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Joseph Glanville,
Glanvill ou Glanwille est un philosophe
anglais et pasteur anglican, né à Plymouth
en 1636, mort à Bath en 1680. Il fut d'abord curé à Bath
puis prébendier de l'église de Worcester
et chapelain de Charles II. Il défendit
la philosophie de Bacon et la Société
royale de Londres, dont il était membre,
contre leurs détracteurs.
Il est le premier qui en Angleterre, ait
donné au scepticisme une forme systématique,
et doit être regardé à certains égards comme le prédécesseur de Hume.
Cependant il ne cherche pas, comme ce dernier, Ã convaincre la raison
d'une impuissance absolue il veut seulement qu'elle se fasse une idée
plus juste, c'est-Ã -dire plus modeste, de ses forces; qu'elle poursuive
la vérité sans espérer la connaître tout entière,
et surtout qu'elle ne la croie pas déjà trouvée, qu'elle ne s'attende
pas à la rencontrer dans un des systèmes qui se partagent l'empire des
écoles. Il désire, en un mot, éviter également les deux excès contraires
: le scepticisme et le dogmatisme;
une philosophie orgueilleuse qui croit tout savoir et un doute désespéré,
qui est la négation même de la science.
Pour arriver à son but, il montre à la
fois la vanité des systèmes qui ont obtenu
jusqu'à lui le plus d'autorité sur les esprits, et la faiblesse de la
raison par rapport aux principaux objets de la connaissance
humaine. Les systèmes qu'il passe ainsi en revue et qu'il soumet à une
critique souvent profonde sont ceux d'Aristote,
de Descartes et de Hobbes;
mais c'est à ce dernier que s'adressent ses objections les plus fréquentes
et les plus justes. Au nombre des arguments par lesquels Glanvill s'efforce
de nous convaincre de la faiblesse irrémédiable de nos facultés se trouve
le dogme du péché originel : singulier argument pour un philosophe qui
fait du doute la condition de la sagesse! Les autres
sont empruntés, pour la plupart, de Charron
et de Montaigne, dont le philosophe avait certainement
lu les oeuvres. Mais il y en a un aussi qui lui appartient en propre et
que Hume a développé plus tard avec un immense succès : c'est la manière
dont il explique le rapport de causalité.
Dans l'opinion de Glanvill, ainsi que dans celle de Hume nous ne connaissons
aucune cause en elle-même et d'une manière immédiate ou intuitive; nous
ne connaissons les causes que par leurs effets.
De ce que l'expérience
nous montre deux objets dont l'un est sans cesse accompagné de l'autre,
nous en concluons que celui-ci est l'effet, et celui-là la cause; mais
cette conclusion n'est pas légitime, car un simple rapport de connaissance
ne doit pas être converti en un rapport de causalité (Scepsis scientifica,
édit. de 1665, p. 142). De plus, tous les phénomènes
dont la nature nous offre le spectacle sont si étroitement unis entre
eux, qu'il est très difficile d'assigner à aucun d'eux une cause déterminée;
et comme les causes aussi, d'après l'idée même que nous avons de la
causalité, dépendent nécessairement les unes des autres et forment entre
elles une chaîne non interrompue, il nous est impossible d'en connaître
une sans les connaître en même temps toutes; ce qui n'a pas été accordé
à notre faible intelligence. Avec une pareille
théorie, c'en est fait évidemment du dogmatisme, car l'idée même de
l'être se trouve anéantie avec l'idée de cause; mais comment alors,
ainsi que Glanville le prétendait, ne pas prendre au sérieux le scepticisme,
et le considérer seulement comme le remède de l'erreur,
comme la liberté de l'intelligence, comme un
moyen de secouer les chaînes de l'opinion? Glanville, heureusement pour
lui, n'était pas un esprit conséquent.
Le même homme qui ne voulait rien affirmer
sur la foi de l'autorité et de l'habitude,
et qui attaquait la raison humaine jusque dans
ses fondements, croyait aux revenants et aux
sorciers. Il a écrit des Considérations
philosophiques touchant l'existence des sorciers et de la sorcellerie
(in-4, Londres, 1666), où il ne se montre pas au-dessus des plus grossières
superstitions de la populace; et, Ã voir
la gravité qui règne dans cette bizarre composition, il est difficile
de supposer avec Degérando (Biographie universelle,
art. Glanvill) que l'auteur a voulu seulement se railler de la crédulité
de ses contemporains. D'ailleurs il revient sur le même sujet et avec
un ton non moins convaincu, dans un autre écrit qui a pour titre Sadducismus
triumphans (in-8, Londres, 1681 et 1682).
Les deux principaux ouvrages de Glanvill,
ceux qui ont fait sa réputation et qui lui ont attiré les plus vives
attaques, soit de la part des théologiens, soit de la part des philosophes
de son temps, sont les suivants tous deux écrits en anglais : La vanité
du dogmatisme, ou de la confiance dans nos opinions, rendue manifeste dans
un traité sur les bornes étroites et l'incertitude de nos connaissances
et de leurs principes, avec des réflexions sur le péripatétisme et une
apologie de la philosophie, in-8, Londres, 1661; - Scepsis scientifica,
ou l'Ignorance avouée, le chemin de la science : essai sur la vanité
du dogmatisme et de la confiance dans nos opinions, suivi d'une réponse
à Thomas Albius, in-4, Londres, 1665.
Dans un autre écrit, qui a pour titre
Plus ultra, ou Progrès et avancement de la science depuis Aristote
(in-12, Londres, 1658), Glanville défend la science moderne contre un
ecclésiastique de son temps, qui avait prétendu qu'Aristote réunissait
à lui seul plus de connaissances que la Société
royale de Londres et que le XVIIe siècle
tout entier.
Enfin Glanville a encore laissé d'autres
écrits parmi lesquels deux seulement méritent d'être cités ici :
Philosophia pia, ou Discours sur le caractère religieux et la tendance
de la philosophie expérimentale, in-8, Londres, 1671; - Essais
sur différents sujets de philosophie et de religion, in-4, ib.,
1676. (DSP). |