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La
Guerre de Sept ans a été l'une des principales guerres
du XVIIIe
siècle, poursuivie en Europe,
Amérique, Asie
et Afrique, entre la France
alliée à l'Autriche d'une part, l'Angleterre
alliée à la Prusse de l'autre. Elle assura
à l'Angleterre, avec l'empire des mers, la prépotence dans l'Amérique
du Nord
et en Inde et, à la Prusse, la supériorité
militaire en Europe.
La guerre commença
par des conflits de frontière entre les colons français du Canada
et les colons anglais de la Nouvelle-Angleterre, sur l'Ohio et vers l'Acadie.
Elle fut marquée, en 1754, par l'assassinat de Jumonville qui pèse sur
la mémoire de Washington, par la capture de ce dernier, suivie de la défaite
de l'Anglais Braddock dans une nouvelle tentative contre Fort-Duquesne
(1755).
Ces incidents n'étaient que des prodromes; bientôt eut lieu une attaque
préméditée: une escadre française portant des troupes au Canada fut
guettée à l'embouchure de Saint-Laurent par l'amiral anglais Boscawen,
lequel captura deux navires (8 juin 1755).
L'ambassadeur français fut rappelé de Londres; mais l'incapable Louis
XV ne déclara pas la guerre; les Anglais la lui faisaient; en juillet,
Hawke prit la mer et croisa devant le cap Finistère, s'emparant de 300
navires et de 6000 marins, alors que no minalement la paix existait. Les
deux puissances négocièrent des alliances continentales. De ce côté,
l'antagonisme de la Prusse et de l'Autriche dominait la situation; Marie-Thérèse
voulait recouvrer la Silésie que lui avait arrachée Frédéric II et
recherchait l'alliance française, favorisée par la Pompadour;
son ministre Kraunitz vint la négocier à Paris,
faisant espérer aux Bourbons la cession des
Pays-Bas autrichiens. La tsarine Elisabeth de Russie marchait d'accord
avec l'impératrice. Frédéric II précipita
les événements en signant avec l'Angleterre le traité de Westminster
(16 janvier 1756),
par lequel il s'engageait à empêcher les Français d'envahir le Hanovre,
point vulnérable du roi d'Angleterre, dont c'était le domaine patrimonial.
Cette trahison rompit l'entente franco-prussienne, et le 1er
mai 1756
fut signé le traité de Versailles, alliance défensive de l'Autriche
et de la France. Frédéric II, suivant l'exemple de l'Angleterre, commença
la guerre sans la déclarer. Prétextant les armements de l'Autriche et
les intrigues du ministre saxon BrĂĽhl, il envahit la Saxe avec 70.000
hommes (29 août 1756),
bloqua dans Pirna l'armée saxonne et occupa Dresde
(9 septembre). L'armée autrichienne de Browne fut attaquée à Lobositz
et repoussée (1er octobre); les Saxons
capitulèrent; Auguste Ill se retira dans son royaume de Pologne.
La guerre générale était commencée.
L'Angleterre l'avait
déclarée le 17 mai, la France le 20 juin 1756;
dans la Méditerranée, elle débuta par la conquête de l'île de Minorque,
enlevée par les Français aux Anglais (28 juin). En novembre, les Génois
cèdent aux Français les ports de la Corse.
Montcalm a l'avantage au Canada, et les Anglais perdent Calcutta
en Inde. Mais la France n'avait que 63 vaisseaux de ligne contre 130 anglais,
et la Grande-Bretagne, où le ministère énergique du duc de Devonshire
(avec Pitt aux affaires étrangères) venait de
prendre le pouvoir, déclara audacieusement tous les ports français en
état de blocus. Tandis que la France divisait ses efforts entre la mer
et le continent, l'Angleterre se bornait Ă subventionner le roi de Prusse
et concentrait ses forces pour la guerre maritime et coloniale. La prise
de Louisbourg (1758),
de Québec (1759),
de Montréal (8 septembre 1760)
marquèrent les principales étapes de la conquête du Canada; le blocus
de l'escadre de Brest et la garde du détroit
de Gibraltar empêchèrent l'exécution des
projets français de descente en Angleterre; l'escadre de Toulon
fut détruite ou dispersée par Boscawen, entre Cadix et le cap Saint-Vincent
(18 août 1759),
l'escadre de Brest, battue Ă Belle-Ile (20 novembre 1759).
Les Anglais demeurent maîtres de la mer, malgré les pertes que leur font
éprouver les corsaires
français (3300 navires de 1756
Ă 1761).
En Inde, Clive prend Chandernagor, écrase le nabab du Bengale,
allié de la France (23 juin 1757);
sur la cĂ´te de Coromandel, l'issue de la lutte est plus longtemps douteuse;
malgré l'incapacité de Lally, tant qu'il est appuyé par l'escadre de
d'Aché, gouverneur de l'île-de-France, les Anglais ne peuvent prévaloir.
La prise de Pondichéry (janvier 1761)
consomme le triomphe des Anglais.
La France tente de
suppléer à l'insuffisance de ses forces navales par une alliance avec
l'Espagne qu'exaspérait la constante violation
des droits des neutres. Le Pacte de
famille (15 août 1761)
solidarise les deux branches de la maison de Bourbon. Le 4 janvier 1762,
l'Angleterre déclare la guerre à l'Espagne; la conquête de la Martinique
(12 février) et des petites Antilles paralyse les corsaires français.
Pocock se rend maître de la Havane (10
août), les officiers anglais de l'Inde s'emparent de Manille (septembre
1762);
une invasion espagnole en Portugal est
repoussée. Autant la guerre de Sept Ans fut marquée sur l'Océan et hors
d'Europe par d'éclatants et décisifs succès de l'Angleterre, autant
sur le continent elle demeura indécise et sans autre résultat que d'exalter
les ambitions de Frédéric II et la résistance militaire de la Prusse.
Celle-ci eut Ă combattre
une coalition formidable sur le papier. L'agression commise contre la Saxe
entraîna l'intervention du Saint-Empire
contre l'agresseur (17 janvier 1757);
la Russie promit Ă l'Autriche un corps
auxiliaire de 100.000
hommes (22 janvier); la France en promit
150.000 et un
subside annuel de 12 millions de florins; la Suède,
garante des traités de Westphalie, déclara
aussi la guerre au roi de Prusse. Du succès qu'on espérait, la France
devait retirer les places d'Ostende, Nieuport, Ypres,
Mons, plus Chimay et Beaumont; le reste des Pays-Bas autrichiens passerait
à l'infant Philippe qui rétrocéderait à l'Autriche
Parme, Plaisance et Guastalla; des dépouilles de la Prusse on attribuait
à l'Autriche la Silésie et Crossen à la
Saxe, Magdebourg, Halberstadt, le cercle de
la Saale ;
au Palatinat, Clèves et la Haute-Gueldre; à Ia Suède, la Poméranie
antérieure. Frédéric, Il serait réduit à son marquisat de Brandebourg.
Mais il disposait de 200.000 hommes et résista énergiquement. Vainqueur
Ă Prague (6 mai 1757),
il fut battu à Kola par Daun (18 juin); l'armée hanovrienne fut défaite
par d'Estrées à Hastenbeck (26 juillet) et obligée de capituler à Clostersevern
(8 septembre). Les Russes d'Apraxin, vainqueurs Ă Grossjaegersdorf (30
août), occupèrent la Prusse; un corps autrichien fut momentanément maître
de Berlin (octobre 1757). Frédéric II
se sauva par la victoire de Rossbach, remportée sur l'armée impériale
et les Français (5 novembre); il reprit ensuite Breslau
(24 novembre) et gagna la sanglante bataille de Leuthen (5 décembre),
qui lui rendit la Silésie. Pitt fit décider la violation de la capitulation
de Clostersevern, et par un nouveau traité d'alliance alloua au roi de
Prusse un subside de 4.500.000
thalers (11 avril 1758).
En 1758,
Frédéric II reprend l'offensive, enlève Schweidnitz (16 avril), envahit
la Moravie, échoue devant Olmutz, court livrer aux Russes la sanglante
bataille de Zorndorf (25 août), perd contre Daun celle de Hochkirch
(14 octobre) mais conserve la Silésie. A l'Ouest de l'Allemagne, son lieutenant,
le duc Ferdinand de Brunswick, refoule les Français hors de Westpbalie
et les bat à Krefeld (23 juin). L'année suivante, le duc de Brunswick,
battu Ă Bergen (13 avril 1759),
reprend le dessus à Minden (1er août).
Mais Frédéric II, qui n'a plus que 130.000
soldats Ă opposer aux 250.000
Russes et Autrichiens, ne peut empĂŞcher leur jonction et perd la bataille
de Kunersdorf (12 août). La désunion de ses adversaires le sauve, et
Daun se borne Ă occuper la Saxe et Ă capturer Ă Maxen la corps prussien
de Finck (21 novembre).
En 1760
Landon envahit la Silésie, écrase Fouqué à Landeshut et prend Glatz,
mais est battu par Frédéric II à Liegnitz (15 août); après quoi le
roi regagne la Saxe par la victoire de Torgau (3 novembre). En 1761, privé
des subsides anglais par la mort de Georges II, le roi de Prusse semble
Ă bout de forces; il n'a plus que 96.000 soldats dont beaucoup sont des
enfants; il se retranche au camp de Bunzelwitz en Silésie, tandis que
ses adversaires Russes et Autrichiens agissent lentement et sans bien s'entendre
et que les Français se laissent encore battre à Villingshausen (16 juillet)
par le duc de Brunswick.
Frédéric II fut
sauvé par la mort de la tsarine Élisabeth
(5 janvier 1702)
à laquelle succéda Pierre Ill, admirateur du roi de Prusse; il s'empressa
de signer avec lui la trêve de Stargard (16 mars), puis la paix de Saint-Pétersbourg
(5 mai), de lui restituer ses prisonniers et ses provinces, d'inciter la
Suède à traiter de son côté (paix de Hambourg, 22 mai). En juin, il
signe une alliance avec Frédéric et lui envoie 20.000 Russes sous Tchernitchev.
Celui-ci, malgré la chute de Pierre III et l'avènement de Catherine
(9 juillet 1762),
aide son allié à reconquérir la Silésie sur Daun (batailles de Burkendorf
le 24 juillet et de Reichenbach le 16 août, prise de Schweidnitz le 9
octobre). Catherine demeure neutre, et l'Autriche, laissée à elle-même,
reperd la Saxe par la bataille de Freiberg (29 octobre 1762),
tandis que les Français sont chassés de Hesse par la défaite de Wilhelmsthal
(24 juin) et la perte de Cassel (31 octobre). Une armée prussienne conduite
par Kleist s'avance jusqu'au Danube et rançonne Nuremberg
(novembre 1762).
L'épuisement général
impose la paix, également souhaitée par tous les belligérants. Par les
préliminaires de Fontainebleau (3
novembre 1762),
l'Angleterre s'entend avec la France et l'Espagne. Elle acquiert le Canada,
tous les pays à l'Est du Mississippi (sauf la Nouvelle-Orléans)
(y compris la Floride), la Dominique, Saint-Vincent, Tabago, Grenade; on
lui rend Minorque (et, en compensation, la France dut céder la Louisiane
Ă l'Espagne); en Inde, la France ne garde que des comptoirs, sans droit
de les fortifier. Le traité définitif, signé à Paris le 10 février
1763, confirma ces clauses. En Allemagne, la paix fut conclue au château
saxon d'Hubertusberg le 15 février 1763 et rétablit le statu quo ante
bellum.
La guerre de Sept
ans, d'oĂą la Prusse ne tira qu'un profit
moral par l'accroissement de son prestige militaire, fonda définitivement
l'empire britannique. C'est là de beaucoup sa conséquence la plus importante.
(A.-M. B.). |
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