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Le terme monisme
à été introduit dans le vocabulaire philosophique par Wolf
pour désigner les doctrines qui posent l'unicité
de la substance,. Le terme a ensuite été
appliqué aussi à celles qui ne font appel qu'à l'existence
d'une seule espèce de substance ou de réalité.
Le monisme forme ainsi une alternative avec les doctrines dualistes
ou avec les doctrines pluralistes
Dans le premier sens, on peut parler de
monisme (ou encore de monisme quantitatif, pour suivre ici les indications
de J. Ferrater Mora) à propos des philosophie de Parménide
et de Spinoza. Parménide est moniste parce que,
face à la distinction de l'objet et du sujet, il oppose et soutient, comme
le fera aussi plus tard Schelling, l'identité
de l'être et de la pensée
(ce qui, selon N. Hartmann, fait encore
de parménide un moniste mystique à l'image de Plotin);
Spinoza parce qu'il résoud l'opposition, elle
aussi classique, de l'âme et du corps
en les identifiant, solution qui conduit à identifier également Dieu
et le monde, et caractérise alors ce que Hartmann appelle un monisme
panthéiste.
Dans le second sens, on a affaire à un
monisme qualitatif, Il s'agit d'un point de vue qui a surtout
séduit les spécialistes des sciences de la
nature : par exemple, le zoologiste Ernst
Haeckel (1834-1919) et le chimiste Wilhelm
Ostwald. Pour Haeckel, qui se définit lui-même come un moniste
naturaliste (mais on parle aussi à son sujet de monisme hylozoïste),
la matière, entité dynamique, voire vivante,
constitue la seule réalité, et englobe donc également les attributs
et catégories de l'esprit.
Il résume sa doctrine par les affirmations suivantes :
" Unité
de l'univers, sans antithèse
entre l'esprit et la matière; identité de
Dieu
et du monde, qui n'a pas été créé, mais qui évolue
d'après des lois-éternelles;
négation d'une force vitale indépendante des forces physiques et chimiques;
mortalité de l'âme; rejet de l'opposition
établie par le christianisme
entre les fins de la chair et les fins de l'esprit; excellence de la nature;
rationalisme, religion
de la science du bien et de la beauté. " (Die
Welträthsel, cité d'après le Vocabulaire de A. Lalande).
Pour Ostwald, influencé par Haeckel, ce n'est
pas la matière qui est le principe de la réalité,
mais plutôt l'énergie. Les tenants de cette approche ont abouti à une
forme d'idéalisme, dans laquelle la matière
se trouvant, par degrés, promue en matière consciente,
progressivement s'identifie à la divinité. Le
monisme entendu en ce sens peut également se ranger parmi les attitudes
réductionnistes, courantes chez les chercheurs
en sciences naturelles.
Ajoutons que l'on a aussi parlé de monisme
pour qualifier d'autres doctrines, telles, par exemple, celle de Hegel
(pour qui la seule substance, c'est l'esprit) et celle de Francis Bradley
(1846-1924), l'un de ses continuateurs, et qui aborde de front la question
de la multiplicité des apparences de l'unité...
(A19).
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En
bibliothèque - L. Bardonnet, L'Univers-Organisme
(Néo-monisme), 2 vol., 1912, 2e éd. 6 vol., 1923-27. |
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