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| Johannes Jordan, de Stuttgart, vers le milieu du XVIIe siècle, exerçait le métier de pelletier. Cela ne l'empêcha pas d'étudier l'astronomie dans les livres allemands, les seuls qu'il pût lire, car il ignorait le latin. Il fit de tels progrès qu'il fut eu état d'abréger les Tables rudolphines de Kepler, et de s'en servir pour calculer des éphémérides annuelles; il était, de plus, mécanicien très ingénieux. | ||
| Thomas Jordan est un poète anglais, né vers 1612, mort en 1685. Elevé pour le théâtre, il fut, comme beaucoup d'acteurs du temps, auteur dramatique pour le compte de sa compagnie. Mais sa veine littéraire n'était pas bornée là : on a de lui des poésies légères : Poetical Varieties or Variety of Fancies (1637), des facéties, comme A Pill to Purge Melancholy (1637), des pamphlets politiques, comme A Medicine for the Times, or an Antidote against Faction (1641); des poésies dévotes, Divine Raptures (1646), etc., sans compter l'amas de ses oeuvres restées inédites. | ||
| Claude Jordan,
dit de Colombier est un journaliste français du XVIIIe
siècle. Après avoir voyagé pendant une douzaine d'années dans toute
l'Europe, il s'établit vers 1686 comme
libraire à Leyde, puis revint en France où
il séjourna dans un village des environs de Verdun. Il publia des Voyages
historiques de l'Europe (Paris, 1692-1703, 8 vol. in-12) qui eurent
un grand succès.
En juillet 1704, il créait la Clef du cabinet des princes de l'Europe, recueil fort estimé et plus connu sous le nom de Journal de Verdun, qui inaugurait dans la presse le genre nouveau du journal historique et littéraire. Cette tentative eut un succès considérable, dû aux considérations et jugements qui accompagnaient les notices et à son impartialité. De 1707 à 1716, le titre fut Journal historique sur les matières du temps (Verdun, 20 vol.); de 1717 à 1776, Suite de la Clef (Paris, 120 vol.), auxquels il faut adjoindre un Supplément de la Clef (1713, 2 vol. in-8), relatif aux événements survenus en Europe depuis la paix de Ryswick jusqu'en 1704. Après la mort de Jordan, son journal fut rédigé par de La Barre (1727), Monehaut d'Egly (1739), Nicolas Bonamy (1749) et Ameilhon. Il cessa de paraître en 1776, à la suite de l'interdiction faite par le gouvernement de publier des nouvelles politiques. Dreux du Radier a donné une Table du Journal de Verdun, 1697-1756 (9 vol. in-8). On peut citer encore de Jordan : Choix de bons mots ou Pensées des gens d'esprit sur toutes sortes de sujets (Amsterdam, 1716, in-8). |
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| Charles Etienne
Jordan
est un littérateur français, né
à Berlin le 27 août 1700, mort à Berlin
le 24 mai 1745. D'une famille de réfugiés français originaire du Dauphiné,
il fit ses études de théologie à Genève,
Lausanne
et Berlin, fut consacré en 1725 et fut pasteur dans l'Uckermark. La perte
de sa femme, Suzanne Perrault, qu'il aimait tendrement, et sa faiblesse
de constitution le déterminèrent à quitter le ministère.
Ses frères le poussèrent à voyager et il fit un tour en Europe dont il a laissé la relation : Histoire d'un voyage littéraire fait en 1733 en France, en Angleterre et en Hollande (La Haye, 1735, in-12). A Paris, il visita Voltaire, « un jeune homme maigre, qui paraît attaqué de consomption et caeco carpitur igne », Fontenelle, l'abbé de Saint-Pierre, Monfaucon, Rollin, l'abbé Du Bos, etc. Le prince royal de Prusse (Frédéric le Grand) l'appela auprès de lui au château de Rheinsberg et en fit son secrétaire. Fort érudit et agréable causeur, Charles Jordan « était l'homme qu'il fallait pour servir de dictionnaire à la curiosité de Frédéric. Le prince s'amusait à l'entendre répéter de mémoire des passages d'auteurs célèbres que personne n'avait l'honneur de connaître. Il feuilletait « cette érudition inépuisable et point pédantesque. » Il fut son conseiller littéraire, son copiste, son critique et même son ami. Aussi, après son avènement (1740), Frédéric fit-il de Jordan un conseiller privé du directoire français, un curateur de toutes les académies de son royaume et le chargea-t-il de la réorganisation de l'Académie de Berlin, et lorsqu'il mourut prématurément, lui consacra-t-il de sa main un éloge dans les Mémoires de cette Académie. Citons encore de Jordan : Dissertatio de vita et scriptis Jordani Bruni; Recueil de littérature, de philosophie et d'histoire (Amsterdam, 1730, in-12); Histoire de la vie et des ouvrages de M. de La Croze (1741, 2 vol. in-8). Sa Correspondance avec Frédéric le Grand forme le t. X des Oeuvres posthumes de ce prince. |
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| Dorothea Jordan
est une célèbre actrice anglaise, née près de Waterford (Irlande)
en 1762, morte à Saint-Cloud le 3 juillet 1816. Fille d'une actrice irlandaise,
Grace Phillips, elle monta sur les planches dès sa quinzième année et,
après avoir joué sur diverses scènes de province, débuta à Drury Lane
le 18 octobre 1785. Elle eut bientôt conquis la faveur du public. Sa création
de Mathilde dans le Richard Coeur de Lion de Burgoyne, celle d'Aura
dans la Farm House de Kemble, de miss Plinlimmon dans la Welsh
Heiress de Jerningham, de Sabina Rosny dans le First Love de
Cumberland et tant d'autres furent des triomphes.
Elle était sans rivale dans la comédie : ses admirateurs vantent le charme de sa voix, sa vivacité, sa grâce. Mais elle est peut-être plus célèbre par ses aventures romanesques que par son talent. Après avoir eu de son premier directeur une fille, miss Jordan, qui fut une bonne actrice, puis de sir Richard Ford, quatre enfants, elle devint, vers 1790, la maîtresse du duc de Clarence (Guillaume IV) et lui donna dix enfants qui portèrent le nom de Fitzclarence. Le duc la quitta en 1811, en lui laissant une pension de 4400 livres qui devait être supprimée si elle reparaissait sur la scène. Un bizarre mystère plane sur ses dernières années. Elle vint en France en 1815 sous le nom de Mrs. James, cachant soigneusement le lieu de sa résidence. Elle séjourna d'abord à Boulogne-sur-Mer, s'établit ensuite à Versailles, puis à Saint-Cloud. Elle fut enterrée dans le cimetière de cette ville. Elle avait laissé une légion de créanciers en Angleterre. Aussi sa mort fut-elle suivie d'une infinité de procès. On crut longtemps qu'elle n'était pas morte. On a de Dorothea Jordan un portrait par Romney et deux par de Wilde qui sont au Garrick Club. |
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| Camille Jordan est un homme politique et un écrivain français, né à Lyon le 11 janvier 1771, mort à Paris le 19 mai 1821. Il fut, en 1793, l'un des promoteurs de l'insurrection de Lyon; il se fit remarquer alors par son éloquence et son courage, mais il dut bientôt se réfugier en Suisse. De là, il se rendit en Angleterre, d'où il ne revint qu'en 1796. Le département du Rhône l'envoya bientôt au conseil des Cinq-Cents. Proscrit au 18 fructidor, il laissa de nouveau la France jusqu'en 1800. Il attaqua vivement le gouvernement consulaire dans un écrit intitulé le Vrai Sens du vote national sur le consulat à vie (Paris, 1809). Jordan resta en dehors de la politique jusqu'à la Restauration ; en 1816, il fut élu député par le département de l'Ain qu'il représenta jusqu'à sa mort. Ses Discours ont été publiés (Paris, 1818). | ||
| Rudolph Jordan
est un graveur et peintre
allemand, né à Berlin le 4 mai 1810, d'une famille d'émigrés français,
mort en 1887. Après avoir étudié d'abord d'après nature à Rügen,
il entra à l'Académie de Dusseldorf,
où il eut pour maîtres Schadow et Solm, et acheva de se former par des
voyages en Hollande, en Belgique,
en France et en Italie.
Parmi ses oeuvres, inspirées surtout du train de vie des populations côtières de la mer du Nord, nous citerons : Famille de pêcheurs, Proposition de mariage à Helgoland (musée de Berlin); l'Examen du pilote, Femmes priant leur saint pendant la tempête, la Soupe du malade (Dusseldorf); les Bottes oubliées, Scène des dunes après l'orage, Noce à l'île Marken, la Maison du gardien à Scheveningen, le Soir, la Mort du vieux marin, et sa composition saisissante, les Bateaux de retour moins un (1876).On doit aussi à Rudolph Jordan une quantité d'aquarelles et de dessins très prisés, des gravures pour les Reinicks Lieder, et des illustrations pour les Contes de Musäus. Parmi ses élèves figurent Vautier, Geertz et Albert Kindler. (E. Gourdault). |
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| Jan Petr (Johann Peter) Jordan est un journaliste slave, né à Cizkovice (Zischkowitz bei Bautzen), dans la Haute-Lusace, le 15 février 1818 et mort le 20 mai 1891 à Vienne. Il appartenait à la nationalité wende ou serbe de Lusace. Comme beaucoup de ses compatriotes, il fit ses études à Prague. Il publia en 1841 dans cette ville sa Grammatik der Wendischserbischen Sprache in der Oberlausitz. Il s'établit ensuite à Leipzig où il fonda le recueil Slawische Jahrbücher et une revue wende, l'Aube. Expulsé de cette ville en 1848 il revint à Prague où il fonda un journal politique, Slawische Centralblaetter (plus tard Union). Il passa ensuite à Vienne où il publia de 1868 à 1873 un organe fédéraliste, Die Zukunft. On lui doit encore un dictionnaire tchèque-allemand et allemand-tchèque. (L. L.). | ||
| Carl Friedrich
Wilhelm Jordan est un homme politique et poète
allemand, né à Insterburg (Prusse orientale) le 8 février 1819,
et mort le 25 juin 1904 à Francfort-sur-le
Main. Après avoir étudié la théologie et la philosophie,
il s'établit à Leipzig, mais, accusé d'athéisme,
Il fut forcé de quitter la Saxe et se réfugia
à Brême (1846). Pendant la révolution de
Février en France, il fit un court séjour à Paris comme correspondant
de la Gazette de Brême; à son retour à Berlin,
il fut nommé député à l'Assemblée nationale de Francfort, où il appartint
d'abord à la gauche, puis au centre; plus tard, il fut conseiller de marine
au ministère de l'empire germanique et se retira enfin à Francfort-sur-le-Main,
où il s'occupa de travaux littéraires et poétiques.
Jordan est surtout connu par son adaptation
des
Niebelungen L'oeuvre de Jordan est du reste considérable; on cite avant tout : Demiurgos, une épopée dramatique (1852-1854) qui fit beaucoup de bruit lors de sa publication; puis les volumes de vers, Glocke und Kanone (1841); Irdische Phantasien (1842); les tragédies, Die Witwe des Agis (1858); Arthur Arden (1872); les comédies, Die Liebesleugner (1855); Durchs Ohr (1880); Sein Zwillingsbruder (1884), etc.Ses traductions des poèmes de Shakespeare, des tragédies de Sophocle, de l'Odyssée |
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| Samson Jordan
est un ingénieur et métallurgiste né à Genève
le 23 juin 1831, et mort à Paris le 24 février 1900. Ancien élève de
l'Ecole centrale (1851-1854), il y professa pendant plus de trente ans
le cours de métallurgie. Il a été dans l'intervalle ingénieur, puis
directeur de grandes usines. En 1874, la Société des ingénieurs civils
l'a choisi comme président.
On lui doit, au point de vue purement industriel,
l'introduction en France Il a publié en librairie : Etat actuel de la métallurgie dans le pays de Siegen (Paris, 1865, in 8); Souvenirs du siège de Paris. Fabrication des canons et des projectiles d'artillerie (Paris, 1871, 2 vol. in-8); Métallurgie du fer et de l'acier (Paris, 1872, in-8 et atlas); Notes sur la fabrication de l'acier Bessemer aux Etats-Unis (Paris, 1873, in-8); Album du cours de métallurgie professé à l'Ecole centrale (Paris, 1874-1875, in-8, et atlas in-fol.), etc. (L. S.). |
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| Marie Ennemond Camille'Jordan
est un mathématicien français,
petit-fils de Camille Jordan (V. ci-dessus) et neveu du peintre Puvis
de Chavannes, né à Lyon le 5 janvier 1838,
mort à Paris le 22 janvier 1922. Entré à
l'Ecole des mines en 1857, reçu docteur ès sciences en 1860 avec deux
thèses très remarquées : Sur le Nombre de valeurs des fonctions
et Sur les Périodes des fonctions inverses des intégrales des différentielles
algébriques, nommé ingénieur ordinaire des mines en 1861, promu
ingénieur en chef en 1885, il s'est consacré, dès 1872, à l'enseignement
des mathématiques.
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Camille Jordan (1838-1922). Il fut, à partir de 1876 professeur d'analyse à l'Ecole polytechnique, où il avait été d'abord examinateur (1873-1876) et il succéda en 1883 à Liouville dans la chaire de mathématiques du Collège de France, après y avoir suppléé Serret, pendant huit ans, dans celle de mécanique. Il a été élu membre de l'Académie des sciences en remplacement de Michel Chasles le 4 avril 1881. Camille Jordan s'est principalement préoccupé dans ses savantes recherches, d'approfondir, au point de vue de la géométrie pure aussi bien que de l'analyse, cette théorie de l'ordre et des combinaisons que Poinsot opposait à celle des rapports et des distances. Il a été amené, dans cette voie, à de nombreuses et précieuses découvertes qui lui ont valu une rapide réputation. En géométrie, il a déterminé le nombre des périodes des intégrales abéliennes, ainsi que les diverses manières dont un système de molécules peut être superposable à Iui-même (il a trouvé 174 groupes possibles); il a en même temps étudié les lois de la symétrie des polyèdres et des assemblages de lignes et adonné des solutions nouvelles et très ingénieuses de diverses questions y relatives. En analyse, il s'est surtout attaché à la théorie des substitutions, dont il a fait d'importantes applications à la théorie des équations algébriques et à celle des équations différentielles linéaires. La théorie des formes, qu'il a considérées au double point de vue algébrique et arithmétique, le calcul des probabilités et, en mécanique, les conditions de stabilité de l'équilibre des corps flottants, ont fait également l'objet de ses recherches. Il a été enfin le grand maître en France de la nouvelle géométrie à n dimensions et il a heureusement généralisé la loi des mouvements infiniment petits, la règle de composition des rotations, la théorie de la courbure des courbes, le théorème d'Euler sur la courbure des surfaces. Il a consigné les résultats de tous ces travaux dans des mémoires originaux au nombre d'une centaine, publiés par les journaux et recueils spéciaux. Nous devons nous borner à citer parmi les plus importants : Recherches sur les polyèdres (Journal de Borchardt); Sur les Assemblages lignes (id.); Sur les Equations différentielles linéaires à intégrale algébrique (id.); Sur les Groupes de mouvements (Annali di matematica); Sur la Stabilité de l'équilibre des corps flottants (id.); Sur la stabilité de l'équilibre d'un corps pesant posé sur un appui courbe (Journal de Liouville); Théorèmes sur les équations algébriques (id.); Théorèmes sur les groupes primitifs (id., 1871), Sur la Forme canonique des congruences du second degré et le nombre de leurs solutions (id., 1873 et 1874); Sur les Polynômes bilinéaires (id., 1874); Sur les Systèmes de formes quadratiques (id., 1874), Sur les Covariants des formes binaires (Id., 1876 et 1879); Commentaire sur Galois (Mathem. Annalen, t. I); Sur la Limite de transivité des groupes non alternés (Bullet. Soc. math., t. I); Sur la Résolution algébrique des équations (Comptes rendus Acad. sc., 1867); Sur les Sommes de Gauss le plusieurs variables (id., 1871); Sur l'Equivalence des formes (Journal de l'École polytechnique, 1881).Il a, en outre, publié à part deux ouvrages de très grande valeur : Théorie des substitutions et des équations algébriques (Paris, 1870, in-4), couronné par l'Institut (prix Poncelet); Cours d'analyse de l'Ecole polytechnique (Paris, 1882-1887, 3 vol. in-8; 2e édit., 1893-1894). (Léon Sagnet). |
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| Pascual Jordan est
un physicien né à Hanovre
le 18 octobre 1902 et mort à Hambourg,
le 31 juillet 1980. Il a été l'un des architectes oubliés de la physique
quantique. Ses contributions fondamentales à la mécanique
quantique, à la théorie des champs et à l'algèbre mathématique
sont aujourd'hui pleinement réévaluées. Son oeuvre est marquée à la
fois par une grande rigueur technique, une vision structurée de la physique
moderne, mais aussi un parcours intellectuel traversé de paradoxes.
Il grandit au sein d'un foyer cultivé où les mathématiques et les sciences sont valorisées. Très tôt, il se distingue par une intelligence exceptionnelle, une pensée rigoureuse et un goût prononcé pour les fondements logiques de la nature. Dès ses premières années universitaires, il s'oriente vers la physique théorique, où il rencontre Max Born à Göttingen, avec qui il développe ce qui devient l'une des premières formulations de la mécanique quantique matricielle. Ensemble avec Werner Heisenberg, il jette les bases d'une théorie révolutionnaire qui brise avec la mécanique classique, en introduisant des relations de non-commutativité : qp−pq=iℏ. Cette relation, qui figure dans les premiers articles de Jordan, n'est pas seulement une identité algébrique; elle marque la naissance d'une nouvelle structure mathématique de la physique, où les observables deviennent des opérateurs et où la notion de déterminisme est remplacée par celle de probabilité. Dans les années 1920, Jordan est à l'avant-garde de la théorie quantique des champs, qu'il contribue à inventer presque seul dans un premier temps. Il publie en 1927 le célèbre article Quantization of Wave Fields, où il introduit le concept de quantification du champ, non pas comme simple généralisation de la mécanique quantique des particules, mais comme un changement de paradigme. Le champ devient entité fondamentale, ses excitations donnant lieu aux particules. Ce texte est précurseur d'une discipline entière. Il écrit alors : « Il faut penser les particules comme des événements du champ quantique, et non l'inverse. »Son rôle dans la mise en place du formalisme moderne de la mécanique quantique est immense, bien que souvent éclipsé par les noms de Heisenberg, Dirac ou Schrödinger. Pourtant, il codifie avec rigueur les règles de calcul d'opérateurs, il clarifie les conditions de commutation, et développe ce qu'on appelle aujourd'hui les algèbres de Jordan, une structure mathématique qui trouve des applications jusque dans les théories de la gravitation quantique. Jordan s'engage aussi sur le terrain de la cosmologie et de la relativité générale. Inspiré par les idées de Dirac sur la variation des constantes fondamentales, il propose, dans les années 1950, une version modifiée de la gravitation, anticipant ce qu'on appellera plus tard les théories de Brans-Dicke. Dans ce cadre, il tente d'unifier l'évolution de l'univers avec des principes quantiques, tout en introduisant une constante gravitationnelle variable. Il note dans un article de 1952 : « Une constante véritablement fondamentale doit pouvoir être liée à l'évolution cosmique elle-même. »Mais la trajectoire intellectuelle brillante de Jordan est assombrie par ses engagements politiques : durant le Troisième Reich, il adhère au parti nazi et cherche à concilier les avancées de la physique quantique avec l'idéologie du régime. Bien que marginalisé par certains collègues pour cette raison, il n'abandonne jamais la physique. Après la guerre, il revient à la vie académique et devient professeur à Hambourg, tout en poursuivant des réflexions profondes sur les limites de la physique classique et sur les fondements logiques de la mécanique quantique. Dans ses écrits tardifs, il défend une vision presque philosophique de la science, insistant sur le rôle de l'infini, de l'observateur, et sur l'idée que la nature n'est pas construite selon les intuitions de l'esprit humain. Il écrit : « La science ne nous donne pas une image vraie du monde, mais une méthode opératoire pour prédire ce qui peut être mesuré. » |
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