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Les îles Kerguelen
Les Iles Kerguelen sont un groupe d'îles de la partie australe de l'Océan Indien  (69,30° E; 49,36° S). Administrativement, elles dépendent des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises), territoire d'outremer de la France. Il se compose d'une grande terre qui est l'île de Kerguelen proprement dite ou l'île de la Désolation, et d'une ceinture d'environ 300 petites îles et d'écueils qui entourent cette terre. Cet archipel, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, abrite une petite communauté de scientifiques et de techniciens qui se relaient, le lieu n'ayant pas d'habitants permanents au sens traditionnel. C'est d'abord un site de recherche scientifique international majeur pour l'étude des écosystèmes subantarctiques, du changement climatique et des impacts des invasions biologiques.

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Iles Kerguelen.
L'île principale des Kerguelen vue depuis l'espace. Source : Nasa.
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Géographie physique des îles Kerguelen


Géologie.
La géologie des îles Kerguelen est dominée par la superposition de coulées de basalte, qui forment un vaste plateau dont les strates sont visibles le long des côtes découpées et dans les vallées profondément érodées. L'édifice volcanique principal, le mont Ross, culmine à 1850 mètres et représente le point le plus haut, bien qu'il ne soit pas un volcan actif au sens strict aujourd'hui, mais plutôt l'expression sommitale de cette intense activité passée qui a bâti l'archipel à partir du Miocène.

Relief.
Le relief est extrêmement accidenté et découpé. Il est le résultat combiné de l'orogenèse volcanique, de la tectonique (failles) et surtout d'une érosion très active, tant glaciaire que fluviatile et marine. La Grande Terre présente un réseau complexe de montagnes aux crêtes acérées, de vastes plateaux d'altitude (comme le plateau Central), et de vallées profondes, habituellement en auge, qui témoignent d'un intense travail glaciaire passé. L'archipel abrite encore une calotte glaciaire significative, la calotte glaciaire Cook, qui couvre une grande partie du sud-ouest de la Grande Terre et alimente de nombreux fronts glaciaires et lacs proglaciaires. De nombreuses traces de glaciation ancienne sont omniprésentes, comme les cirques, les moraines et les vallées en U. Le retrait de ces glaciers sous l'effet du changement climatique est particulièrement marqué et visible.

Hydrographie.
L'hydrographie est caractérisée par une multitude de lacs, souvent d'origine glaciaire (lacs de surcreusement ou barrés par des moraines), et un réseau dense de rivières et de torrents courts, rapides et souvent tressés, alimentés par les précipitations abondantes et la fonte des neiges et des glaces. Les zones de bas-fonds ou les dépressions retiennent l'eau, et forment des tourbières et des zones humides.

Côtes.
La côte est l'une des plus découpées au monde. Elle est le résultat de l'inondation par la mer de vallées glaciaires profondes, qui a créé un vaste système de fjords (ou rias, compte tenu de leur origine mixte glacio-marine), de baies, de golfes et de presqu'îles étroites et sinueuses. Le golfe du Morbihan, protégé par la presqu'île Rallier du Baty et de nombreuses îles intérieures, en est l'exemple le plus notable. Les côtes sont fréquemment bordées de falaises impressionnantes, particulièrement sur les façades exposées aux vents et aux vagues de l'océan Austral. Les phénomènes de marée peuvent être importants dans les baies et fjords profonds.

Climat.
Le climat est subantarctique maritime, caractérisé par une humidité constante, des précipitations fréquentes sous forme de pluie, de bruine et de neige, et surtout des vents d'une violence extrême et quasi permanente, les fameux Quarantièmes Rugissants et Cinquantièmes Furieux, qui sculptent le paysage et influencent tous les processus d'érosion et de sédimentation. Les températures moyennes annuelles sont basses (autour de 4-5°C), avec une faible amplitude saisonnière mais de fortes variations journalières. Le gel est fréquent même en été, et le dégel est souvent brutal, favorisant les processus périglaciaires.

Sols.
Développés sur les matériaux volcaniques altérés et les dépôts glaciaires, les sols sont généralement minces, acides et peu évolués. L'action du gel et du dégel (cryoturbation, gélifluxion) est un processus majeur dans la formation et la dynamique des sols, et conduit à la formation de sols structurés et de paysages marqués par le périglaciaire, comme les sols polygonaux ou striés, surtout dans les zones non englacées ou déglacées récemment et sur les versants instables. Le pergélisol est présent mais généralement discontinu, surtout en altitude.

Biogéographie des îles Kerguelen

Flore.
La flore native des Kerguelen est caractérisée par sa faible richesse spécifique comparée aux continents, mais présente un taux d'endémisme notable parmi les espèces qui ont réussi à coloniser et s'adapter. L'adaptation au vent et au froid se traduit par la dominance de formes prostrées, en coussins, de graminées, de mousses, de lichenset de fougères. L'espèce emblématique est le chou de Kerguelen (Pringlea antiscorbutica), une crucifère géante endémique, remarquablement adaptée au milieu hostile et riche en vitamine C, autrefois essentielle pour les marins. D'autres plantes vasculaires typiques incluent des graminées des genres Poa et Deschampsia, le coussin compact de l'azorelle (Azorella selago), diverses hordonnées et quelques espèces de petites plantes à fleurs. L'introduction d'espèces végétales par les humains, volontaire ou accidentelle, constitue une menace majeure; plusieurs d'entre elles (comme le pissenlit, certaines graminées ornementales, ou la renouée de l'Himalaya) se sont naturalisées et s'étendent agressivement, modifiant les écosystèmes natifs.

Faune.
La faune terrestre native est particulièrement pauvre en vertébrés, qui sont totalement absents à l'exception des oiseaux marins utilisant la terre pour la reproduction et de quelques rares pinnipèdes s'aventurant à l'intérieur. En revanche, la faune invertébrée native est plus diversifiée mais également marquée par l'isolement, avec un taux d'endémisme significatif. Beaucoup d'espèces d'insectes (papillons, diptères, coléoptères) ont évolué vers la perte ou la réduction de leurs ailes (aptérisme) en réponse au vent incessant, un phénomène typique des îles subantarctiques. Des acariens, collemboles et autres micro-arthropodes sont également présents dans le sol et la végétation basse. Cependant, comme pour la flore, les introductions d'invertébrés sont nombreuses et parfois difficiles à distinguer des natifs, compliquant la conservation.

La richesse faunique des Kerguelen réside principalement dans sa dimension marine, avec des colonies d'oiseaux et de mammifères marins d'importance mondiale. L'archipel est un site de reproduction majeur pour plusieurs espèces de manchots (manchot Royal, manchot Papou, manchot Macaroni, gorfou Sauteur) dont les rassemblements peuvent compter des centaines de milliers d'individus. C'est également un lieu crucial pour la nidification d'une grande diversité d'oiseaux pélagiques, notamment de nombreuses espèces d'albatros (hurleurs, à tête grise, à sourcils noirs, fuligineux) et de pétrels (géants, damiers du Cap, fulmars austraux, etc.), ainsi que des skuas, des labbes, des sternes et des espèces côtières comme le cormoran des Kerguelen ou le canard de Kerguelen, des sous-espèces ou espèces endémiques. L'abondance de la faune aviaire est directement liée à la productivité des eaux environnantes de l'océan Austral, riches en krill et poissons.

Les côtes des Kerguelen abritent d'importantes colonies de reproduction et de repos de mammifères marins. L'éléphant de mer austral y a été fortement chassé dans le passé mais ses populations se sont partiellement rétablies et l'archipel est un site majeur de reproduction. Les otaries (otarie à fourrure subantarctique et antarctique) y sont également présentes, notamment sur les îles périphériques. Les eaux environnantes sont fréquentées par diverses espèces de cétacés, dont des orques, des rorquals et des cachalots.

Espèces introduites.
Plusieurs espèces de mammifères ont été introduites, souvent avec des conséquences désastreuses : les lapins, introduits à des fins alimentaires, ont proliféré de manière spectaculaire et ravagent la végétation native. Les chats harets, descendants de chats introduits pour lutter contre les rats, sont devenus des prédateurs redoutables pour les oiseaux terrestres et les lapins. Des ongulés comme le renne et le mouflon de Corse ont également été introduits sur l'île principale, et ont causé des dégâts importants sur la végétation par le broutage et le piétinement. Les rats noirs et les souris sont présents, et exercent une pression de prédation sur les invertébrés, les graines et parfois les oeufs d'oiseaux nichant au sol. La gestion et le contrôle de ces espèces invasives sont une priorité pour la conservation des écosystèmes natifs.

Histoire des îles Kerguelen

L'histoire humaine des îles Kerguelen est relativement courte, mais marquée par la rudesse de leur environnement et l'évolution des intérêts humains pour ces confins du monde.La découverte de l'archipel est attribuée à l'explorateur Yves Joseph de Kerguelen-Trémarec, qui, missionné par Louis XV pour trouver la mythique Terra Australis Incognita, aperçut ces terres pour la première fois le 12 février 1772. Convaincu d'avoir trouvé une partie du continent austral, il la nomma France Australe et prit possession du territoire au nom du roi, bien qu'il n'ait pu y débarquer formellement en raison des conditions météorologiques. Il rentra en France avec des descriptions exagérées de la richesse potentielle de cette nouvelle terre.

En 1774, Kerguelen fut renvoyé pour confirmer sa découverte et y établir une présence plus solide. Ce second voyage fut une désillusion totale : les îles s'avérèrent désertes, balayées par des tempêtes incessantes, loin de l'image idyllique qu'il avait dépeinte. Son second, le lieutenant de Boisguehenneuc, réussit cependant à débarquer et à procéder à une cérémonie de prise de possession officielle, len aissant une bouteille contenant un acte notarié sur le site aujourd'hui connu sous le nom de Anse de la Prise de Possession. L'équipage, confronté à la désolation du lieu, les surnomma les Îles de la Désolation, un nom qui persista un temps avant qu'elles ne soient finalement nommées en l'honneur de leur découvreur.

Quelques années plus tard, en 1776, James Cook visita l'archipel. Il confirma leur nature insulaire et la dureté du climat, et décrivit également le lieu comme "horriblement sauvage et désolé". Cook effectua des relevés plus précis et contribua à la cartographie de la région, tout en renforçant l'image de terres inhospitalières. C'est aussi lui qui retrouva la bouteille laissée par l'expédition de Kerguelen.

Le XIXe siècle fut l'ère des pêcheurs et des chasseurs, principalement des Américains et des Britanniques, attirés par l'extraordinaire abondance de phoques (otaries à fourrure puis éléphants de mer, chassés pour leur huile). Kerguelen devint un centre d'activité intense. Des camps temporaires furent établis dans les baies abritées, où les équipages vivaient dans des conditions extrêmes,et  massacraient les animaux sans discernement. Cette surexploitation mena rapidement à la quasi-extinction des populations de phoques dans l'archipel, provoquant le déclin de cette industrie dès la fin du siècle. Les baleiniers firent également escale, mais Kerguelen ne devint jamais une base baleinière majeure.

Durant cette période, plusieurs tentatives d'établissement plus permanent et de valorisation économique eurent lieu, mais toutes échouèrent face aux défis de l'environnement. Des projets de ferme d'élevage de moutons furent lancés (comme celui de l'industriel français Bossière à Port-Raymond à la fin du XIXe siècle), mais la difficulté de l'acclimatation, le manque de fourrage et l'isolement eurent raison de ces initiatives. Des rumeurs de présence de minerais précieux circulèrent également, sans jamais aboutir à une exploitation viable.

Bien que la France ait revendiqué les îles dès 1774, la souveraineté ne fut fermement établie qu'à la fin du XIXe siècle, dans le contexte de la course aux territoires. Les Kerguelen furent officiellement rattachées à la France et administrées, un temps, depuis la colonie de Madagascar, puis regroupées avec les autres îles australes françaises (Crozet, Saint-Paul et Amsterdam).

Le début du XXe siècle vit les îles Kerguelen retourner à un relatif oubli. Elles furent seulement visitées occasionnellement par des navires de passage ou quelques expéditions scientifiques isolées intéressées par la faune, la flore et la géologie de l'archipel. 

C'est après la Seconde Guerre mondiale que l'intérêt pour les Kerguelen se renouvela, principalement à des fins scientifiques et stratégiques. La France décida d'y établir une présence permanente pour la recherche. En 1950, les premières installations pour une base scientifique furent construites, et en 1955, les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), qui englobaient notamment les Kerguelen, furent créées, leur conférant un statut administratif spécifique. La base principale, Port-aux-Français, fut établie sur la côte nord-est de la Grande Terre et se développa progressivement.

Depuis lors, les îles Kerguelen sont devenues un centre de recherche pluridisciplinaire. La base accueille des programmes en météorologie, géophysique, sismologie, biomédécine, ainsi que des recherches approfondies sur la faune et la flore endémiques et introduites. Une station de suivi de satellites du CNES y a également été installée pendant de nombreuses années. L'approvisionnement de la base est assuré depuis cette époque par le navire de recherche et de logistique Marion Dufresne lors de rotations régulières.

L'histoire moderne de Kerguelen est également marquée par une prise de conscience croissante de la nécessité de protéger son écosystème fragile. Les impacts de l'exploitation passée et des espèces introduites (chats, lapins, mouflons) sont étudiés, et des efforts de conservation et d'éradication sont mis en oeuvre. L'archipel fait aujourd'hui partie d'une vaste réserve naturelle, l'une des plus grandes au monde, et a été inscrit, avec les autres îles subantarctiques françaises, au Patrimoine Mondial de l'Unesco en 2019.

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