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Cecilia
Helena Payne-Gaposchkin est une astronome
née le 10 mai 1900 à Wendover dans le Buckinghamshire en Angleterre.
Elle a été l'une des astronomes et astrophysiciennes les plus importantes
du XXe siècle, avec des travaux qui ont
fondamentalement transformé notre compréhension de la composition de
l'univers. Sa grande découverte, qui reste un pilier de l'astrophysique
moderne, a été que les étoiles sont principalement composées d'hydrogène
et d'hélium. Son parcours, marqué par la persévérance face aux préjugés
sexistes, a ouvert la voie à des générations de femmes en science.
Elle était l'aînée
des trois enfants d'Emma Leonora Helena Pertz, issue d'une famille
érudite prussienne, et d'Edward John Payne, un avocat londonien, historien
et musicien qui avait été boursier à Oxford.
Lorsque Cecilia avait quatre ans, son père mourut, laissant sa mère élever
seule la famille. Dès son plus jeune âge, elle manifesta un vif intérêt
pour la science et l'astronomie : Ã cinq
ans, voyant une météorite, elle se souvint
avoir pensé qu'elle devait se dépêcher de faire de la recherche astronomique
au cas où il n'y aurait plus rien à découvrir lorsqu'elle serait
adulte. À dix ans, elle eut la chance d'observer à la fois la grande
comète
diurne de 1910 et la comète de Halley, des
expériences qui renforcèrent sa passion pour les phénomènes célestes.
Après une scolarité à la St Paul's Girls' School de Londres,
où son professeur de musique Gustav Holst l'encouragea un temps à poursuivre
une carrière musicale, elle obtint une bourse pour entrer au Newnham College
de l'Université de Cambridge en 1919.
À Cambridge, Payne
étudia d'abord la physique, la chimie
et la botanique, mais sa vie bascula lorsqu'elle
assista en décembre 1919 à une conférence du célèbre astronome Arthur
Eddington. Eddington venait de présenter les résultats de son expédition
sur l'île de Principe, où il avait observé une éclipse
solaire pour tester la théorie de la relativité
générale d'Albert Einstein. Payne raconta
plus tard que cette conférence avait provoqué "ne transformation complète
de [sa] vision du monde" et qu'Ã son retour dans sa chambre, elle fut
capable de retranscrire la conférence mot pour mot. Elle se tourna alors
résolument vers l'astronomie, suivant tous les cours disponibles, et
termina ses études à Cambridge en 1923. Cependant, en raison de la politique
de l'université qui n'accordait pas de diplômes aux femmes à l'époque,
elle ne put obtenir de grade, une injustice qui ne fut réparée que bien
plus tard, en 1948. Réalisant que les perspectives de carrière pour une
femme astronome en Grande-Bretagne se
limitaient alors à l'enseignement, elle chercha des débouchés aux
États-Unis.
En 1923, grâce Ã
une bourse de la Pickering Fellowship destinée à encourager les femmes
à étudier à l'observatoire du Harvard College, elle rejoignit cet
établissement prestigieux à Cambridge, dans le Massachusetts.
Elle fut la deuxième femme à bénéficier de cette bourse, après Adelaide
Ames en 1922. Sous la direction de Harlow Shapley,
le directeur de l'observatoire, elle entreprit des études supérieures.
Comme Harvard n'accordait pas non plus de doctorats aux femmes à cette
époque, elle s'inscrivit au Radcliffe College, l'institution féminine
affiliée à Harvard. En 1925, elle devint la première personne à obtenir
un doctorat en astronomie de Radcliffe, et donc de Harvard, avec une thèse
intitulée Stellar Atmospheres: A Contribution to the Observational
Study of High Temperature in the Reversing Layers of Stars (Atmosphères
stellaires : une contribution à l'étude observationnelle des hautes
températures dans les couches renversantes des étoiles).
Cette thèse est
considérée comme l'une des plus brillantes jamais écrites en astronomie,
une appréciation notamment formulée plus tard par l'astronome Otto
Struve. Dans ce travail, Cecilia Payne appliqua la toute nouvelle théorie
de l'ionisation développée par le physicien indien Meghnad
Saha pour interpréter les spectres stellaires.
Elle démontra que l'énorme variation des raies d'absorption observées
dans les spectres des étoiles , sur laquelle se fondait
la classification des étoiles, proposée par Annie
Cannon, n'était pas due à des abondances différentes des éléments,
mais aux différents degrés d'ionisation de ces éléments en fonction
de la température stellaire. Surtout, elle établit que l'hydrogène
et l'hélium sont de loin les éléments les
plus abondants dans les étoiles, l'hydrogène étant environ un million
de fois plus abondant que les métaux que l'on trouve sur Terre.
Cela contredisait radicalement le consensus scientifique de l'époque,
qui soutenait que la composition du Soleil et
des étoiles était similaire à celle de la Terre, une idée défendue
notamment par l'éminent astronome Henry Norris
Russell, qui était membre de son comité de thèse. Russell qualifia
les conclusions de Payne de "fallacieuses" et la dissuada d'affirmer
pleinement sa découverte. Par conséquent, Payne ajouta une phrase dans
sa thèse publiée indiquant que l'abondance énorme qu'elle dérivait
pour l'hydrogène et l'hélium était "presque certainement irréelle".
Quatre ans plus tard, en 1929, Russell parvint aux mêmes résultats par
une méthode différente et reconnut alors que Payne avait eu raison, mentionnant
brièvement son travail dans sa publication, mais c'est lui qui reçut
une grande partie du crédit pour cette découverte fondamentale.
Après son doctorat,
Payne resta à l'observatoire de Harvard pour l'ensemble de sa carrière,
mais elle dut faire face à des décennies de discrimination institutionnelle.
Bien qu'elle fût une chercheuse de premier plan et qu'elle enseignât
des cours très populaires, son titre officiel resta longtemps celui d'assistante
technique d'Harlow Shapley, et ses cours ne furent pas inscrits dans
les catalogues officiels de Harvard avant 1945. Elle poursuivit néanmoins
ses recherches avec une intensité remarquable. Elle publia notamment The
Stars of High Luminosity (Les étoiles de haute luminosité)
en 1930, marquant le début de son intérêt pour les étoiles
variables. En 1933, lors d'un voyage en Europe, elle rencontra l'astrophysicien
russe Sergei Illarionovich Gaposchkin en Allemagne.
Elle l'aida à obtenir un visa pour les États-Unis, et ils se marièrent
en mars 1934. Ensemble, ils formèrent une collaboration scientifique prolifique,
consacrée principalement à l'étude des étoiles variables.
Payne-Gaposchkin,
comme elle s'appela désormais, entreprit avec son mari un vaste relevé
des étoiles variables, analysant les plaques photographiques de l'observatoire.
Elle réalisa plus de 1 250 000 observations avec ses assistantes, puis
étendit ce travail aux Nuages de Magellan, ajoutant deux millions d'observations
supplémentaires. Leurs travaux, publiés dans des ouvrages comme Variable
Stars (Étoiles variables, 1938) et Variable Stars and Galactic
Structure (Étoiles variables et structure galactique, 1954),
posèrent les bases de toutes les études ultérieures sur ces objets et
de leur utilisation comme indicateurs de la structure de notre galaxie.
Ce n'est qu'en
1956, après que Donald Menzel fut devenu directeur de l'observatoire,
que Payne-Gaposchkin fut enfin nommée professeure titulaire à l'Université
Harvard, devenant ainsi la première femme à obtenir ce rang à la Faculté
des arts et des sciences. La même année, elle fut également nommée
présidente du département d'astronomie, devenant la première femme
à diriger un département à Harvard. Elle prit sa retraite en 1966, mais
continua ses recherches et ses publications jusqu'Ã la fin de sa vie.
Cecilia Payne-Gaposchkin s'éteignit d'un cancer le 7 décembre 1979
à Cambridge, dans le Massachusetts, à l'âge de 79 ans.
Au cours de sa carrière,
elle avait reçu de nombreuses distinctions, bien que certaines vinrent
tardivement. En 1934, elle fut la première récipiendaire du prix Annie
Jump Cannon de l'American Astronomical Society, un prix spécifiquement
créé pour honorer les femmes astronomes. Elle fut élue membre de la
Royal Astronomical Society dès 1923, alors qu'elle était encore étudiante
à Cambridge, et reçut la médaille Rittenhouse du Franklin Institute
en 1961. En 1976, elle reçut la prestigieuse médaille Henry Norris Russell
de l'American Astronomical Society, l'une des plus hautes distinctions
dans le domaine de l'astrophysique. Dans son discours d'acceptation
de ce prix elle avait offert une magnifique réflexion sur la carrière
scientifique, disant :
" La récompense
du jeune scientifique est le frisson émotionnel d'être la première
personne dans l'histoire du monde à voir ou à comprendre quelque chose.
Rien ne peut se comparer à cette expérience… La récompense du vieux
scientifique est le sentiment d'avoir vu une esquisse vague se transformer
en un paysage magistral ".
Elle obtint également
des doctorats honorifiques de plusieurs universités, dont Smith College
et, plus tard, l'Université de Cambridge, réparant ainsi l'injustice
de sa jeunesse. |
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