|
|
| . |
|
||||||
| Francisco José
Goya y Lucientes est un peintre et graveur né à Fuendetodos (Aragon De Saragosse,
Francisco Goya vint à Madrid où l'appelait
son condisciple et ami Francisco Bayeu, déjà chargé par Raphaël Mengs
de travaux de décoration au palais. Ce séjour fut de courte durée, et
écoutant peut-être les conseils de Mengs, Goya partit pour l'Italie A Rome, Goya rencontra et se lia quelque
temps à David, alors pensionnaire du roi. Mais cette liaison semble avoir
cessé tout de suite après la séparation des deux jeunes peintres.
Une trace du séjour de Goya en Italie
Francisco Goya. Autoportrait (1815). Le 31 octobre 1776, Goya livrait son premier carton intitulé le déjeuner sur l'herbe, suivi à quelques mois d'une autre gracieuse composition : la danse au bord du Manzanares. Successivement, et jusqu'en 1791, époque à laquelle il cessa de travailler pour la fabrique de Santa Barbara, quarante nouveaux sujets furent terminés et servirent de modèles pour l'exécution de plusieurs exemplaires de tapisseries employées à la décoration des résidences royales. Conservées par la suite au musée du Prado, ces cartons forment une intéressante collection pour l'étude de cette partie de l'oeuvre de l'artiste. Goya s'est uniquement inspiré, pour ces compositions, des moeurs, des costumes et des jeux populaires; sa verve, sa liberté et sa fécondité d'imagination s'y sont donné libre carrière. Les plus originales et les plus piquantes
sont : la Dispute à la Venta nueva, Une Promenade en Andalousie Courses de taureaux, processions, mascarades,
idylles galantes, rencontres de voleurs sur les grands chemins, tous ces
sujets pittoresques lui offrirent autant de vives et amusantes scènes
où il prodiguait son sens exquis de la vie, son inépuisable fantaisie
et son esprit observateur. Son coloris,
dans ces tableaux de petites dimensions, est clair, pimpant, argentin,
avec de fins empâtements et de pétillants rehauts. Ses plus heureux morceaux
en ce genre, où il a d'ailleurs excellé, décorent une maison de plaisance,
située dans les environs de Madrid, appelée
l'Alameda d'Ossuna. Parmi les vingt-deux peintures, exécutées de 1787
à 1798, pour ce petit palais de campagne, nous citerons Un Accident
comique, des Gitanos jouant sur une escarpolette, l'Attaque de la
berline, les Taureaux; avant la course, les Saisons, le Mât de Cocagne Tout le côté souriant, spirituel et finement
caustique du talent de Goya se reflète dans ces jolies et fraîches peintures,
dont on rencontre encore de charmants spécimens à l'Académie de San
Fernando sous les titres de Scène de l'Inquisition
Francisco Goya. - La Maja Desnuda, (1797-1800, Musée du Prado). A une époque postérieure et sous l'empire de nouvelles et plus expéditives méthodes on pourra, sans injustice, reprocher à l'artiste des pratiques un peu sommaires et un certain penchant à broyer beaucoup trop de noir. Ses aptitudes naturalistes et ses qualités d'observateur le servirent merveilleusement dans la peinture du portrait. Ses premiers essais en ce genre ayant été salués par un complet triomphe, ce devint tout de suite une mode, un véritable engouement de se faire peindre par lui. Les personnes royales, les ministres, Godoy, les poètes, les savants, les grandes dames et les comédiennes, toutes les célébrités à un titre quelconque de l'époque obéirent à cette mode qui persista du reste pendant la plus grande partie de la carrière de Goya. C'est par centaines que l'on compte les portraits qu'il a produits. On peut les rapprocher, quelques-uns de Velazquez, quelques autres de Reynolds, parfois de Greuze. Les portraits d'apparat, comme ceux de l'Infant D. Luis, avec sa famille, du Comte de Florida Blanca (1783), du Général Urrutia (1798), du Duc d'Albe (1797), comme l'importante toile du musée du Prado, où sont représentés Charles IV et les membres de sa famille (1800), ainsi que les représentations équestres du roi et de la reine Maria Luisa, paraissent s'inspirer de la magistrale tournure et de la sobriété de tons des portraits de Velazquez; d'autres, moins fastueux, plus intimes, rappellent tantôt le lumineux coloris des Vénitiens du XVIIIe siècle, tantôt les colorations claires et fleuries de l'École française. Souvent aussi, Goya mêle heureusement, mais sans jamais cesser d'être lui-même, Tiepolo à Fragonard, ou Greuze à Reynolds; c'est sous ce dernier aspect qu'il nous apparaît dans ce beau portrait qu'on intitule le Jeune Homme en habit gris, qui fit jadis partie de la galerie Salamanca et qui n'est autre que le portrait, en costume de merveilleux, du propre petit-fils de l'artiste. Cette parenté d'exécution et de style avec les maître étrangers contemporains se retrouve encore dans le portrait du conventionnel Ferdinand Guillemardet, ambassadeur de France à Madrid, en 1798, et qui appartient au musée du Louvre, ainsi, du reste, que dans nombre d'autres ouvrages, pour la plupart de premier ordre dans ce même genre, tels que les portraits de Moratin, de l'actrice la Tirana, de l'architecte Villanueva et de Goya lui-même, conservés à l'Académie de San Fernando. Dans ses portraits de femmes, Goya fait preuve d'une grande fraîcheur de coloris et de la plus étonnante souplesse de pinceau; c'est par l'esprit, l'entrain et le pétillant de la touche que se recommandent particulièrement les portraits de la Duchesse d'Albe, au palais de Liria, à Madrid, et de Josefa Bayeu, la femme de l'artiste, du musée du Prado. Ennemi des conventions traditionnelles
et des formules académiques, épris par-dessus tout du pittoresque, du
caractère et de l'effet, profondément sceptique
d'ailleurs en matière de croyances religieuses, nul artiste ne semblait
aussi mal préparé et aussi peu doué que l'était Goya pour entreprendre,
avec succès, la peinture décorative des sanctuaires. Aussi ses grands
ouvrages en ce genre sont-ils froids et dépourvus de toute émotion comme
de tout sentiment. Sa fresque de Notre-Dame
del Pilar, Ã Saragosse, qui raconte le
Triomphe de la Vierge et des saints martyrs (1780-1781), n'est qu'une
vaste machine, savamment agencée, correcte et que l'on pourrait peut-être
rapprocher, pour l'éclat des colorations, des peintures exécutées par
Tiepolo au palais de Madrid;
mais aucun grand souffle n'anime et ne réchauffe cette composition que
l'on pourrait, sans injustice, taxer de poncive et de banale. Il s'en faut
encore que le Saint Bernardin de Sienne, que son Christ en croix
qu'il peignit pour l'église de San Francisco et Grande, ainsi que les
deux compositions empruntées à la Vie de Saint
François de Borja Il n'existe non plus trace de sentiment religieux dans les importantes décorations à fresque qui décorent la coupole et diverses autres parties de la chapelle de San Antonio de la Florida, située près du Manzanarès. Ces fresques sont fameuses, mais sous un tout autre rapport que celui de l'inspiration mystique. La composition de la coupole représente Saint Antoine de Padoue ressuscitant un mort, et ce qui frappe le plus lorsqu'on l'étudie, c'est bien moins l'action principale que l'accessoire. Ce qui s'impose plutôt au regard, c'est la foule des assistants groupée dans les attitudes les plus pittoresques et fourmillante de vie. Rompant avec les traditions d'école, Goya n'a obéi dans cette page mouvementée qu'à son seul goût de naturalisme. Loin de se préoccuper dans les costumes et le choix de ses types de la vérité historique, il s'est complu à moderniser ses personnages : ses femmes sont de sémillantes manolas, coiffées de la mantille blanche ou noire; ses hommes, des gens du peuple, les premiers venus, attifés en pimpants majos, fièrement cambrés dans leur manta aux couleurs bigarrées. Aux retombées des voûtes, il peignit
des chérubins Aux Caprices succéda la Tauromachie, suite de trente-trois pièces gravées à l'eau-forte et colorées d'aqua-tinte, procédé que Goya manie en maître et dont il tire le plus puissant parti. Rien de plus franc, de plus libre et, en apparence, de plus spontané que sa manoeuvre. Sa pointe facile et légère accuse d'abord le contour, donne le relief, le modelé à ses formes, à ses groupes et en détache les personnages ; puis vient l'aqua-tinte - la couleur - parfois on ne peut plus habilement étendue, parfois aussi naïvement inexpériente, qui couvre les fonds, donne la localité, la profondeur, la lumière et fixe vigoureusement l'effet. Entre temps, il préparait deux nouvelles
séries, d'abord les Proverbes, suite d'environ dix-huit pièces,
gravées aussi à l'eau-forte rehaussée d'aqua-tinte, mais dont l'artiste
se borna à tirer pour lui quelques rares épreuves; les Proverbes
n'ont en effet paru réunis qu'en 1864, par les soins de l'Académie de
San Fernando. Cette série dont les sujets sont d'interprétation compliquée
et assez obscure, fait en général allusion à des événements politiques
survenus de 1804 à 1815. A cette même époque appartiennent les Malheurs
de la guerre, suite de pièces gravées à l'eau-forte et à l'aqua-tinte
et retouchées de pointe sèche. Parmi les quatre-vingts planches qui constituent
le recueil publié en 1863 par les soins de l'Académie de San Fernando,
et dont Goya n'avait tiré que quelques épreuves d'essai, soixante-cinq
seulement ont trait aux sinistres incidents qui se produisirent en Espagne
Les fusillés du 3 mai 1808 (peint en 1814, Musée du Prado). Rien de plus éloquent que cette vengeresse
et terrifiante protestation de l'artiste n'a été formulé contre la politique
des conquêtes et les luttes fratricides de peuple à peuple. Quant aux
autres compositions gravées qui complètent ce recueil, elles restent,
comme portée, les plus étranges et les plus audacieuses que Goya ait
conçues. Exécutées après le rétablissement de Ferdinand VII sur le
trône et au moment où son gouvernement s'acharnait contre les libéraux,
les emprisonnant, les exilant, elles livrent un dernier et suprême combat
pour tout ce que Goya a aimé, contre tout ce qu'il a vigoureusement haï.
Elles demeurent comme le testament politique et philosophique du vieux
libéral, du hardi libre penseur, profondément imbu des généreuses idées
de justice, d'égalité et d'affranchissement que la France Aussi, quelles ironies, quelles colères elles traduisent contre l'intrigue, contre l'obscurantisme et l'hypocrisie qui étouffent le progrès, enchaînent la liberté et compriment l'expansion de la pensée humaine! Quels déchaînements contre les fourbes, les grands, les prêtres, les rois qui conspirent et s'acharnent à détruire la vérité et la justice! Enfin, pour conclusion à cette oeuvre remplie de pensées et d'aspirations si hautes, Goya fait apparaître de prophétiques et consolantes visions où, dans une ère à venir, doivent régner le droit, la paix, la liberté. Avant d'entreprendre ces diverses suites de pièces gravées, Goya, depuis 1778, s'était souvent essayé à manier la pointe : des eaux-fortes datant de diverses époques, d'après les portraits équestres et en pied de Velazquez, des compositions originales, comme le Supplicié par le garrot, le Colosse, les Prisonniers, une Scène populaire, des majos, des manolas, des toreros, un Aveugle enlevé sur les cornes d'un taureau, des paysages fantastiques occupent également dans son oeuvre gravé une place intéressante. Dès 1819. et alors que la lithographie était encore un art peu répandu, Goya tenta de s'en assimiler la pratique. On a de Goya divers essais où percent sa fougue habituelle, son grand talent de coloriste et toute sa spirituelle originalité. Élu en 1780 membre de l'Académie des beaux-arts de San Fernando, il avait été nommé peintre du roi en 1786, puis peintre de la chambre en 1789. Cette charge, Goya la conserva sous les règnes de Charles IV, de Joseph Bonaparte et de Ferdinand VII. A la suite de la restauration de Ferdinand, l'artiste, en butte aux suspicions et aux persécutions des ultras, demanda un congé et vint habiter Bordeaux. Il s'y éteignit à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il avait eu quelques élèves comme Julia Asenie et Gil Ranz, puis il eut, plus tard, des imitateurs qui ont pastiche maladroitement sa manière, et dont les productions ne sauraient souffrir aucune comparaison avec celles du maître. (Paul Lefort).
|
| . |
|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||
|