orientale appel√©e Quivira. Mais les Espagnols sont √©gar√©s par leur guide, qu'ils ex√©cuteront plus tard; le gros de la troupe revient vers le Rio Grande, tandis qu'un petit corps exp√©ditionnaire atteint l'Est de l'actuel Kansas. Finalement, toute l'exp√©dition de Coronado rebrousse chemin, en direction du Mexique, au printemps 1542. Seuls deux missionnaires restent sur place : Juan de Padilla, qui atteint  Quivira, et Fray Luis, un fr√®re la√Įc, qui s'installa √† Pecos. Tous deux seront  tu√©s par les indig√®nes qu'ils avaient cherch√© √† convertir. 

Nouvelle exp√©dition en 1581. Francisco Sanchez Chamuscado escorte trois missionnaires franciscains au pays Tigua du Rio Grande, mais tous seront tu√©s peu de temps apr√®s. 

Fin de 1582, Antonio de Espejo, accompagné d'une petite force, part, depuis San Bartolomé Nord du Mexique, dans le but de déterminer le sort des missionnaires. Il traverse le pays Hopi du nord-est de l'Arizona, atteint Pecos au Nouveau-Mexique, et retourne à San Bartolomé par la rivière Pecos. Espejo a bien décrit son itinéraire, et la plupart des noms tribaux qu'il mentionne sont facilement identifiables, mais ses estimations de la population sont grandement exagérées (parfois d'un facteur dix).

En 1590,Gaspar Casta√Īo de Sosa, √† la t√™te d'une exp√©dition de 170 personnes, suit la rivi√®re Pecos jusqu'au pueblo de ce nom. Il le d√©crira comme ayant cinq places et seize kivas. La poterie et les v√™tements des hommes et des femmes suscitent l'admiration des Espagnols.

En, la plus importantes de toutes ces exp√©ditions, apr√®s celle de Coronado, est celle de Juan de O√Īate, le colonisateur du Nouveau-Mexique en 1598 et le fondateur de Santa F√© sept ans plus tard. O√Īate atteint le 22 mai les premiers pueblos du Rio Grande (ceux des Piro √† proximit√© de l'actuel Socorro). Un groupe est envoy√© pour visiter les pueblos des Salinas, au Nord du Rio Grande, tandis que le corps principal atteint le pays de Tigua quelques semaines plus tard, y trouvant, au village de Puaray, des preuves du meurtre des missionnaires en 1581. D'autres pueblos furent visit√©s, et leurs habitants contraint de pr√™ter all√©geance aux nouveaux venus. Dans de nombreux cas, des noms de saints chr√©tiens furent impos√©s aux villages. Il leur sont souvent rest√©s jusqu'√† nos jours. C'est de l'exp√©dition d'O√Īate que date le d√©but de l'acculturation des Pueblos. 

Le temps des missionnaires.
D√®s la fin du XVIe si√®cle, le pays Pueblo est divis√© en districts. Un pr√™tre est affect√© √† chacun d'eux. Les v√©ritables missions permanentes sont bient√īt fond√©es. La premi√®re est √©tablie, sous le nom de San Gabriel de los Espa√Īoles, sur le Rio Grande, dans le village Tewa de Yukewingge, √† l'embouchure du Rio Chama, en face du pueblo de San Juan (Ohkay Owingeh); elle est rest√©e le si√®ge de la colonie jusqu'au printemps 1605, date √† laquelle elle fut abandonn√©e, √† la suite de la fondation de Santa F√©.

Le d√©but du travail missionnaire actif parmi les Pueblos date surtout des ann√©es suivantes : beaucoup de bapt√™mes sont alors c√©l√©br√©s, mais peu de conversions r√©elles ont lieu. Un √©tat des lieux en 1629 est expos√© dans le M√©morial √©crit par Alonso Benavides, qui dirige les Franciscains dans la province. Il s'en suivra l'envoi de 30 nouveaux missionnaires et la fondation de nombreuses nouvelles missions chez les Hopi, les Zu√Īi, etc. Des √©glises et des monast√®res importants sont √©rig√©s avec l'aide des Indiens. 
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Ancienne ťglise d'Acoma.
Vestiges de l'église de l'ancienne mission San Estevan del Rey à Acoma Pueblo.

La grande r√©volte des Pueblos. 
Vers le milieu du XVIIe si√®cle, des difficult√©s surgissent entre les fonctionnaires civils et les missionnaires. Les Indiens vont s'en m√™ler. En ao√Ľt 1680, une r√©volte √©clate, dirig√©e par un shaman tewa natif de San Juan (Ohkay Owingeh) et nomm√© Pop√© (Po'pay) : 21 des 33 missionnaires, et environ 375 colons (sur un total d'environ 2350) sont tu√©s. Les missions sont d√©truites. Le gouverneur Antonio de Otermin et les colons survivants (environ un millier) se r√©fugient dans les b√Ętiments du gouvernement √† Santa F√©, o√Ļ il r√©sistent pendant dix jours √† un si√®ge auquel participent environ 3000 Indiens. Les assi√©g√©s parvi ennent √† se d√©gager et se replient √† El Paso. De crainte que les Espagnols ne reviennent en force, la plupart des Indiens abandonneront leurs villages pour trouver asile sur des terres moins fertiles.

Pendant 12 ans, les Pueblos ont pu ainsi √©chapper la tutelle des Espagnols, mais pas aux  dissensions internes, ni aux attaques de leurs vieux ennemis, les Navajos et les Apaches. En 1692 Diego de Vargas reconquiert toute la province apr√®s une r√©pression s√©v√®re et la destruction de plusieurs villages. Par le suite, de tous les pueblos du Nouveau Mexique au d√©but de la r√©volte (√† cette √©poque, il y avait 33 missions actives, tandis que d'autres n'√©taient que de simples visitas), seuls Acoma et peut-√™tre Isleta ont continu√© √† occuper les anciens sites.

En 1696, certains des Pueblos se sont de nouveau rebell√©s, tuant plusieurs missionnaires, mais ils se sont rendus apr√®s avoir √©t√© √† nouveau s√©v√®rement mat√©s par Vargas. Les troubles qui touchent le Nouveau-Mexique (auquel appartient encore le territoire qui deviendra l'Arizona) provoquent en 1837 un soul√®vement parti du village  tewa de Santa Cruz de la Can√£da; le gouverneur est mis √† mort; un Indien de Taos, nomm√© Jos√© Gonzalez, le remplace, mais le mouvement est rapidement r√©prim√©.

Les Pueblos sous la domination des Etats-Unis.
Il n'y eut plus ensuite de r√©bellion contre les occupants, si ce n'est peu apr√®s que l'arm√©e des Etats-unis ait envahi la r√©gion sous le commandement du  g√©n√©ral Kearney, en 1846 : d√®s janvier de l'ann√©e suivante, des habitants de Taos tu√®rent le gouverneur Charles Bent et quelques autres Am√©ricains. L'arm√©e prit alors d'assaut leur village fortifi√© et l'√©glise de la mission o√Ļ ils s'√©taient r√©fugi√©s. Environ 150 Indiens furent tu√©s pendant l'attaque; d'autres furent ensuite jug√©s et pendus. En 1848, le trait√© de Guadalupe-Hidalgo, compl√©t√© par le trait√© de Gadsden (Gadsden Purchase) en 1853, c√©da officiellement aux Etats-Unis tout le territoire ainsi occup√©. L'Arizona sera d√©tach√© du Nouveau-Mexique en 1863. La concession de territoires administr√©s par les Pueblos (r√©serves) s'est faite √† diff√©rentes dates depuis les ann√©es 1880 (Hopi); la derni√®re r√©serve cr√©√©e, celle d'Isleta del Sur (Tigua Pueblo), date de 1967. Comme les autres Indiens des Etats-Unis, les Pueblos n'ont acquis la citoyennet√© am√©ricaine qu'en 1924. Debra Haaland, n√©e en 1960, d'origine k√©r√©sane (sa famille maternelle provient de Laguna Pueblo), est la premi√®re Am√©rindienne des Etats-Unis √† avoir √©t√© √©lue √† la Chambre des Repr√©sentants (2018); elle est devenue en 2021 secr√©taire √† l'Int√©rieur sous l'administration Biden.
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Carte des populations Pueblos.
Localisation des tribus pueblos au Nouveau-Mexique et (Hopi) en Arizona.

Les Ta√Īoans

Comme pour les autres Indiens Pueblo, les Ta√Īoans sont encore principalement d√©sign√©s en fonction de leurs pueblos ou villages. Par ordre alphab√©tique, ce sont Hano (du groupe Hopi-Tewa en Arizona), Isleta (Texas, pr√®s d'El Paso), Jemez (Walatowa), Nambe, Ohkay Owingeh (anc. San Juan de los Caballeros), Pecos (un simple vestige, les descendants de ses habitants vivant depuis 1840 √† Jemez) , Picuris, Pojoaque, Sandia, San Ildefonso, Santa Clara, Senecu (dans le Nord-Est du Chihuahua, au Mexique, au-dessous d'El Paso), Tangewi√Īge (un vestige de sous-tribu partageant avec les Keresans le pueblo de Santo Domingo ), Tigua (anc. Isleta del Sur, Nouveau-Mexique), Taos et Tesuque.

Il existe des indications selon lequelles les anc√™tres des Ta√Īoans provenaient des localit√©s, aujourd'hui ruin√©es, situ√©es au nord-ouest de leurs pueblos actuels, et qui √©taient abondantes dans le Colorado et l'Utah. De l√†, on peut tracer leur parcours, vers le sud dans le pays des canyons et des montagnes √† l'Ouest-Nord-Ouest des cha√ģnes de Taos, dans le Nord du Nouveau-Mexique. Il semble que les Towa m√©ridionaux et les Jemez aient √©t√© les premies √† migrer, peuplant le bassin et les vall√©es affluentes du Rio Grande en aval de Santa F√©, du Nord et de l'Ouest, tandis que des branches Tewa descendaient directement de la vers l'Ouest pour s'√©tendre progressivement vers l'Est et vers le Sud le long de la partie sup√©rieure de la m√™me rivi√®re jusqu'√† leurs villages actuels, ou du moins √† proximit√© de ceux-ci, sur cette rivi√®re et sur ses affluents sup√©rieurs.

Le ta√Īoan est une langue qui appartient √† l'une des deux branches de langues uto-azt√®ques parl√©es parmi les Pueblos (l'autre branche √©tant repr√©sent√©e par la langue des Hopi). Au milieu du XVIe si√®cle, les Ta√Īoans √©taient dispers√©s et divis√©s en groupes g√©ographiques distincts. Ils ont √©t√© diversement nomm√©s par leurs d√©couvreurs et conqu√©rants espagnols, mais sont consid√©r√©s comme repr√©sentatifs de seulement quatre groupes diff√©rents  : tiwa, tewa, towa et piro. Les langues auxquelles ces termes renvoient aussi sont de proches parentes.

Répartition géographique et divisions.
Malgr√© l'intrusion des tribus keresanes Cochitme et Kiwami (qui √©tait relativement r√©cente au moment de la d√©couverte), les Ta√Īoans √©taient le peuple par excellence du Rio Grande del Norte. Ils occupaient, avec de l√©g√®res interruptions, toute sa vall√©e et quelques de ses affluents p√©riph√©riques √† moins de 70 km de la fronti√®re nord du Nouveau-Mexique jusqu'√† 200 km du Mexique, soit une √©tendue de pays d'au moins 380 km de long sur une largeur variable de quelques kilom√®tres √† pr√®s de 160 km.

Les Tewa.
Aujourd'hui, les Tewa occupent des villages dans la r√©gion autour du confluent des Rio Grande et Rio Chama (o√Ļ se trouve le pueblo d'Ohkay Owingeh), au Nord de Santa F√©. D'autres Tewa (les Tewa m√©ridionaux ou Ta√Īo), dont la langue semble aujourd'hui √©teinte, ont v√©cu dans le territoire actuel de la ville de Santa F√© et ses environs.

‚ÄĘ Les Tewa septentrionaux ont, comme principale localit√©, le village de Ohkay Owingeh (Jyu-o-tyu te-oj-ke, anc. San Juan), situ√© sur la rive orientale du Rio Grande, √† environ 50 km au sud-ouest de Picuris, √† 60 km au nord de Santa F√©. Il avait autrefois comme voisin, de l'autre c√īt√© du Rio Grande, le village de Chamito, maintenant en ruines, et auquel Casta√Īeda donnait le nom le Tunque Yunge. C'est de l√†, probablement, que sont partis, dans la derni√®re partie du XVIIe si√®cle, les anc√™tres de la majorit√© des actuels Hopis Tewas, qui vivent aujourd'hui dans certains villages hopi de la Premi√®re Mesa. Les pueblos encore habit√©es de Santa Clara (Ka-po) et San Ildefonso (Pho-ju-o-ge), sur la rive orientale du Rio Grande, respectivement √† environ 3 et 8 km au Sud de Ohkay Owingeh, appartenaient √©galement aux Tewas septentrionaux. Les autres villages sont (ou ont √©t√©) Pojuaque (Pho-ju-a√Ī-ge), Nambe (Na-im-be) et Tesuque ou Tezuque (Te-tzo-ge), tous ces villages √©tant assez proches les uns des autres, et √† moins de 15 km √† l'Est de la vall√©e principale du Rio Grande.
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Indiens Tewa de Santa-Clara (Nouveau-Mexique)
Tewa de Ka-Po (Santa Clara). (1907).

‚ÄĘ Les Tewa m√©ridionaux ou Ta√Īo vivaient dans divers villages dans le secteur de Santa F√©,  l'actuelle capitale du Nouveau-Mexique. A l'arriv√©e des Europ√©ens, le village le plus septentrional √©tait Tzi-gu-ma, sur l'emplacement de l'actuel Ci√©nega, √† 20 km au Sud de Santa F√©. A quelques kilom√®tres au sud-est se trouvait un autre village, appel√© Kwa-ka, et renomm√©  San Marcos. √Ä environ 20 km plus au sud (√† Galisteo) se trouvait le principal pueblo des Ta√Īo, Tan-ge-wi√Ī-ge. Dans un rayon de 15 km autour du bassin de Galisteo,on trouvaient encore les petits pueblos de I-pe-re (San Lazaro) , Yam-p'ham-ba (San Cristobal), et Hi-shi (Pueblo Largo). Les habitants de ces villages ont √©t√© presque totalement extermin√©s par les Comanches et les Apaches vers la fin du XVIe si√®cle ou au d√©but du XVIIe si√®cle. Quelques fugitifs ont trouv√© refuge chez les Keres de Kewa (anc. Santo Domingo), o√Ļ vivent encore leurs descendants, conservant, comme le font leurs parents Hopi Tewa, leur langue d'origine et leur organisation. 

Les Towa.
Au XVIe siècle, les Towa se divisaient en deux branches : les Jemez, et les Pecos, ces derniers aujourd'hui éteints (ou mêlés à d'autres populations).
‚ÄĘ Les Jemez  (ou tribu Teguala) occupent maintenant le pueblo de Jemez (Wa-la to-hu-a ou Walatowa), √† 50 km √† l'ouest du Rio Grande, sur le Rio Jemez. C'√©tait la branche occidentale des Towa, qui √©tait r√©partie dans douze ou treize villages, dont le groupe principal se trouvait pr√®s des c√©l√®bres sources chaudes de San Diego. Ici se trouvaient les grandes ruines de Gwin-se-wa ou Vieux-Jemez (aux sources chaudes elles-m√™mes), de A-mox-yum Kwa, Asht-ya-la-kwa, et de quatre autres villages sur les hauteurs plus au Sud. Au-dessous de ceux-ci se trouvaient encore sept ou huit beaux villages. Leurs les ruines peuvent √™tre encore distinctement identifi√©es, depuis l'endroit o√Ļ se trouve le Jemez moderne jusqu'√† proximit√© du village keresan de Sia (Zia).
.Jemez Pueblo.
Jemez Pueblo à l'heure de la pandémie de covid-19. Les Amérindiens ont été la minorité la
plus gravement impact√©e par la maladie √† coronavirus aux Etats-Unis. Selon une √©tude 
publi√©e en 2021, le taux d'incidence du covid au sein des populations autochtones a √©t√© 2 fois 
sup√©rieur √† celui constat√© chez les Blancs; la mortalit√© a √©t√© 4 fois sup√©rieure (notamment 
à cause de la forte prévalence du diabète dans cette population). (Image Google Streetview).
‚ÄĘ Les Pecos (Pae-kwi wa-la), ou branche orientale des Towa √©taient s√©par√©s par une distance de 130 km de leurs parents occidentaux, chez qui leurs quelques descendants habitent maintenant. Ils occupaient la c√©l√®bre ruine de Pecos (Tshikwit-ye, la Cicuye de Coronado), sur le Rio Pecos, √† environ 70 km √† l'est du Rio Grande et au sud-est de Santa F√©. Ce pueblo √©tait, au moment de l'arriv√©e des Europ√©ens, le plus grand et le plus peupl√© du Nouveau-Mexique. Il est probable aussi que les ruines de Ku-wang wa-la (pueblo de las Ruedas) et de Se-yu-pa we-la, pr√®s de Fulton, dans le m√™me secteur, √©taient occup√©es par des sous-tribus de ces Pecos.
Les Tiwa.
Les Tiwa sont, proches parents les Towa, sont, eux, divisés en trois groupes, dont les villages actuels occupent à peu près aux mêmes positions que lors de leur découverte par Coronado en 1540-1542.
‚ÄĘ Les Tiwa septentrionaux vivent dans deux villages  : Taos (Te-wat-ha, le ¬ę-Braba-¬Ľ de Casta√Īeda et le ¬ę Tayberon-¬Ľ des √©crivains espagnols ult√©rieurs), situ√©s √† environ 75 km au Nord-Nord-Estd e Santa F√©, sur un affluent oriental du Rio Grande, et Picuris (Ping-'ultha ou U-la-na, les Picuris d'O√Īate, 1584-1585), √† 3 km au Sud-Ouest de Taos. 

‚ÄĘ Les Tiwa centraux, vivent dans dans la vall√©e du Rio Grande, autour des pueblos de Sandia, √† une trentaine de kilom√®tres au Nord d'Albuquerque et d'Isleta, √† une trentaine de kilom√®tres au Sud de cette m√™me ville.

‚ÄĘ Les Tiwa m√©ridionaux  correspondent aux populations d√©plac√©es lors de la r√©volte de 1680, √† Isleta del Sur (Tigua), aujourd'hui absorb√© par les faubourgs d'El Paso, au Texas, et √† Senecu del Sur (San Antonio de Senec√ļ), dans les faubourgs de Ciudad Juarez, au Mexique.

Pueblo de Taos, au Nord du Nouveau Mexique.
Le pueblo de Taos, au Nord du Nouveau Mexique.

Les Piro.
Il y a eu au moins dix ou douze √©tablissements des Piros r√©partis de part et d'autre du Rio Grande jusqu'au sud jusqu'√† San Marcial. Le plus septentrional d'entre eux (abandonn√© pour El Paso en 1680) √©tait √† Alamillo; un autre pueblo, appel√© Pil-a-bo, et peut-√™tre un troisi√®me, occupaient le site de Socorro. √Ä San Antonio se trouvait Se-ne-ku, ou Senecu, qui fut d√©truit par les Apaches en 1675. Les fugitifs s'enfuirent √† Socorro et dans le Chihuahua, pr√®s d'El Paso, o√Ļ ils s'√©tablirent avec les fugitifs d'autres villages d√©vast√©s. Le dernier village de la s√©rie, et l'exemple le plus m√©ridional des pueblos, √©taient encore occup√© au moment de la d√©couverte : il s'agissait de Tre-na-quel, √† San Marcial. Au sud des Salines et √† environ 70 km √† l'Est du Rio Grande se trouvaient, dans la vall√©e d'Abo, les villages Piro d'Abo et Ten Abo (El Pueblo de Los Siete Arroyos), et pr√®s de la Mesa de los Jumanos, Tabira (Gran Quivira). Tous ces villages piro, et trois ou quatre autres dans leurs environs imm√©diats, ont √©t√© d√©truits par les Apaches, entre 1670 et 1680. Leurs habitants s'√©chapp√®rent pour s'installer √† Senecu del Sur et √† Isleta del Sur.

Traits culturels principaux.
Les Ta√Īoans √©taient partout les pionniers du pays et des populations Pueblo. Au Nord et √† l'Est, ils √©taient contigus aux Grandes plaines, et voisins des Utes, des Pawnees, des Comanches, des Apache et d'autres tribus nomades ou chasseuses de bisons. Ils √©taient avec eux constamment, soit en guerre, soit en termes d'amiti√© tr√®s pr√©caire au cours de tr√™ves commerciales fr√©quentes mais br√®ves. Ainsi, les Ta√Īoans sont devenus plus belliqueux, et plus grands voyageurs, commer√ßants et chasseurs, que tous les autres Pueblos. 

Leur bellicisme rendait aussi difficiles leurs relations avec les Pueblos eux-m√™mes, mais les rendait pr√©√©minents et leur assurait le commandement, en cas de conf√©d√©ration g√©n√©rale ou de soul√®vement des Pueblos. Les Ta√Īoans du Rio Grande ou d'Isleta (Tiguex) ont √©t√© les premiers √† s'opposer aux Espagnols, assassinant les premiers missionnaires franciscains au Nouveau-Mexique. Comme on l'a dit plus haut, c'est un chef-sorcier des Ta√Īoans, le c√©l√®bre Pop√©, originaire d'Ohkay Owingeh, qui a incit√©, planifi√© et largement dirig√© la terrible r√©bellion des Pueblos de 1680-1696, qui a failli entra√ģner la chute du pouvoir espagnol au nord du Mexique. Pourtant, la situation g√©ographique tr√®s expos√©e des Ta√Īoans a conduit √† l'extermination rapide de groupes entiers de leurs pueblos par les tribus les plus turbulentes peu apr√®s l'introduction des chevaux et des armes √† feu par les Espagnols, qui, en changeant la nature de la guerre indienne, ont rendu inad√©quate la m√©thode d√©fensive des Pueblos.

Apparence physique. Costume.
Leur mariages pendant des g√©n√©rations avec leurs voisins du Nord, en particulier avec les Utes et les Comanches, ont eu une influence marqu√©e sur leur apparence physique. Les Ta√Īoans typiques (du Nord en particulier) sont grands, larges d'√©paules, souples, mais aux membres forts, ressemblant aux Indiens des Plaines √† ces √©gards et √† bien d'autres, encore plus qu'aux autres Indiens Pueblos. Les femmes sont plus petites que les hommes, mais plus grandes que la moyenne des femmes pueblos et moins rondes en r√®gle g√©n√©rale. 

Leur costume traditionnel, en revanche, est sensiblement le m√™me que celui des autres Pueblos. Les robes des femmes, bien que plus orn√©es, sont beaucoup plus courtes. Les hommes portent leurs cheveux comme le font les Indiens des Plaines du Nord, longs et tress√©s sur les c√īt√©s (avec de la fourrure ou des √©toffes de couleurs vives entrelac√©es), au lieu de les r√©unir √† l'arri√®re en queue de cheval, comme le font les Keresans, par exemple. Ils portent √©galement de longues jambi√®res de peau de daim √† la place des pantalons courts et larges ou des bas longs tricot√©s des autres Pueblos, et pendant longtemps les tenues en peau de f√©lin et de bison ont largement remplac√© les tissus ray√©es ou figur√©es, caract√©ristiques de tous les autres Pueblos.

Modes de vie.
La large distribution des Ta√Īoans √©tait le r√©sultat de leur ancienne vie errante. Ils formaient de petites mais nombreuses communaut√©s et le style compact √† plusieurs √©tages (jusqu'√† six √† Taos) et en terrasses abruptes de leurs pueblos √©tant dus √† leurs guerres constantes et √† leurs besoins d√©fensifs. 

En fournissant √† tous les pueblos les produits de la chasse au bison, les Ta√Īoans formaient de petits groupes de commer√ßants, qui p√©n√©traient parfois jusqu'au Sud et √† l'Ouest jusqu'au pays pima de l'Arizona et du Nord du Mexique. Leurs descendants sont rest√©s les plus grands voyageurs et les commer√ßants parmi les Pueblos. Comme ils √©taient en mesure d'obtenir ainsi tous les produits artisanaux pueblos, ils d√©pendaient plus que les autres Pueblos √† la fois du troc et de la chasse. Ils travaillaient la terre moins intensivement et recouraient rarement √† l'irrigation.

Leur propension √† se s√©parer (en bandes plus ou moins nombreuses) de leurs propres communaut√©s et √† rejoindre celles d'autres souches est fortement caract√©ristique des Ta√Īoans. Ceux-ci sont pourtant rest√©s remarquablement attach√©s √† leur langue, leur organisation et √† leurs coutumes.

Chez les Ta√Īoans, la division de chaque tribu en deux corps principaux - les groupes claniques d'hiver et d'√©t√© - √©tait plus marqu√©e que chez les autres Pueblos, entra√ģnant parfois des divisions doubles (c'est-√†-dire Nord et Sud) de leurs villages, comme on peut le voir encore aujourd'hui √† Taos, et l'existence d'au moins deux kivas dans chaque pueblo. Au sein de ces groupes, cependant, se produisaient les subdivisions sept√©naires habituelles et le syst√®me de clans, ainsi que les totems de leurs tribus, n'√©tait pas moins analogue √† ceux des autres Pueblos. 

La mythologie des Ta√Īoans, bien que pueblo en principe, est tr√®s composite dans sa composition, leurs contes folkloriques √©tant d√©riv√©s de ceux de tous les nombreux peuples avec lesquels ils ont √©t√© en relation, ou ou modifi√©s par l'apport de ces peuples. Leurs danses rituelles relevait plus manifestement de la dramaturgie animale que celui des pueblos Zu√Īi, et leurs jeux sacr√©s ou sociaux √©taient plus athl√©tiques que ceux des autres Pueblos.

Les Keresans ( K'eres)

Les Keresans (ou K'eres, leur nom aborigène) sont une population dont la langue constitue un isolat. Ils se divisent en deux groupes, correspondant à deux dialectes distincts. Les Keresan orientaux, aussi appelées Sitsime ou Kawaiko, vivent, sur les rives du rio Grande au Nord Albuquerque, dans les pueblos de San Felipe, Santa Ana, Sia (Zia), Cochiti et Santo Domingo (auj. Kewa). Les Keresan occidentaux, ou Queres, vivent, à l'Ouest d'Albuquerque, dans les pueblos d'Acoma de Laguna et dans quelques petits hameaux alentour.
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Femmes broyant du maÔs ŗ Laguna Pueblo.
Femmes broyant du ma√Įs √† Laguna Pueblo (1910).

Selon les traditions des Indiens Keresans ceux-ci, venus du Nord, ont lentement migr√© vers le sud jusqu'au Rio Grande, s'installant dans le secteur de Tyuonyi (sur le Rito de los Frijoles, un affluent occidental du Rio Grande), o√Ļ ils  construisirent les habitations troglodytiques, creus√©es dans le tuf volcanique friable, dont les ruines subsitent encore. Bien avant l'arriv√©e des Espagnols, ils avaient abandonn√© le Rito de los Frijoles et, se d√©pla√ßant encore plus au Sud, s'√©taient s√©par√©s en un certain nombre de communaut√©s villageoises autonomes. 

Selon Coronado, qui visita la province ¬ę Quirix ¬Ľ en 1540, ces Indiens occupaient 7 pueblos; 40 ans plus tard, Espejo en a trouv√© 5 ; tandis qu'en 1630 Benavides estimait le nombre de Keresans √† 4 000 personnes, r√©parties dans 7 villages s'√©tendant sur une quarantaine de kilom√®tres le long du Rio Grande.

Les Zu√Īi

Comme la langue des Keresans, celle des Zu√Īi est un isolat qui r√©siste aux rapprochements avec les grandes familles linguistiques d'Am√©rique du Nord.  Ils ont √©t√© connus des Europ√©ens  d√®s l'exp√©dition de Marcos de Niza en 1539, et nomm√© par lui les habitants de Cibola ou Civola. Un terme qui semble une corruption de Shi'-wi-na ou Shi'wo-na, le nom que les Zu√Īi donnaient alors au pays qu'ils habitaient. D√®s 1583, cependant, ces Indiens sont appel√©s par Antonio de Espejo le peuple de la ¬ę province de Zu√Īi, et par les Espagnols appel√©s Cibola ¬Ľ. Ce nom tribal de Zu√Īi aurait √©t√© d√©riv√© du keresan Sun'yi-ga ou Su'inyi, signifiant ¬ę peuple aux ongles longs ¬Ľ , et faisant apparemment r√©f√©rence √† une coutume des gu√©risseurs indig√®nes.

Les Zu√Īi vivent dans le centre-ouest du Nouveau-Mexique. Les sept villages d'origine du Zu√Īi - les ¬ę Sept cit√©s de Cibola ¬Ľ, dont la l√©gende recoupe celle de la myst√©rieuse √ģle d'Antilia - et les terres plus ou moins cultiv√©es qui les entouraient occupaient toute la vall√©e du rio Zu√Īi (5 √† 15 km de largeur), de la limite orientale de l'Arizona au Canyon du Zu√Īi, √† pr√®s de 50 km √† l'Est-Nord-Est de cette fronti√®re. Ce territoire et la vall√©e confluente d'Ojos Calientes √©taient la demeure des Zu√Īis pr√®s de quatre si√®cles avant l'arriv√©e des Europ√©ens. Les villages, d√©j√† abandonn√©s √† l'arriv√©e de ces derniers, plus √† l'Est, au-del√† d'Ojo Pescado dans la vall√©e sup√©rieure du Rio Zu√Īi et de ses affluents du Sud, √©taient propablement encore occup√©s moins d'un si√®cle plus t√īt par une division des Zu√Īi appel√©e A't√Ę-akwe, le Peuple du ma√Įs.

A l'√©poque de l'arriv√©e des Europ√©ens (1540), les Sept Cit√©s comptaient une population estim√©e √† 4000 habitants. La population Zu√Īi serait tomb√©e √† 2500 personnes √† l'√©poque de la r√©volte de 1680, √©tait estim√©e √† 1600 √† la fin du XIXe si√®cle. Les Zu√Īi seraient aujourd'hui au nombre de 7000.

Tribus et pueblos. 
A l'√©poque des explorations espagnoles, au XVIe si√®cle, les Zu√Īi √©taient divis√©s en sept communaut√©s tribales, occupant autant de pueblos distincts. Cette derni√®re circonstance fit na√ģtre la l√©gende des ¬ę Sept cit√©s de Cibola ¬Ľ, et, combin√©e √† la pr√©√©minence des Zu√Īi √† d'autres √©gards, en fit de bonne heure la plus connue et la plus respect√©e de toutes les tribus de la r√©gion aride. Ils √©taient consid√©r√©s par presque toutes les tribus, du Nord de l'Arizona et du Nouveau-Mexique jusqu'au Mexique. comme les chefs de file des arts, du gouvernement et surtout de la magie - comme les ¬ę-P√®res des Pueblos ¬Ľ.

Les Zu√Īi ont conserv√© cette disposition sept√©naire dans le plan de leur pueblo central ou permanent de Zu√Īi. Ce village, avec ses bungalows pr√©fabriqu√©s semblables √† ceux qu'on peut voir un peu partout dans les r√©serves indiennes des Etats-Unis, et o√Ļ ne subsistent qu'une poign√©e de constructions aux murs en terre s√®che, a aujourd'hui largement perdu son caract√®re traditionnel. Mais il √©tait, jusqu'√† une √©poque relativement r√©cente, en apparence une masse de maisons entass√©es √† une seule terrasse, et en r√©alit√© se trouvait divis√© en sept portions ou blocs distincts par les cours et les ruelles. Ces divisions correspondaient √† la fois dans la distribution et dans la nomenclature indig√®ne aux subdivisions originales du pueblo, et chacune (√† l'exception de la septi√®me division ou division moyenne) avait sa propre kiva.

Les habitants de Zu√Īi occupaient aussi temporairement trois autres villages, appel√©s pueblos d'√©t√© ou pueblos agricoles. Il s'agissait de T√Ęiakwin ( = le ¬ę-lieu de plantation-¬Ľ), K'ia'pkwainakwin (= le ¬ę-lieu des eaux chaudes courantes-¬Ľ) et He-sho-ta-tsi'na-kwin ( = la ¬ę-ville b√Ętie des inscriptions-¬Ľ, ainsi nomm√©e des p√©troglyphes sur les murs des maisons les plus anciennes). A T√Ęiakwin, les clans appartenant au Nord et √† l'Ouest avaient leurs quartiers ensemble. Les clans du ceux du Sud et de l'Est √©taient h√©berg√©s √† K'ia'pkwainakwin; tandis qu'√† He-sho-ta tsi-na, √©taient plac√©s ceux qui appartiennent aux r√©gions sup√©rieure et inf√©rieure. Les ma√ģtres de maison, bien que repr√©sent√©s par des subordonn√©s dans ces lieux √©loign√©s, √©taient cens√©s ne pas quitter le pueblo principal, m√™me pendant l'√©t√©. Pendant la saison froide, tout le peuple revenait des villages agricoles et se rassemblait autour d'eux.

Aspects de la vie coutumi√®re. 
Les Zu√Īi ont attir√© l'attention des ethnologues, √† commencer par Cushing qui a s√©journ√© chez eux entre 1879 et 1884, par leur religiosit√© extr√™me, par leur tr√®s fort attachement aux traditions mythologiques, qui s'exprime dans leur culture traditionnele √† la fois dans leur po√©sie et dans l'importance qu'ils accordent √† leurs cultes et √† leurs diverses c√©r√©monies religieuses, dont l'emprise d√©borde largement sur la vie quotidienne, m√™me dans ses aspects les plus intimes.

Jusqu'√† l'introduction d'articles d'origine europ√©enne dans la seconde moiti√© du XIXe si√®cle, le v√™tement des Zu√Īi est similaire √† au costume traditionnel des autres Pueblo . Les hommes, en particulier, portaient les pantalettes typiques des Pueblo et des chemises unies assez ajust√©es, ouvertes sous les aisselles, toutes en coton, tiss√© localement ou achet√© aux Blancs, ainsi que des bandanas en soie rouge ou noire.
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Danse de la pluie √† Zu√Īi Pueblo (vers 1900).

Histoire.
Selon un tradition que les √©tudes arch√©ologiques tendent √† confirmer, les Zu√Īi occupaient en des temps lointains la r√©gion du Rio Colorado, et, √† une √©poque encore plus recul√©e, ils √©taient descendus dans cette grande vall√©e par le Nord-Ouest et l'Ouest.

Encore selon les r√©cits traditionnels, les anc√™tres des Zu√Īi actuels ont progressivement p√©n√©tr√© dans la vall√©e du Rio Zu√Īi. Une partie d'entre eux s'est √©loign√©e jusqu'au territoire pr√©historique des Ta√Īoans, pour revenir longtemps apr√®s. Cette composante, impr√©gn√©s de coutumes √©trang√®res fut longtemps tenue √† l'√©cart du corps central de la population, et fut rel√©gu√©e dans le village d'√©t√© de T√Ęiakwin ou dans celui de Las Nutrias, au Nord et √† l'Est de Zu√Īi. 

Une autre division de la tribu a construit la longue s√©rie de villages, dont il reste de belles ruines de pierre, commen√ßant dans l'Est de l'Arizona, s'√©tendant √† travers les vall√©es au Sud du Rio Zu√Īi au New Mexique, et s'√©tendant vers  l'Est jusqu'au double pueblo b√Ęti sur le rocher d'El Morro. Les vestiges de leurs r√©servoirs pav√©s, de eurs travaux de labourage et d'irrigation, et le caract√®re sup√©rieur de leurs oeuvres d'art, justifient bien leur nom de Peuple du Ma√Įs ou Peuple des Grandes R√©coltes. 

Pendant longtemps, le Peuple du ma√Įs a v√©cu pacifiquement √† l'√©cart des habitants de Zu√Īi. Il les a rejoints seulement√† l'occasion d'une guerre men√©e contre une s√©rie de tribus keresanes √† Ma-k'y'a-ta, ou Ma'k'yanawan. Ce dernier pueblo correspondait √† la ¬ę Province de Marata ¬Ľ dont parle Marcos de Niza, qui nous fait savoir que cette guerre √©tait r√©cente et l'assujettissement des Keres de Salinas et √† leur absorption par les tribus du Ma√Įs et Zu√Īi proprement dite. C'est de cette √©volution qu'aurait r√©sult√© la r√©union en un seul ensemble politique ce qu'on a appel√©  les ¬ę Sept Cit√©s ¬Ľ.

Au printemps 1539, Estevan, le compagnon de Marcos de Niza, d√©couvrit pour la premi√®re fois K'ia'kime, le plus oriental des sept villages zu√Īi, au pied de T√Ęaiyalane ou Montagne du Tonnerre. Les habitants de ce village l'ont tu√©, et le moine qui le suivait n'a d√Ľ sa survie qu'√† la fuite. Il atteignit cependant sain et sauf les villages voisins, et nous a laiss√©, le premier et le plus pr√©cis r√©cit concernant les Zu√Īis jamais √©crit jusqu'aux √©tudes men√©s par Cushing √† la fin du XIXe si√®cle. En 1540, Coronado suivit avec son arm√©e et attaqua Hawikuh, dont la plus grande partie de la population, avec celle des villages voisins, r√©ussit toutefois √† s'enfuir pour se r√©fugier au sommet de leur forteresse commune, T√Ęaiyalane. Les Zu√Īi furent cependant soumis  peu apr√®s. Entre 1542 et 1580, Kwakina, le plus occidental des sept pueblos, fut abandonn√©. Entre 1598 et 1680 Hampassawan et K'ia'nawe ont √©galement √©t√© pratiquement d√©sert√©s sous la pression des raids des Apaches et des Navajos. Hawikuh a √©t√© d√©finitivement abandonn√© en 1672 pour la m√™me raison.

Pendant ce temps, les franciscains avaient √©tabli des missions dans cinq (peut-√™tre six) des villages, mais les Zu√Īis isol√©s √©taient r√©sist√®rent √† cette pression religieuse et, en 1630, ils tu√®rent deux missionnaires avant de s'enfuir √† nouveau dans leur citadelle de la Montagne du Tonnerre.  Au d√©but de la grande r√©bellion Pueblo de 1680-1692, les Zu√Īis occupaient les trois villages de Ha'lona, Ma'tsaki et Ki'akime, mais ce soul√®vement les poussa √† chercher un nouvelle fois leur refuge dans la montagne. Ils reconstruisirent leur citadelle sextuple, ajoutant un septi√®me groupe de b√Ętiments pour les fugitifs keresans d'Acoma, et rest√®rent l√† jusqu'apr√®s la paix de Vargas. Quand ils redescendirent, ils occup√®rent de nouveau les trois derniers villages mentionn√©s.

En 1704, les Zu√Īi ayant tu√© trois soldats espagnols se sont retir√©s pour la troisi√®me fois sur leur rocher. C'est quand ils en redescendirent qu'il occup√®rent d√©finitivement  l'actuel village de Zu√Īi. N√©anmoins, pour √©chapper aux ing√©rences des Espagnols, autant que pour pouvoir c√©l√©brer en paix leurs anciens cultes, ils construisirent dans les hautes mesas ( = plateaux tabulaires) au Nord de  Zu√Īi encore sept autres villages appel√©es les villages appel√©s "P√™che" ou "So'noli" (les p√™chers avaient √©t√© introduits depuis le Sonora au d√©but du XVIIIe si√®cle) : la plantation de p√™chers et l'entretien de leurs vergers leur furent un bon pr√©texte pour habiter le plus possible √† l'√©cart des Espagnols.

Les Zu√Īi se sont joints aux Am√©ricains lors de la guerre avec le Mexique, et plus tard sous le g√©n√©ral Kearny et ses successeurs, ils ont particip√© √† la guerre contre les Navajos, mais apr√®s cela, ils sont retourn√©s dans leurs trois villages et ont continu√© √† s'occuper de leurs moutons et de leur b√©tail et √† cultiver leurs champs de ma√Įs et leurs parcelles de bl√© irrigu√©es, indiff√©rents au monde ext√©rieur, comme c'√©tait leur habitude depuis des si√®cles. 

Les Hopi

La langue des Hopi (= les "Pacifiques", en langue hopi) appartient au groupe septentrional des langues uto-azt√®ques, qui comprend aussi les langues numiques (shoshone, comanche, pa√Įute, ute, etc.). Elle conserve de nombreuses formes archa√Įques et son vocabulaire contient de nombreux mots d√©riv√©es du tewa, du zu√Īi, du keresan, du pima, du ute, du navajo et de l'apache; comme dans beaucoup d'autres tribus du Sud-Ouest, certains mots sont aussi d√©riv√©s de l'espagnol.

Les Hopi  occupent sept villages sur trois hauts plateaux (mesas) du Nord de l'Arizona. Leur actuelle r√©serve est enclav√©e dans la grande r√©serve Navajo qui occupe tout le Nord-Est de cet Etat. Leur population s'√©l√®ve √† environ 6000 personnes.
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Carte du pays Hopi en 1890.
-Ancienne carte du Pays hopi (1890, par J. W. Fewkes). (Note : Moqui = Hopi).
Costume.
Les vêtements des hommes se composent d'une chemise en calicot et d'un pantalon court, d'une culotte, de mocassins et de bandeaux pour les cheveux. Des bracelets, des colliers de coquillages, de turquoise ou d'argent et des boucles d'oreilles sont couramment portés.Quelques hommes s'habillent en femmes et effectuent des travaux de femmes.

Les femmes portent une couverture de laine bleu fonc√© de tissage indig√®ne, nou√©e avec une ceinture brod√©e, et une manta ou un ch√Ęle en calicot sur une √©paule; leurs mocassins, qui ne sont port√©s qu'occasionnellement, sont en cuir de boeuf et de daim, comme ceux des hommes, auxquels sont attach√©s des jambi√®res de la m√™me mati√®re, mais souvent remplac√©es par de la peau de mouton. Les pendants d'oreilles des femmes et des filles sont constitu√©s de petits disques de bois, orn√©s de mosa√Įque turquoise sur un c√īt√©. 

Les enfants courent généralement nus, et les vieillards, en travaillant aux champs ou en participant à des cérémonies, se dépouillent de tout habillement, à l'exception du pagne.

Les cheveux des hommes sont commun√©ment ¬ę plaqu√©s ¬Ľ devant ou coup√©s en ¬ę-terrasses ¬Ľ; les longs cheveux derri√®re sont rassembl√©s en une sorte de courte queue de cheval et attach√©s √† la nuque. Les matrones portent leurs cheveux en deux bobines qui pendent devant. A la pubert√©, les filles coiffent leurs cheveux en verticilles sur les c√īt√©s de la t√™te, √† l'imitation de la fleur de courge, symbole de fertilit√©. 

Agriculture, élevage, chasse.
Le ma√Įs √©tant la base de leur subsistance, l'agriculture est la principale industrie des Hopi.  Peut-√™tre qu'un tiers de la r√©colte annuelle est pr√©serv√© en cas d'√©chec futur d√Ľ √† la s√©cheresse ou √† d'autres causes. Il y a aussi des vergers de p√™chers , des cultures de haricots, de melons, de courges, de citrouilles, d'oignons, de chili, de tournesols, etc. Le coton, le bl√© et le tabac sont √©galement cultiv√©s en petites quantit√©s, mais dans les premiers temps, le coton indig√®ne √©tait largement cultiv√©. Dans les ann√©es de s√©cheresse, les plantes du d√©sert, qui ont toujours √©t√© utilis√©es dans une certaine mesure pour l'alimentation, constituent une partie importante de l'alimentation.

A la fin du XIXe si√®cle, les Hopi ont commenc√© l'√©levage de moutons et de ch√®vres. Les troupeaux, acquis √† l'origine des Espagnols, fournissent laine et peaux. Ils poss√®dent √©galement des vachesn des chevaux, des √Ęnes et des mulets. Les chiens, les poulets, les porcs et les dindes sont leurs seuls autres animaux domestiques. Tous les petits animaux du d√©sert sont mang√©s; autrefois, les antilopes, les √©lans et les cerfs √©taient captur√©s en √©tant conduits dans des pi√®ges ou des corrals. Les chasses communales au lapin √©taient courantes, les animaux √©tant tu√©s avec des massues en bois en forme de boomerangs. Les chiens de prairie √©taient noy√©s hors de leurs terriers, les coyotes √©tainet pris dans des pi√®ges faits de pierres et les petits oiseaux √©taient captur√©s dans des collets.
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Femmes Hopi.
Femmes Hopi vers 1900.

Arts et techniques.
Les maisons des Hopi sont construites en pierre sertie de mortier. L'artisanat est développé et de qualité.

Les Hopi pratiquent le tissage, la teinture et la broderie de couvertures, etc. Leur travail textile r√©v√®le une grande vari√©t√© de tissages. La couverture bleu fonc√© de la femme Hopi est un article de commerce important parmi les Pueblos, et leurs couvertures de c√©r√©monie brod√©es, leurs ceintures et leurs kilts en coton se vendent facilement parmi les tribus voisines. Le tissage de la vannerie s'est perp√©tu√© plus durablement dans les villages de la Deuxi√®me mesa et √† Oraibi. 

Les Hopi sont surtout habiles dans la fabrication de masques et autres accessoires religieux à partir de peaux, et excellent dans la sculpture et la peinture de poupées, représentant des kachinas, qui sont ornées de plumes et de tissus brillants. Ils fabriquent également des jouets mécaniques, qui sont exposés à l'occasion certains de leurs divertissements dramatiques, qui n'ont pas d'égal en Amérique du Nord.

Ajoutons que leurs chants et leurs prières, dont certaines en langues étrangères, comme le Keresan et le Tewa, sont parfois très beaux.

Organisation sociale.
Les Hopi sont divis√© en douze phratries, compos√©es de nombreux clans repr√©sent√©s dans chaque village, dont chacun conserve ses l√©gendes et ses c√©r√©monies distincts. De ces organisations claniques sont n√©es des fraternit√©s religieuses dont les chefs sont encore membres du clan dominant dans chaque phratrie. L'importance relative des clans varie selon les villages; il peut arriver qu'ici certains clans aient compl√®tement disparu, alors que l√†, les m√™mes clans sont tr√®s puissants. 

Gouvernement.
L'organe directeur des Hopi est un conseil des anciens des clans h√©r√©ditaires et des chefs des fraternit√©s religieuses. Parmi ces fonctionnaires, il est reconnu un chef orateur et un chef de guerre, mais il n'y a jamais eu de chef supr√™me de tous les Hopi. Suivant l'ancienne coutume, diverses activit√©s sont inh√©rentes √† certains clans; par exemple, un clan contr√īle la soci√©t√© guerri√®re, tandis qu'un autre observe le soleil et d√©termine le calendrier. Chaque pueblo a un chef de village h√©r√©ditaire, qui dirige certains travaux collectifs n√©cessaires, tels que l'entretien des sources, etc. 
Le meurtre est inconnu, le vol est rare et le mensonge est universellement condamné. Il semble n'y avoir aucune punition pour le crime, sauf la sorcellerie, à laquelle, selon la loi Hopi, toutes les transgressions peuvent être ramenées. Il existe des traditions d'emprisonnement et de disparition mystérieuse de ceux accusés de sorcellerie dans le passé.

Religion, croyances.
Les Hopi sont avant tout un peuple religieux, une grande partie de leur temps, surtout en hiver, √©tant consacr√©e aux c√©r√©monies de pluie et de croissance des cultures. 
Ils croient en la sorcellerie et en diverses forme de divination (pr√©sages). Ils reconnaissent un grand nombre d'√™tres surnaturels. Ils poss√®dent par ailleurs une mythologie et un folklore riches, h√©rit√©s d'un pass√© lointain. 

Le rituel Hopi est extraordinairement complexe et occupe beaucoup de temps. Leurs c√©r√©monies sont d'une nature √©labor√©e; parmi elles la fameuse ¬ę-danse du serpent-¬Ľ, au cours de laquelle les interpr√®tes portent des serpents √† sonnettes vivants √† leur bouche. Les esprits nomm√©s kachinas (le mot est hopi, mais est utilis√© aussi par la plupart des autres Pueblos) sont √©galement c√©l√©br√©s par des danses. Des figurations de ces m√™mes kachinas sous forme de ¬ę-poup√©es-¬Ľ b√©n√©ficient d'une v√©n√©ration particuli√®re.

Bien que leur religion ait fortement √©t√© modifi√©e par l'adoption du mode vie s√©dentaire reposant sur l'agriculture, elle conserve certaines caract√©ristiques archa√Įques : elle consistait √† l'origine en un culte des anc√™tres, englobant le culte des  puissances de la nature (ciel, soleil, lune, feu), auxquelles se sont ajout√©es des puissances plus propres aux religions des soci√©t√©s d'agriculteurs (pluie et terre). 

Mythologie.
La mythologie des Hopi est po√©tique et tr√®s imaginative. Elle repose sur un polyth√©isme largement teint√© de culte des anc√™tres et impr√©gn√© de f√©tichisme. Leurs plus grands dieux sont des puissances de la nature divinis√©es, comme la M√®re Terre et le P√®re Ciel. D'eux pro√®cx√®dent les humains et les animaux, √©troitement li√©es. 

Selon les r√©cits cosmogoniques des Hopis, la terre a toujours exist√©. L'esp√®ce humaine n'a pas √©t√© cr√©√©e, mais g√©n√©r√©e √† partir de la terre, d'o√Ļ l'humain a √©merg√© par une ouverture appel√©e le sipapu, d√©sormais caract√©ris√©e par le Grand Canyon. Les morts sont cens√©s retourner dans le monde souterrain. 

Le Père Ciel et la Mère Terre ont de nombreux noms et sont personnifiés de plusieurs manières; la Mère Terre est représentés par une araignée; le Père Ciel par un oiseau, un faucon ou un aigle. Des noms tels que dieu du feu, dieu germe et autres sont des désignations attributaires des grands pouvoirs masculins de la nature, ou de son principe germinatif masculin.

Tous les êtres surnaturels sont censés avoir une influence sur la pluie et par conséquent sur la croissance des cultures. Chaque clan possède un culte ancestral fort, deux ancêtres tutélaires, l'un masculin et l'autre féminin qui y occupent une pace prééminente.

Le grand serpent √† cornes ou √† plumes, une forme de dieu du ciel, d√©riv√© du Sud, et introduit par les clans du Sud  est important dans les c√©r√©monies du soleil.

Les kachinas.
Le nombre de personnages surnaturels subordonnés est presque illimité. Ceux-ci sont connus sous le nom de kachinas, un terme faisant référence au pouvoir magique, bon ou mauvais, inhérent à chaque objet naturel. Beaucoup de ces kachinas sont des personnifications d'ancêtres claniques, d'autres sont simplement des êtres de parenté inconnue mais dotés de pouvoirs magiques. Chaque kachina possède des caractéristiques individuelles et est représentée dans au moins six couleurs symboliques différentes.

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Poupťes kachinas.
Poupées kachinas. Ces représentations d'esprits ou de divinités jouent
un r√īle important dans de nombreuses c√©r√©monies religieuses des Hopi.

L'espace et le temps sacrés.
Les quartiers du monde, ou six points cardinaux, jouent un r√īle important dans la mythologie et le rituel Hopi. Les f√©tiches, les amulettes, les charmes et les mascottes sont couramment utilis√©s pour assurer la chance dans les occupations quotidiennes, ainsi que pour la sant√© et le succ√®s dans la chasse, les courses, les jeux et les performances la√Įques. Le calendrier c√©r√©moniel Hopi consiste en un certain nombre de f√™tes mensuelles, g√©n√©ralement d'une dur√©e de 9 jours, dont les 8 premiers sont consacr√©s √† des rites secrets dans des kivas ou dans des salles r√©serv√©es √† cet effet, le dernier jour √©tant g√©n√©ralement consacr√© √† une spectaculaire c√©r√©monie publique ou ¬ę danse ¬Ľ.

L'ann√©e c√©r√©monielle est divis√©e en deux parties, chaque grande c√©r√©monie ayant une repr√©sentation majeure et une repr√©sentation mineure ayant lieu √† environ 6 mois d'intervalle. Tous les 4 ans, lors de l'initiation, la plupart des c√©r√©monies sont c√©l√©br√©es in extenso. Les danses dites du serpent et de la fl√Ľte sont ex√©cut√©es tous les deux ans dans tous les pueblos, √† l'exception de Sichomovi et de Hano. Les c√©r√©monies sont √©galement divis√©es en celles avec des participants masqu√©s et celles avec des participants non masqu√©s, les premi√®res, appel√©es kachinas, s'√©tendant de janvier √† juillet, les derni√®res ayant lieu les mois restants de l'ann√©e. 

Les fraternités religieuses.
Toute grande f√™te se d√©roule sous les auspices d'une ou de plusieurs fraternit√©s ou confr√©ries religieuses particuli√®res, et est pr√©lud√©e, sur une dur√©e d'une vingtaine de jours, par des manifestations mineures. 

Parmi les fraternit√©s religieuses les plus importantes figurent celles du Serpent, de l'Antilope, de la Fl√Ľte, du  Soleil, ainsi que les fraternit√©s dites Lalakontu, Owakultu, Mamzrautu, Kachina, Tataukyamu, Wuwuchimtu, Aaltu, Kwakwautu et Kalektaka.

Lors des fêtes, le chef de chaque fraternité porte un insigne propre à celle-ci et dirige à la fois les cultes secrets et les cultes publics de la cérémonie. Les fétiches et les idoles utilisés dans les rites sacrés appartiennent au sacerdoce et sont disposés par son chef dans des autels temporaires, devant lesquels sont réalisées des peintures sèches.

Il existe √©galement d'autres dignit√©s religieuses, comme le Yaya et le Poshwympkia, dont les fonctions sont principalement celles de m√©decins ou de gu√©risseurs. Plusieurs pr√™tres anciens, connus sous les noms de Koyimsi, Paiakyamu et Chukuwympkia, interviennent comme des clowns ou des faiseurs d'amusement pendant les danses sacr√©es des Kachinas. 
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Kiva de la fraternitť du Serpent.
Prêtre pénétrant dans la kiva de la fraternité du Serpent, à Oraibi.

La famille.
Les Hopi sont monogames et, en r√®gle g√©n√©rale, fid√®les dans leurs relations conjugales. Ils ont des coutumes de mariage particuli√®res et des rites √©labor√©s dans lesquels les enfants sont d√©di√©s au soleil. Les enfants sont respectueux et ob√©issants √† leurs a√ģn√©s et ne sont jamais fouett√©s, sauf lors de leur initiation rituelle en tant que kachinas. D√®s leur plus jeune √Ęge, on leur enseigne le travail et la n√©cessit√© de mener une vie droite.

Les corps des morts sont cousus dans des couvertures et d√©pos√©s avec des offrandes de nourriture parmi les rochers des mesas. 

Les Hopi après l'arrivée des Espagnols.
Les explorations du XVIe siècle.
Le premier contact des Hopi avec les Europ√©ens date de l'exp√©dition de Coronado en 1540. Celui-ci, alors √† Zu√Īi, envoya deux des membres de son exp√©dition Pedro Tobar et Juan de Padilla, visiter les villages dont les Zu√Īi avait fait mention dans la province de Tusayan ( = le Pays hopi). L'accueil fut d'abord hostile, mais les deux envoy√©s purent cependant s√©journer quelques jours chez les Hopi, qui leur apprirent l'existence du Grand Canyon (reconnu la m√™me ann√©e par Garcia lopez de Cardenas). Les noms des pueblos de Tusayan n'ont pas √©t√© consign√©s par les chroniqueurs de l'exp√©dition, de sorte qu'√† l'exception d'Oraibi, Shongopovi, Mishongnovi, Walpi et Awatobi, on ne sait pas avec certitude quels villages √©taient habit√©s √† cette √©poque. En omettant Awatobi, qui a √©t√© d√©truit en 1700, et peut-√™tre Oraibi, aucun de ces villages n'occupe maintenant son site du XVIe si√®cle.

Francisco Sanchez Chamuscado, qui visita Zu√Īi en 1581 et parle du pays Hopi mais ne put s'y rendre √† cause de la neige. Deux ans plus tard, la province sera visit√©e par Antonio de Espejo. Celui-ci mentionne cinq grands villages, mais ne donne le nom que de l'un d'eux, Aguato ( = Awatobi), sur Antelope Mesa. C'est ensuite au tour de Juan de O√Īate, gouverneur et colonisateur du Nouveau-Mexique, d'explorer le Pays hopi qu'il appelle le Mohoqui (Moki ou Moqui est le nom par lequels les Hopi ont longtemps √©t√© connus; c'est une appellation de signification inconnue et qui pourrait d√©river d'un mot keresan). Les cinq villages √† cette √©poque, pour autant qu'il soit possible de les d√©terminer, √©taient Aguato  ( = Awatobi), Gasp√© ou Gualp√© ( = Walpi), Comupavi ou Xumupami ( = Shongopovi), Majanani ( = Mishongnovi), et Olalla ou Naybi ( = Oraibi).

Les missions.
La premi√®re tentative d'installation de missions chr√©tiennes en Pays hopi date de 1629. Quatre missionnaires escort√©s de douze soldats √©tablirent une premi√®re mission √† Awatobi, puis √† Walpi, Shongopovi, Mishongnovi et Oraibi. L'un de ces missionnaires fut empoisonn√© par les habitants d'Awatobi en 1633, et les autres missions euront toujours une existence pr√©caire jusqu'en 1680, lorsque, √† l'occasion de la r√©volte g√©n√©rale des Pueblos, quatre missionnaires r√©sidents furent tu√©s et leurs √©glises d√©truites. 

Aucune tentative ne fut faite ensuite pour r√©tablir aucune des missions, sauf celle d'Awatobi en 1700, qui exasp√©ra tellement les autres Hopi qu'ils l'attaqu√®rent une nuit et tu√®rent beaucoup de ses habitants. Le village fut alors d√©finitivement abandonn√©. Les murs de l'√©glise de la mission d'Awatobi, construite probablement d√®s 1629, sont encore en partie debout. 
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Walpi, pueblo hopi.
Les village de Walpi vu de l'Est, sur la Première mesa (vers 1900).

Les Hopi après la révolte de 1680.
Les pueblos de Walpi, Mishongnovi et Shongopovi, alors b√Ętis sur les contreforts des mesas, ont probablement √©t√© abandonn√©s √† l'√©poque de la r√©bellion Pueblo, et de nouveaux villages ont √©t√© construit sur les sommets des mesas adjacentes dans le but de se d√©fendre contre les Espagnols. 

‚ÄĘ Les clans originels de Walpi auraient occup√© trois sites apr√®s leur arriv√©e en pays Hopi, s'installant d'abord sur la terrasse occidentale de la Premi√®re Mesa (Mesa orientale), puis plus haut et vers le sud, o√Ļ les murs de fondation d'une √©glise de mission espagnole peuvent encore √™tre vus. De ce point, ils se sont d√©plac√©s vers l'actuel Walpi au sommet de la mesa, apparemment peu de temps apr√®s la r√©volte des Pueblos de 1680. 
‚ÄĘ Les ruines du vieux Mishongnovi (Deuxi√®me Mesa) se trouvent sur la terrasse au-dessous du pueblo actuel. Le trac√© de ses murs est √† peine discernable. On a exhum√© dans son cimeti√®re une belle poterie, ressemblant √† celle de Sikyatki (V. ci-dessous).

‚ÄĘ Le vieux Shongopovi s'√©tendait sur les contreforts √† la base de la Deuxi√®me Mesa (Mesa centrale), au-dessous du pueblo actuel de ce nom. Ce village √©tait encore habit√© √† l'√©poque de l'arriv√©e des Espagnols, qui y ont construit une √©glise dont les murs ont servi plus tard de corral (= enclos)  pour les moutons. Ses habitants venaient de la vall√©e du Petit Colorado.

La reconqu√™te des pueblos du Nouveau-Mexique a aussi conduit nombre de leurs habitants √† chercher protection chez les Hopi. Certains d'entre eux, appartenant au peuple Ta√Īoan (apparemment des Tiwa), ont construit vers 1700 le pueblo de Payupki, sur la Deuxi√®me mesa, mais, celui ci a √©t√© abandonn√© vers 1742, lorsque ses habitants ont √©t√© captur√©s et ramen√©s dans la vall√©e du Rio Grande pour √™tre install√©s √† Sandia.

Vers l'an 1700, des Tewa venus du Nouveau-Mexique ont aussi construit Hano, pr√®s de Walpi,  sur la Premi√®re Mesa. Ils y ont ensuite v√©cu sans interruption et, bien qu'ils se soient souvent mari√©s avec les Hopi, ils ont conserv√© leur langue maternelle et bon nombre de leurs coutumes tribales. 

Sichomovi, entre Walpi et Hano, qui a √©t√© construit par les clans Asa du Rio Grande, et Shipaulovi, qui a √©t√© fond√© par une colonie de Shongopovi sur la Deuxi√®me mesa, sont deux pueblos d'origine relativement moderne. Ils ont √©t√© √©tablis vers le milieu du XVIIIe si√®cle, soit √† peu pr√®s √† l'√©poque o√Ļ les Payupki retourn√®rent dans leur ancienne demeure. 
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Mishongnovi.
Mishongnovi, sur la Deuxième mesa. Au fond, à droite, on devine la silhouette de Shipaulavi.

Archéologie.
La construction et l'abandon d√©finitif de leurs villages par les divers clans Hopi au cours de leurs migrations et d√©placements successifs ont laiss√© de nombreuses ruines, constitu√©es aujourd'hui en grande partie de monticules. Ces ruines se trouvent √† la fois sur leur territoire actuel et √©loign√©s de celui-ci. On a d√©j√† donn√© quelques exemples. 

Mentionnons encore Chukubi, qui est un pueblo préhistorique à mi-chemin entre Payupki et Shupaulovi (Deuxième mesa), et qui a probablement été construit par des clans du sud, dont les descendants forment la majeure partie de la population actuelle des villages de la Mesa centrale.

Au nord des mesas Hopi actuelles sont des ruines √† Kishuba, o√Ļ vivait autrefois le clan Kachina, et √† Lengyanobi, la maison du clan hopi de la Fl√Ľte. Les ruines le long du petit Colorado inf√©rieur, pr√®s de Black Falls, connues sous le nom de Wukoki, et celles appel√©es Homolobi, pr√®s de Winslow, sont √©galement revendiqu√©es par les Hopi comme les foyers de clans ancestraux. Wukoki a peut-√™tre √©t√© habit√© par le clan du Serpent, tandis que les habitants d'Homolobi √©taient li√©s aux clans du sud qui all√®rent √† Walpi et √† Zu√Īi.

Il existe aussi sur l'actuel territoire occupé par les Hopi, des ruines de villages qui ont été habités par d'autres tribus de Pueblos. On a mentionné Payupki, citons aussi Sikyatki, dont les ruines sont sur les contreforts de la Première Mesa. Ce village était occupé à l'époque préhistorique par les clans Kokop (Keresans orientaux). Ses habitants avaient atteint un haut développement artistique comme en témoigne leur poterie, qui est probablement la plus belle vaisselle jamais fabriquée par les Indiens du Nord du Mexique.

Certaines des ruines les plus importantes du pays Hopi sont situ√©es sur le bord de la d'Antelope Mesa, √† l'Est d'Awatobi, et sont √©galement des vestiges de villages  keresans (ex. : Kawaika, Chakpahu). Dans le m√™me secteur se trouvent aussi les ruines de Kokopki, pueblo autrefois habit√© par un clan originaire de Jemez Pueblo.-



En librairie. - Don Talayesva, Soleil Hopi, autobiographie d'un Indien Hopi chef du clan du Soleil, Pocket, 2005. - Jean Cazeneuve, Les Indiens Zunis, les dieux dansent √† Cibola, Ed. du Rocher, 1993. -  F. H. Cushing, Zu√Īi mythology, Format Kindle (en anglais).

Susanne Berthier-Foglar, Les Indiens Pueblo du Nouveau-Mexique, de l'arrivée des conquistadors à la souveraineté des nations pueblo, PU de Bordeaux, 2010. - Marco Antonio Gutiérrez Martínez, Popé (Po'pay) dans la rébellion des Indiens Pueblo de 1680 : Une étude sur le leadership dans les rébellions indigènes, Ed. Notre savoir, 2021.

Joe S. Sando, Les Pueblos de l'Ouest, √©d. du Piat, 2017. -  David Grant Noble,Les Indiens Pueblos, Phaidon, 2016 . - Jean-Pierre Protzen, Les Indiens Pueblos, Picard, 2013. - Marc Thouvenot, Les Pueblos d'Am√©rique du Nord, Karthala, 2011. - Jonathan Till, Les Indiens Pueblos, Belin, 2010. - James Green, Les Pueblos, Hazan, 2009.

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